Dans le salon versaillais, Peter Kinzing, David Roentgen et leurs assistants avaient fini de s'affairer précautionneusement autour de leur automate, et ils attendaient.

Ils avaient remonté avec minutie la figure de femme qui avait nécessité des mois de travail, les efforts des artisans de multiples disciplines, l'investissement de nombreux matériaux précieux. C'était leur troisième visite à la cour de France, et après avoir reçu les titres d'horloger et de mécanicien de la reine, ils ne pouvaient se permettre de créer un effet inférieur à leurs précédentes œuvres.

Ils avaient profité de la matinée pour ajuster le cylindre principal en laiton, ajuster les délicates cames qui actionneraient les bras, vérifier que les cordes du tympanon en forme de clavecin étaient bien accordées, arranger chastement la robe de soie et de dentelle qui recouvrait le mécanisme et les jambes, repoudrer avec soin la chevelure relevée à la dernière mode, tourner délicatement la clef du remontoir à ressort.

A présent ils attendaient l'arrivée des souverains, tendus et immobiles, pour enfin tirer la manette qui actionnerait le mouvement de leur automate.

A l'ouverture des portes, avant même l'annonce officielle, les artisans s'inclinèrent respectueusement. Ils attendirent, pour relever les yeux, que les souverains soient installés sur leurs fauteuils. Les autres courtisans prirent place derrière eux, par ordre de préséance et de faveur.

Au geste de Louis XVI, Peter Kinzing enclencha la manette.

La cour écouta, immobile et silencieuse, le premier air de tympanon. Les regards se concentrèrent sur les expressions du roi et de la reine. Un sourire de Louis XVI et un acquiescement de Marie-Antoinette assurèrent le succès de la présentation.

Conformément à la bienveillance des souverains, la joueuse interpréta les sept autres airs. On loua la justesse et la précision de ses gestes, on admira l'élégance harmonieuse de ses traits, on commenta la noblesse de son port de tête.

Les plus proches et les moins myopes attirèrent l'attention sur les expressions variées qui naissaient dans ses yeux mobiles.

Enfin l'on convint que la joueuse, dans son évidente perfection, constituait un hommage admirable aux charmes et au talent musical de Marie-Antoinette.