Bonsoir bonsoir !

Tout d'abord, merci à vous, lecteur, d'avoir pris la peine de cliquer sur le lien de cette histoire. J'espère qu'elle vous plaira jusqu'au bout et je dois avouer que je compte sur vous pour me laisser des reviews !

Cette histoire est le fruit du nano de 2016 et voici le résumé complet :

Il existe au nord des terres déchiquetées, des milliers et millions d'îles et d'îlots battus par les vents et couverts de glace pendant la majeure partie de l'année. Des terres qui sont si inhospitalières que les gens qui vivent là n'ont pas même le temps de faire la guerre.
Alors ils ont appris à se défendre par la terreur, comptant sur des récits sanglants et horrifiques et sur les danger des mers qui les entourent, pour les protéger des autres hommes. Pour les protéger des royaumes du sud, si bien nourris qu'ils entretiennent des armées qui n'ont pour seuls objectifs que de se battre et piller.

Et cela a longtemps marché. Mais ce temps n'est plus. il est temps pour les Shield Maiden, ces femmes guerrières si peu nombreuses mais si puissantes, de se battre pour sauver la nation qui les a toujours hébergées. Mais surtout, il est temps pour certains mythes de sortir de l'ombre, et de reprendre de plein droit le rôle qui était le leur des milliers d'années plus tôt.

Elle était partie à la chasse en ce matin glacial du printemps naissant. Lorsque l'hiver viendra, elle aura connu la mort, la gloire et le désespoir. Et elle foulera de son pied, la folie des rois et des terres inconnues. Elle n'était rien ni personne. Elle sera un jour une légende pour son peuple. Elle était, elle fut et elle sera la dernière des Shield Maiden. Celle qui incarna plus que toute autre le rôle de cette frange à part d'une société autrement pacifiste.

Bonne lecture à vous et puisse le souffle des dragons veiller sur vos rêves !


Prologue : Frimarkis

Récit par Paladim, Marchand de sa majesté le comte de Val Buren

Il existe des terres au nord de notre continent chéri. Ces terres forment une sorte d'état que l'on nomme Frima, qui signifie Glace dans l'ancienne langue des gens du crû. Un nom plus que adéquat pour une terre qui est gelée presque toute l'année.

Pour accéder à ces terres, il faut naviguer trois jours vers le nord, jusqu'à atteindre la Mâchoire des Dragons, cette large bande de récif parfois émergeant, parfois affleurant, que redoute tous marins sensé, car les roches ne sont pas le seul danger. Cette zone est presque toujours recouverte de brume, nourris par quelques choses qui brûle en profondeur. Cette chose qui brûle peut parfois avaler des navires entiers sans le moindre signe avant-coureur. C'est là le territoire des Drakes, la demeure de nos dieux. Si par fortune, un capitaine aventureux parvient à trouver sa route, il doit encore naviguer entre deux et cinq jours avant de voir les premières îles et îlots. La côte de cette terre du nord, la côte de « Frima » est déchiquetée et nul n'a pris la peine d'en tracer la carte. Dix vies ne sauraient suffire. Il y a là des milliers d'îles, et des millions d'îlots et de rochers. Certains objets ne dépassent guère la taille d'une maison, quand ils ont la chance d'être émergé tout au long de l'année, alors qu'il faudrait plusieurs jours à cheval pour traverser certaines îles. Certaines presqu'îles s'avancent comme de longs doigts vers le sud tandis que d'autres sont repliées sur elle-même, formant des cocons avec en leur sein, îles et îlots, encore. Une fois que l'on s'est avancé suffisamment dans ce dédale, il n'est plus possible de voir l'horizon de la mer. Où que porte le regard, on trouvera une terre, rattachée ou non à celle sur laquelle on a mis les pieds. Et cette terre n'est guère fertile, en plus d'une dizaine de visites, je ne l'ai vu verdir qu'une seule fois. Elle abrite par contre des nombreuses forêts de conifères dont la futée ne parvint guère à stopper l'épaisse couche de neige qui s'abat l'hiver. En conséquence, on trouve peu d'animaux et aucun oiseau. L'océan héberge des poissons qui ne sont pas comestibles, les ruisseaux et rivières sont dénuées de toute vie, car gelés la majeure partie de l'année. On trouve à l'abri des arbres quelques hardes de Siverns, un animal proche, par le sang et par l'apparence, des chevreuils de nos forêts. Il possède cependant une fourrure bien plus épaisse et longue, il est un peu plus petit en taille, possède deux cornes au bout de son museau pour creuser la neige et manger racine et lichens en hiver. Ses sabots sont également bien plus large pour lui permettre de marcher sans peine sur les congères dans lesquels un homme pourrait facilement disparaître.

L'autre animal endémique de la région est une espèce de rongeur, croisement étrange entre le rat de nos villes et le lièvre de nos campagnes. Il peut atteindre la taille d'un petit chien et peser jusqu'à quinze kilos. Si la viande de Siverns est un mets apprécié des autochtones, celle du Glaricz est par contre beaucoup plus caoutchouteuse. Cette proie n'est cependant pas dédaignées des chasseurs locaux qui savourent le sang frais de leur victime comme une source bienvenue d'énergie et de chaleur dans ce royaume du froid. Au sud de Frima, ces deux herbivores n'ont pas d'autres prédateurs que l'homme, et pas d'autres concurrents non plus.

Ce qui impressionnera toujours le visiteur, c'est le silence des forêts, nous qui sommes si habitués aux douces mélopées des oiseaux et au bourdonnement incessant des insectes. Comme je l'ai souligné plus haut dans ce texte, il n'y aucun volatile au nord de la Mer Frimarkis Fiarë Sana et aucun insecte. Le sol des forêts est encombré de bois mort qui ne pourrit guère que quelques semaines dans l'année lorsque le froid est suffisamment loin pour mettre le développement de quelques champignons. Il paraît qu'au cœur de l'été, le sol se recouvre d'une épaisse couche de fougère et d'herbes qui permettent aux herbivores de faire leur réserve. Ce phénomène est probablement l'unique chose qui maintient la vie animale au nord de nos côtes.

Une fois que le visiteur a pénétré suffisamment au nord, la mer cesse d'être présente partout et les sommets s'élèvent toujours plus haut, ne perdant jamais leur couronne glacée. Il existe quelques vallées qui traversent cette chaîne de montagnes inhospitalières de part en part mais la plupart ne sont que des culs de sacs. Il doit exister dans cette région un grand nombre de lieux où l'homme n'a jamais mis les pieds et n'y parviendra sûrement jamais.

Au-delà, on peut trouver une région plus plate, quoique encore plus froide, quoi que ces montagnes la protègent des plus gros coups durs de la Mer Frimarkis Fiarë Sana. En conséquence, on y retrouve la même faune à laquelle vient s'ajouter un prédateur que nous connaissons bien : le loup. Encore que celui qui vit là-bas est un pelage blanc et soit un peu plus petit que celui qui hante nos forêts. On n'y trouve également de grands troupeaux de rennes qui sont la propriété d'un peuple d'éleveurs nomades. Ces derniers ne se considèrent pas comme des Frimarkis et il est vrai que leur coutume sont vraiment différentes. Quelques Frimarkis vivent parfois sur ces terres mais ce sont des nomades qui appartiennent à un groupe bien particulier.

Les Frimarkis ont une culture qui les démarque de tout peuple que nous avons pu croiser. Leurs coutumes sont particulièrement barbares et violentes.

Ils vivent en petites communautés regroupant de deux à cinq groupes familiales et comptant entre vingt et cent cinquante individus. Si la communauté grandit au-delà, ce qui est exceptionnel, elle se fragmente et une partie s'en va fonder un nouveau village. Chaque communauté vit sur une presqu'île rattachée au continent ou sur l'une des plus grandes îles. Leurs habitations sont faites de pierres et de bois, parfois isolées avec de la terre ou, plus souvent, du torchis. Elles hébergent en général un couple avec des enfants ou un ensemble de personnes plus âgées et plus jeunes, les derniers veillant sur les premiers qui en échangent leur dispense leur savoir sous forme, essentiellement, de tradition orale. Il n'y a pas de monnaie sur ces terres et l'art se pratique surtout pendant les longues journées d'hiver, sous forme essentiellement de culture, de musique et d'une forme de danse dont je n'ai su saisir les règles, ni la grâce. Les chants sont essentiellement barbares et primitifs, la sonorité ayant souvent bien plus d'importance que le sens des mots, si tant ait que des mots sont prononcés.

La vie est séparée en deux périodes : l'été et l'hiver. Si l'hiver, les activités que je viens de citer sont pratiquées, l'été, la vie est radicalement différente et bien plus rude. Les journées commencent avec l'aube et se finissent au crépuscule. La terre du nord est particulièrement difficile à cultiver car il n'y a guère que quelques semaines pendant lesquels les plantes peuvent pousser. En conséquence, elle réclame de nombreuses mains et beaucoup d'efforts qui sont rarement réellement récompensés. Si la plupart des tâches sont compartimentée par les codes de ces sauvages, le travail des champs n'en fait pas partie, montrant l'importance primordiale qu'ont ces lopins de terre à peine fertile pour ces communautés. On y trouve aussi bien des hommes que des femmes et parfois même des personnes âgés ou des enfants. Pour le reste, l'été, les hommes vont dans la forêt pour couper le bois pour l'hiver. Les troncs bruts sont transportés par la mer jusqu'au village et lorsque l'hiver arrive, tout le monde, hommes et femmes, se saisit qui d'une hache, qui d'une scie, et débite ces monceaux de bois afin d'en faire du chauffage. Un autochtone m'a dit une fois que rien n'est plus sacré qu'une forêt selon ses propres mots : « on ne meurt pas immédiatement d'un ventre vide, mais le froid vous tuera en une heure ». En conséquence, il semblerait que jamais la forêt ne soit complètement rasée sur les parcelles exploitées et que ces dernières changent chaque année et même plusieurs fois dans l'année.

Preuve du manque d'intelligence des gens du nord, ce sont les femmes qui pratiquent la chasse. Les proies sont peu nombreuses et si le Glaricz est une proie à leur taille, les femmes peinent souvent à ramener les rares Siverns qu'elles parviennent à prendre, même si l'apport de nourriture de ces prises exceptionnelles est suffisamment important pour leur donner un semblant de courage, si bien que je n'ai jamais entendu parler d'une chasseuse qui ait abandonné sa proie dans les bois. Encore qu'aucune ne s'en serait vantée, assurément. Lorsqu'elles ont un enfant, cependant, les femmes du nord occupe la place qui est la leur en restant au village pour allaiter leur enfant et préparer des vêtements à partir des peaux qui sont récupérés sur les diverses proies. Une fois l'enfant sevré, cependant, il est confié aux anciens de la communauté, qui lui apportent leur savoir et lui apprennent leurs coutumes, tandis que la femme repart battre la campagne.

Si en soi, cette répartition des tâches est stupide, car nous savons tous que la femme n'a ni la force de tenir une arme, même un arc, ni la sagacité suffisante pour s'en servir, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas trop difficile d'accepter ces coutumes lorsque l'on se souvient que Frimarkis est une terre plus que difficile à vivre et qu'elle a pu, en conséquent, brider l'intelligence de la race d'homme qui vit là-bas.

Oui, je dis bien race car tout comme les rats qui vivent dans les déserts du sud, ces hommes sont différents de nous. Leur peau est d'une blancheur stupéfiante si bien qu'ils pourraient presque, par moment, surtout lorsque cette brume presque omniprésente se lève, passer pour des spectres. Leurs cheveux sont également différents. Ils n'ont ni la couleur sombre qui est la nôtre ni même cette couleur de carottes des chiens des îles mais ils sont au contraire d'une nuance dorée si claire qu'elle paraît parfois blanche. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir certains jeunes arborer une chevelure bien plus blanches que celle que les plus vieux hommes de chez nous n'auront jamais. Leur taille aussi diffère. J'ai été surprise par cette dernière. Alors qu'il aurait été plus logique pour leur survie que la nature leur façonne des corps petits et robustes pour résister au froid, ils sont au contraire particulièrement grands et élancés. Je dois admettre que je n'ai jamais croisé un être adulte, homme ou femme, que je puisse dépasser. Peut-être cette taille leur permet-elle de ne pas sombrer dans la neige, encore que certaines congères puissent sans peine engloutir un homme, même le plus grand de ces Frimarkis.

Mais cela serait là un tel gâchis… de viande.

Eh oui, cher lecteur. Ce n'est ni leur habitude de vie, ni leur intelligence qui font d'eux les barbares primitifs et violents que l'on dépeint dans nos contes, mais bien leur habitude alimentaire. Si vous n'avez pas la chance de mourir de maladie ou d'être encore un enfant, ou alors si vieux que votre chair est comme du cuir, vous ne vaudrez guère plus que de la venaison. Vous pouvez être mangé le lendemain ou votre chair peut être fumée en prévision de l'hiver. Tout cela est codifié, bien sûr, non que cela ne change le résultat.

Le groupe familial d'où vient le défunt se réunit à l'aube du jour suivant le décès et prie pour son esprit (ou remercier les dieux pour ce surplus de nourriture ?). Ensuite, au crépuscule, l'homme le plus fort du groupe s'isole avec le corps de la victime et le découpe « soigneusement ». À l'aube suivante, la matriarche d'un autre groupe familiale du village vient et on lui remet les « paquets » qui sont traités dans la journée (mangés ou préparés pour être conservés). Les os sont ensuite rendus intacts à la famille du défunt. Les anciennes de la famille du défunt s'affairent toute la nuit afin de reconstituer le « squelette ». Un spectacle qui retournerait l'estomac de n'importe quel être humain normalement constitué mais qui ne semble leur poser aucun problème. À l'aube du troisième jour suivant le décès, le squelette est emmené à l'extérieur du village, jamais très loin, et soigneusement disposé, à l'air libre, pour tourner le dos au village. Les esprits sont censés pourvoir utiliser ces « cages d'os » pour défendre le village du mal (mais vous et moi savons qu'il est déjà à l'intérieur). En conséquence, dès que la neige a fondu, vous pouvez admirer les morts qui gisent là depuis des années, parfois même des décennies, le climat étant propice à la conservation, l'absence de charognard aidant également. Le corps décapité. Car il faut toujours garder le meilleur pour la fin.

Dès le début de la cérémonie où le corps est dépecé, la tête est coupée au niveau du cou puis enfoncée sur une pique de bois sculptée de multiples sigles. La pique est ensuite plantée le long des « chemins » menant au village. On peut ainsi trouver des têtes à près de deux ou trois kilomètres des habitations. Cela permet de prendre l'ampleur de l'horreur qu'est l'approche d'un village, avec tous ces visages morts plus ou moins décomposés. Généralement, ce sont les plus « fraîches » qui se trouvent à l'extérieur alors que les plus anciennes, dont il ne reste finalement que le crâne, le bâton et la chair ayant finis par disparaître, sont soigneusement posées sur des cairns de pierre à l'entrée du village, parfois même à côté des porches des maisons.

Quand vous approchez d'un village Frimarkis, la mort et la décomposition sont partout. Votre seul salut, votre seule étincelle de chance, c'est que le froid empêche le développement de l'odeur de putréfaction. Mais tout le reste est là, et vous devez sourire à ces barbares stupides, à ces sous-hommes, sans compter que vous devez lever les yeux pour les regarder. C'est une expérience que je ne recommande pas.

Mais il y a bien d'autres stupidités, bien d'autres horreurs et aberrations dans ce peuple décadent et décrépis. Il n'y a là, par exemple, aucun guerrier. Les villages n'étant protégés que par des morts en décomposition. Il semblerait en effet que chaque main soit requise pour survivre aux hivers successifs. En conséquence, la guerre est une perte de temps.

Je gage là qu'ils n'ont rien compris à l'essence de la guerre et du pillage. Une théorie confirmée par un élément de leur culture que j'ai légèrement évoqué un peu plus tôt dans ce texte, avant de le passer sous silence, afin de garder le meilleur pour la fin. Car il existe bien des combattants au nord. Une multitude de petits groupes, de un à une dizaine d'individus, qui errent dans les montagnes, dans les plaines du nord, et qui navigue aussi parfois d'île en île, le nomadisme leur permettant de trouver de quoi vivre dans ce pays ingrat. Des combattants ? Pardon, des combattantes. Des femmes illettrées et stupides qui ne comprennent rien à l'art de la guerre et à l'honneur des combats. Il paraît qu'elles se lancent à l'attaque en hurlant à la mort, le visage couvert de sang. On dit qu'elles boivent le sang de leurs ennemis vaincus, ce qui part du postulat que l'on peut tomber échouer face à de telles créatures, une hérésie, j'en conviens. Ces femmes seraient l'unique bouclier de Frima contre les ennemis de cet « état ». Et je ne suis même pas sûr qu'elles aient un nom.

Bref, pour conclure ce compte rendu exhaustif et objectif, fruit de dix longs voyages vers des terres désolées et inhospitalières, je dirais que ces hommes du Nord ne sont une menace que pour nos bouffons et que même le plus faible de nos mendiants pourrait sans doute s'emparer de leur richesse s'ils en avaient. Leur existence est une insulte à la nature humaine et contrairement aux chiens des îles qui, eux, ont au moins le mérite de combattre avec honneur et avec une rage glorieuse, il serait facile de rayer leur existence de notre paisible terre… Si tant est qu'une telle expédition en vaudrait réellement la peine. Je ne suis même pas sûr que nos chers Drakes, nos dieux bien aimés et bienveillants, voudraient d'une offrande aussi imparfaite.