Bonjour/Bonsoir !

Je tiens juste à faire quelques précisions sur le texte que vous êtes sur le point de lire. Je l'ai écrit à chaud, sans le réfléchir, sur un moment d'inspiration innatendu. Il est très personnel, cependant, j'ai besoin de le partager parce que j'espère qu'il pourra aider d'autres personnes. Ce n'est pas une histoire fantaisite, ce n'est pas imaginaire, ça m'est réellement arrivé. Un peu comme une autobiographie.

Je l'ai relu, corrigé légèrment, mais s'il reste des fautes je m'en excuse.

J'espère que ce texte aura un écho en vous, qu'il fera savoir aux gens qu'ils ne sont pas seuls.

~ Enjoy your reading ~


La souffrance

Il y a une chose que j'ai réalisé, il y a peu : je n'ai pas le droit.

Je vais vous raconter une de mes expériences, dans ma vie d'adolescente et de jeune adulte, qui finalement remonte à bien plus loin que ça, qui s'est distillée dans le temps. Si je devais résumer cette expérience, lui donner un nom, ça serait : « Je n'ai pas le droit ».

Pendant plusieurs années, j'ai entendu et intégré tout plein de remarques que les adultes me faisaient, à l'instar de vous. Je ne pense pas être la seule à avoir jamais entendu « Tu te rends compte de la chance que tu as ? » « D'autres n'ont pas ce que tu as, toi ! ». Avec ce genre de remarques, j'ai tout naturellement intégré le fait que je n'avais pas le droit de me plaindre. Je n'aime pas les carottes, mais quand j'étais enfant, j'étais obligée de les manger parce que « tu imagines ces pauvres enfants d'Afrique qui, eux, ne peuvent même pas manger à leur faim ?! ». J'étais obligée de terminer une assiette alors même que je n'avais plus faim, ou que je n'aimais pas, parce que « huit jours sous une benne… », sous-entendu que si je crevais la dalle comme tant de gens dans la rue, je ne laisserais pas une miette de mon assiette, je ne ferais pas la « difficile ».

Ces remarques, elles avaient sans doute pour but de me faire réaliser que j'avais de la chance d'être née dans une famille française de classe moyenne, qui pouvait se permettre des écarts, des vacances, des voyages, de la culture. Et je le reconnais, j'ai eu de la chance : j'ai une famille aimante, qui m'a inculqué des valeurs, qui m'a appris à toujours faire ce en quoi je crois et a exprimer quand une opinion m'offensait. Cela dit, ce dernier point ne s'appliquait qu'en dehors de la famille, bien sûr. Parce que j'ai aussi reçu le respect de mes aînés, qui impliquait de ne jamais les contrarier, de ne pas les confronter sur leurs paroles sages, acquises avec leurs expériences de vie. Je n'avais pas le droit de leur dire que je n'étais pas d'accord. Et quand bien même je me risquais à le faire, je me retrouvais confronté à un mur qui, tout au plus, se moquait gentiment de mes opinions, parce que je suis « encore jeune », que je n'ai pas encore « vécu ».

En suivant ce raisonnement, cet enchaînement de petites remarques à l'air inoffensif, j'ai intégré le fait que je n'avais pas le droit. Pas le droit de me plaindre, pas le droit d'exprimer une opinion, pas le droit de me tenir debout pour les défendre, pas le droit de ne pas être d'accord. Tout naturellement, j'en suis venue à me convaincre que je n'avais pas le droit de souffrir. Et j'en suis venue à nier, purement et simplement, ma souffrance. Toutes mes insécurités étaient noyées sous ma culpabilité à souffrir pour « si peu » alors que d'autres avaient des vies bien plus terribles que la mienne. Cette dénégation a duré peut-être bien dix ans. Eh oui, ça fait beaucoup, hein ?

Dix ans de « ça va passer, c'est pas grave », de « je suis juste fatiguée », de « franchement, ça pourrait être pire ».

Eh bien aujourd'hui, je dis non. Ça ne va pas passer, ce n'est pas juste de la fatigue et c'est grave.

Arrivée au début de ma deuxième année de fac, c'était trop. J'ai lâché prise. Émotionnellement, j'étais au bord du gouffre. J'avais 19 ans et je pensais encore que je n'avais pas le droit de souffrir, ou tout du moins n'avais-je pas le droit de le dire à quiconque, encore moins à ma famille. Nous sommes censés être forts en tout circonstance et souffrir, avouer sa souffrance, c'est être faible, non ? C'était l'idée que j'en avais, j'étais devenue faible parce que j'étais trop épuisée pour continuer à gérer ma vie la fac, les amis, les sorties, la famille, les devoirs à accomplir, les tâches, être sociable, toujours sourire, prétendre que ça va alors que je me rends compte que ça ne va plus. Tout ça, c'était trop épuisant et je n'avais plus assez d'énergie pour le faire. Je rentrais chez moi, ne parlais que peu, mangeais et allais dans ma chambre pour me perdre sur internet avant d'aller dans mon lit pour me coucher et me retrouver seule, dans le noir, face à mes pensées. Et je fondais en larmes, inévitablement. Je ressassais tout ce qui allait mal dans ma vie, tout ce qui m'angoissait : je vivais dans mon propre enfer.

Et pourtant, rien ne semblait aller mal dans ma vie : je ne me faisais pas harceler, j'avais même plutôt beaucoup d'amis à qui parler, des gens proches qui se souciaient de moi, qui pouvait comprendre ce que je vivais je n'avais pas de mauvaise note à la fac, j'étais même plutôt à l'aise, j'adorais suivre mes cours je n'avais pas non plus de problèmes familiaux, hormis les mésententes naturelles entre un ou une jeune adulte et ses parents. Rien qui ne justifiât mon mal-être si intense et par conséquent, rien qui ne légitimât ma souffrance.

Un soir, cependant, ce fut trop. J'ai toqué à la porte de la chambre de ma mère, je me suis approchée de son lit, lui ai demandé un câlin et lorsque, confuse et légèrement inquiète de la demande singulière, tard dans la soirée, elle a accédé à ma requête, j'ai fondu en larme. Pour la première fois, j'ai pleuré devant elle, « sans raison apparente » (j'entends par là, un deuil ou à cause d'une punition ou par déception). J'ai pleuré, pleuré, inconsolable, et j'ai demandé de l'aide. Plus fermement qu'auparavant.

J'avais déjà émis le souhait de voir un spécialiste, un psychologue, j'en avais même discuté avec mon médecin traitant. Cependant, comme je n'avais pas le droit de souffrir, dans ma tête, ce souhait n'était resté que cela : un souhait. Ce soir-là, j'ai fermement décidé que quoi qu'il puisse arriver, j'irais voir un psy. J'en informais simplement ma mère, afin qu'elle décide de m'aider ou non dans ma démarche.

Je pense que c'est là aussi que ma mère a pleinement réalisé à quel point je n'allais pas bien et que ça n'allait pas passer. Alors, sachant à quel point c'était difficile pour moi, elle m'a aidé. J'ai choisi la psychologue que je voulais voir et elle a pris contact avec elle, d'une manière d'ailleurs qui a légèrement surpris ma psy : ma mère s'est simplement présentée, par mail, comme étant un intermédiaire pour un premier contact. C'est très délicat de sa part, vous ne trouvez pas ? Moi je trouve que ça l'est, parce que ça disait assez clairement une des manières avec lesquelles je fonctionnais, et ça disait également une volonté de ne pas s'impliquer dans ma souffrance de manière envahissante. C'était une manière de dire « je suis là pour t'aider, pas pour faire les choses à ta place » et c'était exactement ce que j'attendais.

Ce fut un soulagement immense, que d'avoir ma première séance avec une psychologue.

Quel est le but de ce que je vous raconte, vous demandez-vous ? J'ai plusieurs buts, en vérité.

Premier point, votre souffrance est légitime, quelle qu'elle soit. Ce n'est pas parce que d'autres souffrent plus que vous ne souffrez pas vous aussi. Votre souffrance est différente, mais elle n'en est pas moins justifiée.

Deuxième point, n'ayez jamais peur de demander de l'aide. Vous trouverez toujours quelqu'un pour vous épauler et vous conseiller du mieux qu'il ou elle le peut. Je sais qu'il y a beaucoup d'aprioris sur les psychologues et psychiatres et même psychanalystes les gens penseront peut-être que vous êtes fous, parce qu'il n'y a que les fous pour aller voir des psys, non ? Moi j'y vais et je ne suis pas folle. J'y vais et depuis que j'y vais, je vais mieux que je ne l'ai jamais été. Les psys ne vous retournent pas le cerveau, ils ne fouillent pas vos pensées, et ils ne les lisent certainement pas tout le travail que vous effectuez avec eux, c'est vous qui le faites, vous et seulement vous. Vous êtes celui ou celle qui a le pouvoir, qui a les cartes en main et c'est à vous de décider de ce que vous voulez en faire. N'ayez pas honte de demander et d'obtenir de l'aide.

Troisième point. Cette aide, elle vous permettra peut-être de nommer ce qui ne va pas chez vous. On ne réalise pas à quel point avoir un nom pour une chose que l'on vit rend cette chose plus tangible et mois effrayante avoir un nom, ça nous annonce que nous ne sommes pas seuls à le vivre.

J'avoue avoir encore du mal à me dire que j'ai vécu, que je vis encore, une dépression. Et pourtant, c'est ce que c'est, et ce n'est pas si singulier que ça.

Quatrième point : le temps est un élément essentiel dans la guérison, que ce soit pour les blessures physiques ou psychiques. Il n'y a aucune différence. Donnez-vous le temps de procéder à la réorganisation que vous voulez faire dans votre vie psychique, dans votre mental. Votre changement ne sera pas radical. J'en suis à neuf mois de thérapie, mais tous mes problèmes n'ont pas disparu, j'en ai découvert d'autres aussi, que j'avais intégré comme étant normal alors qu'ils ne le sont pas.

Pourtant, je peux vous assurer d'une chose : ces neufs mois de thérapie n'ont pas été vains, j'ai déjà pu observer des changements dans ma façon de penser, d'aborder les choses de la vie, de gérer mes angoisses. Et ces progrès sont un soulagement intense, parce que ça veut dire que je guéris et qu'un jour, j'arriverai à ne plus me dire que « je n'ai pas le droit ».

Vous avez le droit d'aller mal, vous avez le droit de le dire, vous avez le droit de chercher de l'aide, le droit de l'obtenir et surtout, le droit de guérir. Vous avez le droit d'être heureux.

Pour terminer, j'aimerais juste vous raconter une anecdote qui m'est arrivée en juillet de cette année (2017). J'étais à l'anniversaire d'une de mes meilleures amies et pour je ne sais quelle raison, elle m'a dit de faire un vœu. Et pour la première fois de ma vie, je n'ai pas su quoi souhaiter. À cet instant précis, j'étais la femme la plus heureuse du monde et je ne souhaitais rien de plus que ce que je n'avais déjà. J'étais entourée de mes meilleures amies, je me sentais connectée au monde, je me sentais aimée et j'aimais en retour. La seule chose que j'ai souhaité alors, c'est que toutes les personnes que j'aime puissent être aussi heureuse que je l'étais à ce moment donné.

La vie est ponctuée de haut et de bas, n'oubliez jamais que si vous êtes en bas, vous ne pouvez que remonter. Vous finirez par être heureux.

Merci pour votre attention.