Kirman Lowen était retourné au poste de commande et il supervisait l'opération. Il y avait quatre personnes en tout dans la navette, incluant le professeur Garth. Il y avait une pilote, un ingénieur et un officier de sécurité. Leur mission était de se rendre jusqu'au vaisseau étranger en évitant d'entrer en contact avec la nuée. Pour un vaisseau-ville comme l'Éternité, ça aurait été impossible, mais une petite navette y arriverait sans encombre.

Sur l'écran, on pouvait voir la navette s'éloigner du vaisseau en direction du nuage. Kirman sentait la tension monter autour de lui, mais c'était rien comparé à la tension qu'il vivait.

Il était responsable s'il leur arrivait quelque chose. Si Garth ne revenait pas, le retour du système de communication serait long et complexe. Selon les informaticiens et techniciens qu'il avait mis sur le coup, la seule façon de récupérer le système de communication était littéralement de le reconstruire et ça prendrait des semaines. Même après avoir traversé cette nuée, ils y avaient toujours le risque de faire une rencontre avec d'autres voyageurs interstellaires. Sans possibilité de communiquer, tout pouvait arriver. Certaines espèces extra-terrestres étaient très susceptibles.

Autre constatation, le fait d'avoir libéré Garth, malgré son sabotage, et le fait qu'elle s'obstinait dans sa petite mutinerie pourrait être vue comme de la faiblesse de sa part et son autorité en prendrait un coup.

En fait, beaucoup de choses dépendait de la réussite de cette mission, autant pour son image que pour le moral de ses officiers.

- Commandant, dit alors l'officier aux scanners. La navette a atteint le vaisseau et il sont en train de s'amarrer.

Lowen maudit une fois de plus Garth pour ne pas avoir rétablit la communication. Ça les mettait dans l'impossibilité de savoir ce qui se passait, du moins pas avant leur retour. S'ils rencontraient une force hostile, ils seraient même dans l'impossibilité d'en avertir le vaisseau.

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Dans la navette, la pilote se concentrait sur la manœuvre d'amarrage. C'était toujours une manœuvre hasardeuse quand il s'agissait de s'amarrer à un vaisseau étranger. La plupart des vaisseaux interstellaires possédaient des sas ajustables pour leur permettre de s'amarrer à la plupart des vaisseaux qu'ils rencontraient. Mais il y avait toujours des sas dont le format et la taille étaient si peu conventionnels que même les meilleurs sas ajustables ne pouvaient convenir.

Lora, la pilote ajusta le sas de la navette à celui du vaisseau étranger. Même si le sas était de la bonne forme et de bonne grandeur, il était possible que l'intérieur du sas ne se scelle pas avec l'autre vaisseau, ce genre de manœuvre était toujours hasardeuse.

- Préparez-vous, dit-elle aux autres passager, il risque d'y avoir des secousses.

Sans attendre elle enligna le sas de la navette avec le sas du vaisseau et s'approcha lentement, jusqu'à l'emboîtement. À ce moment, une légère vibration se fit sentir.

- Merci de nous avoir avertis, dit Kyle, l'ingénieur, avec un sourire.

Éloïse se leva de son siège.

- Préparez-vous pour l'abordage.

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Il y avait un bruit dans la noirceur, un bruit métallique, comme si on frappait deux objets en métal encore et encore. Il y avait aussi une odeur de cannelle venue de nulle part, puis un éléphant blanc en céramique se brisa sur le sol.

- Vous ne me laissez pas le choix, inspecteur, disait une voix venue de nulle part.

Puis, le bruit s'intensifiait et se focalisait sur ses tempes. L'éléphant blanc se reconstituait tout seul et disparaissait dans la noirceur.

- Qui êtes-vous, demandait-t-elle?

- Je suis l'âme du vaisseau, disait la voix.

La douleur lui traversait le crâne tel un choque électrique, elle hurlait.

- Il faut dormir, disait la voix, il faut oublier.

Tout devenait lumineux, d'un blanc si éblouissant qu'elle ne voyait plus rien, puis elle réalisait que les murs étaient en verre et qu'ils avaient la forme de l'éléphant. Elle était prisonnière de la sculpture.

- Nous nous reverrons, murmura la voix. Dormez.

Elle entendait des voix lointaines qui semblaient l'appeler. Puis, les ténèbres la happaient à nouveau.

Elle était témoins de la naissance de la Terre, des premières formes de vies microscopiques et de leurs étranges descendances se mouvant dans les océans, puis apparaissaient des formes de vies plus complexes qui évoluaient toujours plus vite, jusqu'à l'humain. Elle était témoins de son développement de son histoire, de son apogée, de sa déchéance. Puis l'humanité quittait son berceau à la recherche d'une nouvelle Terre. Elle voyait les générations se succéder sur l'Éternité sous le regard bienveillant de Tora Loram.

Elle se retrouvait face à Tora Loram, face à une femme qui aurait dû être morte, mais qui avait changé. Elle lui lançait un regard désolé.

- Je n'ai pas le choix, disait-elle. Il y a trop de choses en jeu.

- Un jour à la fois, disait alors Kirman.

Et sa voix retentissait à son oreille, elle se mêlait aux voix lointaines, elles se rapprochaient toujours plus comme si elles allaient la frapper.

Angia se réveilla brusquement.