Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "hôpital" en une heure. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un mp.


C'était arrivé sur son lieu de travail.

Tous les autres employés s'étaient retournés vers lui et l'avaient regardé en silence.

À dire vrai, ce n'était pas la première fois. Mais les crises précédentes n'étaient que passagères, et la seule autre fois où il y avait eu un témoin, il s'était arrêté suffisamment vite pour faire croire à une violente quinte de toux. Il savait ce qu'il risquait.

Cette fois-là, il n'y avait pas eu d'échappatoire. Plus d'une dizaine de personnes s'étaient trouvées autour de lui à le regarder, à l'entendre, à comprendre la gravité de son état, et rien n'aurait pu effacer cet instant. Tout logiquement, trois d'entre eux s'étaient empressés d'appeler le numéro spécial.

Malgré les spasmes irrépressibles qui l'avaient forcé à se mettre à genoux, les sons déformés qui s'étaient échappés de sa bouche sans qu'il puisse les réprimer, les larmes qui avaient brusquement envahi ses yeux et troublé sa vue, il avait eu conscience des regards qui le condamnaient et organisaient déjà sa disparition.

Et il n'avait pas pu s'enfuir ni s'arrêter alors qu'on le saisissait sous les bras pour le transporter rapidement dans une salle à part, en attendant que l'équipe de confinement et son ambulance arrivent.

Pendant le transport vers l'hôpital, attaché à un brancard, un masque sur le visage et une première perfusion dans les veines, il avait retrouvé assez de lucidité pour se dire que tout était fini. Son travail, sa famille, sa vie… Tout cela était fini pour lui. On ne revoyait presque jamais ceux que l'équipe de confinement venait chercher. On ne ressortait presque jamais du grand hôpital central. On devait déjà nommer un autre employé pour son poste, et dépêcher un officiel pour annoncer la nouvelle à sa famille.


Il avait attendu longtemps dans une pièce blanche, aux murs blancs et capitonnés, attaché à un lit blanc, une nouvelle perfusion dans le bras, un ensemble d'électrodes sur son crâne et sa poitrine. On n'avait pas eu besoin de le raser, ses cheveux étaient suffisamment courts. Les machines qui étaient censées enregistrer les moindres variations de son état bourdonnaient presque inaudiblement, et leurs écrans de contrôle lui tournaient le dos.

Les spasmes qui l'avaient secoué de manière incontrôlable avaient fini par s'arrêter. À présent, c'était un sentiment de nausée qui remontait dans sa gorge et communiquait une tension douloureuse à chacun de ses membres.

S'il relevait la tête, il pouvait voir son reflet pâle et tendu dans le vaste miroir qui faisait face à son lit. Il essayait d'imaginer les observateurs qui pouvaient se cacher derrière. Avaient-ils épuisé leurs premières observations ? Viendraient-ils lui communiquer leurs conclusions ? Qu'allaient-ils faire de lui ?

Mais quand il restait la tête sur le coussin, les yeux fixés sur le plafond blanc, il se demandait s'il n'avait pas déjà disparu, si son corps n'était tout simplement pas en train d'attendre que cette disparition se propage à chacune de ses cellules.


Plusieurs heures passèrent, peut-être même un jour, dans cette pièce blanche où la lumière artificielle ne faiblissait jamais. Il ne savait pas. On lui avait enlevé sa montre en même temps que ses vêtements, et les instants avaient fini par s'enchaîner dans une infinité oppressante.


Un médecin finit par rentrer, seul, un dossier sous le bras. Il l'avait regardé en silence.

« C'est grave ? »

La question avait eu du mal à sortir de sa gorge sèche, mais pourtant il sentait de nouveau ses yeux se remplir de larmes.

La réponse était arrivée sur un ton calme et patient, froid et neutre.

« Il s'agit de la résurgence malencontreuse d'un atavisme primitif, que notre médecine croyait pourtant avoir pleinement éradiqué. »

C'était bien fini.

« Vous n'êtes cependant pas le cas le plus grave que j'aie vu. Il y a des circonstances dans lesquelles l'enfermement à vie semble être la seule solution – ces patients demandent généralement l'euthanasie, au bout de quelques années. Mais dans votre cas, je suis certain qu'une rééducation, suivie d'une réhabilitation, vous permettront de reprendre d'ici quelque temps votre place dans notre civilisation. »

Était-ce vrai ? Pourrait-il un jour retrouver une maison, une famille, un poste, un rôle dans la société ? Pourrait-il vraiment quitter ces murs blancs ?

Le médecin vérifia de nouveau les écrans de contrôle.

« En cet instant même, vous présentez tous les signes cliniques d'une forte anxiété. Un traitement médicamenteux permettra de résorber le problème en seulement quelques jours. »

Il ne put s'empêcher de se raccrocher à ces mots calmes et posés.

« Quant à l'incident pour lequel vous avez été amené ici, il nécessitera des soins plus longs et complexes. C'est pourquoi il est pour l'instant impossible de préciser la durée de votre hospitalisation. »

Un silence passa, pendant lequel il hésita à mettre en mots la maladie qu'il redoutait. Mais il préférait encore savoir. Il se lança, la gorge sèche.

« Mais, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Est-ce que c'était... »

Le médecin attendait patiemment.

« Est-ce que c'était une crise de colère ? De peur ? »

Il n'osait pas proposer d'autres termes. Le succès éclatant de leur civilisation tenait à l'éradication de tous ces… sentiments. Connaître ces expressions, n'était-ce pas rajouter à sa condamnation ?

« Non. Vous n'êtes pas arrivé à un stade de dérèglement émotionnel aussi sévère. Vous ne souffrez que des premiers dysfonctionnements, de ceux que l'on peut encore traiter assez aisément, si vous vous engagez avec sérieux dans votre traitement. »

Ce n'était pas une menace. C'était un simple énoncé des faits. On ne refusait pas.

« Plus précisément, vous avez été victime d'une crise de fou rire. Ensemble, nous ferons en sorte que cela ne se reproduise jamais plus. »