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elodinel: Merci de lire mon histoire et tu peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de voir ton commentaire! J'ai corrigé l'erreur (Je ne sais pas trop ce qui c'est passé mais bon...), et j'espère que la suite te plaira aussi!

Chapitre 10

Première Piste

Mes yeux étaient rivés sur la route pendant que j'écoutai distraitement la radio alors que je conduisai vers Gramercy.

Cela faisait maintenant bien une grosse semaine depuis que j'avais fait ma crise, et je n'avais toujours pas adressé la parole à mon capitaine. Oh, je venais toujours au travail mais j'avais repris l'habitude de l'esquiver. J'avais les nerfs en pelote. Je n'arrivais même pas à me convaincre que j'avais raison d'avoir réagi comme je l'avais fait, ou en tout cas pas complétement.

Je me mis à pianoter sur le volant sur le coup de la réflexion, m'embrouillant un peu plus l'esprit. Pourquoi est-ce que ma vie était une telle merde ?

Je tournai à gauche pour prendre Madison avenue lorsque je fus coupée dans mes pensées par l'animateur radio.

« Mais que fait la police de New-York ? Cela fait plus de deux semaines que l'homicide d'Antonin Weiner a été annoncé hors, La police n'a fait aucune avancée sur l'affaire. On a déjà connu la police criminelle plus efficace que cela, n'est-ce pas Angie ? »

« Tout à fait Curtis, de plus nous avons dépêché nos propres envoyés spéciaux pour interroger la pauvre veuve. Bien sûr, nous sommes désolés pour la perte de son mari. Cependant, vous ne devinerez jamais ce qu'elle nous a déclaré lors de l'interview !... »

J'étais tout ouïe sur ce qu'aller révéler ces animateurs et je montai le son, craignant le pire.

« Mrs Weiner nous a confié qu'elle ne comprenait pas pourquoi l'enquête sur la mort de son mari était toujours ouverte, tout simplement parce que c'était un suicide ! – Ah Curtis, je crois avoir fait la même tête que vous en apprenant la nouvelle et je pense que nos auditeurs sont d'autant plus choqués ! – Et comme toujours, la police n'a pas voulu faire de commentaire, ni nous dire pourquoi ils affirmaient avoir affaire à un meurtre. Ils n'ont même pas de suspect ! Ça prouve bien que la police criminelle est complétement perdue… »

Je coupai immédiatement la radio ne voulant pas en entendre plus.

Merde.

Il y avait déjà une pression monstre au commissariat, on n'avait pas besoin de ce bordel médiatique. Maintenant ça allait devenir bien pire avec cette foutue déclaration.

Cependant, cela me confortait bien dans mon choix de venir à Gramercy. Non pas pour voir la famille Weiner mais pour aller à l'école où les deux enfants de notre veuve étaient scolarisés. J'avais longuement hésité mais c'était toujours moins sensible que d'aller voir directement le psychologue qui recevait les enfants. Il m'aurait fallu un mandat parce que la déontologie de sa profession protégeait les secrets de ses patients et je ne voyais pas de juge m'en accorder un.

En revanche l'école était bien plus accessible. Je n'avais juste qu'à présenter mon badge et il n'y avait plus de problème. Evidemment, je n'avais rien dit de mes plans à quiconque de peur qu'on m'en empêche. Et à présent que Mrs Weiner avait fait une déclaration pour une radio, cela prouvait que j'avais d'autant plus raison de venir voir cette école. Mrs Weiner cachait quelque chose. Plus précisément, je la soupçonnais de protéger son enfant en dissimulant le meurtre de son propre mari. Mais pourquoi un jeune garçon voudrait tuer son père ?

Si je trouvais la réponse à cette question, je pourrais enfin dévoiler mon hypothèse si celle-ci se voyait confirmer.

Après quelques minutes à tourner autour du quartier, je parvins à me garer non loin de l'école.

Les enfants Weiner étaient scolarisés dans un lieu réservé qu'à des parents prêt à débourser une bonne somme d'argent afin que leur rejeton ait droit à la meilleure éducation possible. Je m'étais un peu renseignée avant de rendre visite au proviseur de l'école et celle-ci proposait notamment une immersion linguistique et culturelle. Des jeunes à peine âgés de six ans apprenaient déjà à parler le français, le chinois ou encore l'arabe… L'établissement en lui-même était assez récent mais le programme avait de suite plu aux parents. Suffisamment en tout cas pour faire concurrence avec l'école française et le lyceum Kennedy. Il y avait de quoi être impréssionné.

Je m'avançai alors vers l'adresse que j'avais dégotée pour découvrir un énorme bloc de béton au milieu d'une verdure savamment agencée. Il y avait même une enseigne à l'entrée avec inscrit en lettres argentés : « Ecole internationale Gramercy ». On pouvait même y lire, en plus petit, une citation de George Steiner.

Je passai la grille pour rentrer dans cette fameuse école construite avec grand soin pour le confort de ses élèves. Le bâtiment avait peut-être l'air spartiate à première vue mais la cour de récréation constituée d'une belle pelouse verte et d'arbres conséquents changeait la donne. Sans oublier, bien sûr, l'immense piste d'athlétisme un peu plus loin à droite, le bâtiment de sport et la bibliothèque qui avait la même taille que la dite piste.

Passé la première porte, je m'avançai vers la personne qui se tenait à l'accueil. Cette dernière me sourit de toutes ses dents blanches et je tentai à mon tour de lui retourner une expression aimable. La femme était assise de l'autre côté d'un bureau imposant d'environ deux mètres. Le devant légèrement surélevé pour, je supposais, garder une certaine confidentialité dans son travaille et donc éviter que des élèves puissent jeter des coups d'œil indiscret.

-Bonjour, puis-je vous renseigner ? Me demanda poliment la jeune femme.

Cette dernière était assez jeune et possédait un esthétisme proche de ma sœur. Elle devait faire tourner des têtes avec sa jolie chevelure blonde platine relevée en un chignon qui la rendait sérieuse. Seul son nez un peu trop prononcé atténuait cette beauté.

-Gabrielle Teeger, police criminel.

Je sortis alors de ma poche mon badge et je vis le sourire de la secrétaire se flétrir quelque peu puis revenir tout aussi vite comme pour dissimuler son malaise.

Je lui expliquai alors que j'avais appelé le proviseur et que ce dernier m'avait donné rendez-vous à son bureau aujourd'hui dans l'après-midi. Après plusieurs vérifications, je pus enfin voir l'homme à la tête de cette école, un certain Mr Taylor. Au téléphone, j'avais expliqué à ce dernier que cela concernait l'affaire d'Antonin Weiner et que je voulais poser quelques questions aux professeurs de Bryan et Reese. Au ton de sa voix, j'en avais déduis qu'il hésitait, après tout son école se devait de protéger les enfants qui y venaient et d'assurer une certaine confidentialité notamment envers les parents qui avait payé assez cher l'entrée de leur enfant ici.

Lors de l'entretien avec le proviseur, il m'avait été crucial de le convaincre. Je n'étais peut-être pas douée dans les relations sociales mais je savais la loi de mon côté. Alors, je n'avais pas tergiversé pas et avais argumenté que faire obstruction à la justice n'était pas très judicieux. Surtout s'il voulait garder une bonne réputation pour son établissement.

Cela dura bien vingt minutes mais je finis par gagner gain de cause.

Ainsi, je pu rendre visite à Mrs Lemercier, professeur principale de Reese. Je me présentai donc à elle lorsqu'un de ses cours pris fin.

-Je suppose que c'est pour le petit Reese Weiner que vous venez me voir, dit-elle avec un léger accent français.

Lorsque je m'étais présentée à elle, l'institutrice avait eu plus d'aplomb que la secrétaire. J'imaginais qu'enseigner à je ne sais combien d'enfants âgés de cinq à dix ans vous forgeait un certain caractère. Elle avait dans la cinquantaine, brune, quelques rides apparentes notamment aux coins des yeux. Son regard bienveillant poussait à la confiance et il ne faisait aucun doute qu'elle devait exceller dans son travaille.J'avais beaucoup de respect pour le métier qu'elle faisait, moi, je n'aurais jamais pu faire cela.

-Vous supposez bien. Je suis chargée de l'enquête Weiner et ne voulant omettre aucun détail, je voulais en connaître plus sur les deux enfants, notamment sur l'aîné.

Je ne souris pas mais espérai que ma déclaration la rassurerait. Il fallait que je la mette en confiance afin qu'elle me parle sans arrières pensées.

-Eh bien, je ne sais pas trop ce que je peux vous dire, me répondit-elle. Bryan est un élève plutôt discret…

-Il l'a toujours été ?

-Oui, depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. Toujours calme et parlant très peu. Il ne m'a jamais posé de problème même si parfois je le trouvais un peu…

Je fronçai des sourcils en voyant la femme en face de moi hésiter.

-Oui ? Répliquai-je d'un ton insistant.

-…Je le trouve très renfermé et il a des difficultés à ce mélanger aux autres…J'ai tenté à plusieurs reprise de discuter avec lui mais jamais je n'ai réussi à en ressortir quelque chose. J'ai appelé les parents évidement, mais eux aussi faisait comme si ce n'était rien.

Je hochai la tête.

Un enfant avec ce genre d'attitude était loin d'être banal. Et je m'y connaissais assez bien dans ce domaine au vu de mon propre parcours. Il était naturel à l'être humain de chercher à créer des liens avec autrui et se faire des amis était un des besoins primordiaux. Sauf pour quelques rares exceptions. Et ces exceptions étaient souvent reliées à des traumatismes à un très jeune âge. Un événement qui avait marqué au fer rouge une vie qui ne serait plus la même. Scarlett m'avait appris pas mal de chose sur le sujet lors de nos séances.

Alors qu'avait vécu Reese pour devenir cet être aussi renfermé sur lui-même ?

-Et vous n'avez rien observé d'étrange ou d'indice qui aurait pu répondre à vos inquiétudes ?

- Je ne sais pas trop…ah si ! Il y avait quelque chose qui me chiffonnait toujours ! Les enfants, normalement, ont tendance à se débarrasser de leur manteau dès qu'ils pouvaient mais pas Reese. Même lorsqu'il se trouvait en classe alors que le chauffage fonctionnait à plein régime, il refusait d'enlever le sien. En y repensant, il devait être assez frileux puisque même en été il portait à chaque fois des tee-shirts à manches longues ou des pull-overs…

Intéressant. Voilà, je le tenais enfin mon indice. Et alors que l'explication de l'institutrice était clair comme de l'eau de roche pour moi, cette dernière pris conscience de ces propres paroles. Et arriva bientôt à la même conclusion que moi.

-Oh mon dieu ! S'exclama-t-elle choquée.

Je la vis défaillir et la saisi à temps par les épaules pour qu'elle puisse s'asseoir sur une chaise.

-Ecoutez, je sais que ça à du vous surprendre mais cela a peut-être une importance capitale pour mon enquête. Je vais creuser un peu plus pour être sûre qu'on parle bien de maltraitance et j'agirai alors en fonction…

Je penchai la tête vers elle, voulant la rassurer et la persuader que je me chargeai de tout et surtout qu'elle ne devait rien dire sur sa découverte. Je n'avais pas le tact de McCarter mais je fis ce que je pouvais, espérant que cela suffirait pour la garder tranquille.

-…Il est important que vous gardiez le silence pour le bon déroulement de l'enquête et pour l'instant rien n'est moins sûr.

Mettant fin à notre entrevu, j'interrogeai d'autres professeurs pour finalement sortir de l'école plus résolue que jamais. Je tenais enfin quelque chose.

Je fis donc le chemin inverse pour arriver à mon lieu de travail. L'hôtel de police était en effervescence, bien plus qu'hier et cela s'observait par les nombreux téléphones sonnant en continus ou encore les jurons qui sortaient régulièrement de la bouche des policiers fatigués par cette tenssion constante.

A l'entrée, je saluai Ailéas d'un simple geste de la tête et montai à mon bureau. Il fallait que je mette mes idées en place afin de convaincre mon équipe de la piste que je détenais. Et cela passait évidement par mon capitaine.

Je m'installai enfin sur mon siège et m'accoudai sur mon bureau, mes doigts massant mes tempes. Comment est-ce que j'allais me débrouiller ?

Je ne sus pas combien de temps je restais ainsi à réfléchir. Quelques minutes? Une demi-heure? Une heure? Je n'avais aucune idée de comment aborder le sujet et c'était stressant.

Et puis j'entendis des pas monter les marches et en un instant je retrouvai la porte de mon bureau grande ouverte sur mon capitaine qui avait l'air furieux. La cicatrice de sa mâchoire était plus saillante que d'habitude et des rides s'étaient formées au niveau de son front reflétant une colère certaine.

Et c'était dans ses vêtements, encore une fois, parfaitement repassés avec chemise et pantalon en toile, qu'il s'avança vers moi comme prêt à me dévisser la tête une bonne fois pour toute. Moi je restai clouée à ma place, loin d'être préparée à la tempête imminente qui fonçait droit sur moi.