Bonjour tout le monde ! Ça faisait (trop) longtemps !

Croyez-moi que ça m'a beaucoup manqué, et je suis heureuse de revenir aujourd'hui avec une nouvelle histoire, de fantasy cette fois-ci ! C'est un genre littéraire que j'aime beaucoup et j'espère que vous apprécierez également.

Publication : tous les mercredis

Concernant l'histoire, il s'agit donc d'une fantasy MM (comme toujours ici).

Bonne lecture ! :)

Chapitre 1

Un lourd poing venait de taper sur la table de bois. Sur les lèvres d'un pêcheur gras, un cigare s'agitait nerveusement. Des perles de sueurs naissaient sur les fronts des cinq hommes tous assis autour de la table. Au centre, une importante quantité de pièces d'or brillait malgré l'éclairage insuffisant.

Seul un homme paraissait totalement serein. Un sourire énigmatique était bien ancré sur ses lèvres et dans ses mains, les cartes dansaient avec habileté. Il portait un large chapeau qui cachait les émotions de ses yeux. Sur son visage, une fine barbe taillée lui donnait l'apparence d'un bourgeois marchand. Mais il ne trompait personne, ni son manteau noir de tissu noble ni ses bottes de bonne manufacture, ni même encore sa dague incrustée de pierres claires et brillantes ne suffisait à faire oublier d'où venait Leeroy Warwick.

Stingray Enclave était une petite île et personne ne pouvait oublier que Leeroy Warwick était l'orphelin provenant des quartiers les plus sombres de la ville, ceux où même les pires bandits n'osaient s'aventurer. Et sous la faible lueur de la taverne malfamée, tous savaient que ce sourire sur ses lèvres ne présageait rien de bon.

Lorsque vint le tour de Leeroy de coucher ses cartes, les cinq autres hommes retinrent leur souffle. Mais à la vue d'autant d'as, des grognements se firent vite entendre. Et rapidement, les nerfs ayant été pendant bien trop longtemps soumis à rude épreuve explosèrent dans une colère noire.

Medwin Aberpool, un vieux batelier sans-le-sou s'empara de sa chaise de bois et fit voler les pieds en éclats lorsqu'il la jeta sur le sol. Un docker borgne cracha à quelques centimètres à peine de la manche ornée de fil dorés de Leeroy. Mais ce dernier n'avait pas l'air plus inquiété que cela par les émotions de colère qu'il suscitait. Il se contentait de ramasser les pièces d'or dans sa bourse de cuir.

— Leeroy, espèce de fumier, tu n'es qu'un tricheur !

Un boucher qui sentait la charogne avait haussé le ton. Il s'était levé et avait crié ses accusations à l'encontre de Leeroy en le pointant du doigt d'un air menaçant.

Mais cela n'eut pas l'effet escompté, et le sourire de Leeroy ne fit que s'élargir.

— Prouve-le.

Son air provocateur fit mouche et le boucher se jeta sur la table dans le but de s'emparer de son col de chemise. Mais Leeroy, bien plus agile, esquiva l'assaut sans aucun mal. Il n'avait que trop traîné dans cette taverne puant les relents de la mer. Il glissa sa bourse dans sa poche et réajusta son chapeau avant de tourner les talons, non sans un dernier adieu à ses camarades de jeu.

Dans son dos, il entendait encore les vociférations :

— Tu ne t'en tireras pas comme ça, Leeroy. Un jour, il t'arrivera des bricoles. Tu t'es fait beaucoup trop d'ennemis.

Mais Leeroy n'en avait cure, les cliquetis que produisaient les pièces d'or dans sa bourse suffisaient à chasser toutes craintes.

Plus tard dans la nuit, l'île n'avait rien d'endormi. Stingray Enclave ne dormait jamais vraiment. Non loin des rivages, les pêcheurs tentaient de capturer des poissons luisants qui se vendaient à prix d'or sur le marché noir, les marins et les ouvriers déchargeaient de la marchandise illégale dans la discrétion de la nuit et les voleurs à la sauvette tentaient de dépouiller les passants les moins vigilants.

Stingray Enclave n'avait rien de paisible ou d'accueillant. La ville grouillait de gens mal intentionnés, de criminels notoires et d'assassins sans scrupule.

Et Leeroy Warwick n'était pas une exception. Au fil de vingt-quatre années à arpenter les ruelles dépourvues de lumière et les tavernes, repères de contrebandiers, il s'était forgé une réputation d'escroc, de voleur et d'arnaqueur, mais personne n'avait jamais réussi à le prendre la main dans le sac. Leeroy était habile avec la duperie et était passé maître dans l'art du mensonge et de la fourberie. Bien sûr, cela lui avait attiré de nombreux ennuis, et il savait que sa tête était mise à prix. Mais Leeroy connaissait également les meilleurs endroits où se cacher.

Cette nuit-là, il sentit qu'une agitation toute particulière s'était emprise du port. Alors qu'il marchait le long de la berge, il vit un attroupement se former près des docks. Curieux de nature, il s'avança et se fraya un chemin parmi la foule. Ne comprenant toujours pas ce qui était à l'origine d'une telle agitation, il questionna une vieille femme drapée de tissus sales.

— Vous ne savez pas ? Ce sont les Mariids ! Ils ne sont pas loin. Notre Gouverneur a reçu une missive du Roi des Mariids lui-même, et ils ne devraient plus tarder à accoster.

Leeroy eut d'abord du mal à croire la vieille femme, mais lorsqu'au loin, sur une mer aussi noire que l'encre, il vit apparaître de hautes voiles blanches triangulaires, il se dit qu'elle disait peut-être vrai.

Les Mariids étaient un peuple connu surtout d'après les légendes. Ils vivaient sur des îles au loin, en plein milieu de l'océan et ne faisaient que rarement commerce avec les hommes du Nord. Par ailleurs, leur travail d'orfèvrerie était d'une beauté sans pareille, et Leeroy se souvient avoir longtemps vendu des faux aux riches femmes de la ville.

Lorsque le navire fut plus proche, Leeroy distingua parfaitement les dessins compliqués qui ornaient les voilures. D'un bleu presque translucide, la couleur semblait danser sur le blanc immaculé des voiles. Le bateau était massif, fait de bois sombre. Leeroy n'en avait jamais vu de semblables, pourtant Stingray Enclave était la plaque tournante de tous les commerces les plus exotiques et les plus lointains.

Quand le bateau arriva enfin à quai, Leeroy se sentit pressé et bousculé par la foule. Tous voulaient voir ces Mariids, ces enfants de la mer dont les légendes racontaient mille et une histoires.

Là, des trompettes retentirent dans un son grave et cérémonieux. Leeroy n'avait jamais entendu pareille mélodie, la musique semblait naître de l'océan lui-même.

C'est alors qu'il le vit, le Roi Mariid, celui dont il avait tant entendu parler, mais qu'il n'avait vu que sur des illustrations et des peintures, et rien qui ne suffisait à rendre honneur à la beauté de l'homme qui venait d'apparaître. Il était grand, un peu plus grand que les Hommes, sa stature droite, ses épaules larges et masculines. Il avait la peau claire, presque lumineuse, les cheveux nacrés, et ses yeux avaient cette particularité propre aux Mariids : ils étaient d'un bleu en mouvement saisissant. Même à cette distance, Leeroy pouvait y percevoir comme une houle déchaînée dans ses iris.

Les Mariids étaient semblables aux Hommes, si ce n'était pour leurs yeux et leur incroyable pouvoir de maîtrise de l'eau. Pour cela, ils étaient craints des Hommes, mais aussi parce qu'ils avaient la réputation d'être un peuple belliqueux et fier, dur et sans pitié. Il valait mieux faire preuve de diplomatie avec eux.

Le Roi des Mariids était talonné par un homme à la musculature saillante légèrement plus petit que le monarque. Un halo mystique semblable à celui souverain l'enveloppait, mais d'aspect plus sauvage et d'apparence plus forte. Une barbe naissante noire et une chevelure de couleur similaire ne faisaient qu'accentuer le bleu plus sombre, plus terrifiant, de ses yeux.

Puis, sous le regard de Leeroy, toute une procession se mit en place autour du Roi. Mais l'homme sombre portant une armure semblait être le seul à pouvoir se tenir aussi proche du souverain. Leeroy le vit épier la foule de son regard mauvais, à l'affut de la moindre menace. Pendant une fraction de seconde, il crut qu'il croisa son regard, et un frisson lui parcourut l'échine. Jamais il n'avait vu une expression aussi assassine, pourtant il avait connu beaucoup d'ennemis qui n'auraient pas donné cher de sa peau.

Dans une cérémonie pâlement similaire, leur Gouverneur, Alfric Godwyn, un bourgeois opportuniste ayant fait fortune sur des évènements douteux, s'avança, escorté par des hommes et des femmes lourdement armés. Lorsque le Roi Mariid se tint devant lui, le Gouverneur fit une pirouette qui se voulait polie. Le Roi se courba légèrement et même dans cette position, il restait plus grand que Godwyn.

Leeroy était trop loin pour entendre leur conversation. Il tenta de se rapprocher, ignorant les plaintes des personnes qu'il bousculait au passage. Une fois en premier plan de cette rencontre historique, il ne fut que plus impressionné encore par ces êtres qui respiraient la force et l'arrogance.

— C'est un véritable honneur de vous recevoir aujourd'hui, Roi Farhang Navdar, souverain du puissant peuple Mariid. Vous n'êtes pas sans savoir que par le passé, nos deux nations ont collaboré dans la plus grande des ententes. C'est donc avec un immense plaisir que je vous reçois ici aujourd'hui, sur l'île de Stingray Enclave.

Le Roi Farhang Navdar ne répondit pas tout de suite. Il semblait jauger l'homme qui se tenait devant lui. Dans le long silence gênant qui suivit le discours du Gouverneur, la foule qui était jusque-là restée muette commença à s'agiter et à murmurer des rumeurs sur ce peuple dangereux.

Mais lorsque la voix du Roi résonna enfin, grave et puissante, tous se turent immédiatement.

— Je suis Farhang Navdar, fils de Bahaanyar et Rojaan Navdar, Roi parmi les Rois des Océans. Si aujourd'hui mon peuple, celui des Fils de l'eau, vient vers vous, c'est que l'heure est sans conteste plus grave que jamais. Une menace gronde sur notre monde et les Mariids doivent, comme par le passé, s'unir à la race des Hommes pour combattre le mal.

Une stupeur frappa alors l'assemblée. Bien sûr, l'arrivée des Mariids sur les terres des Hommes était toujours un mauvais présage, mais l'entendre clairement de la bouche du Roi entraîna une vive panique. Le Gouverneur lui-même ne semblait pas rassuré par les propos tenus.

— Oserais-je demander quelle menace plane sur nous ? demanda-t-il. Parlez sans crainte, je n'ai rien à cacher à mon peuple.

Le Roi Mariid se tourna alors vers l'assemblée. Il toisa les Hommes de son regard sinistre et tranchant. Cela ne fit que renforcer les craintes qui s'étaient déjà emparées du cœur des Hommes.

— L'Hurleblast. Il est de retour.

À ces simples mots, la stupeur laissa place à la peur. Les Hommes connaissaient ce nom, ils connaissaient le monstre qui avait déchaîné sa colère sur eux par le passé. L'Hurleblast était un monstre des profondeurs qui n'existait que pour le chaos.

Autrefois, il était apparu dans l'œil d'un ouragan, le plus violent que les souvenirs des Hommes puissent relater.

Un brouhaha s'éleva de l'attroupement qui assistait à la venue des Mariids. Mais lorsque le Roi reprit la parole, sa voix couvrait parfaitement tous les bruits parasites.

— Notre oracle a récemment eu des visions terribles. Elle a vu l'ouragan, l'Hurleblast.

Ce nom résonnait chez les Hommes comme un écho de terreur. Aucun n'était assez vieux pour avoir vu de leurs propres yeux la puissance dévastatrice de l'Hurleblast, mais tous connaissaient d'après les légendes et les récits historiques que la tempête n'avait d'autre but que d'annihiler toute forme de vie.

Les Mariids eux, avaient une existence légèrement plus longue que celle des Hommes, et ceux qui dépassaient les cent-cinquante années de vie pouvaient sans doute se rappeler de cette époque sombre, bien qu'une telle longévité ne soit pas chose courante, même parmi ce peuple légendaire.

La conversation entre les deux chefs d'État se poursuivit, mais Leeroy en avait assez entendu. Ce monstre et cette tempête qu'il causait ne l'effrayaient pas plus que cela. Toute son existence n'avait été que danger, et il ne s'était jamais imaginé vivre assez longtemps que pour voir sa peau flétrir. Mourir par une force surnaturelle ou pas la main d'un homme, cela revenait au même pour lui.

Mais en observant ce Roi, il ne put s'empêcher de ressentir un halo de puissance, de danger, mais aussi, et surtout, de richesse. Il était souverain, et comme ses joyaux le laissaient supposer, il devait être entouré d'une confortable fortune, bien plus importante que ces quelques malheureuses pièces volées à ces ivrognes dans la taverne.

La venue des Mariids était sans doute une aubaine pour Leeroy. Avec assez d'argent, il sera peut-être en mesure de s'acheter un navire et de quitter cette île sordide à la recherche d'une retraite tranquille, loin des Hommes, des Mariids, et de leur monstre mythique.

Mais alors qu'il dévisageait sans vergogne les pierres scintillantes qui ornaient l'apparat du Roi Farhang Navdar, Leeroy sentit un regard mauvais lui brûler le visage. Il se tourna et fut surpris de croiser les yeux de l'homme à la chevelure sombre qui accompagnait le monarque. Cette fois-ci, il fut certain que ce regard lui était adressé. Il n'y avait aucun doute, les deux yeux d'un bleu sombre et terrifiant le sondaient avec une dureté qui le fit doucement tressaillir.

Dépouiller le Roi de sa fortune n'allait sans doute pas être une entreprise aisée. Mais Leeroy appréciait particulièrement les défis.

Plus tard, lorsque l'aube pointait à l'horizon et enveloppait la mer d'un tapis pourpre, Leeroy n'avait pas fermé l'œil de la nuit, bien trop excité par le nouveau plan qu'il allait échafauder.

Mais alors que le soleil dardait ses rayons à travers l'écoutille qui lui servait de fenêtre, il sentit ses paupières lourdes et engourdies par la chaleur. Il s'autorisa à basculer sa tête en arrière et à fermer ses yeux l'espace d'un instant. Là, sans même s'en rendre compte, il tomba dans un lourd sommeil.

C'est une effroyable odeur de brûlé qui le réveilla. La chaleur du soleil avait fait place à un feu ardent. D'un bond, il se leva de sa chaise et évalua la situation. Il semblait prisonnier des flammes. D'un geste rapide, il se munit d'une couverture et la posa sur sa tête avant de se jeter au sol. Là, il se mit à ramper et à tousser. Ses yeux brûlaient et piquaient, il avait du mal à les garder ouverts et à voir à plus d'un mètre devant lui. Mais il devait gagner la sortie.

Fort heureusement, le feu n'avait pas encore assez pris pour lui barrer toutes les issues et il parvint à se hisser par une trappe secrète qui le menait dehors. Le visage et les mains recouverts de suie noire, il se leva en titubant légèrement, toujours sur le choc de ce réveil pour le moins effrayant.

La maisonnette de bois qu'il habitait depuis son enfance venait de brûler. Pourtant, il n'était jamais entré par la porte principale, personne à part lui ne pouvait savoir qu'il vivait là. Il écarta la thèse de l'accident très vite. Il avait assez d'ennemis que pour deviner un incendie criminel.

Il fit le tour de la bâtisse délabrée qui continuait de brûler et non loin de l'entrée, il vit un bidon dégageant une odeur forte. Leeroy grimaça. Quelqu'un venait d'essayer de le tuer. Ce n'était bien sûr pas la première fois que cela lui arrivait, mais cette fois-ci, il n'avait plus de chez lui. Ses affaires allaient brûler, emportant avec elles ses souvenirs.

Leeroy soupira longuement. Il n'était pas spécialement attaché aux choses matérielles qu'il estimait bien trop fugaces et périssables, mais il était né dans cette bâtisse de deux parents dont il ignorait tout aujourd'hui encore. Quelque part, cette vieille cabane qui ne payait pas de mine était le seul lien qui le rattachait à eux.

Mais loin de se laisser décontenancer, il retira sa veste et la jeta par-dessus son épaule. Il lança un dernier coup d'œil au brasier et poussa un long soupir avant de tourner les talons.

Quelques heures plus tard, alors qu'il venait de gagner une nouvelle partie de cartes en ayant habillement tromper ses adversaires, il se retira de la taverne le sourire aux lèvres et la bourse pleine. Mais ce n'était en tout et pour tout que quelques malheureuses pièces d'or dérobées à de vieux bois-sans-soif, assez pour tenir quelques jours seulement. Malgré l'accident, il n'avait pas perdu de vue son objectif plus audacieux.

Alors qu'il s'apprêtait à tourner dans une ruelle, il se heurta à plusieurs hommes tapis dans le noir. Il leva les yeux et reconnut les ivrognes qu'il avait trompés la veille.

— Tiens, qui voilà, lui dit le boucher de sa voix grasse, Leeroy Warwick. Tu ne t'es pas changé aujourd'hui ? Toi qui d'habitude aimes tant te pavaner dans des costumes d'opérette.

Leeroy fronça les sourcils et devina tout de suite où le boucher voulait en venir.

— Et qu'est-ce que je sens ? rajouta le docker. Ce ne serait pas l'odeur de la suie ?

Les cinq hommes se mirent aussitôt à rire, confirmant les suppositions de Leeroy. Il n'aurait jamais pensé que des hommes tels qu'eux se seraient un jour risqués à descendre dans les basfonds de la ville. Ils ne constituaient pas la fine fleur de la cité, mais même ces ivrognes n'étaient rien par rapport à ce qui pouvait grouiller dans les basfonds.

Lorsque Leeroy aperçut l'éclat de la lame, il s'en fallut de peu. Il réussit à esquiver le coup asséné par le docker. Il était bien plus agile qu'eux, mais pour l'instant, il était surtout pris au piège. Les ennemis l'encerclaient et étaient en surnombre. Par ailleurs, il n'aurait certainement pas le temps de retirer sa dague avant la prochaine attaque.

Leeroy jura à haute voix. Étrangement, il avait toujours imaginé sa fin de cette manière, ou dans un scénario assez similaire.

— Où est passé ton joli sourire prétentieux ? demanda le batelier en ricanant.

Il était fait comme un rat. C'en était fini de lui.

Mais tout à coup, alors qu'il vit une nouvelle lame fendre l'air dans sa direction, il reconnut les trompettes royales non loin de la ruelle dans laquelle il se trouvait. Cela eut pour effet de stopper net ses assaillants.

Derrière le boucher, Leeroy reconnut la procession des Mariids. Alors, une idée lui vint immédiatement à l'esprit.

— Attention mon Roi ! Ils sont armés !

Il avait crié assez fort que pour attirer l'attention sur eux. Les cinq ivrognes avaient toujours leurs couteaux à la main, et l'un d'eux tenait même un fusil en direction de la procession. Le tableau était parfait. Il donnait vraiment l'impression qu'ils allaient s'en prendre au Roi.

Le monarque sourcilla à peine en les apercevant. Mais la réaction de sa garde rapprochée fut toute autre, et avant même que Leeroy n'ait eu totalement terminé sa phrase, plusieurs Mariids s'étaient déjà jetés sur ses assaillants.

Leeroy reconnut le garde aux cheveux et aux yeux sombres. Il semblait mener les hommes. En quelques secondes, il avait immobilisé les ivrognes qui n'avaient montré que peu de résistance, abasourdis par la situation.

Les gestes du garde aux cheveux noirs étaient précis et puissants. Leeroy l'observa sans dire un mot, et lorsque leurs regards se croisèrent à nouveau, il le soutint avec une certaine conviction. Mais à mesure de son regard se fit plus pénétrant, Leeroy dut reconnaître qu'il vacillait. Il aurait préféré affronter dix hommes semblables à ses camarades de jeu dupés plutôt que cet homme.

— Amenez-les ! cria le garde de sa voix grave.

Immédiatement, les cinq hommes furent conduits bien loin de leur Roi. Avant de partir, le boucher leva les yeux vers Leeroy et cracha en sa direction.

Une fois de plus, il s'en était fallu de peu.

Le chef des gardes tourna les talons et s'éloigna de Leeroy. Là, l'escroc saisit l'opportunité.

— Attends ! cria Leeroy.

L'intéressé se tourna vers lui sans quitter son air sombre. Son expression laissait présager qu'il n'avait pas l'intention de perdre son temps.

— Vous avez besoin d'hommes vaillants pour affronter la menace qui gronde, n'est-ce pas ? Je suis prêt à donner ma vie pour le Roi des Mariids.

Leeroy avait parlé d'une voix claire et convaincante. Mentir n'avait jamais été un problème pour lui. Mais malgré cela, le Mariid le regardait avec suspicion.

— À qui crois-tu t'adresser de la sorte ? répondit le chef des gardes d'un ton acerbe.

Le Mariid s'était adressé à lui d'un air qui ne laissait aucun doute : sa proposition n'avait pas l'air de l'intéresser le moins du monde. Leeroy grimaça légèrement, se demandant par quelle autre pirouette il arriverait à se rapprocher du souverain. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de réfléchir à un autre plan, le Roi des Mariids se tourna légèrement vers lui et prit la parole de sa voix claire et précise, à l'image de ceux qui ont pour habitude de tenir des discours.

— Voyons, Darius. Après tout, cet homme m'a probablement sauvé la vie. Comment t'appelles-tu ?

À cet instant, le prénommé Darius lui lança un regard noir, mais il en fallait plus pour dissuader Leeroy.

— Leeroy Warwick, pour vous servir, répondit l'intéressé en se courbant d'un geste élégant devant le souverain.

D'un signe de tête presque imperceptible, le Roi lui rendit son geste.

— Warwick ? reprit le monarque.

Leeroy acquiesça, devinant à peine le sourcil levé du souverain.

— Si nous sommes venus ici, c'est pour trouver l'aide des Hommes. Si vous vous dites si motivé, retrouvez mon chef de garde demain dès l'aube à l'auberge Jenkins, vous saurez quoi y faire.

Sur ces mots, le Roi Mariid continua sa procession, la démarche élégante et impériale. Le dénommé Darius lança un dernier regard assassin à l'attention de Leeroy et tourna les talons d'un geste sec afin de reprendre sa place aux côtés de Farhang Navdar.

Leeroy observa le corps musclé et légèrement halé du chef de garde se mêler aux autres Mariids sans pour autant se fondre parmi eux. Ses cheveux noirs détonnaient avec la clarté des siens, et sa puissance lui rappelait plus les guerriers d'un autre âge plutôt que des créatures de l'eau.

Mais confiant, Leeroy ne put s'empêcher de réprimer un rire satisfait. Tout cela s'annonçait plus facile que prévu.