Le son du grand bénitier de pierre que l'on tire sur les dalles de l'église se répercute en un écho assourdissant. Il se mélange aux battements de mon coeur qui tambourinent à mon oreille comme un rappel de ma peur et de ma douleur. J'ai comme l'envie de devenir sourd…

J'angoisse. Je stresse. Je ne sais pas ce qu'il compte faire ni comment, mais je suis certain que ce ne sera pas quelque chose de bien, de convenable, de normal. Je le sens… Cela va être douloureux et sanglant. Je ne le sens plus capable d'autre chose, comme si le démon Lucifer lui-même lui collait désormais à la peau.

Une fois le bénitier assez près, je le vois enlever sa cravate, lentement, avant de la plier avec concentration pour en faire une sorte de boule, ou plutôt d'éponge carrée, qu'il vient tremper dans le liquide translucide et sacré. Serrant le tissu imbibé d'eau, il l'essore, le secoue de deux gestes secs puis dépose de nouveau son regard dans le mien. J'aimerais éviter de plonger dans ses yeux, mais je me sens comme un rat devant un serpent et hypnotisé, ravalant ma salive, j'attends la sentence. Une sentence…

Tendre, douce, mouillée…

La cravate humide se glisse sur mon front avant de descendre sur ma joue, mon cou, mon épaule et mon torse. Elle évite avec soin les coupures et sa fraîcheur me fait fermer les yeux et soupirer de bonheur. Le froid apaise… Le froid nettoie. Il diminue la fanfare dans ma tête, m'offrant un répit et un moment de tendresse et de douceur.

Je n'ouvre les yeux de nouveau que quand je sens son front se poser contre le mien. Il observe mon corps qu'il nettoie consciencieusement et je sens autant le souffle de ses murmures que le son de ceux-ci. Il n'a pas mauvaise haleine, au contraire, elle est fraîche avec un fond mentholé… Monsieur Lowel… Toujours parfait, même dans son hygiène buccale.

"Ce n'est pas grave mon Père… Ce n'est pas grave…"

Je me sens étrangement rassuré par son pardon. Mes muscles se détendent et j'en ressens presque l'envie farfelue de l'en remercier. Je ne devrais pourtant pas. N'était-il pas en train de me torturer ? Ne devrais-je pas au contraire crier ? Me débattre? Chercher à m'enfuir ? Alors pourquoi c'est un "pardon" qui vient se glisser au fond de ma gorge et qui m'oblige à me faire souffrance pour le retenir?

Parlant de douleur, celle-ci revient. Petit à petit. Ma peau rosée oublie sa couleur pastel pour un rouge de plus en plus vif. Les passages répétés et de plus en plus appuyés du gant de toilette improvisé m'irritent la peau, me l'agressent, me la blessent. La douleur devient brûlure, la brûlure ravive la douleur… J'ai l'impression que plus ça va et plus il m'arrache la peau. Le "pardon" a disparu de ma gorge et de mon esprit, laissant place à un gémissement de douleur et à des dents serrées. J'ai mal, très mal, et je tortille mon corps comme je peux pour fuir cet objet qui pourtant, il y a peu, me soulageait encore.

"Arrêtez !"

C'est douloureux. Plus encore quand il me "nettoie" ainsi les plaies qu'il m'a faites, les agrandissant encore. Mes gémissements deviennent cris quand il s'acharne dessus au point que je n'en comprends même pas ses paroles. Ses passages sur ma peau me semblent durer une éternité et quand il s'arrête enfin, je me rends compte à quel point mon cœur bat vite, à quel point je manque de souffle et que finalement, le liquide sur mon visage, n'est plus uniquement que de la sueur. Les larmes coulent, tombant à terre, alors que le visage baissé, je n'arrive même pas à dévier le regard hors de mon corps rougi, dénué de peau à certains endroits, la chair à vif. Il a frotté, encore, encore et encore… J'ai les membres qui tremblent, le souffle court, la vue qui se brouille.

J'ai mal…

Je veux mourir…

Je vais mourir…