Titre : Alvané aux yeux de Lune
Rating : K+
Genre : Romance - Drame
Résumé : De l'or il y en avait partout, se dit-il. Jusque dans les domestiques, de leurs habits à leurs yeux, dans leurs cheveux même, des tresses de cheveux noirs et de fils d'or. Lui aussi, il croulait sous l'or. Le diadème sembla lourd sur son front. Il laissa sa tête reposer dans le coussin brodé d'or encore. Chez lui, dans son village natal, personne n'en avait jamais vu. Pourtant tout le monde reconnu dans l'armure et les guerriers de ce seigneur une vague d'or meurtrière. Alvané se rappelait.
N.A.1. : A chaque fois que je veux écrire un OS court ça finit en truc interminable... Du coup, c'est découpé en plusieurs parties pour être plus digeste dans la lecture :)


PARTIE 01

ALVANE AUX YEUX DE LUNE

La grande bâtisse aux murs blancs éclatants, ses jardins magnifiques que quelques domestiques traversaient sans voir, les fontaines, l'or, les parfums, le luxe, tout ça son regard l'avait exploré mille et une fois, devenant plus las à chaque instant.

Alvané toucha l'or à son front, s'assurant de sa présence. C'était la marque du lieu et son appartenance au décor. Oui, ce beau diadème qui tombait sur son front dans une courbe étudiée, qui faisait éclater le gris de ses yeux, nuançait la pâleur de sa peau. Il l'arrachait parfois, le jetait en contre-bas ou sur les murs, mais toujours un domestique le lui remettait, petite ombre silencieuse, qui l'incitait à rester à sa place.

De longs doigts vinrent se glisser sur sa mâchoire. Il n'eut aucun sursaut. Une main se posa sur sa bouche en douceur et le fit reculer, quitter le soleil du balcon, pour la pénombre du salon.
« Que faisais-tu ?
- Je regardais les jardins, dit-il tout bas, contre la main.
- Qu'y vois-tu, toi qui les regarde chaque jour ?
- Plus rien, mis à part l'or et la poussière, l'eau et la terre.
- Si tu n'y vois plus rien, ne va plus sur le balcon en plein jour ou je te ferai enfermer. »
Alvané fit volte face et regarda d'un air troublé cet homme aux longs doigts de sabreur, celui qu'on appelait ici maître ou seigneur ou roi. Le soleil du palais. Celui dont personne ne voulait lui donner le nom.
« Je ne comprends pas. Je n'ai rien fait cette fois-ci, alors pourquoi tous ces interdits ? J'aime le soleil vous savez, sa chaleur, sa douceur... Je le veux sur ma peau, je ne veux pas être enfermé ici, comme un rat. »
Il retira le diadème prêt à le lancer au loin, mais se retint, caressant le pendant en forme de soleil.
« Pourquoi me faire porter ceci quand vous me refusez la lumière ? »
Son seigneur observa ses plaintes, sa colère, sa douce résignation dans les yeux qui se baissent. Il lui prit le diadème des mains et le lui remit, appuyant fort comme pour l'incruster dans sa chair.
« Ne le retire plus ou je le souderai à ta tête. A présent va aux bains, qu'on te frotte jusqu'à ce que les rayons de ce soleil que tu chéris tant et qui sont tombés sur tes épaules et ton visage, ne soient plus. »
Un tremblement le parcourut à la pensée des bains. Il secoua légèrement la tête, mais ne put s'y dérober. La main d'un domestique qu'il n'avait pas vu apparaître se referma sur son épaule.
« Recommande qu'on frotte fort.
- Bien Seigneur. »
Les pieds trainant, Alvané suivit le domestique à travers l'aile des quartiers du seigneur. Ils descendirent vers les bains où l'humidité était plus forte. De belles femmes à la peau brune et aux bijoux magnifiques levèrent les yeux sur eux, abandonnant leurs savons pour venir les entourer.
« Déjà de retour ? Le maître aime le voir parfumé à toute heure, plaisanta une des femmes.
- Il a pris le soleil, le seigneur souhaite qu'il soit débarrassé de tout éclat. Il faut frotter fort.
- Il n'apprend donc jamais, rirent les femmes. »
Jamais on ne s'adressait directement à lui. Il ne savait pas si c'était un ordre du seigneur ou une moquerie des domestiques.
Les épaules basses, il se laissa déshabiller par une des jolies femmes. Le domestique était resté pour le surveiller et aussi pour le regarder. Sa peau et ses yeux étaient un joyaux du seigneur. Un joyaux qui se montrait.
Une des servantes passa une main caressante tout le long de son dos jusqu'à ses fesses et la remonta sur ses épaules, riant en le sentant frissonner. Pour la gourmandise des yeux, on le laissa debout et nu tandis qu'on préparait les jarres d'eau parfumée et le mélange de sable et de miel qui servirait à gommer ses écarts.
Avec douceur, on fit couler l'une des jarres d'eau sur lui. Enivré de parfums floraux et de vapeurs d'eau brûlante, il se laissa aller aux doigts de ces dames qui le massèrent dans un premier temps. On l'invita à s'asseoir sur un banc de carrelage frais où sa peau se hérissa et il entendit le bruit du bol de miel et de sable.
Le gommage fut léger au départ, mais sa peau devenue fragile à force de ces traitements lui fut aussitôt douloureuse. Il se crispa et se pencha un peu, la peau en feu.

Au bord du malaise et la peau rougeoyante du gommage, Alvané ferma les yeux. On appliqua sur son corps des crèmes à base d'huiles et d'opium. Il sentit les doigts des servantes se faire aventureuses sur lui, remonter entre ses cuisses, s'amuser de sa passivité. Elles le possédaient avec plaisir et lui l'autorisait.
On lui lava les cheveux avec des crèmes acides qui les blondissaient. Une servante profita de son malaise pour lui embrasser doucement les lèvres. Les autres gloussèrent. Ces nymphes le terrifiaient par moment. Il les repoussa et se leva, toujours nu, retrouvant le domestique, chancelant, luisant d'huile et d'eau.
« Je veux sortir d'ici. »
Le domestique fit non de la tête et le repoussa vers ces femmes qui s'en saisirent comme d'un jouet, l'abusant dans la chaleur des bains, l'étouffant de parfum et de baisers chauds. Cette nuit il ferait d'horribles rêves où des milliers de bras de femmes le saisissent, incrustant leurs doigts lascifs dans sa peau de flammes.

Alvané regagna les appartements du seigneur avec beaucoup de soulagement et s'allongea dans un sofa sous le regard du domestique. Il ferma les yeux, s'éventant de la main. Il se faisait penser à une jeune femme indisposée. La femme adorée de son seigneur. Il rouvrit les yeux sur le plafond.
« Est-ce qu'il viendra ce soir ?
- Je ne sais pas, répondit le domestique en le fixant.
- Si je te laissais me faire l'amour, me laisserais-tu m'enfuir par les balcons ? »
Ses propres paroles lui parurent irréelles et le rire du domestique confirma son idiotie.
« Les joyaux de votre genre sont peut-être plus précieux au Seigneur que ses domestiques, mais vous n'avez cependant pas plus de droits que nous. Vous pensez-vous en position de force ? »
Le domestique vint à lui, se pencha et toucha la joue de ce joyaux du dos de la main. Ce dernier le regarda tout plein de trouble.
« Quand, même les femmes peuvent vous posséder sans que vous ne puissiez leur échapper, pensez-vous être en position de force ? Non vous ne l'êtes pas. Vous êtes une pierre précieuse que l'on poli par le sable. A quoi pensez-vous échapper en fuyant par le balcon ? Vous serez rattrapé, toujours. Il sera fâché et comme à chaque écart, vous plongera mille et une fois la tête sous l'eau jusqu'à ce que soyez sans force et tremblant, jusqu'à ce que vous lui baisiez les pieds en le suppliant de ne pas vous tuer. Le jeu en vaut-il réellement la chandelle ?
- Peut-être pas, avoua-t-il.
- Vous voici plus raisonnable. Fermez donc les yeux et laissez-vous aller aux caresses de cette brise de fin de journée. Notre seigneur viendra s'il le faut, pour réveiller l'éclat de sa lune.
- C'est la première fois que tu me parles réellement, commenta-t-il.
- Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas votre ami pour autant. Je souhaite juste vous rappelez quelle est votre place.
- Comment t'appelles-tu ?
- Lingrud.
- Lingrud... Moi c'est Alvané... Je suis heureux de pouvoir réellement parler à quelqu'un quoi que tu en dises.
- N'oubliez pas qu'ici vous n'êtes que Lohoumé, la lune du seigneur. »
Le domestique recula jusqu'à la porte, reprenant son poste. Alvané le détailla du regard. Il était semblable aux autres, la peau bronzée, le regard noisette tirant sur le doré, la tenue noire et or. De l'or il y en avait partout, se dit-il. Jusque dans les domestiques, de leurs habits à leurs yeux, dans leurs cheveux même, des tresses de cheveux noirs et de fils d'or. Lui aussi, il croulait sous l'or. Le diadème sembla lui peser lourd soudainement. Il laissa sa tête aller en arrière, dans le coussin brodé d'or encore. Chez lui, dans son village natal, personne n'en avait jamais vu. Pourtant tout le monde reconnu dans l'armure et l'armée de ce seigneur une vague d'or meurtrière. Alvané se rappelait.


Go Son Go...