Chapitre 15

Une affaire de micro

Je restai encore quelques secondes devant la porte de mon capitaine, hésitant à revenir pour lui demander ce qui le travaillait tant. Qu'est ce qui pouvait provoquer un tel chamboulement chez ce colosse ?

J'aurais été quelqu'un comme ma sœur, je pense que j'aurais osé le voir pour lui poser directement la je n'étais que moi, Gabrielle, une personne qui n'avait pas le courage d'affronter les autres. « L'enfer, c'est les autres », merci Beckett d'avoir réussi à résumé ma vie en une toute petite phrase.

Alors, je me détournai de son bureau pour retourner vers le mien.

Je me sentis tellement lâche à ce moment précis, surtout envers celui qui m'avait aidée pendant une de mes crises sans trop poser de questions et venait à l'instant de me défendre contre une mère envahissante. Je regrettais d'être seulement moi et pas quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'aurait pas eu peur de s'adresser à une personne qui ne semblait pas au mieux de sa forme.

Je baissai la tête sans trop faire attention à ce qui se passait autour de moi.

-Hop hop, le robot de ménage, ne pars pas si vite !

Je poussai un soupir dépité, à croire que cette journée ne pouvait absolument pas se finir dans le calme.

-Quoi ? demandai-je en me retournant vers le porteur de moustache.

-Hola ! Pas besoin de faire une tronche de trois mètre de long, je suis juste venu te prévenir que le capitaine à une conférence de presse pour l'affaire Weiner et nous sommes tous les deux conviés pour y assister.

-Quoi ?! Répétai-je, abasourdi par la nouvelle.

Je l'observai pendant un moment et compris qu'il n'y avait aucune blague dans ce qu'il venait de m'annoncer. Je me senti pâlir, désirant nullement me retrouver devant cette presse inquisitrice. Je frissonnai déjà d'anticipation en imaginant les regards qui seraient posés sur moi. Non, non et non. Ca ne pouvait pas être possible ! J'avais toujours pris soin de rester loin des médias, ça n'allait certainement pas arriver aujourd'hui!

Il fallait absolument que je trouve un truc urgent à faire ! Oui, voilà par exemple finir ce rapport sur… sur… Et merde !

-Je dois vraiment venir ?

Jj'entendis mon très cher collègue pouffer. Je levai les yeux, pas surprise pour un sou de sa réaction.

-Disons, que nous sommes quand même les deux lieutenants chargés de l'enquête, notre présence est indispensable. La conférence aura lieu à quatorze heure pile.

C'est-à-dire dans à peine deux heures… Pourquoi ne me prévenait-on que maintenant ?

Et ce fut sur ces dires, qu'il repartit vers son bureau, un sourire éclatant aux lèvres.

De mon côté, je me mis à me tordre les doigts jusqu'à ce que j'aperçoive des dossiers mal rangés. Dans un geste frénétique, je m'en emparai et me dirigeai enfin vers mon bureau. Une fois installée, je les triai tout en enlevant les agrafes mal mises, c'est à dire qui n'étaient pas parallèles aux feuilles. Ce n'était pourtant pas compliqué de lier plusieurs feuilles en positionnant l'agrafe de façon à ce qu'elle soit parallèle aux feuilles parfaitement superposées l'une sur l'autre quand même !

Je m'appliquai donc à dégrafer les dossiers pour remettre correctement les bouts de métaux tout en tentant d'oublier par la même occasion cette conférence où j'espérais sincèrement ne pas avoir à prendre la parole. Je devais trouver une excuse pour ne pas y être. Avec l'ancien capitaine, c'était facile, il était compréhensif et ne m'avait pas obligée à l'accompagner dans ce genre d'événement. Conrad, lui, était différent et notre relation plutôt houleuse n'arrangeait rien pour me rassurer.

Je lus alors les documents que j'étais entrain de trier dans l'espoir de trouver une excuse. Mais rien, les papiers traitaient de petits délits déjà résolus.

Le petit tas à côté de moi rétrécis au fur et à mesure, tout comme le temps qui s'égrainait, et déjà l'heure fatidique survînt comme une fatalité alors que je n'avais aucune solution en vu.

Je finis par descendre et croisai McCarter toujours tout sourire. Il n'oublia cependant pas de m'indiquer où aurait lieu la conférence avant qu'on prenne la voiture. Je m'armai d'une grosse veste, d'une écharpe et d'un bonnet pour affronter le froid mais surtout pour me rendre invisible aux regards scrutateur des journalistes et autres reporters.

Bien trop vite, nous nous retrouvâmes devant l'hôtel de ville où une petite estrade avait été installée à notre intention ainsi que des chaises déjà occupées par des gens équipés de micro, caméra et appareil photo.

A peine nous virent-ils, que nous nous fîmes agressé par des flashs.

Je profitai d'être à côté de mon capitaine pour me cacher derrière sa carrure de géant. En observant mon comportement, ce dernier sourit et secoua la tête comme si il avait devant lui une enfant. McCarter, lui, semblait plutôt à l'aise face à toute cette attention et alla même jusqu'à saluer la foule tel un prince qui parade devant son peuple. Cet homme ne connaissait apparemment pas le mot « modestie ».

Je fus néanmoins soulagée de voir que d'autres policiers nous accompagnaient, me permettant d'un peu plus me fondre dans la masse.

Conrad, monta les quelques marches menant sur l'estrade, suivit par le maire qui nous avait rejoint quelques secondes plus tôt. Moi, je restai là où j'étais, c'est-à-dire légèrement en retrait, derrière quelques policiers. Voilà, si tout se passait bien, je passerai la conférence là sans avoir à faire d'apparition. Et puis McCarter était largement suffisant pour prendre la place d'au moins deux personnes. Lui, il savait parler à la foule, grand bien lui fasse, qu'il fasse sa petite parade de paon en période d'accouplement et qu'on me laisse tranquille !

-Bonjour, je suis le capitaine Conrad et le maire ici présent à organisé cette conférence afin d'éclaircir l'affaire Weiner sur laquelle mes agents travaillent.

Je suis impressionnée par l'assurance qui habite mon supérieur. Pourtant, je l'avais vu affronter bien pire comme par exemple un homme qui braquait son arme sur lui alors que lui-même n'avait rien pour se défendre. Je n'aurais pas dû être étonnée mais là, à cet instant, toutes traces de fatigues, que j'avais remarquées auparavant, avaient disparu pour laisser place à un homme prêt à faire face aux vautours devant lui.

Ses yeux d'un gris métallique parcoururent le public de bout en bout, analysant certainement les chaînes présentes.

Je fis de même et découvris des journalistes de BBC, du Time, d'ABC 7 et d'autres encore assistant à l'événement. Ils étaient nombreux et je les vis déjà prêt à mitrailler de questions la personne sur l'estrade. Cependant, Conrad prit le temps d'instaurer quelques règles afin que le déroulement de la conférence se passe convenablement. L'attitude militaire de ce dernier finit de convaincre les journalistes de bien se tenir.

-Pourquoi Mrs Weiner a-t-elle déclaré que son mari s'était suicidé alors que vous affirmez le contraire, demanda une jeune femme dans les premiers rangs.

-Mrs Weiner est une veuve bouleversée qui essaye de trouver une explication quant à la mort de son mari. Je peux vous assurer que les experts qui travaillent sur l'enquête sont compétents et il ne fait aucun doute que nous avons affaire à un homicide.

Je crus, pendant quelques instants, que Conrad allait faire référence directement à nous. Je fus soulagée de constater que ce ne fut pas le cas. Pourtant, lorsque les questions s'enchainèrent, je me crispai par la peur d'être mise en avant à tout moment.

Les minutes défilèrent et je priai pour que la conférence se termine au plus vite. Néanmoins, la mort de Weiner avait l'air d'intéresser vivement les médias qui avaient toujours une question sur le bout des lèvres. J'avais l'impression qu'il n'y avait pas de fin à leur curiosité. Le géant, lui, resta de marbre et continua de répondre calmement même si certains insistaient lourdement sur des sujets précis. En tant que policier, nous devions répondre aux interrogations des civiles mais sûremenr pas révéler entièrement ce que nous savions sur des enquêtes telle que celle de Weiner, pour ne pas corrompre l'avancé de cette dernière.

-Enfin, je voudrais inviter le lieutenant McCarter qui est l'un des agents au centre de cette enquête, annonça vivement Conrad.

Le géant tendis le bras sur le côté pour inviter notre moustachu à monter sur l'estrade.

Je croisai alors le regard de mon patron et je crus le voir me faire un clin d'œil d'amusement. Quand je compris qu'il ne m'appellerait pas sur scène, je lui répondis par un simple sourire.

Mon collègue quant à lui se faisait une joie d'être devant les projecteurs. Il arborait une expression épanouie. J'espérais sincèrement qu'il allait se dépêcher pour clôturer l'événement mais celui-ci semblait vouloir prendre son temps. Moi, tous ce que je voulais c'était simplement de déguerpir loin d'ici.

-Veuillez m'esxcuser, mais il a été dit que vous avez vous-même arrêté Mr Pettinson Finn, êtes-vous bien celui qui l'a désarmé ?

Mr Pettinson était l'homme qui avait attaqué l'hôtel de police quelques jours plus tôt. Cependant, ce fut la question en elle-même qui me coupa le souffle. Et je ne pu contrôler les battement de mon cœur qui s'accélérèrent face à la suprise mais surtout à la peur que pouvait engendrer ce genre de question.

Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non.

-Oh, oui effectivement c'est moi qui ai passé les menottes à Mr Pettinson mais ce n'est malheureusement pas moi qui l'ai stoppé lors de son attaque, dit-il d'un ton un peu trop enjoué comme si il avait un fabuleux potin à révéler.

Ce n'était pas possible. Il n'allait quand même pas oser ! J'avais subit le Paic au Citron puis ma mère dans une même journée !

S'il vous plaît, faite qu'il ne mentionne pas mon nom !

Je serrai les poings et baissai les yeux vers le sol en me disant que si je ne le regardais pas, il ne m'appellerait pas. J'avais l'impression d'être en classe tentant de me cacher de la maîtresse qui voulait interroger un élève.

-C'est le lieutenant Teeger qui, avec une grande dextérité, a désarmé Mr Pettinson.

Je sentis alors des gens se tourner vers moi. A ce moment précis, j'aurais tout fait pour devenir une petite sourie insignifiante. Et pourtant, j'étais là et je savais que mes joues avaient pris une couleur cramoisie.

-Allé Teeger, ne soit pas timide, vient me rejoindre !

Je levai les yeux pour fusiller du regard celui qui méritait de finir en cendre en ce moment même. Je voulais le réduire en miette jusqu'à ce qu'on oublie entièrement son existence. Mais devant tout ces personnes je ne pouvais rien faire si ce n'était m'avancer vers le peloton d'exécution alors que McCarter m'invitait à le rejoindre.

Voilà, l'heure de ma mort était arrivée.

Lentement, et pourtant bien trop rapidement, je me dirigeai vers le bourreau qui m'avait déjà tué avant même de me passer la corde autour du cou.

Enfin sur scène, je me mis à fixer le public sans savoir quoi dire dans le micro qui semblait m'accuser de ne pas l'utiliser. Les appareils photos se mirent à crépiter et je ne sus toujours pas quoi faire.

J'étais pétrifiée.

Soudain, j'avais chaud sous mon manteau et les diverses couches qui me recouvraient. Plus rien ne me cachait, j'étais complétement à découvert. Je me sentis trembler et le froid n'avait rien avoir la dedans. Tous ces yeux braqués sur moi me faisaient peur. Je n'étais pas prête. Je n'étais pas comme mon patron avec son assurance sans faille ou encore comme McCarter et sa capacité à charmer qu'importe son interlocuteur.

Les journalistes attendirent une réaction de ma part mais il n'y eut que le silence qui prit place en plus du malaise au fond de mon ventre.

Et puis, je vis cette horribe tâche sur la micro.

C'était une trace blanche qui tranchait vivement avec la couleur le l'objet. Les sourcils froncés, je me mis à gratter cette saleté qui ne semblait pas vouloir partir au premier coup d'ongles. Et ce fut, finalement, avec les deux mains que je m'acharnai sur ce micro, sentant toujours les regards posés sur moi. C'était gênant mais je n'arrivais pas à me défaire de la tâche, accaparant toute mon attention.

Qui a donc installé le matériel pour laisser un équipement aussi sale?!

Je maudis cette personne, elle aurait quand même pu faire attention!

Et puis miracle! La trace disparut et je me sentis légèrement soulagée. Cependant, je gardai fixer mes yeux sur l'objet, contemplant enfin sa couleur si parfaite. Noire, une nuance sombre et discrète et qui allait avec n'importe quoi.

Alors je sentis un coup de coude dans les côtes. Je tournai mon visage vers mon collègue, me mordant les lèvres pour ne pas lâcher une insulte envers ce malautrue.

Je repris conscience d'où je me trouvais et je me sentis de nouveau blanchir.

-On t'a posé une question, murmura-t-il. Voyant que je n'avais pas du tout suivi il continua, on te demande si tu as eu peur au moment des faits…

Je me raclai la gorge cherchant une phrase cohérente à dire. Au bout de ce qui semblait de longues secondes, je me penchai vers le micro. A peine ouvris-je la bouche qu'un son aigue sortie des amplis et agressèrent les tympans de tout le monde.

Je fermai les yeux, puis les rouvris.

-Je…Je… Non pas spécialement…enfin si…ce que je veux dire… c'est que je ne me suis pas sentie complétement rassuré mais…je suis formée pour ça alors j'ai fait ce que j'avais à faire, réussi-je à dire à bout de souffle.

Ma réponse n'avait pas été très sûre mais ça restait tout de même une réponse. J'étais presque fière de moi.

-Ne croyez-vous pas que les agents qui n'ont pas su réagir comme vous, mérite de passer un examen de compétences ?

Alors que j'avais réussi à surmonter un peu de ma timidité, sa question me figea.

C'était quoi cette question de MERDE ?

Avant même que je puisse répondre, en faisant l'hypothèse que j'allais dire quelque chose, je fus interrompue par mon capitaine qui vint à ma rescousse.

-Ne vous inquiétez pour cela, la sécurité sera bien évidement renforcée, et une remise à niveau est déjà prévu à Quantico pour moi-même et toute mon équipe. Cela conclura donc cette conférence…

Mes yeux s'écarquillèrent en entendant le mot « Quantico ».

Cela ne voulait dire qu'une chose: des problèmes.

N/A: A jeudi prochain!