Une peau rosée, douce, sans aucune imperfection …

Une chevelure longue, soyeuse, dorée aux reflets dignes d'un rayon de soleil…

J'ai bien cru qu'il s'agissait d'un ange…

...

Que Dieu m'en pardonne car je sais maintenant que ce n'est pas le cas.

J'ai toujours pensé que toutes créatures diaboliques étaient foudroyées ou rejetées hors des murs d'une église, qu'elle protégeait uniquement les vivants et les saints et qu'elle était un lieu de paix, de bénédiction et de soutien. Je ne peux qu'accepter le fait que je me sois trompé. Sans l'appui de Dieu, ce ne sont que des murs, que de la pierre et que du bois. Rien qui ne puisse vraiment nous défendre contre lui.

Rien qui ne puisse me défendre contre lui…

J'ouvre doucement les yeux. Je me sens faible, épuisé, fatigué. Une douleur lancinante s'est calée dans ma poitrine, au niveau du cœur. Est-ce parce que je me rends compte que ma foi est inutile ou à cause de cette plaie fine et pourtant profonde dont le liquide s'écoule sur mon corps jusqu'à goutter par terre et recouvrir de rouge le sol carrelé? Peut-être les deux. J'ai envie de fermer les yeux, de repartir dans les songes, de revenir en arrière. Quelque chose en moi me dit que ça ne fait que commencer, qu'il vaut mieux fuir dans les songes et disparaître dans le néant mais mon menton se fait happer par ses doigts chauds, brûlants, alors qu'il me relève la tête pour poser son regard sur le mien. Un frisson me parcourt le corps à son contact alors que mon pouls s'accélère. J'ai peur…

Peur ne serait-ce que de mon reflet dans ses yeux. Il me rappelle que je suis là, véritablement cloué à la croix, crucifié comme le Christ, la chemise aux boutons déchirés ouverte pour dévoiler mon torse tailladé de fines entailles par-ci par-là. On peut facilement y suivre les traînées de sang jusqu'à ma ceinture avant de disparaitre dans le teint sombre de mon pantalon noir. A mes pieds, mon col romain s'est teinté de carmin, comme un mauvais présage. Lui qui est signe de pureté et d'humilité fini écrasé par la chaussure noire, cirée et brillante de ce démon qui rapproche son corps du mien sans pour autant le toucher. Sa voix est chaude mais basse, quasiment murmurée.

-"Restez avec moi mon Père… J'ai encore besoin de vous."

-Changement de vue.-

-"Restez avec moi mon Père… J'ai encore besoin de vous."

Allez mon Père… Faîtes un effort.

Restez avec moi car je n'ai pas encore fini.

Oui, j'ai vraiment envie, sincèrement, que vous viviez encore pour m'écouter car si j'ai envie de m'amuser, il est vrai, j'ai aussi envie que vous me purifiez. J'ai besoin de votre pardon et de celui de votre Dieu. J'ai besoin de ma place au Paradis et à vos côtés. J'ai besoin de tout ce que l'on ne me donne pas… Tout ce que vous me refusez.

J'aime cette peur que je vois dans vos yeux quand vous les posez dans les miens. Cela donne du brillant à vos iris aux couleurs de la forêt. Ce savoureux mélange de brun et de vert, c'est magnifique. Vous l'a-t-on déjà dit? Oui, sûrement. Pour un homme de Dieu, vous êtes loin d'être laid et les femmes qui vous courent après et que vous rejetez si poliment ont dû déjà vous en faire la remarque. En y pensant, un petit rire glisse entre mes lèvres. C'est une autre chose que j'aime en vous, votre fidélité à votre Dieu que vous n'avez pourtant jamais vu.

Je me suis fait tellement beau juste pour ce moment là que je reste juste à la limite de votre corps pour ne pas tacher avec votre sang mon costume trois pièces, ma chemise blanche et ma cravate noire. Pourtant j'ai bien envie de serrer cette peau rose zébrée de carmin contre la mienne… De la réchauffer de ces frissons qui l'assaillissent…

J'émets finalement un soupir frustré. Patience… Il faut que je patiente. Il faut que je profite de ce moment à fond, comme si c'était le dernier. Enfin non… C'est notre dernier. Notre premier et dernier instant à tout les deux. Alors il doit être magique. Magnifique. Parfait.

Je resserre mes doigts sur votre menton, levant l'autre main qui tient une dague. Je l'ai achetée spécialement pour vous après vous avoir entendu dire que vous appréciez vous aussi, comme l'enfant à qui vous parliez à ce moment là, les dragons. Le manche en représente un, et si à l'origine c'est une arme de décoration, je l'ai aiguisée moi-même pour qu'elle vous entaille la peau à la perfection comme un scalpel. Soyez honoré car vous êtes le premier pour qui je prends autant de soin dans les détails. Le premier et le dernier, les autres ne méritent pas, eux, tant d'attention. Ils n'ont pas toutes ces choses que vous avez et qui m'attirent comme un papillon vers une flamme….

Doucement, très doucement, j'enfonce la pointe de la lame dans votre épaule, tailladant avec minutie la peau pour que le sang s'écoule nettement mais avec lenteur. J'aime prendre mon temps et j'aime quand le reste en fait autant alors je savoure votre gémissement qui dure le temps de la blessure avant d'enlever la lame et de glisser ma langue dessus. Oh oui… Mon père… J'aime tout de vous… Vous êtes vraiment délicieux, même de l'intérieur.