Haanyaan merci pour ta review :3 ça m'a fait super plaisir donc voici la suite pour toi ;)


Chapitre 7 : … Ou pas


Aoï se réveilla brusquement avec une douleur sourde qui l'élançait à l'arrière du crâne. Elle était roulée en boule sur un sol dur et froid, pourtant elle ne voulait pas bouger : elle se doutait bien que quand elle ouvrirait les yeux, la réalité la rattraperait trop rapidement. La jeune fille sentait que quelque chose enserrait douloureusement sa tête, ses mains et ses pieds, elle devina aussi la présence d'une lourde chaîne qui reliait les trois. Aoï finit par ouvrir lentement les yeux en se forçant à respirer calmement.

— J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais, se moqua la voix rassurante de Cissina.

Aoï se redressa pour la voir : elle avait les cheveux en vrac à cause d'une muselière qui enserrerait sa tête. Celle-ci était pour l'instant complètement inutile car son amie n'était même pas transformée. Mais, la voir ainsi rendue à la condition de simple animal par la présence d'un collier en fer et d'une lourde chaîne du même métal qui emprisonnait ses mains et ses pieds rendit Aoï folle de colère.

— Comment osent-ils te faire ça ? Gronda-t-elle en se relevant brusquement.

Elle se rendit alors compte que ses propres chaînes l'empêchaient de bouger proprement et elle s'emmêla lamentablement.

— Reste tranquille, la rassura Cissina. Je suis plus habituée que toi à ce genre de situation, mais ça me touche que tu te préoccupes de moi.

Elle ponctua sa dernière phrase en lui tirant la langue à travers sa muselière ce qui eut le don de faire sourire Aoï malgré leur situation.

— Alors c'est ça le quotidien d'une kami ? Songea tristement la kitsune à voix haute.

— Et encore, tu n'as pas tout vu, répliqua Cissina. La partie la plus intéressante arrive bientôt.

— Tu as un plan ? Supposa Aoï avec espoir.

Son amie se contenta de lui dédier un clin d'œil et son regard prit une teinte aussi dorée que sa peau tandis qu'elle inspirait profondément. Aoï l'observa dans un silence religieux, en partie hypnotisée par ce qu'elle faisait même si elle devinait parfaitement où elle voulait en venir. Soudain, une petite flamme surgit entre les lèvres de Cissina et attaqua le métal de sa muselière ainsi que celui des chaînes qui retenaient prisonnières ses mains. La chaleur se fit rapidement intense dans leur cellule mais la kitsune ne se plaignit pas, elle plaçait tous ses espoirs en son amie, car elle était bien incapable de s'en sortir elle-même. Assez rapidement, les maillons cédèrent et la chaîne tomba avec un bruit sourd au pied de Cissina qui retira rageusement sa muselière maintenant qu'elle avait les mains libres. Une fois complètement détachée, elle s'approcha d'Aoï.

— Je vais essayer de ne pas te brûler, lui promis t-elle.

La jeune fille hocha la tête, légèrement pâle. Cissina commença par lui retirer la muselière qui n'était attachée que par une simple lanière mais les chaînes de ses jambes et de ses mains étaient verrouillées par un cadenas qu'elle fit fondre à l'aide de ses flammes. La chaleur devient rapidement insupportable pour la kitsune mais elle serra les dents quand elle sentit les premières brûlures. Rapidement, elle fut libre.

— On dirait qu'ils ne s'étaient pas attendus à un dragon, plaisanta Aoï en tenant d'ignorer la douleur de ses brûlures aux poignets et aux chevilles.

— Effectivement ! J'imagine qu'ils se contentent d'attraper des gamines comme celle qu'on a vue. Pas quelqu'un comme nous qui sait se défendre, supposa Cissina.

— Comme toi tu veux dire, je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais été toute seule, avoua la kitsune en baissant les yeux sous le coup de la honte.

— T'inquiètes pas, essayons juste de nous barrer d'ici avant que quelqu'un arrive. Tu sais te servir de ton odorat ?

— Un peu...

— Ok, inspire à fond et dis-moi ce que tu sens, lui demanda Cissina en faisant de même.

Aoï prit la plus longue inspiration qu'elle put en se concentrant sur ses capacités hors-normes et soudainement toute une gamme d'effluves la submergea. Elle eut beaucoup de mal à faire le tri et à en reconnaître la plupart.

— Je crois qu'il y a des hommes mais pas à proximité, beaucoup de moisissures et aussi peut-être un chien, mais je n'en suis pas sure, supposa Aoï.

— C'est ce qu'il me semblait aussi, confirma Cissina. Allons-y, profitons que les hommes ne soient pas à côté, ils doivent nous croire trop bien attachées.

Cissina tenta d'ouvrir la porte mais celle-ci était évidemment verrouillée, elle la fit fondre avec une désinvolture proche de l'insouciance. Aoï admira sa débrouillardise et son calme tandis qu'elle-même avait du mal à réaliser ce qui était en train de leur arriver. Elles s'étaient fait enlever, et actuellement elles risquaient leurs vies pour s'échapper. La jeune fille frissonna en y songeant. Est-ce que leurs enseignantes avaient remarqué leur absence ? Est-ce qu'elles viendraient les chercher ? Elle ne savait même pas où elles étaient.

Cissina fit signe à Aoï de la suivre et celle-ci décida de se concentrer sur leur fuite. Elles se faufilèrent en silence dans un vieux couloir qui sentait la rouille et la moisissure à plein nez, l'odorat encore fragile de la kitsune fut vite anesthésié et elle dût se retenir d'éternuer. Pour l'instant, elles évoluaient dans une pénombre oppressante et un silence pesant. Elles avancèrent grâce à leur flaire, enfin ce qu'il en restait, tentant de se diriger vers l'extérieur tout en évitant la présence des autres êtres humains qui se trouvaient aussi dans le bâtiment. Après de longues minutes, qui parurent interminables à la kitsune, elles aperçurent une porte qui semblait être la sortie. L'odeur de chien se fit plus forte et elles se stoppèrent de peur de se faire repérer.

Aoï indiqua la porte juste à leur gauche qui était actuellement entrouverte, l'odeur semblait sortir de là. Cissina se glissa silencieusement à côté et jeta un œil intrigué à l'intérieur. Elle fit signe à son amie de la rejoindre. Celle-ci regarda à son tour et découvrit avec surprise la fille à cause de qui elles avaient atterri ici. Elle était actuellement enchaînée par un lourd collier qu'elle portait au cou et qui la reliait au mur par une grosse chaîne en mailles. Elle était assise et les regardait fixement en silence. Cissina esquissa un pas pour rentrer mais Aoï la retient en faisant les gros yeux. S'en suivit un duel visuel où elles échangèrent sans bruit leurs opinions. Finalement, la fille-dragon alla détacher la kami. Elle lui fit signe de ne pas faire de bruit mais celle-ci ne semblait de toute façon pas avoir envie de discuter.

Aoï prit la tête de la file et elles sortirent par la porte qu'elles visaient au début. Visiblement la kami devait être un chien car c'était bien elle qui dégageait cette odeur. Quand elles furent sorties, elles n'attendirent pas leur reste et filèrent en courant le plus loin possible. Elles entrèrent précipitamment dans un petit bosquet et ne ralentirent que quand elles y furent suffisamment enfoncées. A partir de là, elles se mirent à marcher rapidement, la petite Kami accrochée à la jambe de Cissina et Aoï marchant à côté d'elles.

— On va suivre l'odeur de la mer, avec un peu de chance on tombera sur la ville. J'espère juste qu'elle n'est pas trop loin d'ici, proposa Cissina.

— Irène et Alicia doivent nous chercher, on a juste à mettre le plus de distance possible entre cet endroit et nous, approuva Aoï.

Cissina acquiesça et elles firent le reste du trajet en silence, toutes les deux plongées dans leurs pensées plus ou moins optimistes tandis que la présence de la petite kami était tellement discrète qu'elles auraient presque pu l'oublier. Au final, Cissina était celle qui semblait la moins tracassée, comme-ci ce genre de situation ne lui était pas extraordinaire et cet état de fait intriguait Aoï qui se mit à se poser des questions sur son passé. Mais, elle décida ce n'était ni le lieu, ni le moment pour en parler.

Finalement, la nuit tomba assez rapidement et les deux filles décidèrent de faire une pause. La kami, toujours attachée à Cissina, se blottie contre elle et s'endormit assez rapidement. Les deux autres mirent plus de temps à la rejoindre mais il faisait sombre et la chaleur ambiante ainsi que la fatigue accumulée finirent par vaincre leurs faibles résistances.

Ce fut le froid qui réveilla Aoï, peu habituée à vivre ainsi, à la dure. Elle se frotta les yeux encore à moitié endormie et le corps endoloris d'avoir dormi à même le sol de la forêt recouvert de petits cailloux pointus. Heureusement, elle ne s'était pas encore transformée, même si cela devenait de plus en plus tentant. C'était aussi ridicule de sa part mais, malgré la situation, inconsciemment, elle continuait à respecter la règle qui lui avait imposée Tara avant de partir.

Elle se leva maladroitement pour aller soulager sa vessie derrière un buisson plus épais que les autres. Alors qu'elle remontait son short, elle entendit un bruit. Elle vérifia, la peur au ventre, s'il y avait quelqu'un, mais ce n'était que la petite kami qui venait de se réveiller.

— Ça va ? Lui chuchota Aoï en essayant d'engager la conversation.

Elle l'observa comme pour la première fois, en même temps les deux dernières fois elle n'avait pas vraiment eu le temps de la regarder. C'était une petite fille sûrement âgée de six ou huit ans, ses cheveux étaient coupés très court et semblaient bruns à la lueur du jour tandis que ses yeux verts brillaient doucement. Pourtant, elle ne répondit pas à sa question, se contentant de la fixer en silence. Aoï se demanda si elle n'était pas muette, mais ne voulant pas la mettre mal à l'aise elle lui sourit chaleureusement.

Soudain, la petite kami se tourna brusquement vers l'endroit d'où elles venaient. Ses oreilles qui n'avaient pas disparu se pointèrent dans la même direction et elle se mit à gronder d'un air menacé. Le bruit réveilla Cissina qui les regarda toute les deux d'un air perdu.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-elle.

— Je crois que la petite sent quelque chose, supposa Aoï un peu sceptique.

— Quatre hommes arrivent, déclara Cissina après s'être transformée brièvement. Faut qu'on s'en aille tout de suite.

— Attends ! J'ai une idée ! S'exclama Aoï.

Cissina l'écouta en silence avant de se mettre à rire devant son idée plus qu'osée mais qui avait une chance de réussir. De toute façon, elles ne pourraient pas fuir éternellement donc elles étaient d'accord qu'il valait mieux essayer quelque chose plutôt que de se laisser faire.

Les quatre hommes surgirent brusquement devant la kitsune mais celle-ci les attendait de pied ferme depuis quelques minutes. Ils se placèrent devant elle, visiblement habitués à gérer ce genre de situation. La jeune fille n'essaya même pas de se transformer. Elle cria puis se jeta en arrière. Cissina sauta de l'arbre où elle était cachée depuis le début et cracha toutes les flammes de son corps sur le sol, aux pieds de ses adversaires. Ceux-ci se mirent à crier mais elles ne restèrent pas pour vérifier si elles avaient réussi leur coup.

Cissina attrapa la main de la petite kami et se mit à courir comme une folle derrière Aoï qui n'avait pas traîné. Elles dévalèrent une pente sans s'arrêter, le cœur battant à la chamade. La fille dragon ne semblait pas plus stressée que ça, au contraire elle semblait plutôt excitée par ce qu'elle venait de faire. Mais, Aoï ne pouvait s'empêcher d'entendre en boucle les cris de douleurs des hommes qu'elles venaient d'attaquer. Elle se demanda s'ils étaient morts ou non et elle sentit la nausée lui monter à la gorge quand elle réalisa qu'elles avaient peut-être tué plusieurs personnes !

Aoï trébucha, n'ayant pas vu une branche sur le sol. A cause de la pente, elle se mit à la dévaler sans pouvoir s'arrêter, elle tenta de se retenir comme elle put mais sa chute ne s'arrêta qu'une fois qu'elle se fut coincée contre un arbre. Le choc la sonna un peu et elle resta immobile quelques secondes pour essayer de se remettre de ses émotions.

— Ça va ? S'exclama Cissina qui arriva souplement à côté d'elle. Tu as la tête qui tourne ?

Elle l'examina rapidement.

— Bon t'as juste des égratignures. Qu'est-ce qui t'es arrivée ?

Aoï tenta de lui expliquer les doutes qui l'envahissaient mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge et tout ce qui réussit à sortir fut un sanglot étouffé. Finalement, ses yeux furent rapidement envahis de larmes et celles-ci commencèrent à couler silencieusement sur ses joues.

— Est-ce qu'on a tué ces hommes ? Demanda-t-elle en tentant de juguler le flot d'émotions qui menaçait de la submerger.

— Aoï, soupira Cissina avec un air dur. Ces hommes comme tu dis sont des enfoirés qui n'auraient pas hésité une seule seconde à nous tuer et ça uniquement dans le meilleur des cas. Il faut que tu comprennes que maintenant tu peux oublier tout ce que tu connaissais, les gens sont cruels et les kamis sont différents. Les humains détestent ce qui est différent et nous représentons pour eux tout ce qu'ils redoutent le plus. On a fait que se protéger et survivre, tu ne dois pas t'en vouloir pour ça, jamais !

Aoï regarda son amie dont la détermination semblait sans borne mais elle n'arrivait pas à admettre ce qu'elle venait de lui dire. C'était trop violent et trop diamétralement opposé à tous les idéaux avec lesquels elle avait grandis depuis qu'elle était enfant. Puis, son regard tomba sur la petite kami qui la fixait silencieusement. Elle avait déjà remarqué la marque rouge du collier autour de son cou mais elle nota pour la première fois les traces visibles de coups. Pouvait-elle vraiment se lamenter sur le sort de personnes capables de s'en prendre ainsi à une enfant ? Et à deux adolescentes comme elles ?

— Aoï, tu te souviens de notre promesse : un jour on sera libre, non ? Alors en attendant nous devons nous battre !

— D'accord, acquiesça finalement Aoï en essuyant rageusement ses larmes. Ça n'arrivera plus, je te promets.

— Bien. Maintenant nous devons nous dépêcher de rejoindre les autres. Je ne suis pas sûre que ces quatre types soient les seuls à notre poursuite.

Elles repartirent toutes en courant plus lentement pour éviter de s'essouffler trop rapidement. Au bout d'un moment, Aoï commença à ressentir une profonde fatigue et la faim commença à la torturer. Mais, elle ignora tout cela et continua d'avancer sans se plaindre. Leur rythme ralenti de plus en plus pour finir par se transformer en une marche difficile. La petite kami continuait d'avancer en tenant la main de Cissina sans rien dire et Aoï la trouva vraiment courageuse. Elle songea aux autres petites kamis qu'elle avait vu à l'Académie et qu'elle avait appris à apprécier à force de les voir pendant les cours et elle trouva ça horrible d'imaginer que quelqu'un puisse s'en prendre à elles.

Finalement, le jour commença à décliner mais elles avaient déjà quitté la forêt depuis un moment. Elles traversaient actuellement une grande plaine mais une étendue aussi vaste et sans protections mettait Cissina terriblement mal à l'aise.

— Il faut qu'on trouve un endroit à l'abri pour se reposer, décréta-t-elle. On est trop à découvert ici.

Les deux autres ne purent qu'accepter et elles marchèrent encore une partie de la nuit jusqu'à ce qu'elles finissent par trouver une vieille grange en ruines et à moitié démolie. Au moins, cela les protégerait un peu du froid. Cissina accepta même de faire un peu de feu pour les réchauffer. Par contre, elles n'avaient rien à manger. Cela faisait deux jours que les deux amies n'avaient rien avalé et même la petite semblait à bout de force.

— Je vais aller voir ce que je trouve, déclara soudainement Cissina. On a besoin d'eau.

— Je t'accompagne, déclara Aoï.

— Désolée, mais je serais plus efficace toute seule, et puis il faut bien que quelqu'un reste pour s'occuper de la petite.

Son amie se sentit terriblement vexée et exclue mais elle ne chercha pas à insister. La petite kami regarda Cissina partir d'un air perdu mais elle ne la suivit pas. Les deux laissées pour compte se réchauffèrent près du feu, espérant toutes les deux en leur for intérieur que Cissina revienne rapidement.

Il s'écoula de longues minutes avant que leur amie ne revienne avec un lapin entre les mains et du sang sur les bras.

— Venez, j'ai trouvé un cours d'eau, vous devez boire toutes les deux, déclara-t-elle rapidement.

Elles la suivirent et purent étancher leur soif avec un bonheur sans nom. Ensuite, elles retournèrent à la vieille grange et Cissina leur prépara la viande. Elle s'activa avec des gestes assurés ce qui impressionna Aoï. Une fois cuit, le lapin était plutôt bon et elles mangèrent toutes joyeusement, reprenant un peu de couleur et de volonté.

Puis, elles s'endormirent mais éteignirent le feu pour éviter de trop attirer l'attention.

Après avoir dissimulées les restes de la veille, les trois filles reprirent leur chemin, guidées par Cissina qui sentait de plus en plus l'odeur de la mer.

— Je pense que si on continue à ce rythme-là, on devrait retrouver la ville avant ce soir, déclara-t-elle mais le vent commence à tourner, je ne sens déjà plus grand chose.

Elles continuèrent tout de même à marcher à travers une alternance de champs vides et de courtes forêts. Alors qu'elles faisaient une pause, la petite kami se mit à grogner. Instantanément, les deux autres se mirent en garde et purent éviter les deux hommes qui se jetèrent sur elles. Ils avaient les vêtements légèrement brûlés et elles devinèrent que leur tentative n'avait pas suffi à les dissuader de les suivre.

Aoï tenta de se transformer mais sur le coup elle ne réussit pas. Ses pouvoirs étaient bloqués et elle se mit à paniquer quand l'autre sortie un couteau de sa poche. Elle esquiva ses coups tant bien que mal mais elle était fatiguée et à bout de nerf. A côté d'elle, Cissina semblait plutôt bien se débrouiller même si son adversaire semblait plus violent que le sien. La dragonne remarqua la mauvaise posture de son amie et la poussa, s'occupant de deux ennemis à la fois. Son combat était serré mais, dans son état, voué à l'échec.

— Transforme toi, s'intima Aoï, allez transforme toi, transforme-toi !

Mais rien n'y faisait. A cours d'idées, elle ramassa une branche qui traînait et se décida à essayer d'en prendre un à revers pour l'assommer. Mais, avant qu'elle n'ait le temps de mettre son plan à exécution, elle vit Cissina esquiver maladroitement un coup, se faire blesser au bras par le couteau de l'autre puis elle vit la même arme décrire un arc de cercle avant de se diriger brusquement vers le cou de son amie.

La kitsune bondit furieusement sur lui et avec un hurlement de rage et elle lui arracha la gorge avec ses canines. Les belligérants s'arrêtèrent momentanément, choqués par la violence de ce qu'il venait de se produire. Aoï n'avait plus rien d'humain : ses traits étaient purement animaux et ses yeux dorés brillaient d'une violence mal contenue tandis que ses mains et ses jambes étaient devenues des pattes à la blancheur tâchée de sang. Elle s'acharna sauvagement sur son adversaire sans s'arrêter une seule seconde, complètement envahie par une rage aveugle.

Le dernier tenta de s'en prendre à Cissina alors qu'elle ne regardait pas mais la petite kami, alors transformée en gros chien, se jeta sur lui et d'un coup de patte lui déchira le bras. L'homme tomba à terre en hurlant et sans réfléchir elle lui trancha la gorge. La petite fille recouverte de sang regarda la kitsune puis caressa son pelage blanc avec un air ravi. Cissina resta quelques secondes debout sans bouger. Les deux cadavres ne lui faisaient pas beaucoup d'effets malgré le sang qui s'en échappait. Elle était simplement intriguée par la scène surréaliste d'une enfant couverte de sang entrain de caresser le poil tâché de rouge d'un renard. La dragonne avait l'impression que le monde avait soudainement cessé de tourner.

Au bout de quelques secondes, elle finit par remarquer qu'Aoï ne semblait pas décidée à se retransformer, elle se contentait de lécher son pelage d'un air plus calme qu'avant.

— Aoï ? Tu ne veux pas redevenir humaine ? Demanda Cissina un peu perdue.

La kitsune balança sa queue blanche puis pencha sa tête sur le côté comme si elle ne comprenait pas.

— Oh non, souffla Cissina choquée. Je t'en supplie ne me fais pas ça ! Redeviens humaine maintenant ! Hurla t-elle. Tu ne peux pas me faire ce coup-là !

Elle se mit à la secouer violemment et la kitsune commença à couiner de peur mais Cissina ne la lâchait plus.

— Reviens Aoï ! Tu n'as pas le droit de faire ça !

Soudain, elle se retrouva avec une Aoï toute étonnée dans ses bras. Cissina qui s'était montrée imperturbable depuis le début de leur aventure fondit soudainement en larmes sur son épaule.

— Qu'est-ce que j'ai fait ? Demanda son amie un peu perturbée par ce qu'il se passait.

— J'ai cru que t'étais coincée en kitsune, renifla Cissina visiblement traumatisée.

— Ah... J'avais l'impression de rêver, souffla Aoï, j'étais confiante et sure de moi c'était agréable. Mais, ne t'inquiètes pas ! Je resterais toujours avec toi.

Aoï la serra dans ses bras avec un petit sourire désolé et son amie finit par se calmer. Elles s'occupèrent aussi de la petite kami qui semblait attendre qu'elles se calment. Elles lui prirent chacune la main d'un côté et reprirent leur chemin après avoir balancées les cadavres dans un faussé et les avoir recouverts de feuilles. Les animaux sauvages en feraient sûrement leur repas.

L'après-midi touchait à sa fin quand elles arrivèrent sur la route. Elles préférèrent la longer de loin pour éviter d'attirer l'attention sur leur trio plus qu'atypique. Surtout qu'elles étaient encore couvertes du sang de leurs victimes. Une fois arrivée à quelques mètres de distance du chalet, elles remarquèrent Irène qui avançait vers elles.

— Mais où vous étiez passés ? Leur demanda t-elle visiblement morte d'inquiétudes.

Son regard se figea quand elle remarqua le sang sur leurs vêtements et leurs blessures qui saignaient encore.

— Bon, venez, vous allez m'expliquer exactement ce qu'il s'est passé, intima-t-elle.

Les trois filles ne cherchèrent même pas à protester et la suivirent jusque dans sa chambre, qui lui servait aussi de bureau. Elle passa un coup de file à Alicia qui était apparemment parti les chercher. Ensuite, elle leur demande de tout lui raconter, ce qu'elles firent dans les moindres détails.

A la fin, Irène se leva brusquement et visiblement en colère.

— Ah les enfoirés ! Rugit-elle, sa voix se transformant sur le coup de l'émotion. Comment osent-ils s'en prendre à mes élèves !

Elle passa un autre coup de fil où elle donna l'endroit approximatif où elles avaient été retenues. Apparemment, elle comptait bien coincer tous ceux qui les avaient attaquées.

— Bon, allez-vous doucher, ensuite on vous soignera, déclara Irène. Et pour la petite... Elle va rejoindre l'Académie avec vous. Heureusement que tout s'est bien terminé. »

Les trois amies soulagées partirent se laver. Aoï et Cissina avaient eu peur de se prendre une remontrance plus violente que ça. Mais, visiblement, Irène s'inquiétait plus pour elles qu'autre chose. Maintenant, elles se sentaient rassurées, comme si tout ce qu'elles venaient de vivre était définitivement derrière elles.

Finalement, elles se douchèrent toutes les trois ensembles, et lavèrent la petite kami qui ne parlait toujours pas.

— Tu as un prénom ? Tenta de demander Cissina.

Mais comme attendu, elle n'obtient aucune réponse.

— On pourrait l'appeler Lili en attendant, proposa Aoï. C'est plutôt mignon.

— Je suis d'accord, approuva son amie. Tu vas voir, continua t-elle en s'adressant à la petite, on va bien s'occuper de toi et te protéger. Tu ne craindras plus rien avec nous.


J'espère que ça vous a plu :3 Dites moi ce que vous en avez pensé ;)