Titre : L'Éclair Rouge.
Pseudonyme : Alexander Dark / Lou Ainsel.
Genre : Drame – Fantastique – Horreur – Romance (Homo-romance)
Nombre de Caractères (avec espace) : 51 975 caractères.

Résumé : Natan Ilum y Tempesta est un jeune noble catalan du XVIème siècle. Amoureux des Arts et des Sciences, son dévolu s'est jeté sur l'ancien apprenti de son précepteur : Joaquim de Barcelona. Leur histoire prendra néanmoins un tournant bien plus sombre lorsque l'Inquisition viendra perturber les plans bien huilés de Natan…

Petit Mot de l'Auteur : Alors, voici une nouvelle Homo-romantique que j'ai rédigé dans le cadre d'un appel à texte. Cette nouvelle n'ayant pas été retenue, j'ai préféré la partager ici. J'ai pris plaisir à l'écrire (même si certains évènements, dont la perte de mon premier jet dans le broyeur de mon foyer conjugal, ont rendu l'exercice parfois difficile ^^') alors, je souhaite la partager avec autrui. Elle n'est pas parfaite, et je pense que nombre de maladresses de français subsiste encore : mais n'hésitez pas à me donner votre avis ^^


Le ciel gris qui nous domine depuis l'aube me rend maussade. Je me suis réveillé seul, entre mes draps de soie. Mon regard s'est alors perdu dans le vague, pendant que ma servante s'affère à me servir le petit déjeuner et ouvrir les rideaux et contrevents. Il me faut me lever. Le sermon habituel pour avoir veillé est parfaitement ignoré au point de la faire soupirer. Je n'en ai cure, il m'est plus aisé de fermer les yeux et de replonger dans les affres du souvenir.
Oui… L'absence de lumière, la sensation d'un corps contre le mien. Ses vêtements qui glissent, révélant une peau dorée par le soleil. L'odeur d'encre et de paille de sa peau, le côté un peu rêche de sa chevelure brune maltraitée. Oui, me souvenir m'est bien plus agréable, et un sourire rêveur vient se perdre sur mon visage.

Ne voulant pas contrarier d'avantage la petite silhouette dynamique, je quitte donc mes draps. Nu comme au premier jour, l'agitation extérieure aiguise ma curiosité. Je marche vers la fenêtre, non sans questionner Niña, ma servante.

« Que se passe-t-il ? Pourquoi autant d'animation en ce jour si gris ?
— Un hérétique aurait été arrêté ce matin. Ses crimes ont déjà été jugés : il sera exécuté par le feu d'ici peu, » me répondit-elle de sa voix calme, tout en rangeant ma chambre.

Je me contente de hausser un sourcil. La place de Santa Eulàlia va donc encore s'illuminer de la couleur du bûcher ? C'est pour cette absence de finesse que Barcelona me déplait autant. Je laisse ma servante apporter ma tenue du jour. Ma sœur a probablement insisté pour que je sois parfait vu la qualité du tissu. Quel intérêt ?
Ma chemise est en soie et le lacet pour l'encolure d'un cuir robuste, sombre. Je laisse Niña l'ajuster, pendant que j'enfile mes dessous ainsi que la jupe. Un veston de brocart cintré, où les fils d'or et d'argent s'entremêlent en un motif floral, termine ma tenue. Vert et blanc, hein ? C'est élégant, j'en conviens. Mais j'aurais préféré des couleurs plus sombres ! J'ai le teint si pâle, cela m'aurait mieux sis. Et puis, le vert jure avec le bleu de mes iris. Je me perds un instant dans mes pensées, alors que la jeune fille d'une dizaine d'années à mon service utilise un petit tabouret de bois pour ajuster ma chevelure auburn.

« Vous n'êtes pas curieux de savoir quel crime cet hérétique a commis, ou son nom, mon seigneur ? » me demande-t-elle soudainement.

Surpris par sa question, je regarde son reflet dans le miroir sur pied. Je ne comprends pas cet éclat dans ses yeux d'un marron si sombre qu'ils donnent l'illusion d'être noirs. Sa chevelure blonde nouée en chignon lui donne cet air dur, mais son ton était comme préoccupé. Je fronce les sourcils, et ma langue claque contre mon palais alors que ma pensée se fait parole.

« Et que devrais-je donc savoir ? Il ne se passe guère un cycle lunaire sans morts dans cette cité ! Je te concède que le Cardinal Jiménez de Cisneros est plus conciliant que ne l'étaient Torquemada ou Deza, mais l'Inquisition reste l'Inquisition.
— Ces mots… viennent-ils de vous, ou sont-ils de señor Joaquim de Barcelona ? »

Ma mâchoire se serre, et je me retourne violemment. Ma main se pose sur sa gorge, sans hésitation. Cette sale gamine : comment ose-t-elle ?!

« Ximo est à moi, et non l'inverse. N'insinue jamais qu'il ait l'ascendant sur ma personne, Niña… » dis-je d'une voix sourde et pleine de menaces. Et pourtant, elle sourit. Elle sourit avec un air… triste ?

« C'est lui mon seigneur : l'hérétique sur le bûcher. Ses écrits ont été trouvés… L'inquisition ne laissera jamais quelqu'un dénoncer leurs abus. Car il n'y a d'abus si c'est pour Dieu et sa Grandeur. »

Être transpercé d'un carreau d'arbalète aurait été moins violent que ces mots. Ma poigne se desserre. Je n'ai pas le temps de comprendre son sarcasme envers le Divin que je me précipite vers la fenêtre. Vers le balcon que j'avais ignoré. De cette chambre, on a une vue sur la route menant à la place. Et alors… la voix des crieurs publics me parvient. Le nom de Joaquim, MON Joaquim retentit. Les papiers tous droits sortis d'une presse locale se répandent aussi.
Mes doigts se resserrent sur la pierre de ce balcon. Non, je ne peux tolérer une telle destinée ! Hier soir encore, je prenais possession de ses lèvres. Je sentais son corps fusionner avec le mien. Sa sueur avait imprégné mes draps et s'était mélangée à mes râles de plaisir. Pourquoi ?! Comment ?! Lorsqu'il est rentré chez lui ? Assurément… Mais qui ? Qui aurait pu le trahir ? J'étais le seul à savoir sur quoi il écrivait. Le seul. Il était mien, personne ne pouvait savoir pour lui. A moins que…

« Si vous vous demandez, mon seigneur Natan, si je suis responsable : sachez que vous-même seriez actuellement en situation délicate. Après tout, ce n'est certes pas le bûcher qui attend votre pêché, mais vous comme moi savons que votre lignage ne le laisserait pas impuni. »

Niña… Son regard est sombre, calculateur, mais son sourire est là. Oui, j'aurais été capturé aussi si cela avait été elle. Car elle n'aurait pas caché mes crimes de sodomite si elle avait eu assez d'audace pour livrer mon comparse. Je retourne dans la chambre, et mets mes chaussures. Les talons claquent sur le sol d'un marbre poli. Je quitte donc la chambre, ma servante personnelle me suivant. Là, j'aperçois ma chère sœur et mon beau-frère au rez-de-chaussée. Ils semblent se préparer à sortir.

« Natan ! » s'exclame ma sœur aînée en m'apercevant. Son grand sourire et sa joie la met parfaitement en valeur dans sa robe d'un rouge grenat. Sa longue chevelure d'un noir d'encre est prise dans un chignon sophistiqué et complexe.

« Rafael et moi-même allions rejoindre la place. Son jeune frère est parmi la Garde ayant attrapée cet hérétique. Voulez-vous vous joindre à nous, mon cher frère ?
— Ce serait avec le plus grand des plaisirs, ma sœur, mon frère, » répondis-je avec sourire, à son invitation pleine de joie et de bonne humeur.

Je sentais en moi l'envie de vomir et de hurler. Nous parlions là de la vie d'un Homme. De la vie de MON homme. Mais mon masque de noble s'était glissé sur mon faciès, à l'instant où la porte de ma chambre privée s'était ouverte. Dans mon rôle du gentil petit frère amateur d'art, vivant un peu dans son monde artistique et décalé, mes lubies n'étaient vues comme rien d'autre que cela.
C'est en riant, en discutant avec eux, que je me rendis à la place. Santa Eulalia nous accueillant, nous sommes guidés vers une scène où nous aurions une meilleure vue. Le ciel est plus noir encore… Et le tonnerre gronde. Alors que je peux le revoir, l'orage éclate mais sans pluie. Juste le tonnerre, lointain. Comme si le ciel le jugeait autant que cette foule d'ignares et de gueux !

Son visage à la mâchoire carrée est abîmé. Lèvres coupées, nez cassé, œil au beurre noir. Sa peau sombre est tuméfiée. Ma sœur commente joyeusement son allure de gueux, comme quoi un tel être est indigne et que cela se voit. Moi, je lui dis oui mais au fond… J'enrage. Ce corps que j'aperçois lacéré par endroit est normalement dessiné par les travaux multiples qu'il réalise pour payer sa pitance. Sa peau est dorée par le soleil et le travail en extérieur. Ses cheveux sont rêches mais leurs boucles naturelles m'amusent tant. Ses yeux d'un vert profond comme l'émeraude, m'ont captivés et poussés à le capturer. Ses lèvres charnues, sa voix rauque… Même sa barbe de trois jours, ou encore, la balafre sur sa joue ou les callosités de ses mains sont pour moi parfaites. Bon, son seul défaut c'est qu'il sent des pieds, le bougre. Mais là, alors qu'on l'attache au milieu du bois recouvert d'huile de roche : je n'arrive pas à comprendre. A me dire que je ne le reverrais plus jamais. C'est impossible, n'est-ce pas ?

J'aperçois soudainement son regard alors qu'il observe la foule. Nos yeux se croisent… Et je comprends alors que c'est notre dernier échange. Son sourire se fait provocant. Je vois ses lèvres bouger, ses dernières paroles. Je n'ai aucun mal à comprendre les mots que j'y lis, et l'intonation m'est donnée par l'éclat d'émeraude.

« Tu as perdu ton droit ? » dit-il, victorieux.

NON ! Ma mâchoire se crispe et ma colère est interprétée par mes proches. Pour eux, je trouve horrible son crime de blasphème et de critique de l'inquisition. Non, j'enrage ! J'enrage car je me souviens de notre relation. Car je l'avais piégé. J'avais entendu parler de lui par mon maître en art, lettres et sciences. Maître Hernando était si jovial quand il parlait de son apprenti, Joaquim. J'étais si jaloux. Je voulais savoir qui captivait autant MON professeur. J'avais fait fouiller et retourner les dessous de Barcelona pour le dénicher. J'avais alors appris sur quoi il travaillait. Depuis lors, je l'avais fait chanter. Il était mien, ma poupée, mon bien. J'étais le seul à avoir droit de regard sur son futur ! Ximo se devait d'être mien lors de mes venues à Barcelona. En échange, je lui fournissais des biens ou des informations pour son ouvrage. La lignée de mon père, « Ilum » et celle de ma mère « Tempesta » sont des familles influentes parmi la noblesse régionale. Je pouvais obtenir ce que je voulais. J'obtenais ce que je voulais pour le garder lui ! Et là, alors que l'orage vrombit, que l'éclair déchire le ciel, que les torches enflamment le bûché : il ose me narguer ?!

Même quand ses hurlements firent écho aux cloches de notre bonne Cathédrale, même quand la Mort le trouva, je n'ai pas détourné le regard. Finalement, ma sœur insista pour que l'on rentre. Je la suivi, et l'arrivée de la pluie dissimula finalement les larmes que je retenais. Rage. Dégoût. Révolte. Tristesse. Impuissance. Regret. Tant de choses… Mais surtout, la Haine. Ce Dieu qui de là-haut nous juge, de quel droit m'a-t-il arraché mon aimé ? J'écoute et sourit faussement mais avec panache à Julieta et Rafael. Mais au fond, mes pensées sont dirigées vers la Haine. Et lorsque j'entends que son âme, à mon Ximo, moisira en Enfer… Je me murmure vaguement « Oui… »

Je rentre dans mon domaine le lendemain. Oui. Je peux trouver un moyen, il doit bien exister un. Je le ramènerai. Et même les foudres du Divin ne m'en empêcheront pas.


Voilà déjà une semaine que je suis chez moi. Mon domaine, dissimulé au cœur de la Fageda d'en Jordà, m'apaise. Ici, il n'y a que Niña et moi. Bien sûr, il y a la venue régulière du commis, qui nous livre les denrées et autres commandes que ma servante peut passer. Mais je ne connais même pas son nom, ne m'intéressant pas à ces choses-là. Le bas-peuple n'a nullement mon intérêt.

Je ne quitte que difficilement la bibliothèque. J'y soupe et j'y dîne même. Ma servante ne dit rien, elle a arrêté après deux jours face à mon attitude. Je dois la trouver. La solution. N'ai-je point d'ouvrage parmi ces trésors manuscrits qui répondra à mes souhaits, mes demandes ?! Le désespoir me guette, assis dans un riche fauteuil je ne peux que soupirer. Je n'ai aucune piste.
Le son de verrerie me tire de mes noires pensées. Ma petite servante est en train de me servir une infusion brûlante au vu de la fumée. Je pose ma main sur sa chevelure, un sourire un peu triste alors que je souffle :

« Que ferais-je donc sans toi, Niña ?
— Rien mon seigneur. Mais, que cherchez-vous réellement ? Vous êtes le fils du Seigneur Iñigo Ilum Espina et de Dame Magdela Tempesta de Luz. Deux nobles lignages. Ne pouvez-vous point avoir tout ce qui vous fait défaut mon seigneur ? »

Son ton est doux alors que son visage est gelé. Un frisson me prend, une sorte d'appréhension. Ses yeux me fixent comme s'ils lisaient en moi. C'est déroutant. Ma réponse manque d'assurance, alors que je réfléchi.

« Je ne suis que le troisième fils. Je n'ai point de valeur autre que sur un bon mariage. Et par chance… Mère me pense suffisamment étrange et fou pour ne vouloir dévoyer sa lignée en me mariant. Je vivrais dans ce Manoir perdu dans la forêt, comme mon arrière grand oncle avant moi. »

Au final, la tristesse a remplacé mon émotion de crainte alors que je me perds en souvenir. Oui… Ce manoir était celui d'un membre de ma famille qui a été invité à un « exil de société » en quelque sorte. Un « échec » selon les critères des Ilum. Ma nuque me tire et me pousse donc à un léger grognement, mais quand mes yeux se rouvrent, je ne vois que le visage de Niña paré d'un étrange sourire.

« Que ?
— Vous êtes donc similaire à Maître Antonio, mon seigneur Natan ? »

Perplexe. C'est l'émotion qui me domine alors que je ne comprends pas. Je la vois trottiner en sifflotant, joyeuse. Elle approche une des vieilles bibliothèques poussiéreuses. Ses rayons ne sont que des tonnes de livres vantant le Seigneur notre Dieu, je hais son contenu en ce moment. Pourtant, alors qu'elle approche de la bible, je la vois la retirer et glisser sa main près du bois. Un mouvement révèle un renfoncement. Un simple clic déclenche un vrombissement. Des rouages ? Ici ?
La bibliothèque glisse alors, révélant une mécanique simple de rails dissimulés mais surtout, une arche de pierre poussiéreuse où quelques toiles d'araignées se sont perdues.

« Voulez-vous connaître les secrets de Maître Antonio ? » me demande-t-elle, avec son sourire glacé.

Je tremble. En cet instant, mon corps hurle que Niña est dangereuse. Qu'elle est anormale. Et là, je me souviens. Il y a maintenant trois ans que je vis seul dans cette demeure. A mon arrivée, il n'y avait personne. Juste la poussière. Et alors que j'allais réclamer des serviteurs, elle était apparue. Dans son allure entre enfance et adolescence, elle m'avait regardé. M'avait demandé qui j'étais. Puis, elle avait sourit et s'était présenté comme la servante des lieux. Elle a ses quartiers dans une petite maison à l'écart. Elle vivait là à l'époque, entretenant un peu les extérieurs. Mais je n'avais jamais pensé à l'évidence : a-t-elle des parents ? Pour moi, elle était la fille de la précédente servante ou du précédent serviteur. Je ne me suis pas intéressé à sa vie. Mais présentement, je me rends compte qu'elle n'a pas vieillit. Est-ce une tare ? Il existe des adultes qui gardent une apparence enfantine, elle en est peut-être. Pourtant, elle parle de mon oncle Antonio comme si elle l'avait connu !

« Vous ne voulez pas savoir ? Vous ne voulez retrouver votre cher Joaquim ? » ajoute-elle face à mon indécision.

Le nom de celui que je veux arracher aux Cieux me fait froncer les sourcils. Mon poing se serre et je quitte mon fauteuil. Mes chaussures marquent la poussière et je ne peux m'empêcher d'avoir un air de dégoût lorsqu'elle écarte les toiles d'araignées avec un chandelier. Chandelier qu'elle allume ensuite pour éclairer notre chemin. Des escaliers sombres. Une poussière qui gratte ma gorge et pique mes yeux, me déclenche quelques quintes de toux.

Pourtant, mon regard ne peut pas quitter les faits et gestes de Niña. Elle a l'air de parfaitement savoir ce qu'elle entreprend. Et lorsque nous arrivons près d'une épaisse porte de bois, du hêtre de ce que je peux en déterminer ayant l'habitude d'en manipuler, elle me tend le chandelier. Surpris, je prends l'objet et la vois sortir une chaîne d'argent de sous son col. Une épaisse clé de bronze s'y trouve accrochée. La confusion domine alors qu'elle ouvre l'antre d'un secret que je ne peux qu'appréhender. Son geste m'indique d'entrer, ce que je fais.

Mon premier constat, la présence de lumière. Mon regard se lève pour constater une verrière à la structure de fer, partiellement recouverte de lierres et de ronces, mais qui laisse filtrer l'astre solaire déjà atténué par la forêt de hêtres du domaine. Je suis pourtant étonné de ne pas avoir vu une telle particularité lors de mes nombreuses promenades en forêt…

« Le jardin derrière ma maisonnée, y êtes-vous déjà allée ?
— Jamais. Il est inaccessible. Recouvert de… »

Et je comprends alors, sous son air satisfait. Il est entouré et recouvert de ronces en quantité. C'est plus un espace d'herbes dévoreuses, folles. Mais il y a aussi de sublimes rosiers sauvages alors, les fleurs qu'ils donnent rendent l'endroit beau. Cependant, jamais personne n'ira s'y aventurer ! Nous sommes donc si loin ? Le temps passé dans ce tunnel s'explique aussi.

Ma main vient lentement se glisser sous mon menton, je réfléchis. Mes yeux balaient l'endroit. De nombreuses piles de livres. Un bureau de métal parsemé de parchemins jaunis voire illisibles. Mes pieds me portent naturellement vers l'endroit, la curiosité meut mes gestes. Des schémas, des diagrammes, des figures que je ne connais pas. Des listes d'ingrédients, des idées. Ses notes sont complètement folles mais surtout, si incohérentes. Mon regard glisse sur Niña : elle allume diverses torches au mur avant de rester droite, immobile, face à l'entrée. Ses yeux dardés sur moi.

Finalement, alors que j'observe la structure de métal qui trône au centre, un faux geste fait tomber un ouvrage massif. La poussière qu'il soulève me brûle les yeux. La toux est si forte que mon corps se plie et l'un de mes genoux touche le sol. Mon vêtement sera sali mais qu'importe, ce tunnel a besoin d'être nettoyé en premier lieu ! Ouvrant difficilement un œil, je vois l'ouvrage. Il est en latin. Retirant l'éternelle poussière, j'ai un cri de surprise et d'horreur sur le coup. C'est un grimoire… de magie noire ?! Là, je sens le poids de ma servante contre mon dos. Elle me murmure, sa voix chantante et tentatrice.

« Il y a toujours un moyen de ramener un être cher, Maître Natan. Comme l'a fait Maître Antonio… Il suffit d'une simple requête, d'un simple pacte. Et son âme vous sera rendue, récupérée des tréfonds des Enfers. »

Mes yeux ne veulent pas quitter ce grimoire, ni cette voix. Mes doigts dessinent le pentagramme inversé gravé sur le cuir noir. Je déglutis, alors que je réponds à ce son insidieux.

« Qui es-tu Niña ?
— Je suis Pehiros, ton grand oncle m'a appelée en ce monde et m'a liée en ce lieu. Moi, le grand maréchal de camp des Enfers. »

Je frissonne. Sa voix est devenue plus masculine, plus caverneuse, mais toujours aussi sensuelle. Un… démon ? Pourquoi aurait-il agit ainsi ?

« Comme toi, Antonio souhaitait retrouver quelqu'un. Ce corps qu'est le mien, il l'a créé comme la copie de son enfant perdu qu'il souhaitait retrouver – elle s'éloigne de moi, amusée. Son doigt glisse sur la table métallique du centre alors qu'elle, ou il, reprend – Il a suivi mes indications mais… une maladie l'a emporté avant que je ne puisse remplir mon pacte. Mon contractant mort, mon pacte non-rempli, j'ai emprunté ce corps, cet homoncule, et attendu qu'un descendant arrive et reprenne son pacte. »

Pourquoi suis-je tant captivé en la regardant ? Son air goguenard me tire un frisson… Ce corps n'est donc qu'un corps artificiel ? Mon oncle a pu aller aussi loin dans l'hérésie ?! Un démon. De la Magie ? Mais la science… La science ne suffit pas toujours. Mes yeux se ferment, et je me calme. Tout en me redressant, je fais donc face au Démon Pehiros, l'un des grands serviteurs de l'Enfer dans les anciens textes. Nécromant et voyant. Avatar du Mal.

« Je pourrais retrouver Ximo ? » demandais-je, d'une voix hargneuse.

Son sourire s'agrandit, et un ricanement quitte sa gorge. Il acquiesce mais ne dit mot. A la place, il semble quitter son siège et se diriger vers une autre pile de livres. Il en extrait un, précisément. Enlève la poussière et me l'apporte. Cet air victorieux… Devrais-je m'en méfier ?

« C'est dans ce livre que ton ancêtre a inscrit ses notes pour la création du corps. Je ne peux qu'appeler l'âme : le corps doit-être conçu par le labeur du désespoir, et animé par les Cieux. Alors seulement, l'âme des Enfers s'y imprègnera.
— Et que dois-je donner en échange ? Rien n'est gratuit, surtout pas avec vous… »

Son sourire s'agrandit, et son rire ne colle tellement pas à son corps. Ce rôle qu'il a maintenu vole en éclat. Il n'est pas humain, et encore moins humaine.

« Ton âme, à ta mort, sera mienne. Cela est bien suffisant, petit homme… »

Il ne me dit pas tout, mais qu'importe. Lorsque je ferme les yeux, je revoie la silhouette de mon Ximo. Sa voix douce mais rauque. La chaleur et la douceur de sa peau. L'intensité de ses iris alors qu'il me fusille du regard pour un désaccord ou me toise pour mes allusions. Son air soucieux lorsqu'il regarde ses notes. Sa façon de me repousser pour finalement accepter mes étreintes, mon amour, ma passion, ma flamme. Je veux le revoir, le garder pour moi. Ici, perdu dans cette forêt de hêtre, qui saura qu'il est là ? Il sera mon précieux oiseau en cage, mon bien, mon trésor. Il vivra à jamais pour moi. Ma décision est prise à l'instant où je m'extrais de mes souvenirs. Un éclat un peu fou doit animer mes yeux bleutés, mais qu'importe. Je souffle les mots qui scelleront la destinée de mon âme, non sans savourer l'extase de défier les Cieux. De redonner la vie à un homme.

« J'honorerais le pacte Pehiros. Et mon âme sera tienne lorsque l'heure sera venue. »

Et son sourire victorieux, ainsi que son rire, scellent ma destinée d'hérétique.


Voilà déjà plusieurs mois que je sais la vérité sur les secrets de cette demeure familiale. Sur ce qui y vit, tapi dans une éternelle apparence juvénile. L'hiver arrive, et bientôt, nous célébrerons la nouvelle année. Oui. L'an 1509 s'annonce comme l'année où je le retrouverai.
Ces derniers mois furent difficiles. Je me devais de remettre en état le bureau caché, ou devrais-je dire laboratoire, d'oncle Antonio. J'ai dû retrier les nombreux ouvrages, et Pehiros ne m'aidait nullement. Il continue de jouer le rôle de Niña au quotidien. J'ai appris que sa magie lui permettait d'embrumer l'esprit des faibles : c'est ainsi que le commis n'a jamais vraiment fait attention à son allure intemporelle depuis que j'ai repris possession des lieux. Cependant, j'ai arrêté de me rendre auprès de Julieta et Rafael à Barcelona depuis. Cela les a surpris, mais j'ai trouvé un bon prétexte. Je travaillerai sur une sculpture parfaite. Les miens m'ont donc laissé dans mon coin, et pour les rares visites qu'ils octroient : j'avance un peu une sculpture factice.

Le rangement terminé, le tri effectué, il m'a fallu changer du matériel. Ce fut plus compliqué, mais je trouvais des contacts et des informations contre l'argent nécessaire. L'occulte hein ? Je n'aurais jamais cru plonger dans ce monde un jour. Et pourtant, je m'y sens comme un poisson dans l'eau ! Probablement que les susurres de ce démon facilitaient les choses. Il peut parfois me parler des heures des scènes qu'il a surpris entre Ximo et moi. Il éveille alors mon envie de le voir, de le toucher, de le goûter. Mes sens sont fous, et je ne porte plus d'attention à grand-chose.
Peu m'importe d'être amaigri, si je peux le revoir, le retrouver au plus vite. J'ai épluché les écritures de mon oncle, je sais enfin comment m'y prendre.

La première étape est compliquée… Je me dois de trouver les ossements de son squelette. Joaquim a brûlé, alors, je dois reconstituer un squelette humain de toutes pièces. Je pense aller piller quelques tombes, mais la langue de vipère de Pehiros me donne une bien meilleure idée. Aucun ossement d'un tiers ne serait similaire à la structure de mon aimé.
Je pris sur moi, rongeant mon impatience, pour créer chaque ossement. Alors que j'avance, que je tâtonne, je me rends compte que je manque de modèle. L'argent me permet donc d'acquérir des ossements humains. La discrétion est de mise, car je sais ce que je risque si je suis découvert. Et il est hors de question que j'offre cette satisfaction à ce Dieu absent !

Au final, j'utilise mes talents de sculpteur pour me faire des moules dans lesquels je coule le métal. L'ossature de métal est fin prête. Je glisse mes doigts dessus, amoureux. Mon Ximo, tu seras bientôt auprès de moi mon amour. Là, je laissais la base sur la table métallique. D'après Pehiros, elle était indispensable pour la partie sur les Cieux. Mais n'en étant pas encore là, je ne cherchais nullement les détails. Non, il y a plus compliqué.

« Pehiros… Il est inscrit ici qu'il faut recomposer le corps, non ? Mais, dis-moi, comment est-ce possible ?
— Ah… La partie la plus amusante, si tu veux mon avis ! » me susurre-t-il en rigolant.

Je le sens se glisser derrière moi, avant qu'il ne vienne me serrer contre lui. Je ne peux empêcher une trace de dégoût sur mon visage à ses actes. Après tout, le corps qu'il utilise était la copie de l'apparence de la fille de mon oncle, non ? En somme, ce sont les traits d'une lointaine cousine morte avant d'être adulte. Il le sait, et il aime jouer de cela. Pourtant, son air pensif me surprend d'autant plus lorsqu'il se transforme en un sourire carnassier l'instant suivant.

« Tu vas devoir te plonger dans des pratiques païennes, mon petit Natan… Tu trouveras ce qu'il faut dans les écritures sur les pays de ceux que tu nommes "Sarasin"… Il y a tout ce qu'il faut savoir pour conserver un corps. »

Sa réponse me laisse perplexe alors qu'il s'en va en fredonnant. Curieux, mes pas me portent vers les livres dont il parlait. Par chance, ces derniers sont annotés par mon oncle. Pendant ma lecture, je comprends pourquoi ce fichu démon était autant amusé. Les ingrédients ne seront pas faciles à trouver et les intégrer sera délicat. Cela comprend les organes vitaux, les cheveux, la peau et les yeux. Chacun devra être à sa place dans le squelette, avant que je ne recouvre le tout de la peau. C'est la magie du Divin, la troisième étape, qui rendra le tout fiable sous les pouvoirs de Pehiros…
Un bruit sonore indique la fermeture du grimoire suivi par un rire qui s'empresse de quitter ma gorge. Oui ! Il ne manque plus que les composants ! Rien d'autre que les futurs morceaux de ton être, mon Ximo. Bientôt, tu seras auprès de moi…
Le livre dans ma main reprend place au milieu des documents, et mon air tendre, amoureux, ne peut que rêver de ce futur qui s'approche.

« Pehiros… Le commis a bien les yeux verts, non ? Et ta magie peut embrouiller l'esprit… » murmurais-je donc.

Le sourire qui me répondit fut suffisant. Oui, il m'aidera car c'est son intérêt. Lorsque le commis vint avec nos denrées, il ne quitta jamais la demeure. Il avait été si aisé, alors qu'il allait s'en aller, de trancher cette gorge et d'énucléer ce qui sera sien. Car ces yeux, à l'éclat semblable à mon Ximo, ne pouvaient qu'avoir été volés par ce gueux, voyons. Oui, les yeux de Mon Joaquim… Je suivais les indications de différents grimoires pour conserver ces billes qui me faisaient vibrer, me plongeaient dans le passé et m'offraient l'avenir en rêve. Un bocal que chaque jour, j'appréciais d'observer.

Quelques jours après son escamotage, on vint au domaine nous annoncer sa mort. Il avait été retrouvé dévoré par des charognards et on supposait une attaque de Loups. Mon masque sur le visage, je jouais l'homme accablé de chagrin face à cette perte. J'offrais même une récompense pour celui qui trouverait ces fameux loups. Finançant cette battue, je me fis bien voir. Au village, j'étais le grand homme sensible et aimant le peuple.

Cela me prit du temps, mais je passais des accords avec quelques brigands. Ils m'apportaient des hommes, des voyageurs. Ainsi, je pus récolter les organes que je cherchais. Les prélever alors qu'ils étaient encore vivants, hurlants, cela me permettait de mieux les conserver une fois mis dans le mélange de ces vieux textes arabes. C'était comme les transformer en cire, mais selon Pehiros cela suffisait. Le plus dur arriva après plusieurs mois : je ne me satisfaisais point de la situation. Où allais-je trouver une peau aussi parfaite que celle de mon Quim ? Où trouverais-je ces cheveux un peu rêche mais d'un brun envoûtant ?

Finalement, je retournais à Barcelona. Écumant les bars et tavernes du bas-peuple, je trouvais un ancien soldat à la jambe manquante qui avait la bonne chevelure. « Niña » avait dû rester chez ma chère sœur et mon cher beau-frère… Mais peu m'importait. Je l'avais acculé dans les égouts de Barcelona je l'avais poussé à me suivre. Il pensait que je lui donnerais de l'argent, je n'avais cure de quelques pièces voyons ! Mais une fois seul, je m'étais emparé de ma lame pour lui transpercer le cœur. Longuement, je tailladais sa gorge pour observer cette odeur familière et ce flux rouge sombre fascinant. Les gargouillis du sang et de ses tentatives de cris me firent ricaner, alors que je récupérais son scalp. Oui… Bientôt, bientôt. Il me faudrait faire attention mais désormais, il me fallait uniquement la peau.

J'avais fini dans un vulgaire tripot pour me nettoyer et me changer. Le genre de lieux où seuls les gredins et les malfrats venaient… Mais avec mon corps amaigri, mes cheveux longs en catogan, et mon air fou alors que j'observais le tissu où reposait mon bien, on me laissa en paix.

J'attendis à peine l'aube pour repartir. Annonçant à ma sœur, l'air jovial et si frais, avoir trouvé l'Illumination ! Je vins la prendre dans mes bras, l'embrasser comme un frère, et rire en la remerciant. Oui, j'avais trouvé la bonne chevelure en venant chez elle, et Rafael. Je repartis comme un coup de vent, en sifflotant gaiement. La peau ? Il y avait bien ce jeune paysan du Village. Le fils du nouveau commis d'ailleurs. Je fis part de mes observations à Pehiros, il souriait. Avec cet éclat que je ne comprenais pas. Moi, je ne voyais plus que mon Joaquim qui se rapprochait de moi… Bientôt, il serait de nouveau Mien. Et non à ces Enfers ou ce Dieu du Jugement !

Le soir venu de notre retour au domaine, je réfléchissais en me documentant pour l'animation par les Cieux. Sachant Pehiros installé avec un thé, un peu plus loin, je le questionnais calmement. Mes mains exploraient le grimoire page par page.

« Quant tu parlais de Cieux, cela n'avait rien à voir avec Dieu, n'est-ce pas Pehiros ?
— Oh… Tu as compris alors ? dit-il alors que la faïence m'indique qu'il repose sa tasse. En effet, ce cher Seigneur n'a rien à voir. En fait, ma Magie réagira aux Cieux pour lier l'ensemble. Le pentagramme gravé sur cette table est un excellent vecteur.
— Alors, cette peau, je dois veiller à la récupérer au bon moment. »

Mon corps pivota pour le regarder à cet instant. Voir ce visage fin me glaçait le sang, mais « Niña » me fit signe que oui. Hum…

« Le fils du commis doit prendre sa place je crois. Nous le garderons donc, lorsque le temps y sera propice. Le temps est proche, bientôt tu devras remplir ta part, Pehiros.
— Évidemment. Nous, démons, n'avons qu'une Parole… »

Mes doigts glissent sur le squelette de métal. Bientôt, bientôt mon amour.


« C'est aujourd'hui alors ? »

Un murmure amusé. Une voix qui me fait quitter la contemplation du ciel depuis le balcon du second étage du manoir. Lorsque je me retourne, cette frêle silhouette approche. Ses petites mains sur le rebord, alors que mon regard suit la direction du sien. Elle arrive : la peau de mon aimé. Au loin, le grondement du Seigneur me pousse à un air narquois envers les Cieux.
Lentement, mes jambes amorcent un mouvement pour me faire quitter les lieux. Ceci alors que mes lèvres soufflent ses directives à mon « allié ».

« Tu sais ce que tu dois faire, Pehiros… »

Mes pas me mènent jusqu'au laboratoire. Je sais qu'il ne faillira point. Il a besoin que je parvienne à mes fins pour que son esprit quitte cette marionnette, et qu'il rejoigne les Enfers auxquels il appartient. Voilà presque une année que nous avons été séparé, mon aimé. Le ciel me nargue, alors qu'aujourd'hui était le jour de ton exécution.

« Que dirais-tu en sachant à quel point je me languis de toi ? Hier soir, je revoyais notre dernière nuit… Elle était si violente, si passionnante. Tu t'en souviens, Ximo ? »

Un souffle, un murmure. Assis près de cette table de métal, mes doigts caressent son squelette. Mes yeux fixent ceux du bocal. Qu'il me tarde de déposer une peau sur cette structure afin que la magie lui rende sa chair. Je sens mes reins s'enflammer alors que j'imagine son corps nu. Je ferme les yeux, et lentement, laisse ma main me soulager en imaginant que c'est la sienne. Son parfum me revient, ce parfum suave, entêtant, du labeur dans les champs lors des beaux jours.
Comme j'avais été heureux de découvrir ses travers, son penchant de pécheur. Un simple hasard, mais j'eus compris que c'était la raison de sa vie de dérive dans les bas-fonds de Barcelona. Oui, un scribe et un érudit de l'église qui moisit et prêche contre les dérives de l'Inquisition ? Tu te savais pécheur. Moi, je n'ai fais que le découvrir et m'en servir.

Ma tête se fait lourde, mon souffle erratique et je me souviens. Je t'avais piégé, des gardes t'empêchant de fuir. J'avais secoué les parchemins de ton « torchon » comme dissuasion, et l'éclair de ton regard m'avait fait trembler de plaisir. Cette ardeur, cette passion, je n'avais pas pu m'empêcher de ravir tes lèvres, de vouloir ton corps, d'asseoir ton âme. Maître Hernando m'avait toujours attiré, mais toi, son disciple, tu étais si pur, si brut, si bestial. Je voyais tant d'idées de sculpture et de peinture face à cet océan de verdure expressif. Tu m'as transcendé, mais je sais : tu voulais m'échapper. Ce que je veux, je l'obtiens : tu le savais. Je suis un Ilum y Tempesta. Je suis un des nobles de cette Espagne divisée, de cette époque de reconquête de nos terres, de leur unification sous une même royauté.

Mon corps tremble, ma main aussi, alors qu'un râle quitte ma gorge. Alors que ma tête se fait plus lourde. Je me laisse choir sur cette chaise de bois, les bras ballants dans le vide. La nuque en arrière, mes yeux fixent le plafond mélangeant verre et métal. De là, je vois le ciel qui se couvre, les ronces et rosiers sauvages qui donnent un air inquiétant aux ombres. Moi, entre ces branches et leur couvert, je vois ton regard accusateur, celui provocateur de ton bûché aussi. Je me souviens de façon lointaine des ces instants après nos ébats, où nous parlions. Nous échangions. Ces moments étaient peut-être les seuls véritables de complicité. Tu parlais avec conviction des abus faits par les précédents cardinaux, ou dans les campagnes. Tu tremblais en pensant à la Reconquista et au fait que si tu finissais sans rien, tu pourrais t'y retrouver piégé. Tu me reprenais quand je moquais les sarrasins, m'affirmant que je n'avais pas le droit de juger les croyances d'un autre, encore moins en étant moi-même un hérétique. Tu me reprenais, quand je jurais. Et moi, moi je faisais des croquis, je te dévorais des yeux, je me laissais porter par ta voix. Blotti contre toi, ou alangui entre les draps alors que tu contemplais un feu ou un livre, je suivais tes gestes, je percevais ton souffle, j'étais conquis. Tu étais mien, mais je sais qu'en vrai… J'étais tout à toi, mon aimé. Mon attention, mon âme, mes gestes, mes talents. Car j'étais tien, tu ne devais regarder que moi. Je détestais lorsque tu parlais du Maître ou le citer, je détestais tes « collègues », je haïssais ta logeuse ou la lavandière qui s'occupait de ton linge contre monnaie. J'aurais tant aimé t'emprisonner dans mon monde, Joaquim. Être le seul à contempler ton sourire en voyant un couple se former, en voyant des enfants jouer, en entendant la boulangère vanter les talents de son mari à ses amies, en observant la Vie. Et pourtant, tu regardais tellement les Autres, mais me regardais-tu : moi ? Non. Alors je t'ai gardé pour Moi. Et désormais, que cela soit les Enfers ou Dieu peu m'importe : démons ou anges, ils doivent te rendre à moi. L'orage gronde, les Cieux sont là. Et Pehiros doit avoir terminé de neutraliser celui qui a volé Ta peau.

Comme une poupée brisée, mon corps se redresse et j'embrasse cette structure tendrement. Mes pas me font rejoindre les zones habitables, mais je te murmure avant de passer la porte de hêtre :

« Ce soir nous serons de nouveau réuni. Attends-moi, observe-moi, languis-toi, Ximo… Car je ne te laisserais plus jamais partir. »

Lorsque je passe la porte du salon du Manoir, mon regard ne se porte ni sur la grande tablée où des plats luxueux s'étalent, ni sur le faste des peintures accrochées aux murs ou à l'argenterie qui illumine les lieux. Non, mon regard est sur La peau de mon amour. Et je laisse mon masque se glisser, alors que j'accueille ce voleur, mon hôte.

« Señor Ilum, je vous remercie pour cet honneur, » me dit-il, se courbant, dévoué. Quel bon vassal…

« Il n'est rien voyons, redressez-vous, Sieur… ?
— Angel Garcia Caballero. Je remplace mon père, Herman, depuis quelques mois désormais, dit-il, un sourire sur le mauvais visage.
— Oui, Niña m'en avait informé. J'ose espérer que ce repas et cette nuit vous serons favorable, Señor Garcia. Je vous en prie, mangeons. »

Ses remerciements, je les acceptais en « bon seigneur » mais en fait, je n'en avais cure. Alors que nous passions à table, je m'apprêtais à faire semblant de manger lorsqu'il me demanda pour réciter le bénédicité. J'avais faillit oublier dans ma précipitation à le voir manger… Je lui en donnais l'honneur. En réalité, je crains de ne plus savoir les paroles exactes pour bénir un repas. Depuis que j'ai décidé de tourner le dos à ce Seigneur des Cieux, j'ai cessé d'agir dans son intérêt. Je veillais à me rendre à la paroisse de temps en temps, comme à l'époque. Ils ne m'ont jamais vu, même dans le passé, m'y rendre chaque dimanche mais de temps à autre, en fonction de mes activités. Par contre, je remarquais son regard un peu suspicieux. Tss… Cet « Angel » est un bon croyant ? Pathétique !

Niña nous servait et il semblait se régaler. Moi, je ne mangeais pas vraiment… Car j'ai faim d'autre chose. Quelque chose qu'il m'apportera. Et lorsque je le vis tanguer, lorsqu'il commença à dire se sentir mal, lorsqu'il s'écroula endormi au sol non sans murmurer un simple « vous » accusateur, je quittais cette mascarade de repas et pris ce corps. Le traînant comme je pouvais jusqu'à la bibliothèque, j'ouvrais le passage et le portais alors sur le chemin. Pehiros derrière moi, chantonnant, alors que l'Orage résonnait et sa foudre tombait dans les bois.

Le laissant choir sur de la paille, je donnais quelques directives à mon comparse démoniaque alors que je prenais une lame bien affûtée. La peau devait être fraiche, et cisaillée d'une certaine façon. Je m'étais entrainé sur des cadavres achetés à des vendeurs de morts durant des jours et des jours. J'allais enfin récupérer le bien que cet humain avait volé. Pauvre idiot, pauvre brebis de ce « Dieu », voleur de peau… Je n'avais pas d'hésitation et même un sourire en laissant glisser ma lame.

La douleur sembla le réveiller, mais il était maintenu paralysé par la Magie du Démon. Pehiros, les yeux brillant du rouge du sang, avait le sourire en gardant ce corps sous son emprise. Je fis cela avec soin, avec délicatesse. Je veillais à ne pas l'abîmer, la peau de mon aimé. Laissant une carcasse dégoulinante, scalpée, dans la paille. Son cœur avait lâché face à la souffrance, et ses cris avaient trouvé un écho dans l'orage tumultueux. Moi, je m'approchais de mon office.
Là, je sortis de leurs bocaux les organes conservés et les disposais. Ceci tout en veillant à recouvrir la peau, la coudre avec attention. Embrassant légèrement le front, soupirant face à ce corps qui redeviendra bientôt mien, je me rendis vers une zone pleine de leviers. Un genou au sol, je finissais des réglages sur la machine à engrenages.

« Tu dois attirer les Cieux désormais… Et j'accomplirais ma part du Pacte humain, » me susurra le démon, non sans m'enlacer la nuque. Murmure insidieux dans mon oreille corrompue.

« Évidemment, » lui répondis-je, alors que je me relève en actionnant certains mécanismes.

Cette machine suréleva la table de métal. Le sang du cadavre frais servant d'offrande sur le sol. Un autre levier fut enclenché, puis quatre autres. C'était des mécanismes qui sortiraient des pointes de métal de ce sous-sol autour du jardin aux ronces. L'orage, et la foudre étaient au-dessus de nous. Le tonnerre gronda avec la lumière, alors que les cinq piques étaient touchées. L'énergie suivant le chemin de métal jusqu'au corps. Pehiros étincelant, volant au-dessus du corps de métal. Il psalmodiait dans une langue païenne, une langue inconnue, la langue des Enfers probablement.
Les éclairs pénétraient les lieux, mais je n'en avais cure. Inconscient, j'étais captivé. Le corps de mon aimé, je voyais la peau qui était comme vide, flétrie, se faire pleine. La chair redonnait à cet amas de métal et d'organes une silhouette. Lentement, le corps que j'avais fantasmé, le corps que j'avais rêvé, le corps qui m'avait toujours hanté se forma. Et lorsque Pehiros cessa de parler, le sang du mort s'éleva et vint se concentrer autour des mains du démon. Une sphère opaque, sombre, vint s'abattre dans le corps de Joaquim, pour le pénétrer sans en sortir.

Alors, les éclairs se turent, l'orage fut dissipé. Une nuit étoilée, sans lune, s'offrait à mon regard. Mais surtout, le corps sans vie de Niña jonchait le sol. Pehiros l'avait quitté, sa voix, son souffle, me murmurant dans un courant d'air qu'il avait remplit sa part. Mon cœur manqua un battement, et je courrais vers le corps de celui que je voulais revoir, retrouver. Là, je constatais un souffle, une respiration. Une première larme glissa, et je déglutis. Il ouvrit les yeux, grogna, et se redressa. Il semblait confus, mais son regard se posa sur moi. Sa voix grave, sa voix qui me hantait, c'était bien la sienne.

« Natan… »

Je ne le laissais poursuivre, mes bras s'enroulant autour de sa nuque. Mes larmes se mêlant au baiser que je récupérais. Ô mon aimé, tu es désormais là. De retour du monde des morts. Les étoiles m'en soit témoins, nous serons ensemble, à jamais.

Allongé entre les draps, je n'avais aucune gêne au fait d'être nu en l'observant. Mon cœur et mon âme, pour la première fois depuis ce qui me semblait une éternité, était en paix. Lui, il observait le feu dans l'âtre. Il avait glissé une fine chemise qui me fit penser que nous devrons aller lui faire acheter quelques tenues, les miennes sont trop petites. Sa mâchoire carrée m'offrait l'un des meilleurs profils sur son être. Lentement, mes doigts glissèrent pour se saisir d'un vieux carnet à croquis. Fusain en main, je commençais alors à le dessiner. Le vent nocturne qui faisait vibrer les branches étaient le seul son avec celui du feu crépitant. Moi, je me sentais juste en phase avec cette situation. Nous nous étions retrouvé, et comme toujours : il allait réfléchir sans un mot après que nous nous fûmes aimés. Si j'avais pu craindre que le Démon ne me dupe, j'étais certain que mon Ximo était bien le même.

« Qu'attends-tu de moi Natan ? » me demanda-t-il soudainement.

Je sursautais à la voix rauque, au ton cassant. Et, levant les yeux vers lui, son regard émeraude était dardé sur moi. Ces yeux étaient…vides ? Non. Je me laissais happer par cet océan vert et je distinguais de la passion, une violence contenue, un besoin aussi. Mon Joaquim n'a pas changé, oui. Alors, je souriais.

« Rien Ximo. Tu ne peux que rester avec Moi après tout. Que te demanderais-je de plus ? »

Oui… Il ne peut pas partir car il est là grâce à Moi. Jamais il ne partira, il m'est lié désormais. Mon crime est le crime de sa résurrection. Faisant glisser mon corps hors du lit, les draps tombent au sol et je m'avance vers lui. Lentement, je laisse mes doigts glisser sur sa peau. Le corps du voleur doit pourrir dans le laboratoire, mais je n'en ai plus besoin. Et l'orage a causé un grave incendie en forêt dans les contrebas… Personne ne le cherchera ici. Un Ange est mort, sacrifié au Démon, afin que l'Homme renaisse. Je trouve cela si beau…

Aussi, mes lèvres viennent capturer celles charnues de Joaquim. Je me glisse à califourchon sur lui, mes genoux callés entre sa silhouette et les rebords du fauteuil. Mes bras vinrent enlacer son cou. Il répondait, ne me repoussait pas. Ses mains dansaient dans le bas de mon dos, effleuraient ma chute de reins. Sa langue entamait un ballet endiablé avec la mienne, me tirait un soupir guttural.

Alors, il a finalement compris ? Avant, il m'aurait repoussé, il aurait hurlé à l'indécence de ma nudité face à sa tenue. Il aurait dit que je n'étais qu'un vil tentateur. Puis, il m'aurait prit sauvagement en proie à sa passion et son dégoût personnel, sa tourmente. Mais il savait que désormais, il n'avait plus rien à attendre de ce « Dieu ». Qu'il n'avait plus qu'à me laisser l'aimer, le choyer. Il est mon bel oiseau. Lascif, nos désirs se frôlaient. Lorsque j'entrouvris les yeux, je vis son visage avec des mèches collant un peu sur son front. Ses lèvres entrouvertes laissaient échapper un soupir suave. Ses yeux clos alors que son cou était offert à ma bouche pour quelques suçons. C'était une félicité de le voir se laisser aller, j'en avais tant rêvé. Qu'il se donne à moi, et cesse d'observer les autres…

Ce soir-là, nous nous étions encore aimé. Ce soir-là, je le fis mien et laissait ma marque sur sa peau. Plus rien ne pourrait désormais nous séparer… Aussi, lorsque je le vis absent au réveil, ma colère augmenta et je quittais la chambre en furie. Mon souffle était inconstant à cause de la course dans les couloirs de marbre froid. Mon corps se stoppa lorsque je le vis dans la salle d'eau. Il terminait de revêtir un vieux costume de majordome qu'il avait dû trouver dans un quelconque placard. Ses mains calleuses vinrent nouer sa chevelure désordonnée alors que mon cœur retrouvait un rythme plus apaisé. Son air tendre quant il se retourna m'était presque étranger mais si agréable.

« Tu m'offres une nouvelle vie… Te servir est le moins que je puisse faire, non ? »

Un goût salé sur mes lèvres me fit prendre conscience que des larmes de joie s'écoulaient de mes iris. Lorsqu'il me prit contre lui, je me laissais aller à ses bras. M'accrochant à son vêtement, alors qu'il me portait comme si de rien n'était. Je remarquais vaguement une coupure sur son visage, qu'il avait rasé, mais je dus l'imaginer car le temps d'y poser la main, il ne restait rien de cette vision. Riant, porté comme un trésor, je vins à lui dire :

« Je t'ignorais aussi fort, Ximo !
— Que veux-tu… Je suis plein de surprises. »

Lui aussi riait. Dans ce cocon, notre quotidien me semblait désormais si beau. Oui, je me fiche d'aller en Enfer le jour venu tant que je peux vivre ces moments. Les jours passèrent. Il reprit les tâches de Niña, et s'occupa des villageois en leur affirmant que cette-dernière avait disparue en partant justement à la recherche d'Angel. Leurs disparitions furent mises sur le compte de ce violent orage, et de l'incendie qu'il déclencha. Je pris en charge les funérailles, et Joaquim resta à la demeure. Oui, j'imagine qu'il ne veut plus approcher le domaine de Dieu désormais.
Le temps filait. Je savourais chaque instant. Plutôt que de prendre une nouvelle personne pour les livraisons, Joaquim s'en chargeait. Je l'avais suivi au début, ne voulant pas qu'il porte attention à d'autre. Mais mes craintes s'étaient tues : avec eux il était glacial et si tendre avec ma personne.
Pourtant, un soir où mon sommeil fut agité, je remarquais son absence à mes côtés. Intrigué, je l'avais cherché. Il écrivait, et lorsqu'il me vit m'empêcha de voir ce que cela était.

Je sentis le poison de la crainte, le poison de la confusion, se déverser dans mes veines. Il me cachait quelque chose. Quand je lui parlais de ces courriers, il m'affirmait que ce n'était que des demandes de marchandises pour mon confort. Je n'arrivais plus à analyser son regard. Je refusais toutes visites, et je voulais lui interdire d'aller ailleurs. Mais sa force était écrasante et je compris, lorsque je le cognais avec un vase dans ma haine, l'horreur de mon erreur. Sa plaie se résorba, le sang fut absorbé par sa chair et la douleur lui était inconnue. Mais j'avais tellement besoin de lui ! De là, je me laissais aller à mes colères, mes craintes. Je l'aimais autant que je le violentais. Hurlant, sentant mon âme se perdre.

Des mois s'écoulèrent ? Plutôt des années. Aujourd'hui, j'observe le ciel orageux depuis mon balcon. Ma peau est ternie, mon regard lointain. La folie à envahit les portes de mon esprit. Le sang macule mes mains, mais je suis le seul à voir ce rouge sombre. Je suis richement vêtu, mais je sens la Mort. Mon visage cireux, mon corps amaigri qui a perdu le goût pour la nourriture et le sommeil attend son jugement. En contrebas, les villageois qui traverse la sublime Fageda d'en Jordà, torches allumées. Derrière-moi, je sens sa présence. Je le vois me servir le thé, dans cette tenue de majordome. Son visage n'a pas changé, et son sourire victorieux comme autrefois est de retour alors qu'il s'adosse contre la rambarde. Les bras croisés, amusé par cette foule hurlant à la mort de l'hérétique.

« Ils sont bruyants, n'est-ce pas Natan ? Tu sais… Les démons ne donnent jamais rien sans rien. Enfin, c'était amusant de jouer avec toi. Je me demande qui sera le prochain. Tu as été divertissant : je t'en remercie. »

De quoi parle-t-il ? Je tourne difficilement mon visage vers lui. Le bleu de mes yeux étant devenu d'un fade proche du gris. Ses beaux iris vert ayant disparus pour un regard plus félin, d'un rouge sanglant. Je connais ce regard, et je comprends alors. Mes yeux s'écarquillent, et alors qu'il s'en va, je tente de me lever. Mon corps atrophié en souffre et je choie au sol. Sa silhouette disparait en direction du laboratoire, un simple index sur ses lèvres alors que son souffle me porte un « chut » d'une voix différente. Je sens mon cœur et mon âme s'écrouler en morceaux, alors que des flèches de feu et des torches incendient lentement ma demeure. La fumée s'empare du manoir, et les flammes font s'écrouler l'endroit où je suis. Dans ma chute, dans ma lucidité, je ne vois que l'orage qui éclate et n'entends que son rire.

« Pe…hiros. »


« Où suis-je ? » demanda la voix affaiblie, d'une jeune fille à peine adolescente.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se rendit compte qu'elle était tombée. Pourtant, elle ne faisait que jouer avec son ami dans la forêt. Son regard se porta au-dessus, et elle remarqua le trou au sol au milieu de la terre et des feuilles. La douleur dans sa jambe, ses larmes se formèrent. Pourtant, alors qu'elle allait pleurer, alors qu'elle allait paniquer, une main se posa sur son épaule.
Un regard vert comme l'émeraude, un sourire doux et amical. Une chevelure d'un brun foncé un peu désordonné. Un teint hâlé par le soleil. L'homme qui venait de l'approcher était vêtu d'une étrange façon. Comme venant d'un autre temps. Mais, elle ignorait pourquoi, elle n'avait pas peur.

« Vous êtes perdue petite dame ? » demanda-t-il d'une voix grave, presque envoûtante.

Elle ignorait comment réagir et se contenta de hocher de la tête. Il la prit alors dans ses bras, et suivit un chemin délabré. La pénombre, l'odeur de terre et de racine étaient constant. Pourtant, le soleil vint de nouveau éclaircir le regard bleuté de la jeune damoiselle. Et quant elle fut reposée au sol, elle osa enfin reparler :

« Merci monsieur. Je… »

Un index se posa sur ses lèvres, alors qu'un murmure lui chuchota de n'en dire plus. La voix d'un jeune homme la fit se retourner. Il arriva en panique, la prenant dans ses bras et cherchant à savoir comment elle se portait. Son téléphone portable abandonnait au sol dans la précipitation.

« Julieta ! Tout va bien ?! Où étais-tu ?!
— Je suis désolée, Mario… Je suis tombée, mais ce monsieur m'a… »

Mais il n'y avait plus personne à ses côtés. Aucune trace. Seulement les vieilles ruines d'un manoir délabré que le feu, les intempéries et le temps avaient achevé. Pourtant, les rosiers sauvages au milieu des hêtres et des ronces, plus loin, lui semblait si beau. Elle fut alors emmenée loin, vers sa ville en contrebas. Dans les ruines, là où elle fut tombée, un être eut un sourire tout en jouant avec un crâne qu'il embrassa sur le front.

« Elle reviendra, ne t'en fais pas Natan. Et le jeu reprendra. Comme pour Antonio et toi. La foudre reviendra sur ces terres et il me tarde de reprendre la partie ! »

Alors, son rire résonna en écho avec l'orage ayant recouvert les cieux. Au même instant qu'un cri désespéré quittait la gorge d'une jeune femme, face au corps mort de son ami et aimé que la Mort venait de faucher d'un éboulis.