On entre davantage dans le vif du sujet, avec les premiers pas d'un personnage principal; Axel. Bonne découverte de son enfance.


Axel

1989, Lyon

Douleur. Froid. Peur.

Trois ans à peine, mais Axel avait déjà un avis bien tranché quant à ses relations avec la glace. Il la détestait. Comment sa mère avait-elle pu le poser là-dessus avant de s'en aller, le laissant se débrouiller seul ? Sans rien à quoi se retenir. Le garçonnet fusillait de regard les lames sur lesquelles il tentait d'évoluer. La bottine instable tremblait dès qu'il faisait le moindre mouvement. Un simple geste de la main compromettait son équilibre. Il leva la tête. Le bord était si loin, jamais il ne l'atteindrait sans chuter ! Et s'il chutait, il allait se faire mal, ce qu'il voulait absolument éviter. Pourquoi sa mère ne l'avait-elle pas enveloppé dans une combinaison de ski ? C'était encombrant, mais au moins, ça amortissait la rencontre avec cette surface dure.

Ses débuts à la patinoire restèrent gravés dans sa mémoire. Loin d'en être son plus beau souvenir, il en gardait une rencontre mouvementée. Comment pouvait-on aimer tomber sans cesse ? Son pantalon mouillé collait à sa peau. S'il continuait ainsi il allait choper un gros rhume, sans parler des ecchymoses qu'il sentait se former sur tout son corps. Non, décidément, il ne comprenait pas les élèves de sa mère qui se relevaient immédiatement après une chute, répétant inlassablement le même mouvement, pour un résultat semblable. Comment pouvait-on s'entêter ainsi ?

Loin de tous ses états d'âme, sa mère ne lui laissa pas le choix. Peu importe ses premières impressions, elle l'entraina à la patinoire tous les jours suivants, se moquant éperdument des excuses qu'il inventait pour échapper à ce qu'il qualifiait de torture quotidienne. Stéphanie n'en démordait pas, au plus grand damne d'Axel. Directrice du centre de patinage artistique de Lyon, elle transmettait sa passion à ses enfants, et ce quel que soit leur avis.

Si Axel n'y prit pas immédiatement goût, ce ne fut pas le cas d'Elena. Sa sœur se laissa séduire par la discipline, dès que sa mère la jugea en âge d'enfiler des patins. Ses yeux de fillette pétillèrent devant les costumes pailletés qu'elle rêvait de porter. Elle imitait les jeunes filles plus âgées des autres groupes qui évoluaient avec légèreté, se moquant éperdument de ses chutes. Elle se relevait immédiatement et recommençait. A l'appartement, elle ne ratait pas une seule compétition, monopolisant la télévision du salon. Tout cet univers la captivait.

Au gré des envies de sa mère et de sa sœur, ce sport hivernal rythma les premières années de vie d'Axel. Par chance, le patinage se pratiquait même en été ! Toute la famille vivait sur la glace, et au fil du temps, alors que les chutes se faisaient plus rares, les mouvements plus aisés, Axel revit son jugement sur ce sport. Le miracle opéra, il fut contaminé par le virus du patinage. Une palette de possibilités s'offrit à ses yeux, alors qu'il engendrait des gestes complexes. Dans ses multiples essais, il comprit que cette surface vierge lui permettait de créer à l'infini. Il pouvait tout oser. L'inspiration intarissable, il chorégraphia des petites danses pour sa sœur, qui s'appliquait à exécuter ses directives. Elle aimait patiner, et se laisser diriger par son frère, alors que lui préférait la regarder et la guider qu'exécuter lui-même ses mouvements. Et puis il fallait avouer qu'elle possédait beaucoup plus de grâce que lui.

Quand Axel ne s'entrainait pas, il s'asseyait en bord de piste et passait des heures à regarder les patineurs plus âgés. Comment se détacher de ce spectacle des corps glissant à folle allure, et qui dans une fraction de seconde, en une impulsion volaient vers le ciel ? Les lames entamaient la glace dans un chuintement caractéristique. Rien qu'au bruit, il devinait la figure qui se préparait. Les visages rougis par l'effort, les patineurs se concentraient. Il entendait la grosse voix de sa mère crier à l'autre bout de la patinoire pour corriger un saut, une carre, ou encore une pirouette. Il remarquait bien le respect dans les yeux des élèves, qui écoutaient religieusement les conseils de leur coach, tout en craignant ses ordres acerbes. Lui-même se soumettait à son jugement rarement tendre, et d'autant plus exigeant lorsqu'il s'agissait de ses propres enfants. Elle les voulait parfaits, et ne leur laissait rien passer.

oOo

1996, Lyon

A tout juste dix ans Axel, après sept années remplies de chutes, mais également de progrès, se retrouva à former un duo avec sa sœur Elena, alors âgée de huit ans. Sous la houlette de leur mère, les enfants avaient parcouru la glace individuellement, et acquis des bases solides pour s'essayer au couple. La fratrie désormais unis même dans l'effort fit résonner la glace de leurs chamailleries, sous le regard affligé de Stéphanie. La femme les imaginait gagner de grandes compétitions et monter sur la plus haute marche du podium, mais tout cela ne se ferait pas sans effort. Si seulement ils arrêtaient de prendre le patinage comme un divertissement.

Stéphanie les guida vers ses rêves de victoire. Alors que le frère et la sœur n'étaient qu'en primaire, ils passaient plus de temps à la patinoire qu'à l'école. Derrière eux, leur mère veillait, toujours plus exigeante, elle les faisait travailler sans relâche. Son amour maternel étouffa les doutes des enfants. Pour lui faire plaisir, ils obéissaient sans rechigner, allant même jusqu'à sacrifier leur enfance insouciante pour ne pas la décevoir. Le patinage n'était pas un sport d'approximation, il demandait une routine millimétrée, et une hygiène de vie irréprochable.

Cinq heures trente du matin, le réveil sonna. Axel rabattit la couette sur son visage. Déjà ? Mais il ne s'était endormi qu'il y a quelques minutes à peine. C'est du moins l'impression qu'il en avait. Il grogna, mais combattit l'envie de rester couché, sinon sa mère viendrait le lever, et il n'était pas sûr d'aimer sa manière de faire. Dehors, l'air était glacé, il enfila une grosse veste, et se dirigea vers la cuisine. Sa petite sœur avalait deux œufs sur le plat. Pour sa part, il se servit un bol de flocons d'avoine pour les accompagner. Leur mère leur pressa un jus de fruits frais, plein de vitamines. L'estomac plein, ils étaient certains de tenir jusqu'à midi. Stéphanie surveillait de près leur alimentation, pour éviter les fringales, contrairement à leurs camarades qui vers dix heures grignotaient des gâteaux industriels.

Toute la famille arriva à six heures tapante, alors que le soleil dormait lui-même encore, à la patinoire. Encore du froid, râla Axel qui referma plus étroitement sa doudoune. Heureusement il pouvait compter sur l'entrainement pour le réchauffer. Patins aux pieds, les enfants effectuèrent leur routine de décrassage. Quelques tours de piste pour se mettre en forme, puis le réel travail commençait. Sauts, pirouettes, série de petits pas. Tout s'enchainait. Ils achevèrent leur séance, par quelques portés. Après une heure trente passée sur la glace, ils regagnèrent les vestiaires. Les muscles des cuisses d'Axel le brûlaient, il s'étira longuement, pour ne pas commencer sa seconde journée avec des courbatures. Le manque de sommeil se faisait ressentir, et il serait bien rentré chez lui se peloter sous les couvertures. Au lieu de cela, il se changea rapidement. Leur mère les pressa pour arriver à l'heure à l'école. Dans la précipitation, ils retrouvèrent leurs camarades, comme des élèves normaux ils entrèrent en cours.

Axel s'assit avec soulagement. Au moins à l'école, il pouvait se détendre quelque peu et avoir l'impression de vivre une autre vie, où le patinage ne serait qu'un banal loisir. Leur professeur débitait les cours d'une voix monotone, Axel n'y prêta que peu attention trop occupé à somnoler. Il avait confiance en ses amis pour lui passer leurs notes. Avec tout ce sport son corps avait besoin de récupérer. Chaque minute grappillée était précieuse, même si elle empiétait sur son temps scolaire.

A sa joie midi sonna. Sa bande et lui suivirent le troupeau à la cantine. Leurs estomacs criaient famine, ils étaient temps de les remplir. Alors que ses camarades s'alignaient dans la queue, Axel prit un autre chemin. Celui de la salle des professeurs. A l'intérieur, un petit frigo contenait sa boite pour ce midi. Sa mère prévoyait tout, et hors de question que ses enfants ne mangent les plats industriels servis au réfectoire. Ils contenaient des quantités faramineuses de gras et de sucre qui nuiraient à leurs performances. Elle préférait confectionner leur repas du midi, et l'apporter à l'école. Ainsi ses enfants n'avaient qu'à le faire réchauffer. Pour atteindre un haut niveau rien n'était laissé au hasard. Elle contrôlait tous leurs apports nutritionnels.

Son repas fumant entre ses mains, Axel s'assit à la table où ses amis venaient de s'installer. Il jeta un coup d'œil à leur plateau. Viande non identifiée baignant dans une proportion impressionnante de gras, légumes luisant de cette même substance, et en dessert : flan gélatineux. Rien de bien réjouissant. Pour sa part, son assiette contenait une marinade de poulet, et ses légumes ainsi que portion de riz, le tout minutieusement assaisonné. En dessert, il mangerait une pêche.

— Bon appétit ! Lancèrent ses amis avec peu de conviction.

Ils mâchèrent leur plateau élastique, sans enthousiasme. Parfois Axel les plaignait, mais d'autres fois à l'inverse ce régime strict lui pesait. Surtout le jour des frites. Contrairement à ses camarades, il ne pouvait céder à l'appel des bonbons, gâteaux, ni même du chocolat, et ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Le plus simple était de ne pas y penser. L'avantage de ces repas surveillés et du sport quotidien qu'il pratiquait, était que sa silhouette se démarquait des enfants de son âge. Il était plus sec, et tonique. Cette hygiène de vie contraignante avait aussi des points positifs.

A seize heures après une journée bien remplie, Axel trainait des pieds. Il ne se réjouissait pas à l'idée de retrouver la glace. Dehors le soleil brillait, les baignant dans sa chaleur. Ses amis allaient faire un tour au parc, et il les aurait bien accompagnés. Depuis quand n'avait-il pas joué au foot ? Trop longtemps. Sa mère le lui interdisait, de peur qu'il ne se blesse une cheville, ce qui dans son sport pourrait lui être fatal. Deuxième et dernier entrainement de la journée, s'encourage a-t-il. Très similaire au premier, il passa une autre heure et demie sur la glace, avant de pouvoir rentrer chez lui. Enfin ! Cependant, il ne trouva pas le repos, ni la détente espérée. Il n'eut pas le temps de souffler qu'il dût s'atteler à ses devoirs, auxquels s'enchaina le repas, puis le coucher. Il était important de dormir de bonne heure pour ne pas accumuler la fatigue.

Epuisé par cette journée, les bras en étoile, Axel contemplait le plafond de sa chambre. Demain il lui faudrait recommencer cette routine, et ce jusqu'à la fin de la semaine. Trop moulu pour protester il se taisait, et suivait les consignes de sa mère. Heureusement qu'il aimait le patinage, car il fallait une bonne motivation pour suivre ce rythme effréné. Même le week-end il ne parvenait pas à se reposer. Leur mère profitait des heures libres pour les rentabiliser par une préparation physique intensive. Ils ne rejoignaient pas la patinoire, mais partaient travailler leur cardio en extérieur, et renforcer leurs muscles en salle de sport. Axel ne vivait que pour la glace, sans une seule heure de libre pour s'amuser. Il lui arrivait de douter de ce choix de vie. En était-ce seulement un ? Ne se contentait-il pas de suivre les directives de sa mère ?

Axel et Elena se dévouaient à ce sport. Compétition après compétition, ils gravissaient les échelons nationaux. Ces victoires repoussaient leurs doutes. Ils aimaient gagner, et voir leurs efforts récompensés. Ils comprenaient le pourquoi de ces sacrifices. Alors que leur couple prenait une importance nationale, dans leur cerveau, un objectif se dessina. Ils voulaient gagner ! Participer ne leur suffisait plus. Le patinage devint rapidement un réel travail, loin du divertissement auquel ils s'attachaient à leurs débuts. Pour réaliser leur désir de gloire, ils fournirent davantage d'efforts, sans même être poussés par leur entraineur. Cette volonté vint d'eux-mêmes. Puissante.

Cet acharnement paya puisqu'ils se qualifièrent aux championnats de France juniors. Suite à cette annonce, sans fausse modestie, ils connaissaient leurs chances de victoires, et versèrent dangereusement dans la suffisance. Stéphanie croyait en leur talent, mais elle les rappela à l'ordre. Combien de ses protégés avaient fini brisé par cette confiance imbue ? Ses enfants ne devaient pas se reposer sur leurs acquis. Elle les poussa dans leurs derniers retranchements. Dans tous leurs entrainements suivants, elle leur en demanda davantage.

— Axel tu n'es pas en rythme ! L'accusa-t-elle.

Le garçon se stoppa, en même temps que la musique.

— Recommence ! Lui ordonna-t-elle.

Il s'exécuta sans rechigner. Désormais toutes leurs séances se passaient sur le même ton. Stéphanie les reprenait à la moindre faille. Aucun d'entre eux ne rechignait à ses corrections. Ils se taisaient et recommençaient. Tout simplement. Au fil des compétitions, et des victoires, ils s'étaient convaincus de leur suprématie. Depuis leur enfance, leur mère les élevait dans ce domaine, chacun connaissait les sacrifices que la gagne nécessitait. Cela ne les effrayait plus. Hors de question que tant de chemin parcouru s'achève ainsi, ils continueraient jusqu'au sommet.

oOo

Les entrainements durcirent, et les patineurs grandirent. Avec le temps, ce que redoutait leur mère arriva. Axel entra dans l'adolescence, et le collège devint un lieu propice à la remise en question. L'adolescent se métamorphosa, son corps devint plus solide, ses muscles se dessinèrent. Bon nombre de filles se mirent à tourner autour de lui, sans qu'il ne puisse en profiter, à cause des entrainements. Il ravalait sa frustration de mauvais cœur. Le patinage ne suffit plus à canaliser son énergie débordante. Pour faire payer cette vie qu'il ne cautionnait plus, il multiplia les frasques pour la plupart sans incidence grave. Elles exaspérèrent sa mère qui y voyait une distraction qui le détournait du patinage et de leurs objectifs.

Entouré par ses amis, Axel eut d'autres envies, incompatibles avec le patinage. Ce dernier lui plaisait toujours, mais parfois l'attrait d'une sortie prenait le dessus. Pour continuer à performer à son niveau, il refusait beaucoup de distractions, s'obligeait également à faire attention à son alimentation, mais aussi à maintenir son rythme scolaire. Avec des exigences qui s'élevaient, l'adolescent se demandait s'il ne fallait pas mieux tout abandonner. Ou tout du moins ralentir l'intensité, même si cela voulait dire renoncer à la compétition de haut niveau. Il ne supportait plus ces privations continuelles.

Sa mère étouffa ses questions, soutenant qu'il serait dommage d'abandonner si proche d'un nouveau titre. Elle argumentait que s'il le faisait, il finirait par le regretter.

— Il faut tenir, encore un peu, les championnats de France junior sont pour bientôt ! Le motiva-t-elle

— Allez grand frère, un dernier effort, l'encouragea Elena.

Sa sœur ne perdait rien de sa motivation. Etait-elle encore inconsciente de cette vie normale dont elle passait à côté ? Ou était-ce parce que le patinage était un réel choix de sa part ? Elena se moquait de ses copines. Loin d'être la coqueluche des récréations, elle s'épanouissait sur la glace. Elle harcelait son frère pour qu'il lui chorégraphie des danses, elle s'enflammait au moment de découvrir les nouveaux costumes. Dans ses yeux brillait cette lueur infantile qui contraignait Axel au silence, plus surement qu'une muselière. Il ne pouvait pas briser le rêve de sa petite sœur, alors il tint jusqu'à l'étape suivante.

Ce soir-là, alors que leur mère leur avait imposé un entrainement technique, ils se posèrent pour réfléchir à ce qu'ils présenteraient pour cette saison. Même chez eux le patinage s'invitait dans la discussion.

— Il vous faut un programme que l'on remarquera, signala Stéphanie, réfléchissant à haute voix dans le salon.

— Pourquoi pas une musique espagnole ? Proposa Elena

— C'est une idée, nota leur mère, cherchant dans sa playlist la musique adéquate.

Axel leva les yeux au ciel. Soudainement, sa sœur était devenue fan de l'Espagne. Pas étonnant qu'elle veuille interpréter ces danseuses de flamenco. Avec un soupir fataliste, l'adolescent se dit qu'il aurait pu tomber sur pire. Quelques mois auparavant, sa sœur restait scotchée à la télévision, repassant en boucle ses vieilles cassettes Disney. A quelques mois, et il aurait été bon pour patiner sur Aladin ou Cendrillon.

En retrait, il feuilletait un livre, et laissait les deux femmes de la maison décider du thème. S'il aimait chorégraphier des programmes pour sa sœur, il s'impliquait peu dans la création de leurs programmes de compétition. Il préférait garder cette partie pour le plaisir, et puis il était incapable de faire un programme artistique en respectant les exigences techniques. Pour leurs programmes de compétition, il ne trouvait pas sa place aux côtés de sa sœur qui dominait ce processus. Elle rejetait toutes ses propositions. Pas assez compliqués, pas assez tape à l'œil, pas à son goût. Il préférait donc se taire.

Déjà le lendemain matin, leur mère leur imposa la musique qu'elle avait choisi. Dès lors, ils consacrèrent leurs entrainements suivants à la création de deux programmes qui répondraient aux exigences du championnat junior. Leur mère chorégraphia un court et un libre, qui rivaliseraient avec les autres couples internationaux de leur catégorie. Elle ne visait plus uniquement la France, mais voyait bien plus loin, prête à conquérir le monde sur un rythme andalou.

Après les programmes, les enfants passèrent entre les mains d'une couturière. La maman imposa quelque peu son idée, et les deux femmes optèrent pour une robe majoritairement noire, agrémentée de touches de rouge pour Elena, dont la chevelure rousse flamboyante ne faisait que la mettre davantage en valeur. Le tissu tourbillonnait à chaque mouvement que faisait Elena. Des gestes secs, emprunts d'assurance entrainés par son coté volontaire et combattif, elle incarnait la danseuse de flamenco. Dans ses yeux bleus, on pouvait y lire son envie de conquérir le podium. Pour Axel, ils retinrent une tenue classique noire. Pour faire la différence et s'accorder avec sa sœur, il s'obligea à jouer avec son sourire. Il utilisa son air charmeur pour faire craquer toutes les filles. Un vrai latino lovers. Ses cheveux bruns coiffés en arrière, et retenus par une bonne dose de gel, ainsi que ses yeux marrons complétaient le casting du danseur mystérieux.

oOo

2000, Courchevel

La patinoire se remplissait peu à peu pour les championnats de France. La majorité des spectateurs ne s'intéressait pas aux épreuves juniors, ils venaient uniquement pour celles de la catégorie séniore.

Au milieu des autres enfants, Axel et Elena se préparaient dans le vestiaire. La jeune fille sautillait dans tous les sens, gardant avec difficultés son calme. Axel plus silencieux avait les mains en sueur, tout son corps tremblait. Un mélange d'excitation et de peur s'agitait en lui. Lui également peinait à garder sa concentration sous contrôle. Leur coach les rappela à l'ordre. Dans un recoin de la salle, elle surveillait leurs patins et costumes, afin que ces derniers ne se retrouvent pas subitement dégradés, tout en gardant un œil sur leur échauffement.

— Dépêchez-vous de vous habiller, c'est bientôt à vous, les houspilla-t-elle, en consultant le tableau d'affichage.

Elena trépignait. Elle ajusta une dernière fois sa robe avant de s'admirer dans le miroir, satisfaite de sa tenue. L'adolescente se dirigea vers son frère, elle repassa son col et lui renvoya un sourire éblouissant. Depuis qu'ils étaient arrivés à la patinoire, elle n'arrêtait pas de pépier, pour calmer son angoisse. A l'opposé, Axel demeurait muet, figé par tout ce monde. A chaque grande échéance, son corps se tétanisait, oppressé par le stress. Et s'il oubliait sa chorégraphie ? Et s'il lâchait sa sœur lors de leur porté ? Et s'il s'emmêlait les lames ? Qu'en penserait sa mère ? Il inspira profondément, comme il l'avait appris pour calmer ses nerfs, mais sa technique ne fonctionna que peu.

— On va tout déchirer ! Affirma Elena sûre d'elle.

— Bien sûr, il ne peut en être autrement, confirma leur mère.

Sa famille ne doutait-elle jamais ? Il s'efforça d'afficher un air conquérant, et bien plus confiant qu'il ne l'était intérieurement. Sous les applaudissements timorés, le couple fraternel s'élança sur la glace.

Sous ses lames, Axel sentait la moindre aspérité, il les mémorisa, pour essayer de ne pas chuter à cause d'elle lors du programme. Plus que jamais, il combattit le malaise. Mais que faisait-il ici ? Il se rabroua. L'heure n'était plus aux questions ! Il se recentra. La musique des Gipsy King retentit. L'adrénaline pulsa dans ses veines. La peur engourdit ses muscles.

Jusqu'au moment de leur passage, leur mère les avait engloutis sous une tonne de conseils. Pour leur entrée dans la cour des grands, la pression était à son paroxysme. Stéphanie avait pris soin de leur rappeler les enjeux, et perdre ne faisait pas parti de ses projets. Tout se jouait maintenant.

Trois minutes pour vaincre ou périr.

Les premiers accords de la guitare emplirent la patinoire. D'un même souffle, le frère et la sœur se lièrent. Le reste du monde s'effaça, seule la musique de Bamboleiro importait à Axel. Il se passa dans sa tête les mouvements. Deux poussées, un croisé. Prendre de la vitesse, au même rythme que sa sœur. Il ne la quittait pas du regard. Ils n'étaient plus eux, mais des danseurs espagnols, prêts à enflammer la piste, comme ils le faisaient si bien aux entrainements. Galvanisés par l'adrénaline, Axel sauta, plus haut que jamais. Un peu trop fort. A l'atterrissage, il chercha son équilibre. Il le rétablit in-extremis. Il n'était pas passé loin de la chute. Il devait se contenir. Le sourire aux lèvres il se détendit, leur programme s'achevait bientôt. Plus qu'une pirouette, et la victoire serait à eux.

Ils sortirent satisfaits, hormis pour Stéphanie qui ne manqua pas de leur signaler.

— Axel, il va falloir que tu te canalises, tu as failli chuter.

Décidément, leur mère voyait toutes leurs fautes. Toutefois, cela ne les empêcha pas d'obtenir un score aussi haut qu'espéré. Le public les acclama, et sans surprise ils décrochèrent l'or. Tout à cette victoire, l'adolescent en oublia son désir de s'éloigner de la compétition. Ils l'avaient fait ! Le cœur gonflé de bonheur, les portes d'un nouveau monde s'ouvraient à eux. Cette première médaille leur offrait une visibilité sur la scène internationale leur prochain but.

oOo

2001, Lyon

— J'arrête le patinage artistique !

Le silence se fit.

Epais, lourd de menaces.

L'annonce d'Axel les stupéfia tous. Quelques secondes s'égrenèrent avant qu'ils ne digèrent l'information. Puis comme si rien ne s'était passé, les couverts reprirent leur danse, de l'assiette à la bouche, de la bouche à l'assiette. Leur mère faisait la sourde oreille, tandis qu'Elena fixait son frère attendant d'autres explications. Le silence se chargea alors de questionnements et d'appréhensions.

Agé de désormais quinze ans, Axel avait mûri. Il s'affirmait. Des certitudes germaient dans son esprit, il osait s'affranchir des désirs des autres. Il était assez grand pour faire ses propres choix, et faire face aux conséquences que ces derniers impliquaient. Il ne suivrait plus le destin tracé par sa mère.

— Je vais faire de la danse sur glace, déglutit-il, mal à l'aise face à l'atmosphère qui régnait dans la cuisine.

Si au début, Axel rechignait à quitter le patinage artistique, discipline dans laquelle il excellait avec sa sœur, sachant qu'en danse sur glace il repartirait depuis le début. Désormais cela ne l'affolait plus. Il était persévérant, et porté par ceux qu'il voyait s'entrainer tous les jours sur la glace de Lyon. Leur club d'artistique côtoyait celui de danse, en particulier à leur niveau où l'excellence se partageait les mêmes heures de glace. Par conséquence, il s'entrainait avec le couple de danseurs montant, celui sur lequel reposaient tous les espoirs de médaille aux jeux olympiques de Salt Lake City. Le lyonnais Gwendal Peizerat et la russe Marina Anissina, déjà couronnés de bronze faisaient l'admiration de beaucoup de patineurs. Peut-être voulait-il leur ressembler ?

Il ne s'arrêta pas à cette envie de les imiter. D'autres motivations guidaient son choix. A la télévision, comme aux entrainements, la danse l'hypnotisait. Indéniablement. Avec leurs grands mouvements, le rapprochement des corps, l'émotion du visage, elle lui semblait si harmonieuse, qu'il en oubliait qu'il s'agissait d'un sport. Avec eux, tout devenait de l'art. Bien plus que le patinage de couple, qui aux yeux de l'adolescent n'était qu'une succession d'acrobaties, plus ou moins physiques, et dont la grâce était discutable, tellement les mouvements paraissaient saccadés et ponctués de normes techniques. Il ne s'épanouissait plus dans ce sport. Sa créativité imaginait inlassablement des chorégraphies de danse, loin des sauts ou des portés spectaculaires. Il voulait vivre son sport, profondément.

Depuis quelques temps il réfléchissait. En silence pour ne pas prendre une décision trop hâtive, conscient que son choix influencerait obligatoirement sa sœur. Il ne vivait pas cette aventure tout seul. Sa sœur et sa mère s'impliquaient dans son duo, de quoi lui imposer quelques barrières. Il avait déjà abordé la question avec sa sœur, sa partenaire. Elle ne partageait pas ce désintérêt, ni sa position. Elle aimait ce qu'elle faisait actuellement, contrairement à lui. Au début encore incertain, il s'était tut, donnant tout sans rien attendre en retour, pour ne pas la décevoir. Il avait tenu le rythme quelques mois, cependant sans réelle motivation il atteignait ses limites. Ce soir, il mit fin à cette mascarade qui n'avait que trop durée. Tant pis pour les dommages collatéraux.

Sa mère repoussa son assiette et le foudroya de son regard qu'elle savait rendre si noir, signe d'un imminent orage.

— Hors de question ! Décréta-t-elle.

Axel rit nerveusement à cette réaction si prévisible. Il savait que convaincre sa mère se montrerait compliqué. Il n'imaginait pas encore à quel point.

— As-tu pensé à ta sœur ? Attaqua-t-elle, en le prenant par les sentiments.

— Maman, voulut s'interposer Elena pour calmer le jeu, mais le regard qu'elle récolta étouffa sa remarque.

— Je suis sûr que ton nouveau protégé fera un partenaire idéal, contre-attaqua l'adolescent avec verve.

Axel parlait de la nouvelle recrue du club, un russe plutôt talentueux il fallait le reconnaitre. Ses parents venaient de déménager en France et d'acquérir cette nationalité. Le jeune homme habitué aux rudes entrainements techniques de son pays s'ennuyait sur la glace de Lyon, un nouveau défi à relever ne pourrait que lui faire plaisir. Sans compter qu'avec lui sa sœur atteindrait les étoiles, bien plus hautes que celles qu'elle pouvait espérer si elle continuait avec son frère.

Stéphanie se mordilla les lèvres, signe d'extrême concentration. Le point que son fils soulevait méritait réflexion. Bien qu'en colère contre lui, il n'avait pas tort. Le russe serait un partenaire idéal pour sa fille, celui qui l'amènerait au sommet. Depuis quelques temps, Axel enchainait les fautes de maladresse, et ne montrait plus aucune motivation aux entrainements, ce qui énervait bien évidement sa mère. Toutefois…

— Tu n'es qu'un égoïste Axel ! As-tu réfléchi à tous les sacrifices que j'ai fait pour toi, pour t'emmener à ce niveau.

Une larme solitaire coula sur la joue d'Axel.

— J'en ai fait également. Mais pour toi. Ce rêve c'est le tien, pas le mien, finit-il.

Stéphanie ferma les yeux. Il est vrai qu'elle avait toujours voulu voir ses enfants couverts de gloire. S'entendre dire ça lui était insupportable. Ils avaient fait le chemin ensembles. Pourquoi devait-il s'arrêter si brutalement ? Pourquoi y mettre un terme ?

— Je ne veux plus faire de patinage artistique. Et je m'en fiche de ton avis ! Hurla-t-il hors de lui.

Il avait apporté ses arguments, pour ne pas qu'Elena se sente abandonnée. Il s'était confié à sa sœur, la préparant à demi-mots pour accepter son départ. Ce problème était donc réglé, alors pourquoi sa mère ne lui donnait-elle pas sa bénédiction ?

En réalité un conflit d'intérêts la freinait. Il résidait dans le fait que son fils veuille rejoindre le club de danse sur glace. Cela la dérangeait davantage que le simple fait d'arrêter l'artistique. Elle voyait cette bifurcation comme une trahison. Il est vrai que les deux clubs se partageaient la glace, mais ils étaient loin d'entretenir des relations cordiales. En effet, si au niveau des résultats celui de danse en produisait de très bons, ses relations avec la fédération française étaient glaciales. Sans mauvais jeu de mots. Stéphanie ne voulait pas que son fils entre dans ce conflit, ce qui par conséquence aurait des répercussions sur elle, et par extension sur son club. Peut-être était-elle comme son fils la décrivait égoïste ?

— De toute manière, ma décision est prise. Qu'elle te plaise ou non, cria-t-il dans un accès de rage, rare chez lui.

Sans lui laisser le temps de répliquer, il courut s'enfermer dans sa chambre, prenant bien soin de claquer la porte pour montrer son mécontentement. Stéphanie soupira et se laissa tomber sur sa chaise, qu'elle n'avait pas eu conscience de quitter. Raisonner un adolescent en pleine crise était mission impossible. Il était temps d'arrêter le massacre. Finalement, Axel obtint gain de cause pour sa plus grande joie, par épuisement de l'adversaire.

oOo

Le lendemain, son rituel resta imperturbable, si ce n'est un détail. Cette fois-ci, il se rendit à son premier entrainement de danse sur glace. Un élément changeait, et c'est toute sa routine qui s'en trouvait bouleversée. Le chemin en lui-même lui parut différent, empli d'appréhensions. Il imaginait déjà les difficultés qu'il pourrait avoir. Une reconversion ne se faisait pas sans heurts. Il s'était préparé psychologiquement à devoir tout réapprendre, mais y arriverait-il ? Pouvait-on accepter de déconstruire tout ce que l'on croyait savoir ?

Etrange comme deux disciplines d'apparence similaire pouvaient diverger. Les deux se pratiquaient en duo sur la glace. Mais si le couple artistique mettait l'accent sur les éléments de sauts comme en individuel, la danse insistait sur les série de pas techniques avec changement de carrei. Précision d'orfèvre. Les deux disciplines intégraient pirouettes et portés, mais pas sur les mêmes critères. En danse il était interdit pour l'homme de soulever la femme au-dessus de l'épaule, alors qu'en artistique le porté à bout de bras était obligatoire. Tant de divergences à intégrer.

Sur la glace, sa nouvelle coach Muriel ne le ménagea pas. Il passa son premier jour à revoir le travail de carre, l'élément primordial en danse. Elles devaient être propres et nettes, pas comme en artistique où leur importance était moindre, puisque les sauts primaient sur le reste. A la suite de cette modification il aborda les twizzlesii. Il savait que plus tard, il devrait l'effectuer en synchronisation avec sa partenaire, et apprendre à avoir la même vitesse de rotation qu'elle. Sans cet élément, jamais il ne gagnerait une médaille. Il s'acharna jusqu'à y arriver. Dans cette discipline, la précision était de mise. Muriel n'eut aucune pitié pour Axel, qui enchaina les exercices et les chutes. A la force des mollets et de la flexion de la cheville, il parcourut les longueurs sur un pied. Il alterna carre interne, carre externe.

— Axel, tu n'es pas au ski, ce ne sont pas tes genoux qui doivent te donner ta flexion, ce sont tes chevilles. Plie plus ! Lui rabâcha Muriel.

Toute la journée, elle lui répéta ce dicton, et c'est moulu qu'il ressortit de ce premier entrainement. Ses mollets étaient en feu, ses abdominaux noués à force de trop se gainer. Dès qu'il fut rentré à l'appartement, il sortit deux grosses poches de glace du congélateur, pour les poser, non sans pousser un petit cri, sur ses articulations. Jamais il n'aurait pensé que revoir ce qu'il savait déjà l'épuiserait à ce point.

Les semaines suivantes, il n'évolua que peu, se bornant à répéter des bases barbantes. Son entraineuse insista, d'autant plus consciente de son niveau. Il se devait aussi de corriger les défauts qu'il avait pris en artistique, et qui en compétition de danse dégraderaient les éléments imposés, faisant chuter par la même occasion son score. Chaque élément rapportait un certain nombre de points, en fonction de la netteté de son exécution. Parfois la première place se jouait au centième, il fallait donc être irréprochable. Cette stagnation fut difficile pour son moral, bien plus qu'il ne l'aurait cru. Il regrettait presque son choix de réorientation. Il se motiva, se disant que ce n'était qu'un début, qu'il n'aurait pas à le supporter longtemps. Axel s'acharna. Il effectua ses gammes répétitives, ennuyantes, mais essentielles. La technique, toujours la technique !

Deux mois après, ce travail colossal, il obtint un résultat que Muriel jugea correct, et franchit une autre étape. Son entraineuse lui attribua une partenaire. Etre un homme dans ce sport avait certains avantages, comme celui d'avoir plein de femmes à ses pieds, prêtes à patiner à son bras. Tout comme sa sœur, sa nouvelle partenaire Marina, était âgée de treize ans. Les deux adolescents se côtoyaient déjà lors de leurs entrainements individuels. Il leur arrivait de discuter pendant de longues minutes. Les camarades d'efforts s'encourageaient mutuellement. Ils n'étaient pas des parfaits inconnus l'un pour l'autre, ce qui facilita la formation de leur couple.

Les deux adolescents passèrent les mois suivants collés l'un à l'autre sur la glace. Contrairement à beaucoup de leurs concurrents, ils se formèrent assez tardivement, alors que la plupart se connaissait depuis leur enfance. Si au début ils se montrèrent timides comme pouvaient l'être des adolescents, les confessions sur leur vie quotidienne racontées dans un coin du vestiaire les rapprochèrent. Marina lui parlait du collège, et Axel du lycée. Ils échangeaient sur les professeurs, se plaignaient de leurs devoirs, rigolaient des dernières blagues de leurs amis. Bientôt ils devinrent proches, cependant leur relation s'arrêtait à la porte de la patinoire. En dehors de la glace, leur chemin divergeait. Aucun ne voulait être associé à l'autre. Leurs amis ne comprendraient pas qu'ils soient si proches, sans qu'aucun sentiment ne naissent entre eux. Seule la compétition les faisait avancer d'un même pas. Alors dès que les portes de la patinoire se refermaient, ils partaient d'un côté différent, chacun avait ses propres amis, sa propre intimité, sans empiéter sur le territoire de l'autre. Autre l'opinion de leurs amis, ils jugeaient cette coupure nécessaire au bon fonctionnement de leur complicité de couple.

Leur coach, l'entraineuse principale du duo Anissina-Peizerat ne tarissait pas d'éloges sur ses nouveaux protégés. Leurs progrès rapides leur permettaient de se projeter vers les plus hauts sommets. Il faut dire que leur niveau individuel était déjà excellent, avant même la formation de la paire. Aux entrainements, ils écartaient vivement les détails techniques, pour laisser place à une extrême concentration du côté artistique. A treize ans Marina s'en préoccupait peu, tout ce qui l'intéressait c'était les enchainements de pas, et l'envie de les exécuter correctement. Axel peu à l'aise avec leur duo ne s'en mêlait pas davantage. Pas encore, il préférait apprivoiser leur couple en premier lieu. Il restait en retrait et n'osait faire des propositions. Muriel dirigeait donc cette partie, toujours à la recherche de la touche française, si emblématique à son coaching. Tous les élèves qui passaient entre ses mains finissaient par l'adopter.

Les soirs chez lui, Axel évitait soigneusement tout ce qui se rapportait à la glace, de peur de tomber dans une énième confrontation avec sa mère. Cette dernière digérait mal son revirement. Elle ne lui adressait la parole que pour le strict nécessaire. Cette attitude blessait Axel qui se sentait abandonné. Sa mère ne devrait-elle pas le soutenir ? Parfois, il lui arrivait de se demander s'il ne devait pas faire marche arrière, et arrêter complètement le sport. Il campait sur sa position, pour la simple raison qu'enfin il se sentait entier. Même ses amis le trouvaient rayonnant depuis qu'il avait commencé la danse sur glace.

Chez lui, seule sa sœur continuait à converser avec lui. Sans se le dire, chacun suivait à distance les entrainements de l'autre club. Axel prêtait une attention particulière à celui de sa sœur et de Yuri, son nouveau partenaire. Il ne regrettait pas son choix de l'avoir abandonnée, au moins désormais elle avait un partenaire adapté pour elle. Sa puissance convenait parfaitement à Elena qui volait littéralement lors des sauts. D'ailleurs, il n'hésitait pas à en discuter avec l'adolescente.

— J'ai vu ton entrainement de ce soir, confia Axel à sa sœur alors qu'ils regardaient un film avachis sur le canapé.

Un sourire s'épanouit sur le visage d'Elena qui savait qu'elle était épiée. Sa sœur se retourna vers lui curieuse de recueillir ses impressions.

— Alors qu'en as-tu pensé ?

Il était évident qu'elle attendait une avalanche de compliments, parfaitement consciente de leur niveau.

— Tu progresses à vue d'œil. Je suis certain que la concurrence n'a aucune chance avec vous.

Sa sœur rigola, touchée par ses paroles. Ses débuts avec Yuri avaient été difficiles. Elle avait dû oublier tous les repères qu'elle avait avec son frère pour s'en créer de nouveaux. Pendant un temps, elle lui en avait voulu de l'avoir ainsi abandonnée. Les premiers temps, le soir les regards noirs qu'ils se lançaient étaient leur seule communication. Bien loin de leur complicité initiale. Au final, cette rancune avait fondu après deux semaines de ce traitement. Elena avait observé son frère en compagnie de Marina. A ce moment-là elle avait compris son choix. Son frère s'épanouissait en danse. Il rayonnait.

— Toi aussi, je suis sûre que tu vas faire des prouesses.

Pour sceller leur entente qui demeurait intacte, ils cognèrent leurs poings l'un contre l'autre. Chacun s'entrainait dur dans le but des podiums. Leur esprit de compétition était au plus fort, et leur partenaire russe respectif l'exacerbait. Il faut dire que la défaite n'était pas dans leurs gênes.


i Carres : Trace visible sur la glace d'une courbe distincte d'un pas effectué par un patineur. Déplacement qui se fait non pas sur toute la largeur de la lame, mais uniquement sur l'une de ses arrêtes. Elle peut être interne ou externe, et est également appelée un dedans ou un dehors.

ii Twizzles : Retournement d'un ou plusieurs rotations exécutés rapidement sur un pied par une action ininterrompue, et qui se déplace (si le déplacement s'arrête cela devient une pirouette).


Fin de ce chapitre. Alors vos avis? Prêts à découvrir le second personnage principal; Makxim?