Une main glissée dans la mienne.

Des cheveux chatouillant mon menton.

Une joue posée sur mon torse.

Des jambes enroulées autour des miennes.

La couette entortillée à nos pieds.

Un cœur qui bat à un rythme régulier.

Une respiration paisible.

Un homme dont le boxer gris est l'unique rempart à sa nudité.

Telle est ma première vision lorsque j'ouvre mes paupières gonflées de sommeil. Un sourire se dessine sur mes lèvres en découvrant Noah, toujours pelotonné contre moi, profondément endormi.

Sourire qui se crispe en constatant que son bras frôle mon entrejambe. Et mon érection matinale. Merde. S'il ouvrait les yeux à cet instant, ce serait la première chose qu'il verrait. Tu parles d'une sacrée surprise.

Le plus malin serait de bouger pour éviter toute situation gênante de bon matin. Ou de faire en sorte qu'elle retombe. Ce qui semble impossible avec un type pareil à mes côtés. Chaque parcelle de sa peau est un appel à la luxure. Sa couleur caramel, sa douceur, sa chaleur. Son petit cul bombé dans son carcan de tissu. Je n'ai qu'une envie : agripper ses fesses de mes mains, le faire basculer sur moi, et le sentir onduler contre moi jusqu'à l'orgasme.

Un gémissement tente de s'échapper de mes lèvres en imaginant la scène et je suis obligé de serrer les dents pour le ravaler.

Merde.

Bouge, James. Bouge avant que cette situation ne devienne véritablement embarrassante.

Je devrais écouter mes sages conseils, mais je ne parviens pas à agir. Au contraire, je reste immobile quelques minutes supplémentaires, voulant profiter un peu plus longuement de cet instant.

De la pulpe de mes doigts, je caresse distraitement son dos, savourant le renflement de ses muscles, la douceur de sa peau. Ce qui, bien sûr, n'arrange en rien ma trique.

Pourtant, aucun mouvement de sa part ne vient perturber les miens. Il semble profondément endormi, comme s'il voulait rattraper toutes ses heures de sommeil perdues.

Je ressens une étrange bouffée de chaleur en réalisant qu'il est le premier homme à partager mon lit depuis Elias.

C'est bizarre. Pendant des semaines après avoir l'avoir foutu à la porte de chez moi, je me suis promis qu'il serait le dernier à franchir cette ultime étape dans mon intimité. Je refusais d'admettre qu'il pourrait y en avoir d'autres. Je refusais de songer ne serait-ce qu'une seconde que je puisse faire assez confiance à quelqu'un pour lui ouvrir mon lit. Je refusais de prendre le risque de souffrir de nouveau.

Et Noah est arrivé. Toutes mes bonnes résolutions ont été balayées en un claquement de doigts. Je n'ai même pas hésité, pas réfléchi. La décision s'est imposée à moi d'elle-même, sans que j'aie mon mot à dire. Et quand je le regarde, là, au creux de mes bras, je me fais la réflexion que j'ai été bien bête de me montrer si catégorique. Parce qu'il n'y a rien de meilleur au monde que de sentir cet homme contre moi.

Je n'ai pas envie de me prendre la tête. De tirer des plans sur la comète. Je sais que rien ne sera simple, que je vais devoir m'accrocher. Mais cette fois-ci, je suis persuadé que ça en vaut la peine. Qu'il en vaut la peine. Qu'il ne pourra jamais me faire souffrir autant qu'Elias.

Alors peut-être ne suis-je pas prêt à aimer de nouveau. Il est trop tôt. La plaie est encore à vif. J'ai besoin de cicatriser. J'ai besoin de guérir de l'homme qui m'a piétiné allègrement. Mais à défaut, je suis prêt à lui offrir toute l'affection, la tendresse, le respect et l'amitié dont il semble si cruellement manquer. Peut-être que ce n'est pas mon rôle, peut-être que je devrais faire marche arrière et ne pas me laisser engloutir par tout ça, garder la tête froide, me contrôler, rétablir les règles, mais je n'en ai pas la moindre envie.

Un sourire s'épanouit de nouveau sur mes lèvres tandis que je regarde son dos s'élever et s'abaisser au rythme de sa respiration. De l'index, je retrace ses sourcils, l'arête de son nez, les courbes de sa mâchoire. Son hématome a viré au violet et je le contourne par peur de lui causer de la douleur, ce qui pourrait le réveiller.

Après une éternité passé ainsi, à le contempler, à me gorger de son image, je décide qu'il est l'heure de me lever.

Doucement, en prenant tout mon temps, je déplace mon corps, centimètre par centimètre, pour pouvoir m'extirper du lit sans le réveiller. Libère ma jambe. Ôte son bras. Glisse mon oreiller sous sa tête, et me faufile hors de ce douillet cocon.

Je reste un long moment sous la douche, essayant de reprendre mes esprits et de songer à autre chose que l'apollon qui m'attend dans mon lit. Peine perdue. Je bande si fort que c'en devient douloureux. Aux grands maux les grands remèdes.

Ma main savonneuse descend le long de mon torse pour agripper ma queue. Entame des va-et-vient. Une paume en appuie sur le mur carrelé, les yeux clos, je revis la scène d'hier. Visualise Noah, entièrement nu, en plein milieu de mon salon.

Notre baiser. Intense. Violent.

L'ondulation de ses hanches.

Sa verge pressée contre la mienne au rythme de ses mouvements de bassin.

Mais cette fois-ci, ça ne s'arrête pas là. Cette fois-ci, je décide de ne pas mettre un terme à notre étreinte.

Je m'imagine, glissant mes doigts entre ses cuisses pour empoigner son sexe et le caresser. Tracer un chemin humide le long de son torse.

Lécher ses abdominaux.

Embrasser son aine.

Enfouir mon nez dans sa fine toison brune.

Et enfin. Enfin.

Le goûter.

Laisser courir ma langue sur la longueur de sa hampe avant de l'enrouler autour de son gland. Sentir la saveur salée de son excitation.

Emprisonner cette colonne de chair entre mes lèvres.

L'avaler entièrement.

Entendre ses cris, ses gémissements tandis qu'il baiserait ma bouche.

Putain. Ouais.

Ma main se contracte contre le mur, tandis que l'autre accentue ses mouvements. De plus en plus fort. De plus en plus violemment. Ma mâchoire se serre. Mon esprit hurle son nom. Je finis par jouir dans un râle, éjaculant entre mes doigts et sur la faïence.

Mon souffle est haché. Une bonne minute est nécessaire pour récupérer de mon orgasme.

C'est à la fois un peu honteux, mais soulagé que je termine de me laver.

Une fois remis de mes émotions, propre comme un sou neuf et habillé, je décide de préparer un petit déjeuner de champion pour le canon qui se trouve dans mon lit.

Arrivé dans la cuisine, je commence à hésiter. Je n'ai aucune idée de ce que prend Noah au petit déjeuner ni de ce qui pourrait lui faire plaisir. Je décide d'opter pour un café — après tout, je le vois constamment en boire à l'école — un verre de jus d'orange, toasts, beurre, confiture, et des œufs brouillés. Comme ça, il aura l'embarras du choix.

Je m'active en sifflotant, espérant que ce geste lui fera plaisir et lui montrera une fois encore que je souhaite simplement prendre soin de lui.

C'est ça, James. Et la marmotte, hein? Tu ne pensais pas simplement à prendre soin de lui pendant que tu te branlais sous la douche.

Je décide de faire taire ma conscience, et reprends mon activité.

C'est en me dirigeant de nouveau dans ma chambre, les doigts fermement arrimés au plateau, que j'aperçois mon portable. Merde.

Je me frapperais le front si seulement je n'avais pas les mains occupées. Je n'arrive pas à croire que le texto de Sam me soit sorti de l'esprit. Hier soir, j'avais pourtant eu dans l'idée de me jeter dessus dès mon réveil. Mais une chose en amenant une autre…

L'onanisme est très mauvais pour la mémoire. En plus, il paraît que ça rend sourd.

Je grince des dents devant ma propre bêtise. Et moi qui étais si impatient d'obtenir certaines réponses. Il faut croire que la vision de Noah à moitié à poil m'a fait revoir mon sens des priorités.

Après m'être invectivé pendant encore quelques secondes, je pose précautionneusement le plateau sur la table pour attraper mon téléphone. Et ça ne loupe pas.

« J'ai trouvé des infos. Rappelle quand tu as le temps. »

Un frisson me parcourt l'échine en lisant ces quelques mots. Ça y est. Je vais enfin pouvoir en découvrir davantage sur le mystère qui entoure Noah. D'un coup, je ne sais plus quoi faire. Ma curiosité refait surface et je suis à deux doigts de contacter Sam pour qu'il crache le morceau.

En avisant le plateau de café fumant et d'œufs tout juste sorti de la poêle, je décide de prendre mon mal en patience. Sans compter que cette conversation risque de durer, et je n'ai pas envie que Noah se réveille et me choppe en pleine discussion à son propos. Je l'ai échappé belle hier, inutile de tenter le diable.

Et lorsque j'arrive dans la chambre et découvre Noah étendu de tout son long au milieu du lit, sa bouille bouffie de sommeil et ses cheveux tout hirsutes, je me dis que j'ai bien fait de choisir de le rejoindre.