Bonjour à tous! Bienvenue sur cette nouvelle histoire. en cette période froide, et alors que les JO approchent, je vous propose de vous plonger dans l'univers des sportifs de haut niveau. Ici vous allez vivre leur quotidien, et une histoire d'amour naissante, mais chut! Je vous laisse découvrir.

Bonne lecture


J-5

A travers le hublot, Makxim observe la ville qui s'étend sous ses pieds. Des immeubles s'élèvent dans le ciel, accrochant les nuages. Derrière ce paysage urbain, il distingue à peine la piste d'atterrissage. Les lumières dessinent un rail sur lequel l'engin s'engage. L'homme se plonge dans la contemplation des montagnes de la Corée du Sud. Il entend leur appel assourdissant. Bientôt. Dans quelques heures. Un frisson d'excitation parcourt son corps.

L'appareil amorce un brusque virage, avant d'entamer son atterrissage. La main de Makxim se serre sur l'accoudoir, alors que son estomac se tord. Peu importe le nombre de fois qu'il a pris l'avion, la même appréhension le gagne, et inévitablement sa respiration devient superficielle. Il s'oblige à inspirer profondément. Ses nerfs se calment peu à peu. Tout va bien se passer, se rassure-t-il, alors que dans une secousse brutale, ils heurtent le tarmac. Ils sont arrivés. Il y est. Pyeongchang.

Sa dernière chance.

Réalisation soudaine. La réalité le foudroie douloureusement. Dans quelques jours tout ça sera fini. Tout ce qu'il a connu depuis son enfance s'achèvera. Ses mains deviennent moites, la nausée monopolise sa gorge. Sa respiration devient erratique. Lui qui attendait avec impatience cet événement regrette presque d'y être. Quelle étrange sensation.

La main d'Axel se pose sur son épaule, à peine plus lourde qu'un papillon, le ramenant à la réalité. L'avion s'est vidé, il faut qu'ils descendent à leur tour. Makxim regarde l'appareil vide. Dernier moment de sérénité, avant de s'exposer à la vue de tous. Il traine les pieds, peu décidé à sortir dans l'aéroport, et marche lentement entre les rangées de sièges désertes.

Dehors, il perçoit le murmure de la foule. Certaines voix plus perçantes que d'autres scandent son nom. La foule de journalistes le guette. Elle se tient prête à mitrailler les athlètes du monde entier, rassemblés pour ce grand événement.

Le moment est venu d'entrer dans la lumière. Les yeux cernés par le manque de sommeil, le teint blafard, Makxim se soumet aux flashs éblouissants. Il affiche un sourire factice qui comble ses supporters. Les demandes d'interview et les cris hystériques des fans l'engloutissent dans un brouhaha. Déjà malmené par le voyage, il s'oblige à se concentrer pour comprendre ce qu'on lui dit. Il saisit quelques photos qu'on lui tend, les signe machinalement, accepte les cadeaux qui lui sont fourrés dans les bras, avant de s'enfuir dès qu'une brèche se crée. Aujourd'hui, ces délicates attentions ne parviennent pas à lui réchauffer le cœur. Ce dernier est comme bloqué dans une lointaine contrée, naviguant dans les suppositions, sans saisir l'instant présent. Son esprit divague bien loin de son public, préoccupé par les jours à venir.

Il n'est né de la dernière pluie, il sait que dans son dos ça jase. Il sait ce qu'on se dit. Les rumeurs ne tarderont pas à enfler. Habituellement, il se prête volontiers aux regards gourmands de son public. Il est même friand de cette attention, de ce déshabillage de sa vie privée. Lui que l'on surnomme la diva du patinage. Hélas, à Pyeongchang, son esprit reste concentré, il n'y a plus de place pour la frivolité. Cette compétition est trop importante pour qu'il soit distrait. Et puis depuis le lancement de sa carrière, il a changé. Une métamorphose qui s'est amorcée il y a quelques années, sans brutalité, longuement mais de manière irrémédiable. Un sourire franc prend place sur son visage. Il songe à la surprise qu'il leur réserve.

Il longe les couloirs de l'aéroport, alors que la même excitation présente avant chaque compétition fait place dans son corps. L'adrénaline est palpable, renforcée par l'ampleur de l'événement à venir. Les jeux olympiques. Des larmes perlent au coin de ses yeux. C'est si puissant, si unique.

D'une voix douce, mais néanmoins autoritaire, Axel l'aide à se reprendre. Ce n'est pas le moment de craquer. Pas en plein milieu du hall d'aéroport. Luttant contre ses émotions, Maxkim rassemble ses valises et se dirige vers le bus qui les attend sur le parking. Alignés, il y en a un à l'effigie de chaque pays. Le jeune homme grimpe dans celui de la Russie. Celle dont il représente les couleurs pour la compétition à venir. A l'intérieur, il choisit une place au fond, éloignée des autres sportifs déjà présents. Aucun mot sur son passage, pas même un salut. Le patineur ne s'en outre pas. Il faut dire que leurs rapports ne sont pas au mieux. Peu de temps après, Axel s'assoit à ses côtés, et lui lance par la même occasion un regard d'avertissement. Le message est clair. Il doit mettre ses différents entre parenthèses, le temps des jeux olympiques. Le soutient de son pays pourrait se révéler essentiel, s'il veut gagner.

oOo

Après avoir roulé une heure, dans les rues mouvementées, le bus s'engage sur une route montagneuse. Appuyé contre la vitre, trop fatigué Makxim ne profite pas du paysage. Les roulis du véhicule le font somnoler. Il sombre dans une semi conscience. L'arrêt brutal du car devant les grilles du village olympique le réveille en sursaut. Désorienté, il colle son front à la vitre, cherchant la foule. Dehors un calme surprenant règne, contraste parfait avec la cohue de l'aéroport. Ici pas de médias, juste les athlètes et leur équipe. Un mouvement perpétuel mais beaucoup plus sain que ces déshabilleurs de vie. De quoi souffler un peu. Makxim descend, surpris par cette ambiance diamétralement opposée de ce à quoi il s'attendait. Le soulagement relâche ses muscles. Il va pouvoir arrêter les faux semblants. Ici pas besoin d'être sur le qui-vive en continu.

Il pose le premier pied sur le bitume du village olympique et déjà une chargée du staff lui remet entre les mains un plan du site olympique. Il déchiffre les lignes et repère immédiatement les quartiers russes, situés tout proche du cœur même du village, une place fortement enviée qui prouve leur importance dans cette course aux médailles. Leurs voisins de quartiers ne sont autres que les américains et les français. Makxim jette un coup d'œil à Axel qui examine également le papier. Voilà qui devrait le ravir.

Les bagages déchargés, Makxim écoute distraitement les organisateurs. Autour de lui, les autres sportifs sont tout aussi peu attentifs. Comment peut-on rester immobiles alors que le village leur tend les bras ? Makxim n'a qu'une envie, celle de déambuler dans ces rues qui seront sa résidence pour les jours à venir. On leur énumère les règles de l'enceinte : photos autorisées, vidéos interdites. Les personnes circulant dans le village doivent avoir une invitation, signée par le comité olympique. La dame clôt son discours, sentant que leur attention est ailleurs. Elle libère les athlètes et leur équipe.

Le groupe se dirige vers leurs quartiers le temps de déposer leurs encombrantes valises. Certains d'entre eux se fixent déjà un rendez-vous pour se balader dans les rues, pourtant personne ne propose à Makxim de se joindre à eux. De toute manière, il n'en a aucune envie. Son esprit tout comme son corps est las, il ressent la fatigue qu'engendre le stress. Rien ne sert de pousser davantage ses limites. Ce soir il va se reposer. Il emprunte le chemin le plus court pour rejoindre la chambre qu'on lui a attribué. Arrivé à destination, sans même détailler l'habitacle il se dirige directement vers la fenêtre. Il s'appuie contre l'ouverture et ses épaules s'affaissent. La tête tournée à droite, son regard vagabonde sur les bâtiments de la structure. Des souvenirs de ses précédentes olympiades remontent. Si semblables, et si différentes.

— J'espère que tu te sens bien ici, grogne Igor son entraineur.

Sans même un bonjour, ce dernier les bras chargés de papiers accroche le planning pour les jours à venir. Il est arrivé au village olympique trois jours avant eux. Depuis il a eu le temps de se familiariser aux lieux, et de prévoir le programme de son protégé.

— La suite risque d'être fatigante, commente-t-il.

Cette remarque est inutile, Makxim le sait déjà ! Il hausse les épaules. Aucune envie de répondre à ce commentaire. Il n'est plus un débutant. Ces jeux sont les troisièmes auxquels il participe. Depuis le temps, son corps n'a plus de secret, tout comme ses failles. Il sait qui il est, et ce qu'il vaut. Il n'a pas besoin qu'on lui fasse la leçon.

Toutefois, il sait qu'il ne trouvera pas de repos tant qu'il n'aura pas concouru. Peut-être parce qu'il s'agit de sa dernière compétition ? Après celle-ci il mettra un terme à sa carrière. Il ne revivra plus jamais une telle expérience. A cette pensée, sa poitrine se contracte.

La dernière.

— Makxim !

Avec un soupir désabusé, il se retourne, une moue plaintive plaquée au visage, dans le but d'attendrir le nouveau venu. Axel le dévisage, les sourcils froncés, le petit jeu du russe ne marche plus sur lui, ils sont trop proches pour que cette méthode fonctionne. Résigné, Makxim s'arrache à la vue et le suit. Sous l'œil appréciateur d'Igor, il abdique et va se reposer. Quand les deux hommes se liguent contre lui, il ne peut que se plier à leurs ordres.


Alors quelques avis! Toute petite mise en bouche, avant d'attaquer les choses sérieuses.

A très vite pour la suite!