Bon sang ce qu'il faisait froid.

Kirill remonta au maximum la fermeture éclair de sa veste, essayant de caler le mieux possible son écharpe pour qu'aucun courant d'air ne vienne taquiner sa gorge.

Ce n'était absolument pas le moment de tomber malade, les fêtes arrivaient à grands pas et il avait besoin d'être au maximum de sa forme pour pouvoir travailler jusqu'à vingt-deux heures, le trente-et-un décembre.

Le bonus pour travailler ce jour-là était bien trop important pour qu'il le rate à cause d'un rhume attrapé bêtement à cause qu'une quelconque négligence.

Il soupira longuement et quitta les vestiaires du supermarché dans lequel il travaillait depuis maintenant huit ans.

Ses vingt-quatre ans étaient survenus déjà deux mois plus tôt et il avait toujours autant de mal à se faire à l'idée qu'il venait de se prendre une année de plus dans la figure.

Mais réaliser qu'il était encore là, coincé dans ce boulot qui l'épuisait, depuis autant de temps, rendait la chose encore plus déprimante.

Il vérifia une dernière fois que son écharpe était bien mise avant de franchir la porte arrière de son lieu de travail, se préparant mentalement à rentrer chez lui, congelé jusqu'à la moindre de ses petites cellules.

En ce vingt décembre, la température ne dépassait pas deux degrés au plus chaud de la journée, ce qui était bien trop peu au goût de Kirill, surtout qu'il faisait souvent moins dix avec le vent, quand il finissait comme aujourd'hui à vingt-trois heures.

Ses pieds quittèrent l'enceinte du bâtiment et il lâcha un grognement lorsque ses vieilles baskets s'enfoncèrent dans la neige.

Manquait plus que ça !

Il se glissa dans la nuit hivernale, laissant derrière lui le centre commercial abritant son lieu de travail avant de se diriger vers le parc du centre-ville.

Lorsque ses parents étaient décédés et qu'il avait dû rapidement quitter le petit appartement qu'ils louaient en bordure de la ville, il avait été content de trouver assez vite un petit appartement avec une chambre, en centre-ville.

Il était dans un vieil immeuble pas spécialement bien isolé mais ça lui convenait amplement et puis c'était tout ce qu'il pouvait se permettre avec un salaire de magasinier.

Personne ne venait chez lui donc il n'était pas spécialement un voisin sonore et puis la moyenne d'âge des habitants avoisinait les quatre-vingts ans.

Il devait simplement bien se couvrir l'hiver, pour ne pas faire exploser sa facture d'électricité, ce qui lui permettait aussi d'économiser pour un éventuel coup dur.

Non, vraiment, il ne se trouvait pas tellement à plaindre.

Il quitta le trottoir goudronné avant de s'engager sur le chemin de terre qui faisait tout le tour du parc.

Aux beaux jours, même lorsqu'il terminait tard, il se posait sur un banc avec son sandwich, profitant de ce petit coin de verdure.

Parfois, lorsqu'il pouvait passer à la bibliothèque pendant sa pause de midi, il en profitait pour lire à la lueur des lampadaires.

Et quand il n'avait rien avec lui, c'était souvent un vieil homme qui se posait à ses côtés, conversant gentiment de sa vie passée.

Aussi loin qu'il se souvenait, il n'avait jamais eu peur de rentrer seul la nuit et le parc restait empreint de bons souvenirs.

Ses pas quittèrent le chemin de terre avant de s'engager sur la droite, coupant entre les buissons pour rejoindre le chemin qui faisait le tour de la clôture.

Kirill se stoppa quelques instants, malgré le froid et ferma les yeux, profitant de quelques secondes de calme complet avant qu'il ne se retrouve chez lui, où raisonnait la télé de la vieille dame d'à côté.

Alors qu'il se remettait en marche, rouvrant les yeux, une branche craqua à quelques mètres de lui, suivie d'une longue plainte, le faisant sursauter.

Il resta interdit quelques instants, fourrant ses mains gelées dans ses poches.

Devait-il satisfaire sa curiosité et rejoindre la source du bruit ?

Il toussota et fit demi-tour, plongeant son nez dans son écharpe.

La lumière du lampadaire s'éloigna rapidement et il se retrouva dans la petite clairière, pourvue d'un banc, qui se trouvait à quelques mètres tout juste du passage qu'il empruntait pour sortir du parc.

Il se stoppa de nouveau, laissant ses yeux s'habituer à la pénombre et fouilla les lieux du regard.

Mais rien, il ne voyait pas d'où avait pu prévenir la plainte.

Ce n'était peut-être qu'un petit animal, surprit par la chute d'une branche après tout.

Il s'apprêta à rebrousser chemin, lorsqu'un éternuement le fit sursauter de nouveau.

Kirill avança prudemment, tentant d'être le plus discret possible et jeta un regard derrière le banc, faiblement éclairé par la lumière de la lune.

Sa gorge se noua brusquement lorsque son regard se fit happer par celui d'un autre, vêtu de ce qui avait dû être un jogging ainsi que d'une vieille veste qui ne suffisait qu'à empêcher d'attraper froid lors d'une nuit d'été.