Voici le Chapitre 8 ! :)

Bonne Lecture à toutes et à tous


Chapitre 8.

Le premier mois d'automne avait laissé place au second, qui avait laissé place au troisième, qui se terminait lentement et à la fois beaucoup trop vite pour les paysans qui ne savaient s'ils allaient survivre à l'hiver.
Quand elle pensait à cela, Constance sentait son cœur se serrer. Elle vivait bien, elle était Reine et changeait au fur et à mesure. Telles les saisons, elle évoluait. Devant le regard bienveillant et protecteur d'Eric, devant le désir et l'amour de son époux, elle changeait à la bonne grâce de chacun.
Dans ses magnifiques vêtements elle vivait. En ce jour froid, elle marchait dans les couloirs du palais, tel un lion en cage. Elle n'en avait jamais vu, mais d'après les récits des livres, les lions étaient des animaux forts et beaux, ils étaient les rois de la savane et avaient une crinière magnifique.
Ses cheveux blonds étaient entrelacés comme une toile d'araignée avec quelque ruban blanc, laissant son visage dégagé, mais le reste de sa chevelure dégringolait dans son dos. Sur son crâne se trouvait un diadème aux formes de cercles et de triangles. A son cou, une parure qu'elle ne portait que très rarement il s'agissait de petits flocons, collés les uns aux autres. Son frère la lui avait offerte en cadeau de mariage. Elle l'appréciait mais avait peur de la casser.

Et enfin, sa robe ample, aux jupons blancs teintés de rouge et de motifs d'or en forme de griffon, son corset sang avec un laçage blanc, et ses manches larges et vaporeuses avec des fins rubans rouges pour rappeler le reste de la robe. Cette robe parfaite rappelait à qui la croisait de s'agenouiller car elle était la Reine.

Tournant dans un énième couloir, elle put enfin entrer dans la serre féerique que les jardiniers embellissaient de jour en jour pour elle. S'installant sur le rebord de la fontaine, elle se laissa aller dans sa lecture. Son livre racontait l'histoire du monde, du monde et de ses pays étrangers, du monde et des rêves qu'il procurait.

Soudain, un craquement la fit relever la tête et elle tomba nez à nez avec une jeune fille, sûrement son aînée et en aucun cas de bonne famille, au vu de ses traits marqués.
Ses cheveux bruns tombaient en lourdes boucles sur ses épaules, ses yeux noisette regardaient avec la peur d'une biche la jeune Reine. Sa bouche rouge tel le sang était fort attirante et la douce rose dans ses cheveux pouvait paraître provocante.
Sa robe aux manches de dentelle ne cachait en rien les voluptés qu'offrait son corps. Et soudain, les images de cette nuit-là revinrent dans l'esprit de Constance. Cette catin n'était autre que celle qu'elle avait surprise avec Robert.

« Approche. »

La voix de la jeune femme était ferme et glaciale. Quiconque la connaissant n'aurait vu en elle qu'une pâle copie de la vrai Constance.
Arrivée à son niveau, la prostituée se courba avec souplesse.

« Ma Reine. »

Jusque dans sa voix il y avait de la sensualité.

« Qui es-tu ?
- Camille, votre Altesse.
- Camille ? Et dis-moi, Camille, quelle est ta profession ?
- Je suis gymnaste, votre Altesse. Gymnaste dans le cirque de Parni.
- Oh, je vois. Alors vas-y, fais-moi un numéro de cirque. »

Dans la voix de Constance sonnaient la méfiance et la méchanceté. Camille savait très bien d'où venait cette méchanceté à son égard et ce doute pour son métier.

Camille fit d'abord une roue avant de commencer à marcher sur ses mains abîmées, ses jupons descendus montrèrent alors ses belles jambes habillées d'un pantalon.
De retour sur ses pieds, elle sauta en l'air et retomba jambes écartées, en un grand écart douloureux pour Constance qui ne put s'empêcher d'applaudir.
Camille ramassa alors la rose rouge qui se trouvait auparavant dans ses cheveux et la tendit à Constance.

« Pour la plus belle et admirée des reines. Je sais que vous et moi nous détesterons jusqu'à notre mort, mais... Merci d'avoir permis aux gens du peuple de garder la moitié de leur réserve de grains pour l'hiver. Nous ne mourrons pas de faim, cette fois. »

Constance prit la rose entre ses doigts et, sans qu'elle ne vît comment, Camille avait disparu. La voix du peuple venait-elle de passer par elle ?

Il est vrai qu'elle s'était battue au conseil sous le regard réprobateur de tous pour que le peuple ait plus de nourriture pour l'hiver, comme dans le Nord. Elle avait eu gain de cause au bout d'un long moment de lutte acharnée où seuls les vieillards étaient contre elle. Lors du vote, ce fut Damien de Parni qui trancha en votant pour son idée, ce qui provoqua la surprise générale car il n'avait point prononcé un mot de tout le débat.

Constance se releva. Le soleil commençait à se coucher et Robert n'allait pas tarder à rentrer. Elle devait dîner et prendre son bain avant le retour de son tendre époux.

Se dépêchant, elle ne fit pas attention qu'elle oubliait son fameux livre sur le rebord de la fontaine, qui fut vite ramassé par une jeune fille bien curieuse.

Dans son bain chaud parfumé à la rose, elle n'arrivait pas à se détendre. Aucun saignement. Deux pleines lunes étaient passées et aucun saignement n'avait eu lieu. Quelque douleur vive la surprenait alors qu'elle gravissait les escaliers étroits et raides pour atteindre les remparts mais rien de plus. Dans cette chambre aux couleurs d'argent et de bleu que Robert avait refaite pour eux deux, elle commençait à comprendre. Comprendre que la raison de son mal était due à une seule et unique chose. Elle attendait un bébé.

Elle posa délicatement ses mains sur son ventre plat et le fixa intensément. Deux mois. Et elle s'était mentit tout ce temps... Elle pleura alors. Longuement elle pleura tout en caressant son ventre. Elle ne pleurait pas de tristesse mais de joie. Une joie incontrôlable avait empli ses veines et elle n'arrivait plus à se contrôler.

Au moment où elle sortit de son bain pour mettre seule sa tenue de nuit, Robert entra dans la chambre. Il était habillé d'un pantalon de cuir noir, de bottes saillantes et d'une chemise large d'un blanc sale. Il était allé chasser en ces derniers jours de beau temps et désormais il puait la transpiration et le sang. Odeur qui donna un haut le cœur à la jeune femme.

« Ma douce rose, vous m'accueillez dans votre plus belle tenue.
- Mon humble amour... »

Constance se retourna vers lui et les larmes séchées sur son visage inquiétèrent immédiatement son époux, qui fronça ses sourcils épais.

« Ma colombe... Qu'avez-vous ?
- Ô Robert, comment annoncer cela ?
- Êtes-vous souffrante ? Malheureuse ? »

Constance écarquilla les yeux de stupeur tandis que Robert se rapprochait d'elle, les sourcils froncés d'inquiétude. Tout en lui prenant les mains il continua.
« Je vous promets que quand l'hiver sera terminé, nous irons voir votre frère dans le Nord, ma tendre.
- Vous êtes si bon... Mais...
- Cela ne vous convient pas ?
- Ô Robert, bien sûr que cela me convient ! Je ne suis en aucun cas malheureuse, mon amour ! Je suis juste tellement heureuse que je ne sais comment vous le dire.
- Parlez donc, ma douce ! »

La voix inquiète de Robert s'était changée en excitation de voir sa femme dans tous ses états. Cela devait être une immense nouvelle, il en était sûr et certain.

« Robert, je porte le fruit de notre amour... Là, dans mon ventre... »

Et tout en parlant elle avait déplacé la main de son époux, dure et rêche, mais également pleine de crasse, sur son ventre encore plat et blanc, si pur. Il l'avait tant caressé par le passé, mais cette fois, il le redécouvrait sous une nouvelle forme, bien plus belle et plus douce.

Et sans qu'elle ne comprenne, Robert tomba à genoux devant elle. Les larmes roulant sur ses joues, il enserra la taille de sa bien-aimée. Il la serra fort, aussi fort que le jour où elle lui avait avoué l'aimer. Il pleurait et, son oreille posée contre son bas ventre, il écoutait.

« Notre enfant... Notre enfant, Constance...
- Notre enfant, Robert.
- Mon amour...
- Je ne peux vous promettre un garçon...
- Je me fiche de son sexe, ma douce. Tout ce que je souhaite, c'est que tous deux vous soyez en bonne santé... »

Constance tomba alors à son tour à genoux et se blottit contre le corps humide de son époux avant de se mettre à pleurer à nouveau, elle aussi, de joie.

Rien n'aurait pu venir ternir le bonheur du couple royal. L'annonce allait être faite le soir même, Constance avait fait parvenir une lettre à son frère et avait remercié à la chapelle Dieu et tous ses représentants, allumant même deux cierges.
Elle se trouvait encore à la chapelle, chapelet entre les doigts à réciter prière sur prière.
« Priez encore une fois et je crois qu'il apparaîtra devant vous.
- Je... Père Oliver.
- Je ne suis pas de beaucoup votre aîné, ma Reine.
- Alors comment dois-je vous appeler ?
- Oliver, Majesté.
- Alors appelez-moi Constance, Oliver.
- Je ne...
- Dans cette chapelle nous sommes tous deux de simples enfants d'Adam et Eve.
- Il est vrai.
- Serez-vous là, ce soir ?
- D'après le Roi, je le dois, donc oui.
- Alors je serai heureuse de vous retrouver là-bas, Oliver.
- Le bonheur vous va à merveille, Constance.
- Mais la mélancolie ne vous va fort, mon ami.
- Que...
- Dans votre regard règne cette tristesse d'inaccomplissement. Un jour peut être m'en parlerez-vous, je l'espère.
- Vous me voyez perdu.
- Ne vous voilez pas la face, mon ami. »

Constance se releva à ces mots et, avec un sourire angélique sur les lèvres, elle quitta la petite chapelle, laissant un prêtre plus que troublé devant cette femme aussi belle qu'intelligente.

« SA MAJESTÉ LA REINE »

Elle descendait les marches de marbre avec grâce et lenteur, suivie de ses dames de compagnie, toutes plus belles les unes que les autres.
Sa robe bleu ciel au corset écaillé était très bien travaillée et avait été faite à Moyiz, une ville dans l'empire de Yevi. C'était l'une des plus grandes villes maritimes, où se trouvaient les plus grandes couturières.
Sa robe à la traîne de soie semblable aux vagues de la mer et des océans se soulevait à chaque marche.
Ses cheveux étaient attachés en un catogan de boucles blondes romantiques et sur son crâne lisse se trouvait un diadème de chaînettes en argent.
Sa parure de bijoux était aussi fine que son diadème et des fleurs et feuilles de saphir venaient finir le travail de l'argent en rappelant la couleur de sa robe travaillée.
Juliette sourit à son amie avec des yeux remplis de larmes tandis que celle-ci marchait rapidement vers son tendre époux. Elle avait appris la nouvelle avant tout le monde et l'émotion était visible dans n'importe lequel de ses gestes.
Quand le Roi annonça la naissance prochaine d'un héritier, tous levèrent leur coupe en l'honneur de ce petit Prince ou de cette petite Princesse à venir.
La fête battait son plein et tous riaient, tous chantaient et la joie se ressentait dans le château.
Constance se trouvait assise sur une banquette aux côtés de ses amies, Justine de Parni, Juliette de Park et Olympe du Val. Toutes trois un verre de vin à la main, parlaient de grossesse, d'hommes et de leur amant respectif, quand soudain le jeune prêtre de la chapelle apparut devant elles. Il semblait horriblement perdu et parlait vaguement avec les invités.

« Que fait-il ici ?! »

La voix de Justine était sifflante et presque méchante.

« Il a été convié, comme tout le monde, Justine.
- Ce n'est qu'un prêtre.
- Qu'un prêtre ? Justine, surveille ton langage. »

Olympe avait froncé les sourcils, son air sévère faisait frémir n'importe qui. De nature douce, elle pouvait pourtant être très virulente.

« Je...
- Père Oliver est un homme de très bonne écoute et également de bon conseil. C'est un plaisir de prier dans sa chapelle, j'en viens à le regretter, au Val. Vous avez de la chance de l'avoir. N'est-ce pas, Constance ?
- Hum... Oui. Je le trouve admirable. »

Constance n'écoutait pas les réprimandes d'Olympe envers sa « nièce », elle était absorbée par le comportement d'Oliver. Il fixait avec un tel regard Justine, un regard qu'elle connaissait que trop bien, le regard d'un homme amoureux. Fou amoureux. Le même regard que Robert lui avait lancé lors de leur première danse pendant son bal d'accueil.

« La danse royale. »

Les trois femmes délaissèrent leur dispute à l'entente de cette annonce et applaudirent la jeune Reine, qui se releva. La danse royale était un nouveau rituel qui avait été instauré par Robert pour que Constance soit au centre des admirations un instant.

S'avançant l'un vers l'autre, tous deux se fixaient et se souriaient.

La révérence parfaite de Constance fit immédiatement sourire le prêtre qui s'avança pour mieux la regarder.

Et ils commencèrent à tournoyer, dans un sens, puis dans l'autre. Il la fit tournoyer dans ses bras, la portant à bout de bras et elle riait aux éclats, ce rire si clair, si beau, emplit le château et, tournoyant encore et encore, la jeune Reine était loin de se douter que, assis dans un fauteuil, sur un des balcons, il l'observait de son regard bleu chaleureux et séduisant, ses doigts tachés de fusain dessinant sur le papier blanc. Il l'observait et retranscrivait ce que ses yeux voyaient. Pour une première visite à la capitale, il n'oubliera jamais son beau visage.

Soudain, un claquement de porte fit stopper les rires et tous se retournèrent vers les trois hommes. Eric faisait partie d'eux. Ils étaient couverts de neige.

« Que...
- La neige a commencé à tomber, mon Roi. Une fine pellicule est déjà présente.
- Je... Odile, Margaret, préparez les valises de Charles et Lancelot, ainsi que les miennes. Nous partons dès maintenant !
- Quoi ? Olympe ! »

Constance s'était tournée vers son amie avec peur.

« Vous allez partir sous la tempête ?
- Il le faut si nous voulons regagner notre château avant qu'il soit inaccessible. Nous avons trop longtemps repoussé notre départ, mon amie. Si nous attendons encore deux jours, le château sera inaccessible jusqu'à la fin de l'hiver. Je vous jure que nous nous enverrons des lettres, ma chère. »

Les deux femmes s'enlacèrent et le couple du Val disparut derrière un couloir.

« Soldats, qui est cet homme ?! »

La voix grondante de Robert fit frémir Constance, qui se blottit contre lui et fixa l'homme encerclé.

« Je me nomme Marc de Koriza. Je suis prince de Korez.
- Prince de Korez ?! »

Robert éclata de rire sous le regard indigné de sa femme. Il reprit pourtant instinctivement son sérieux et reprit de sa voix puissante :
« La Korez n'a qu'un seul Prince et il se nomme Paul III, fils de Paul II. Vous, mon cher, vous n'êtes que Marc de Koriza, fils illégitime de Paul II. Vous avez été déshérité et banni de l'empire de Zoya, pour un crime que je ne me rappelle plus.
- J'ai tué un homme dans la maison de Dieu, votre Majesté. »

Constance écarquilla les yeux et porta sa main à sa bouche pour étouffer un cri de stupeur.

« Soyez maudit... »

Murmura-t-elle.

« J'ai tué cet homme car il menaçait d'assassiner une bonne sœur, votre Altesse, comprenez-moi...
- Ce n'est pas ce que le jugement a démontré.
- Votre Majesté, permettez-moi d'intégrer votre cour, je suis prêt à vous prêter allégeance et à vous servir.
- Je ne puis vous faire confiance.
- Je serai votre meilleur homme.
- Mettez cet homme au cachot, le temps que je réfléchisse à son sort. »

La fête se termina en une ambiance mélancolique et pudique. Constance se trouvait assise, dans un coin de la salle, seule et méditant devant cette soirée morose.

« Vous avez l'air bien triste, Constance.
- Oliver, vous aviez disparu.
- J'étais là.
- J'ai découvert votre petit secret, mon cher ami.
- Ah oui ?
- Rejoignez moi demain, dans le parc des Lilas.
- Il neige, votre Majesté.
- Et alors ? Sommes-nous des gens du Sud ?
- Non...
- Alors voilà. A demain, mon ami. »

Et heureuse d'avoir laissé l'énigme sur sa trouvaille, Constance disparut, suivie de ses dames de compagnie et rentra dans ses appartements seule, le Roi continuant la fête malgré tout.

Elle caressa longuement son ventre avant d'aller se coucher. Elle pensait à cette journée, à cette soirée. Pierre était parti, Olympe aussi. Charles également. Il ne restait plus que Juliette et Justine. Elle soupira tout en se laissant faire par sa meilleure amie pour se mettre en tenue de nuit.

« Je te remercie, Juliette.
- Ne te soucie guère des problèmes des hommes, Constance, soucie-toi juste de ça. Il est le plus important, désormais. »

Tout en parlant, elle avait posé sa main sur le ventre encore plat de la Reine.

« Dors bien, mon amie.
- Toi aussi, Juliette. »

Celle-ci referma la porte doucement, laissant la future mère avec son ventre plat, portant pourtant la vie à l'intérieur de lui.