Notes: Merci beaucoup pour vos premiers retours :) Cette fic est en fait un défi qu'on s'est lancé avec une copine d'écrire un truc hard/malsain sur le thème de la cité. Je l'avais abandonnée puis je l'ai reprise parce que je me suis dit que je pouvais peut-être en faire une nouvelle et développer l'histoire au-delà de la relation entre Louis et Hakim ;)


Micky377: Contente que tu sois au rendez-vous! Deux salles deux ambiances pour le coup, parce que j'avoue que cette fic est un peu un défouloir lol. C'est aussi pour ça que les chapitres sont beaucoup plus courts. Merci d'être là dans tous les cas :3

Bluered: Erreur rectifiée, merci à toi! J'espère que la suite te rebutera pas! Bonne lecture!

Paprika Star: Merci, j'espère que la suite te plaira aussi! Bonne lecture!

Eilee: Merci beaucoup! Je t'ai croisée sur Scribay ;) Comme dit plus haut, je suis un peu sur un mode défouloir sur cette histoire, donc il y a des chances pour que ce soit très intense lol. Merci de ton retour! Bonne lecture!


4

Il est revenu chaque semaine. Même jour, même heure. Il restait le temps d'un joint. Toujours un peu tendu, toujours prêt à me foutre son poing dans la gueule si je tentais un truc qui lui plaisait pas.

Avec le recul, je crois qu'il était curieux. Il n'avait pas dû en croiser beaucoup des gars comme moi, j'veux dire, du genre kamikaze prêt à tout pour tirer son coup. Mais il y avait le contexte aussi. Le fait peut-être de sortir de sa cité pour aller vendre dans ce quartier cossu de l'ouest lillois, connu pour ses belles maisons, la citadelle, les espaces verts... Ça faisait bien en fait. Même s'il n'avait clairement pas le look. Hakim, c'était censé être le gars qui tapait les p'tits cons comme moi lorsqu'ils empruntaient la mauvaise rue un soir de biture. Mais j'crois qu'il aimait bien ça, ce décalage avec qui il était et d'où il venait, et puis d'être là, dans un de ces studios dont la façade criait « Bourgeois » à la gueule des passants. Moi aussi j'aimais bien ça. Le goût du secret, un truc comme ça... Mes potes auraient serrés s'ils avaient su ; ma famille aussi, pour le coup.

Enfin bon, le truc avec Hakim c'était pas simplement qu'il était beau à s'en cramer les yeux et qu'il sentait bon la fleur d'oranger. C'était cette curiosité, vous voyez, cette appétence pour les choses qui ne lui ressemblaient pas, un goût certain pour le chic et le beau. La première chose qu'il m'a dite après qu'il ait fini de me faire la gueule – un mois après ma tentative de pipe avortée – c'était que c'était magnifique chez moi, qu'il adorait la vue par la fenêtre de mon salon, celle qui donnait sur le petit jardin privatif dont je pouvais profiter quand le soleil me le permettait. Soixante mètre carré pour moi tout seul. Un belle cuisine, une belle salle de bain, une chambre dans laquelle j'avais pu mettre un lit et une armoire sans me cogner sur quelque chose au passage. Et bordel, il y avait un escalier chez moi ! Un escalier dans un appartement, truc de fou... Je lui ai dit que ça s'appelait un duplex et il m'a répondu :

« Tu me prends pour un con ? »

Non, mais j'avais sûrement des préjugés sur ce qu'il était capable ou non d'appréhender. J'avais été élevé comme ça, j'essayais de faire autrement, mais je restais quand même un crétin engoncé dans ses certitudes. Ça me faisait drôle de le voir se balader devant ma bibliothèque et de me demander de quoi parlait tel ou tel bouquin. Ou plutôt ça me touchait, comme si cette amitié superficielle pouvait finalement lui apporter autre chose que quelques joints et billets échangés.

Il est tombé sur La Confusion des sentiments, de Stefan Zweig. Il l'a ouvert et m'a demandé :

« Ça parle de quoi ? »

J'avais envie de dire de moi. Mais ça aurait été prétentieux de ma part parce que ma vie, mes émois, personne n'aurait eu la sombre idée de la coucher sur papier. Surtout pas un mec mort depuis plus d'un demi-siècle. Ma vie, on s'en foutait au final. Mais ce livre, je l'avais lu ado et il m'avait touché. Et c'est sûrement grâce à lui que j'ai un peu mieux compris ce qui m'arrivait quand je matais mon pote Arthur dans les vestiaires. Ça rendait tout ce foutoir en moi un peu plus clair, et j'acceptai plus facilement l'idée de ne pas être tout à fait comme les autres parce qu'un gars intelligent l'avait dit à un moment donné.

Alors je me suis approché et je lui ai dis de quoi ça parlait. En tout cas de ce que je me souvenais. Il a eu un p'tit mouvement de recul et a rangé le bouquin comme s'il lui brûlait les doigts. Il m'a regardé un peu en biais, gêné, craquant. J'aurais pu le bouffer. Puis il m'a posé cette question qui m'a cloué sur place :

« Ça fait longtemps que tu le sais ? »

J'avais treize, quatorze ans. Je sais plus exactement, mais c'était de toute façon la période où je me branlais comme un malade en fantasmant sur mes potes.

« C'est dégueulasse. »

Ouais, ça je savais, et ça m'étonnait pas qu'il voie les choses de cette façon. J'attendais pas plus en fait.

« Et ta famille ? »

Ma famille ? Non, ils ne savaient pas et je n'avais pas envie de leur dire. Peut-être qu'ils s'en doutaient et que c'était pour ça que je m'en mangeais plein la gueule par mon père et que ma mère ne faisait rien. Quoiqu'il arrive, je me fichais bien de la réponse. Non, là ce qui m'intéressait, c'était ce soudain intérêt pour ma sexualité déviante et le regard qu'Hakim pouvait porter dessus. Je me disais qu'on touchait à une sphère trop intime sur laquelle il n'avait pas vraiment envie de s'attarder, mais à ma grande surprise, il n'a pas bougé.

En fait, on aurait dit qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire, comme si un tas d'idées contradictoires se heurtaient dans sa jolie tête. J'avais bien dit kamikaze, non ? Et bien je me suis approché, je me suis agenouillé, il m'a demandé ce que je foutais et j'ai dit :

« Tu veux savoir ce que ça fait ? »

Pour moi, la question était claire. Pour lui, peut-être un peu moins. Mais je ne doutais pas qu'il avait compris. Il était intelligent Hakim, c'était pour ça qu'il hésitait.

« Je te l'ai dit, ça voudra pas dire que t'es pédé. »

Je l'ai vu trembler un peu, transpirer beaucoup, se passer la main sur le visage en doutant très fort. Sûrement qu'il maudissait sa curiosité ; sa cupidité aussi, qui l'obligeait à passer chez un mec qui pensait jour et nuit à le sucer. Et comme j'ai senti que c'était fragile, carrément sur un fil, j'en ai profité. J'ai tendu les mains vers sa braguette. Il a cherché à me repousser mais si faiblement.

Si. Putain. De faiblement.

J'allais gagner. J'allais vraiment gagner. Qu'il bande ou pas j'allais enfin savoir s'il sentait la cannelle. La main qui glisse dans la fente, la main qui tâte la bosse confuse, une demi-molle qui ne sait pas si elle doit monter ou descendre. Je l'ai tirée de là pour la voir enfin, toute belle, toute circoncise, tellement timide sans sa capuche.

Hakim pressait les doigts d'une main sur mon épaule. Hakim se couvrait la bouche d'une autre main. Hakim flippait sa race devant Louis le bourgeois. Il a vaguement essayé de me repousser mais je lui ai dit :

« T'inquiète pas, t'as rien à faire, Hakim. »

Parce que j'avais pas besoin qu'il me touche. J'voulais juste qu'il me sente. Et merde, j'suis pas un bourreau. J'voulais que ce soit bien pour lui, pour moi. Qu'il soit pas gay, j'pouvais comprendre. Et qu'il n'ait pas envie de se sentir gay, pareil. Parce que j'vous jure que c'était chiant quand ça vous tombait sur le coin de la gueule sans prévenir. Ah si j'avais des supers parents hyper ouverts et tolérants et compréhensifs, j'aurais sûrement pensé autrement mais là... là non, je voulais pas lui infliger ça. S'il pleurait un jour à cause de moi ce serait parce qu'il avait joui trop fort et qu'il aurait aimé ça.

Et dieu que j'y croyais fort à cet instant.