Hospitalité samanéenne.

Notre piste nous dirigeait en premier vers la communauté samanéenne d'Eysran.

Cette dernière se répartissait entre six quartiers délimités : deux au sud, deux à l'est, un au nord et un à l'ouest. Tous se trouvaient dans la première enceinte de la ville.

Je venais d'entrer dans l'un des quartiers orientaux. Celui le plus proche de l'endroit où j'avais découvert le seigneur Domptevent. J'avais prévu de m'y rendre avec mon frère, mais il avait des obligations chez nous. A la place, mes cousins Triste et Lucide m'escortaient. « Si Calián ne t'accompagne pas, je viens avec toi, avait insisté le premier. Tu ne peux pas y aller tout seul. C'est trop dangereux.

- Triste a raison, avait abondé son frère. Et je viens aussi. » et ils avaient été fidèles à leur parole.

Astreints à un couvre-feu, les Samanéens ne quittaient pas le périmètre de leur zone après une certaine heure qui variait selon la saison. La décision de cette visite m'avait poussé à passer la nuit à m'instruire sur l'histoire des Samanéens à Eysran. Je m'étais plongé dans un lourd volume poussiéreux qui la racontait de leur exil à l'époque des Grands Bûchers en passant par leur installation dans la cité. J'avais déjà connaissance de certains points comme l'interdiction formelle que ce peuple avait reçue de sortir de ses quartiers lors des Grands Bûchers. Les contrevenants se retrouvaient à la merci du fouet ; mais aucun interdit n'avait été posé au peuple. Mu par la soif de vengeance contre cet ennemi désigné, il y avait pénétré et y avait lâché sa colère.

Les Samanéens avaient vu leurs échoppes et leurs maisons être saccagées ; leurs fils et leurs filles, tués ; leurs parents, molestés ; les œufs de leurs dragons arc-en-ciel, écrasés ; leurs dragons cernés par des meutes en colère et armées. Les enfants avaient vu leurs mères se faire attaquer sous leurs yeux impuissants. Les hommes avaient vu leurs femmes se faire déshonorer alors qu'on les maintenait et qu'on les frappait jusqu'à les défigurer ou les handicaper. Leurs dragons arc-en-ciel avaient riposté, craché des flammes pour défendre leur progéniture et leurs maîtres, mais, malgré les blessés et les morts la foule n'avait pas reculé et ils avaient fini par succomber sous le nombre de leurs assaillants.

Ces attaques avaient commencé avant la condamnation des premiers Samanéens. Avant, on avait surtout brûlé de la crapule des faubourgs, des hybrides, des gens suspectés de pratiquer la nécromancie, des thaumaturges accusés d'avoir voulu accroître leur clientèle et des meneurs de bêtes supposés. Les Samanéens avaient été laissés en paix au début.

Puis les attaques avaient survenu. Pour les endiguer, Lenario Clairlac, le cerveau derrière les premiers bûchers, proposa l'arrestation de quelques habitants des quartiers samanéens sous des prétextes fabriqués. Mon frère l'avait bien dit : des coupables choisis au hasard contre la vie de centaines d'innocents. Il pensait que cela calmerait les esprits. Le reste du Magistère accepta. On consulta les registres des habitants d'origine étrangère ; avec son aide, on rédigea une liste de noms. Quelques femmes et jeunes filles, beaucoup d'hommes, des adolescents entre quinze et vingt ans. On épargna les enfants de moins de quinze ans et les vieillards.

La populace ne fut pas aussi clémente.

Et les Samanéens n'ont pas oublié l'injustice qui les a frappés. Leurs yeux nous dévisageaient avec une hostilité manifeste. Mes cousins et moi n'étions que des jeunes garçons à l'époque de la tragédie, mais nous étions des Eysrannais. Ils n'avaient aucune raison de nous faire confiance. S'ils n'avaient pas craint les représailles, ils se seraient sûrement jetés sur nous. Tous avaient perdu un parent ou plusieurs, un ami ou plusieurs, un voisin ou plusieurs. Tous avaient perdu foi en cette cité qui les avait autrefois accueillis et protégés, et qui, un jour, s'était retournée contre eux.

Les enfants s'éloignaient rapidement à notre passage ou rejoignaient tout de suite la sûreté de leurs maisons ; des jeunes mères, alarmées, serraient leurs bébés contre elles. Des hommes murmuraient des paroles en samanéen que je devinai être des injures. L'un d'eux s'approcha de nous. Comme tous les siens, il portait une écharpe aux sept couleurs de l'arc-en-ciel en ceinture. À l'instar des autres hommes, un ruban bleu ciel ceignait son front.

« Qu'est-ce que vous cherchez ici ? » Son ton était brusque ; sa voix avait un léger accent.

« J'enquête sur la mort du seigneur Orslan Domptevent, le renseignai-je.

- Cette ordure est morte ? cracha l'homme. Pas trop tôt !

- Je devrais te couper la langue pour manquer autant de respect à un ancien Magistrat-Président, s'emporta Triste. Fais attention à tes prochains mots !

- Du respect ? ricana le Samanéen. Pourquoi j'en aurais pour cette canaille ? Il m'a privé de mon père et de mon oncle. C'était lui qui était à la tête du Magistère lors des Grand Bûchers. C'était lui qui avait ratifié la condamnation à mort de mon père et de mon oncle. Peu importe qui soit celui qui l'a tué, je le remercie. Il nous a vengés. » Des murmures approbateurs s'élevèrent.

« Et as-tu une idée de qui ça pourrait être ? l'interrogeai-je.

- Non, appuya-t-il, mais j'aurais aimé avoir eu son cran.

- Pourrait-il habiter ici ? insistai-je.

- Je te l'ai dit : je ne sais pas qui est derrière ça. Et si je le savais, je me tairais.

- Tu aggraves ton cas, riposta Triste. Nous pourrions t'arrêter pour avoir prononcé de tels propos

- Vous ne portez pas l'insigne de la milice. Vous n'avez pas ce droit. Tout le monde est du même avis que moi ici. Le premier Magistrat-Président d'Eysran a juré de garantir à nos aïeux et leur descendance justice et sécurité. Orslan a trahi cette parole. Notre peuple a été calomnié, humilié, brisé. Il a envoyé aux flammes des dizaines et des dizaines des nôtres.

- Il a cherché à préserver la paix, ai-je nuancé. Il a mal agi, certes, mais il était acculé. Il en a sacrifié certains pour en préserver beaucoup d'autres. Le peuple réclamait que les coupables soient punis. Il vous aurait massacré en plus grand nombre, si le magistère n'avait pas pris cette décision.

- La paix ? a réagi une femme avec colère. Ce n'est pas la paix qu'il a voulu garder, mais ses fesses sur son siège ! De quoi étions-nous coupables ? Quels étaient nos torts ? Dites-le nous. »

Leurs torts… Certains en auraient énuméré plus d'un : leur origine étrangère, leurs croyances différentes, leur tradition d'élever des dragons arc-en-ciel, leurs tenues vestimentaires, le fait qu'ils vivaient dans des zones spécifiques. Il n'avait pas choisi ce dernier fait, mais pour beaucoup cette séparation n'avait rien d'anodin.

Pour de nombreux Eysrannais, si on les avait confinés à certains endroits, ce ne pouvait pas être sans raison. Alors, la méfiance venait ; et la méfiance donnait naissance aux rumeurs ; et ces mêmes rumeurs accroissaient la méfiance ; et d'autres rumeurs suivaient. Et il suffisait d'un évènement dramatique pour que tout s'enflamme.

« Écoutez moi ! Vous voulez la justice ? Moi aussi. Mon père a été accusé d'un crime qu'il n'avait pas commis, soupçonné d'avoir voulu se débarrasser de ses rivaux. Le père de mes cousins - je montrai Triste et Lucide - a été le premier magistrat tué. Je dois savoir qui est à l'origine de cette série de meurtres pour blanchir mon père et obtenir justice pour mes cousins.

- Nous n'avons rien à voir avec ces assassinats ! protesta la femme.

- Tous les magistrats tués avaient un lien, direct ou indirect, avec les Grands Bûchers. Yehan Clairlac était le fils de Lenario Clairlac qui est à l'origine des accusations. Vanoc Pointazur était vice-capitaine de la milice.

- Et nous n'étions pas les seules victimes, lui rappela-t-elle. Les hybrides, des citoyens honnêtes accusés faussement, des personnes qui n'avaient jamais fait aucun mal, il y en a tellement que vous avez condamnés injustement ! Vous avez rendu nos enfants orphelins et nos femmes veuves ! Vous avez massacré nos dragons ! Nous ne sommes pas des criminels ! Vous, si. »

Sa déclaration enragea Triste. Il aurait dégainé sa rapière si Lucide n'avait pas retenu son bras.

« Excuse-toi ! exigea-t-il. Tout de suite !

- Doucement, Triste, lui dis-je. Elle a raison.

- Comment ? s'exclama mon cousin, choqué.

- Des innocents sont morts à cause d'une mauvaise décision. Une décision que nos pères ont soutenue. » Mon cousin grogna.

Il y eut un bref silence, puis je vis la foule s'écarter progressivement. Une femme âgée s'en extirpa. Malgré la vieillesse, elle se tenait droite, l'épreuve du temps ne lui pesait pas encore. Un tissu blanc couvrait son nez et sa bouche.

« Que tout le monde se calme, commanda-t-elle. Ne devenons pas les ennemis des uns des autres. Je m'appelle Maruka. Je suis l'une des firaba de ce quartier »

Une prêtresse. J'avais appris au cours de mes lectures qu'une hiérarchie existait au sein de la prêtrise samanéenne. Le premier groupe, les saddokab, était exclusivement masculin ; le second, les firab, acceptaient les femmes ménopausées. Chaque quartier avait son saddok, assisté de sept firab. On les reconnaissait à leur visage à moitié couvert.

« Enchanté, la saluai-je. Je m'appelle Siméon Blanchetour, fils d'Arrion Blanchetour et élève chez les Clercs Instructeurs. Et voici mes cousins, Triste et Lucide Belleplume.

- Nous avons rarement des visiteurs d'aussi haut rang, commenta la fira. D'ordinaire, les seuls aristos qu'on voit ici sont les haut-gradés de la maréchaussée ou de la milice. Soyez les bienvenus.

- Merci.

- Suivez-moi. Je vous offre l'hospitalité de ma maison.

- Merci de tout cœur. »


La maison de Maruka se composait de deux pièces en bas et d'un grenier à l'étage. Les sols étaient recouverts de tapis colorés aux motifs complexes. « C'est mes filles qui les ont fait, nous renseigna-telle. Elles ont quitté la maison voilà plus de trente ans.

- Ils sont superbes, déclarai-je.

- Elles ont des doigts en or pour le tissage.

- Vous avez beaucoup d'enfants ? demanda Lucide. Si ce n'est pas indiscret...

- J'ai deux filles et deux fils. Mon fils aîné - elle baissa le regard et la voix - est malheureusement décédé.

- Je suis désolé, murmura mon cousin.

- Rien à voir avec les évènements passés, nous rassura-t-elle. Il est mort d'une crise cardiaque. Installez-vous, je vais vous servir du thé.»

Les nombreux coussins adossés aux murs étaient joliment brodés. Fleurs, oiseaux, poissons et formes variées les décoraient. « Un autre ouvrage de mes filles, nous dit Maruka en nous indiquant ceux placés à droite. Chez nous, avant de se marier, une fille tisse plusieurs tapis et brode plusieurs cousins afin que sa famille se rappelle d'elle une fois qu'elle sera partie. »

Nous nous assîmes. Maruka s'éloigna dans le coin opposé de la pièce pour préparer le thé. Alors que l'eau bouillait dans la casserole, elle se mit à fredonner un air et, brusquement, je me retrouvai ramené quinze ans et demi dans le passé. Cette mélodie, je ne l'avais plus entendue depuis tout ce temps, mais elle m'était restée en mémoire. Pendant un instant, je redevins ce garçon de dix ans qui assistait à la mort d'un homme qui chantait sur son bûcher.

« Quelle est cette chanson ? demandai-je à notre hôtesse.

- Une chanson de famille. Mon grand-père était poète et musicien. Il l'avait écrite et composée pour ma grand-mère à leur mariage. Ma mère nous la chantait pour nous endormir.

- Nous ? Vous avez des frères et sœurs ?

- J'avais deux frères, un plus âgé et un plus jeune, soupira-t-elle tristement. Tous deux ne sont plus là. » Mon cœur se mit à battre à tout rompre.

Malgré son chagrin bien visible, elle ne pleura pas. Sa dignité forçait le respect. Pour ma part, je réalisais difficilement le coup que le destin était en train de me jouer. Cet homme avait-il été son frère ? Il aurait aussi pu s'agir d'un cousin, me dis-je. Mais frère, cousin ou autre, il avait certainement été l'un de ses proches. Je me sentis le devoir de lui parler de lui. Si elle l'avait connu, elle avait le droit de savoir comment s'étaient déroulés ces derniers instants.

« J'aimerais vous dire quelque chose, me suis-je lancé. En décembre 1500, mon père m'a amené voir les exécutions. Il y avait parmi les condamnés à mort un homme de votre communauté... Il devait sûrement y en avoir plusieurs, mais cet homme est le seul dont je me souvienne. Quand le bûcher a été allumé, il n'a pas crié, ni supplié, ni maudit la foule présente, il a simplement chanté l'air que vous venez de fredonner. »

Maruka manqua de renverser la casserole brûlante. Sa respiration se fit saccadée. « Cet homme, haleta-t-elle, à quoi il ressemblait ?

- Il n'était ni grand, ni petit ; je dirais qu'il devait mesurer cinq pieds et demi. Je ne me rappelle plus son visage. Tout ce dont je me souviens vraiment de lui, c'est sa voix. Il en avait une belle et profonde. Le temps qu'avait duré son chant, elle m'avait hypnotisée.

- Mon frère aîné, Nabir, chantait très bien, murmura-t-elle. Il tenait ce don de notre père. Les gens aimaient l'écouter. Il... Son nom faisait partie de la liste. » Elle n'eut pas besoin de préciser de quelle liste, elle parlait.


Le thé était prêt. Maruka servit trois verres. Elle les posa, à côté d'une coupelle remplie de biscuits, sur un plateau en métal qu'elle plaça devant nous. « Attention ! C'est très chaud, nous prévint-elle. Ne prenez pas les verres tout de suite.

- Vous ne boirez pas ? s'enquit Lucide.

- J'ai fait ce thé pour vous, pas pour moi. De plus, une femme ne peut pas boire ni manger en présence d'hommes étrangers à sa famille.

- Pour quelles raisons ? voulus-je savoir.

- Je ne sais pas. C'est la règle. » me répondit-elle avant de s'assoir contre le mur d'en face.

Elle nous pria de nous servir, puis elle entama la conversation : « Vous enquêtez sur les meurtres de ces dernières semaines ? Vous ne trouverez pas beaucoup d'aide ici. Les gens ont gardé beaucoup de colère contre le Magistère. Mais, je pourrais vous aider. Dans la bath-tsila, il y a une stèle avec les noms des martyrs de notre quartier. On y trouve ceux des personnes condamnées. Je peux vous en donner l'accès.

- La bath-tsila? répéta Triste.

- C'est l'équivalent de la basilique pour nous, lui expliquai-je.

- Je vois que vous connaissez notre religion, remarqua la fira.

- J'en connais peu de choses, pour dire vrai. Et tout ce que je sais, des livres me l'ont appris. Vous suivez les directives de sept prophètes, chacun lié à une de vos tribus et soutenu par un ange différent. Ils ont aussi tous un dragon arc-en-ciel. Vous priez sept fois par jour, comme nous. Vous jeûnez une fois par semaine.

- Plus précisément, nous jeûnons à l'apparition du premier et du dernier croissants de lune, à la pleine lune et à chaque demi-lune, de la nuit jusqu'à la suivante. Nous ne mangeons pas ; nous ne jouons pas de musique ; nous ne parlons à personne à part Dieu. Aucun mort ne peut être enterré, et tous les commerces et les ateliers sont fermés. Le quartier devient très calme. Les gens passent la journée à la bath-tsila, les femmes comme les hommes.

- Même les enfants doivent suivre ces règles ? voulut savoir Lucide.

- Pas avant d'avoir douze ans et huit jours.

- Pourquoi huit jours ? Pourquoi une telle précision ?

- Parce que c'est huit jours après son douzième anniversaire qu'un garçon est circoncis. Et c'est par cet acte qu'il devient homme. Les filles de cet âge se font percer les oreilles et sont considérées assez grandes pour se marier.

- La loi eysrannaise déclare que... commença mon cousin

- Aucune fille ne peut être mariée avant ses quinze ans, finit-elle. Nous connaissons cette loi ici et nous la respectons. Vous nous prenez pour qui ? » Lucide s'empourpra et bégaya des excuses.

Le silence s'était installé. « J'ai lu que les firab pouvaient tous célébrer des mariages, dis-je pour le rompre, peu importe leur sexe. Est-ce vrai ?

- C'est vrai. J'ai déjà uni cinq couples, dont celui de mon fils cadet. Il m'en reste deux pour avoir le nombre minimum, mais j'espère ne pas m'y arrêter. Marier deux personnes est ce qui me plait le plus. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi de devenir fira. Pas la seule, bien sûr ! » Je lui ai alors parlé des celles qui m'avaient incité à entrer chez les Clercs Instructeurs : mon amour des livres et du savoir, mon désir de connaissances et Orybat.

Maruka connaissait des elfes des mers, tous des Céruléens. Sa communauté commerçait fréquemment avec la leur. Comme eux, ils étaient des étrangers souvent vus avec méfiance, et cette caractéristique les avait rapprochés. Et certains de ces rapprochements avaient quelquefois dépassé le cadre de l'amitié. Et elle nous conta l'histoire de son petit frère.

Ce dernier était tombé amoureux d'une elfe. Le jugement des autres ne l'avait pas arrêté ; il avait embarqué avec elle un jour pour ne plus jamais revenir. Elle recevait chaque mois de ses nouvelles par les marchands. Les trois premiers mois, leur mère et elle lui avaient écrit presqu'une lettre par jour pour lui demander de rentrer ; il avait continuellement décliné jusqu'à ce qu'il arrête de leur répondre. Son silence avait duré un an. Quand il se manifesta de nouveau, ce fut pour leur apprendre qu'il avait eu un fils ; et elle avaient compris qu'elle ne le reverrait pas. Désormais, sa vie se passait à moitié sur l'eau entre une poupe et une proue, et à moitié au pays de son épouse. Il avait eu deux autres enfants par la suite, un fils et une fille ; elle ne les avait jamais rencontrés.

« Quand il me manque trop, conclut-elle, je me rappelle qu'il a bien fait de partir. Il a échappé aux attaques et aux condamnations... et à la fureur de notre père, ajouta-t-elle en souriant. Il est heureux là où il est. Même si les Céruléens ne lui ont pas réservé un très bon accueil, leurs relations avec lui ont fini par évoluer dans le bon sens. Il m'a écrit que ses enfants sont aimés là-bas, que les elfes ne les traitent pas en parias. »

Elle s'arrêta de parler, parut réfléchir, puis continua : « J'aimerais vous demander un service, si vous acceptez.

- Bien sûr ! opinai-je, suivi par mes cousins.

- Quand vous aurez résolu votre enquête, emmenez-moi aux Îles Céruléennes. Je voudrais revoir mon petit frère avant de mourir et rencontrer mes neveux et nièce.

- Je suis un Clerc Instructeur en devenir, la prévins-je. Je ne serai pas en capacité de vous mener là-bas. » Et pourtant, comme j'aurais aimé visiter ces îles ! Découvrir leurs habitants, leurs villes et leurs villages, et les trésors et secrets dont elles regorgent ! Et leurs royaumes perdus depuis des millénaires sous les vagues !

« Je le ferai promit Lucide. J'ai toujours rêvé de m'y rendre. » Maruka acquiesça, et sous son voile je devinai qu'elle souriait.

« Notre bath-tsila détient la liste des noms des personnes mortes sur les bûchers, reprit-elle. Revenez demain en fin d'après-midi, je vous l'aurai recopiée.

- Nous pourrions y aller nous-même, suggéra Triste.

- Vous avez une religion différente, ils ne vous ouvriront pas ses portes. Et vous ne lisez pas le samanéen. Je m'en chargerai donc.

- Merci Maruka. Merci de tout cœur. Mais pourquoi acceptez-vous de nous aider ? voulus-je savoir.

- Vous recherchez la vérité. C'est la plus belle quête. Alors si grâce à moi, vous obtenez certaines réponses... Voilà pourquoi je vous aide. Parce que c'est juste. »