NdA : Ceci est une réponse à un défi donné sur un autre site. En général, je ne poste pas une histoire avant de l'avoir finie, mais le temps que je la finisse, la date limite du défi aurait été atteinte, donc...
C'est la première fois que je poste une histoire à chapitres, j'espère qu'elle vous plaira.

Crédits : Les citations, extraits de livres et morceaux de chansons appartiennent à leurs auteurs respectifs, que je citerai à la fin des chapitres où ils apparaissent.


Le Chant des Sirènes


Chapitre Premier


Le soleil passait à travers les lamelles de bois qui constituaient le volet, mais cela ne réveilla pas la jeune fille endormie dans la chambre. La tête enfouie sous les couvertures et le corps en boule, elle était toujours plongée dans un profond sommeil. De quoi rêvait-elle ? Rêvait-elle seulement ? On n'aurait pas pu le dire. Après tout, Amarante était proprement incapable de se souvenir du moindre de ses rêves. Ça ne datait pas d'hier.

La grosse porte de bois pivota sur ses gonds, laissant apparaître une femme bien en chair, au visage rond et souriant, bien que marqué par la fatigue et les ans. Elle entra dans la pièce, en se glissant entre les innombrables piles de livres qui poussaient sur le plancher et dont certaines atteignaient presque le mètre de haut, et s'approcha du lit.

Elle observa un instant la petite boule de tissu sur le lit et eut un sourire attendri. Puis elle eut un rire amusé. Évidemment, elle avait encore dû lire jusqu'à pas-d'heure et se servait à présent de son livre en guise d'oreiller.

« Mademoiselle, il est presque onze heures ! Vous devriez vous lever ! »

Elle n'eut pas de réponse, si ce n'était un grognement incompréhensible provenant du tas dans le lit. La gouvernante claqua la langue, un peu dépitée, avant de retrousser ses manches avec un air décidé et de tirer d'un seul coup les couvertures.

Un hurlement s'échappa alors.

« JO ! Je vais te tuer, comment as-tu OSÉ ? »

La gouvernante éclata de rire. À chaque fois, ça ne loupait pas.

« Veuillez m'excuser, mademoiselle, déclara-t-elle une fois son fou rire passé, mais j'ai estimé qu'il était plus prudent de vous réveiller avant que votre père ne vous voit ainsi à cette heure de la journée. »

La jeune fille soupira avant d'attraper sa polaire, roulée en boule au pied de son lit. Puis elle se leva, évitant habilement chaque pile de livres presque en auto-pilote, sous le regard désabusé de sa gouvernante.

Amarante eut un reniflement agacé. Sa chambre n'était pas particulièrement en désordre. Il y avait juste des piles de livres un peu partout.

Elle était loin de souffrir la comparaison avec celle de Ksenya, sa meilleure amie, une métisse à moitié russe au caractère enflammé et à la crinière brune indomptable. Celle-là était sans cesse jonchée de vêtements sales, de papiers gras, de paquets de bonbons, de boîtes de jeux vidéos ou de DVD, et il fallait toujours faire attention à ne pas s'emmêler les pieds dans des câbles ou bien marcher sur la queue d'un chat ou un de ses cochons d'Inde, qu'elle refusait d'enfermer en cage, pour des raisons « évidentes » selon elle, même si Amarante y voyait surtout le risque que l'un d'eux serve de casse-croûte à un des chats.

Au moins, le sol de sa chambre à elle était toujours propre, pour le bien-être de ses bien-aimés livres.

Elle entra dans sa salle de bain personnelle, et se passa un coup d'eau sur le visage histoire de se réveiller. Elle jeta un coup d'œil au miroir et fit une grimace en voyant l'emmêlement de ses cheveux. Encore heureux qu'ils n'étaient pas bouclés comme ceux de Ksenya, mais raides, sinon ce serait un calvaire chaque matin. Elle sortit son peigne histoire de remettre en place les mèches châtain, et les attacha en une queue-de-cheval rapide, avant de se diriger vers sa penderie.

Bien qu'elle fût d'assez bonne taille, elle ne contenait pas tant de vêtements qu'on aurait pu le penser, au grand dam de Ksenya qui s'en plaignait à chaque fois qu'elle venait. En fait, Amarante était plus du genre à porter le même pantalon toute la semaine sans aucun problème. Elle n'avait jamais vraiment prêté attention à la mode, et les seuls vêtements qu'elle aimait porter étaient ceux qui étaient confortables – autrement dit, une bonne partie étant ceux que lui fabriquait Jo.

Chaque vêtement qu'avait fabriqué pour elle l'ancienne gouvernante de sa mère avait une place réservée et était soigneusement rangé, contrairement aux autres, sans importance à ses yeux, et qu'elle jetait par terre sans ménagements. Amarante savait remarquer le talent, le temps et le cœur qui étaient mis dans chaque ouvrage de la vieille femme. Il y avait des pulls, des chemises, des vestes, des pantalons, des jupes longues – Jo était de la vieille école – et une robe, la seule qu'Amarante acceptait de porter, et qu'elle ne mettait que pour les soirées auxquelles son père et elle étaient conviés, et qu'elle avait en horreur en passant.

Elle attrapa un vieux jean usé et troué au-dessus des genoux à force de tirer sur les coutures et l'enfila, avec un sweat blanc fait par Jo, délibérément trop grand – et incroyablement confortable – qu'elle récupéra sur une chaise. Si son père la voyait comme ça pour sortir quelque part, il lui demandait illico de remonter se changer, mais pour le petit-déjeuner, il avait finit par accepter qu'elle puisse manger habillée comme un sac informe. Ça ne risquait pas d'amener la Quatrième Guerre Mondiale, après tout.


La jeune fille descendit dans la cuisine « moderne » de la maison, qu'elle travaillait depuis des années avec la complicité de Jo pour en faire une pièce accueillante. Il fallait avouer qu'elles avaient plutôt bien bien réussi leur affaire.

Elles avaient réussi l'infiltration des plantes vertes et des petits objets bizarres en bois sans trop de problèmes. Remplacer l'horloge toute blanche par une avec des aiguilles en fer forgé avait demandé plus de doigté, mais le résultat en valait la peine. Et quand le père d'Amarante avait vu leur enthousiasme, il avait simplement décidé de laisser couler, avec un soupir fatigué.

La jeune fille ouvrit le frigo, en sortit une bouteille d'eau glacée et du fromage, et se coupa du pain pour se faire une espèce de sandwich, alors que Jo secouait la tête, dépitée, et posait une pomme sur la table, histoire de tenter de lui faire avaler un petit-déjeuner équilibré.

« Votre père voudrait vous voir vers midi. Il semblerait qu'il veuille vous parler de votre bulletin de notes avant de partir pour Madrid. »

Amarante grimaça. Ça n'annonçait rien de bon. D'accord, elle était bonne élève, elle était sage, écoutait en cours, et elle avait 16 de moyenne en français et en sciences sans même avoir besoin de réviser.

Sauf que toutes les matières n'était pas aussi simples. Elle se rappela avec amertume de son dernier contrôle de physique où, dans une tentative désespérée pour grappiller quelques points, elle avait carrément réussi à faire l'exercice en partant de la fin. Le prof l'avait même fait remarquer à tout le monde en rendant les copies. Et puis d'abord, qui avait besoin de calculer des intégrales et des dynamiques incompréhensibles de nos jours, à part les tarés d'astrophysique ?

Il y avait aussi l'observation de son professeur d'anglais qui ne devait pas être joyeuse, vu sa piètre compétence au contrôle oral – oral ! Son prof était un sadique.

Elle préféra oublier la partie du corps enseignant qui semblait la détester juste pour le plaisir et se concentra sur son sandwich pomme-fromage de chèvre. Elle le fixa pendant un moment, sourcils froncés, avant de se relever et d'aller chercher du miel dans le placard et d'en rajouter un grosse cuillerée dans son petit-déjeuner artisanal. Jo se frappa la tempe de la paume de sa main.

« Hey, Jo…

— On ne parle pas la bouche pleine, la coupa la gouvernante, implacable.

— C'est bon, c'est bon, grommela Amarante en avalant sa bouchée. Je me demandais, est-ce que Ksenya est passée ? Elle est sensée me ramener mon manuel de géo, je l'ai oublié chez elle.

— Pas encore, mais je suppose qu'elle ne devrait pas tarder. »

Amarante hocha la tête. Après tout, il était rare que sa meilleure amie vint le matin. C'était un peu une règle tacite chez elles, si elles ne précisaient pas d'heures précises, de n'arriver que l'après-midi. Toutes les deux avaient horreur qu'on les réveille tôt. Sauf en cas d'urgence, bien sûr. Quoique…


Quand elle remonta dans sa chambre, elle se changea pour mettre des vêtements plus « convenables », comme dirait son père. Soit un pantalon sans trou et une chemise à sa taille. Puis elle défit sa queue-de-cheval pour attacher ses cheveux en tresse et enfila une paire de tennis. Elle récupéra le livre qu'elle lisait la veille au soir, encore perdu dans son lit, histoire de le ranger à sa nouvelle place – troisième tas en partant du mur de droite, côté fenêtre. Elle ne se retrouvait jamais quand elle rangeait les livres dans la bibliothèque. Elle l'avait clairement fait comprendre à Jo qui tâchait depuis lors de faire le ménage entre les piles sans essayer de changer la configuration de cette drôle de bibliothèque en trois dimensions.

Amarante regarda la couverture. Le tatouage d'une femme en kimono avec un dragon, sur le dos nu d'une femme, avec un fond noir. Elle l'avait acheté quelques jours plus tôt et l'avait littéralement dévoré. Elle posa nonchalamment les Mémoires d'un Yakuza sur la pile avant de sortir de sa chambre, pour rejoindre son père. Il avait beau avoir dit « midi », elle le connaissait suffisamment pour savoir que le plus tôt était toujours le mieux pour lui.

Elle frappa à la porte, une grosse en bois qui datait de la construction de la maison, et un « Entrez ! » résonna de l'autre côté. Elle ouvrit doucement et entra dans le bureau de son père, une pièce assez chaude meublée avec du bois sombre et couverte de moquette. L'homme, d'une cinquantaine d'années et aux cheveux un peu grisonnants, était assis dans son fauteuil en train de trier quelques papiers.

Stanislas Marcelin, ancien ouvrier et désormais gérant d'une société de rénovation et de revente d'appartements, aurait très bien pu prendre une secrétaire, mais il avait décidé des années auparavant qu'il ne pouvait compter que sur lui-même pour son travail. Si quelqu'un d'autre s'en chargeait, il trouvait toujours quelque chose à redire quelque part. En fait, il était même connu pour toujours débarquer sur les chantiers quand on ne s'y attendait pas.

Il leva la tête de ses papiers et vit sa fille. Il lâcha un « Ah ! » et rassembla sa paperasse avant de prendre une enveloppe ouverte sur le bureau. Puis il se leva pour rejoindre sa fille – il mettait un point d'honneur à ne jamais lui parler avec le bureau entre eux, et elle lui en était reconnaissante. C'était quelque chose qui l'aurait mise trop mal à l'aise.

« Dis-moi, Liliane. Je peux savoir ce que c'est, ce 8 en physique-chimie ? »

Amarante avala sa salive. Son père était une des rares personnes dans son entourage proche à l'appeler par son premier prénom. Elle avait horreur de ça et c'était une des raisons pour lesquelles elle détestait parler sérieusement avec son père.

« Il y avait un contrôle… que j'ai un peu raté ? tenta la jeune fille.

— Je vois ça, la coupa Stanislas. Ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi ?

— Il y a… un exercice que j'ai mal compris ?

— Liliane… soupira son père. Le problème, ce n'est pas que tu ne comprennes pas un exercice. Je t'ai déjà dit que si tu as des problèmes dans une matière, tu dois me le dire !

— Je sais, mais…

— Le professeur particulier que je t'avais trouvé l'année dernière peut très bien revenir, tu le sais ? »

Amarante grimaça. Ça n'avait pas été une partie de plaisir de trouver un prof de physique ayant tenu plus de trois cours avec elle. La plupart avaient abandonné. Seul le dernier, un vieil homme sympathique bien qu'aux explications un peu lentes, avait pu obtenir un peu de son respect. Mais même. Elle détestait que qui que se soit entrât dans sa chambre, à part Jo et Ksenya. C'était une des raisons pour lesquelles elle avait dit à son père qu'il n'y avait plus besoin de le faire venir. Là, pour le coup, elle était bonne pour une bonne trentaine de séances.

« Tu sais que je m'inquiète pour ton avenir, Liliane, continua son père. D'accord, tu n'aimes pas la physique mais c'est une matière importante, tu sais ! Tu ne vas pas passer ta vie à lire des livres dans ta chambre. Si tu veux pouvoir te faire un bon avenir, il faut que tu te forces un peu et… »

Amarante cessa d'écouter. À chaque fois c'était la même chose. Son père essayait toujours de passer du temps avec elle malgré son emploi du temps chargé, mais il s'inquiétait vraiment beaucoup trop pour elle. D'accord, elle n'était pas douée dans certaines matières, elle n'était pas très loquace, elle n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait faire plus tard. Mais ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat !

« … et c'est pour ça que tu dois te ressaisir, Liliane, sinon… »

Décidément, elle détestait ce prénom que s'acharnait à lui donner son père. En fait, d'après Jo, c'était sa mère qui avait choisi le prénom d'Amarante, d'après sa fleur préférée. Parce que c'était un symbole d'immortalité. Elle et son père s'étaient disputés longtemps à propos de ce nom, mais elle n'avait rien lâché. Finalement, ils avaient fini par se mettre d'accord en le mettant en second prénom. D'après Jo, sa mère ne l'avait jamais appelé une seule fois « Liliane », toujours « Amarante », et c'était pour ça que son père ne supportait pas quand quelqu'un l'appelait ainsi devant lui.

La mort de sa femme avait été aussi rapide qu'inattendue. Une pneumonie. Qui mourrait encore de pneumonie, à l'heure de la médecine moderne ? Mais c'était comme ça. Alors, quand Ksenya venait, elle faisait attention et l'appelait Liliane quand Stanislas était en vue.

Celui-ci regarda sa fille, qui semblait ne pas l'écouter, et soupira avant de lancer :

« Bon, peu importe. Je vais devoir y aller, je pars pour Madrid dans moins d'une heure et je dois finir tout ça avant. Mais on en reparlera à mon retour, c'est bien compris ? Je rentre mercredi prochain.

— Oui, papa.

— Ne rends pas la vie trop dure à Josiane pendant ce temps, d'accord ?

— Mmm. »


Amarante s'étala dans l'herbe, un livre à la main. Elle faisait ça à chaque fois qu'elle était frustrée. Les livres l'avaient toujours accueillie à pages ouvertes dans ces moments-là. Celui qu'elle feuilletait en ce moment, c'était un tout petit et fin, la Lettre à Ménécée. Comme souvent avec ce genre de textes, elle lisait à voix haute.

« Maintenant, habitue-toi à la pensée que la mort n'est rien pour nous, puisqu'il n'y a de bien et de mal que dans la sensation, et que la mort est absence de sensation. Par conséquent, si l'on considère avec justesse que la mort n'est rien pour nous, l'on pourra jouir de sa vie mortelle. On cessera de l'augmenter d'un temps infini et l'on supprimera le regret de n'être pas éternel. »

La jeune fille interrompit sa lecture un instant pour murmurer :

« Hum… je me demande combien de gens rêvent d'être immortels ? »

Elle réfléchit à la question un petit moment, avant de hausser les épaules.

« On doit sûrement s'ennuyer au bout d'un moment, je pense… moi je n'aimerais pas en tout cas… même si mon nom veut dire « immortel », après tout… »

La jeune fille tourna sa tête vers le ciel, et observa un instant le ciel bleu au-dessus d'elle. Il commençait à faire chaud en ce début de mois de mars. Sans vraiment y penser, elle ferma son livre et observa un petit nuage blanc qui semblait s'être perdu dans cette mer de bleu.

Au bout d'un temps, il finit par s'effilocher un peu et elle ferma les yeux. Sans vraiment y penser, elle se mit à fredonner.

Elle aimait beaucoup la musique, mais Jo n'aimait pas l'entendre chanter. Elle disait que ça la mettait mal à l'aise. Et Jo n'était pas du genre à mentir pour un truc pareil. Alors elle ne le faisait que quand elle était seule.

En plus, ça la mettait mal à l'aise de chanter en public. Tout le monde se mettait à la regarder et elle avait horreur de se faire remarquer. Alors qu'elle était douée pour se souvenir des paroles et de la musique, elle n'ouvrait la bouche que quand elle était certaine il n'y aurait personne pour la fixer ou se plaindre de ses capacités vocales dans un rayon de cinquante mètres.

Petite foule dense, autour d'un corps s'endormant…
Douceur immense, pour le départ d'un parent…
Calmement…
Peint aux couleurs de l'artifice, des bleus lisses, et roses, et blancs,
Et lentement,
Visages tendres sur l'herbe glissent, se sourient en chuchotant…
Et sans le moindre tourment,

Ils fêtent mon enterrement…

Le vent soufflait sur son visage et emmêlait ses cheveux, qui s'étaient défaits de la tresse depuis longtemps. Elle se redressa pour se mettre en position assise pour chanter plus facilement.

Cendres folles et s'envolent, sous les yeux pâles et contents…
Et s'unissent aux lucioles, pour vivre un dernier instant…
Et à jamais,
restent en suspens…

Elle resta un petit moment dans l'herbe, à regarder un couple de rouges-gorges se poursuivre. Mais, alors qu'elle commençait à somnoler, quelque chose entra dans ses narines et la fit tousser.

Elle se redressa, surprise, et aperçut nombre de petites particules de cendres qui flottaient dans les airs, suspendues dans le vent. Certaines, encore en train de brûler, ressemblaient à de petites lucioles diurnes.

D'où provenait cette cendre ? À sa connaissance, ce n'était pas encore la saison des feux de jardins. Elle fouilla le ciel et fini par apercevoir, du côté de la colline, une colonne de fumée qui s'élevait. Amarante se redressa et grimpa sur le muret qui délimitait son jardin pour voir plus loin et vit enfin l'endroit d'où la fumée provenait.

Elle sentit son sang se glacer. C'était la maternelle qui partait en fumée.


NdA : Alors ? Vous avez aimé ? Ou pas du tout ? Pour le moment, seuls cinq chapitres sont écrits, je les publierai tous les samedis. Après, pour la suite, vous risquez de devoir attendre un peu parce que j'écrie lentement.

Livre : Mémoires d'un yakuza, Saga Junichi
Texte : Lettre à Ménécée, Épicure, §6
Musique : Partir avant les miens, Daniel Balavoine