En cette fin de soirée, une toute jeune fille marchait, seul. Une fine pluie tombait et semblait prendre un malin plaisir à s'introduire dans ces vêtements bien trop fin et étanche pour la saison. Ho, elle avait bien un parapluie mais il s'était cassé en cour de route et ses doigts, engourdis par le froid, n'avait pu le maintenir ouvert tant bien que mal alors il se balançait pitoyablement à son poignet tenu par sa dragonne.

La pluie fini par rendre boueux le chemin de compagne sur lequel elle évoluait, crottant ses petite ballerines, refroidissant ses orteils qui souffrait déjà du manque de chaleur. La gamine tenta de retenir un petit gémissement de surprise et de douleur quand l'un de ces mêmes orteils rencontra durement une pierre trainant sur le chemin. Maintenant boitillante, elle tentait toujours tant bien que mal, la lumière du jour ne cessait de décroitre et de petits cailloux semblait s'enfoncer dans sa plante de pied que ses fines chaussures ne protégeait guère.

La femme-enfant aurait souhaité aller plus vite mais son corps agissait contre sa volonté et ne cessait de ralentir. Puis la nuit tomba. La gosse est dans un bien piètre état : des pieds pleins de boue, des collants déchirés laissant apparaitre des griffures sur les jambes, une jupe et un-t-shirt trempé qu'elle tentait toujours de protéger de la pluie avec un gilet qui n'était pas dans un meilleure état, et une tête de chat mouillé dépressif. Mais qu'importe elle continuera d'avancer. Elle ne peut faire autrement, c'est son seul objectif : avancer. Car elle n'est rien.

Nous ne sommes rien. Comme cette jeune fille dont finalement nous ne saurons jamais rien, puisqu'elle n'est personne. Elle n'a pas d'histoire, de nom, de visage, juste une figure perdu sans but sur une feuille blanche. Qu'importe ce que l'on dit, face au Monde, face à la Nature, face à la solitude nous ne sommes rien. Oublié le caractère, les exploits et les projets. Perdu le visage, les détails, les habitudes. Disparu les sentiments. Effacé le nous. A la fois petit et immense, démesuré et ridicule.

Que retenir de ces lignes perdues sur une page oubliée ? Ce que vous voudrez. Voyez-y un message, une satire, un éloge, une dénonciation caché,… Qu'importe, seul vous peut décidez ce que vous voulez voir, entendre comprendre. Libre à vous d'être en colère, perplexe, malheureux, satisfait, joyeux, indifférent. Je ne suis qu'un individu parmi tant d'autre ayant posée sur le papier une idée sans queue ni tête. Je ne suis personne pour vous dire quoi faire.

Par pur esprit de contradiction, je vais infirmer ce que je viens d'énoncer pour vous faire par finalement de la seule idée que je juge digne de vous énoncer. Qui que vous soyez, quelques soit votre situation, votre mentalité, vos désirs, votre passée, ne laissez jamais quelqu'un d'autre vous dire ce que vous devez penser ou comment vous comportez. Vous êtes libre de cela alors profitez-en.