Écrit dans le cadre du 365 Drabble Days, un truc inventé, inspiré du "The One Drawing A Day Challenge".
En gros j'écris un Drabble par jour sur le thème donné, en sachant que même si je dis "Drabble", je ne reste pas fidèle à la définition de Drabble: J'écris sur ce que je veux (fictif, réel, original, fandom etc) tant que je veux/peux. Ça peut faire une phrase comme quinze pages. J'arrête dès que je n'ai plus d'inspiration ou que je décide avoir fini. C'est un exercice que je fais pour moi, pour m'inciter à écrire et à faire appel à mon imagination sur demande. Voilà, bonne lecture!


1 - Introduction

-Bonjour, je m'appelle Suzuka Mamiya. Ma famille a déménagé dans cette ville pour des raisons professionnelles. Enchantée!

Mamiya s'inclina devant la classe. Le professeur, Sakamoto-sensei, s'avança à sa hauteur.

-Bien, tu vas aller t'installer là-bas, à côté de la fenêtre, dit-elle en désignant un bureau libre à trois rangées du fond.

Mamiya prit ses affaires et alla s'asseoir à l'endroit indiqué. Elle sortit ses affaires tandis que le professeur commençait son cours. Elle jeta un œil par la fenêtre qui donnait une superbe vue sur la cour d'entrée dont le chemin pavé était bordé de cerisiers feuillus. Elle prit une grande inspiration et reporta son attention à ce qui se passait à l'intérieur de la classe.

[...]

Lorsque la cloche sonna la fin des cours, Mamiya rangea ses affaires et sortit de la salle de classe. Ne faisant pour le moment partie d'aucun club, elle avait passé l'après-midi dans la salle de classe à lire et à prendre de l'avance sur ses devoirs.

Elle passa à son casier pour récupérer sa boîte à déjeuner tout en regardant à droite et à gauche, puis quitta le bâtiment. Les élèves marchaient en petits groupes, bavardant joyeusement. Tandis qu'elle passait le portail, elle regarda tout autour d'elle, des vélos rangés sur sa droite au toit des bâtiments qui s'élevaient sur sa gauche. Elle poussa un léger soupir et pressa le pas.

[...]

Mamiya s'allongea sur son futon. Le Soleil se couchait et sa lumière incandescente traversait la fenêtre pour aller brûler les jambes et le bras gauche de Mamiya qui fixait le plafond. Son regard se posa soudain sur sa bibliothèque.

-Ça n'a pas traîné.. marmonna-elle.

[...]

Komachi et Ayano montaient les escaliers, leurs boîtes à déjeuner à la main.

-Et ensuite il m'a invitée au karaoké!

-Non, tu plaisantes?

-T'as vu! Attends, on va s'installer et je te raconte tout!

Elles continuèrent leur ascension jusqu'au toit. Komachi ouvrit la porte et fut baignée de lumière. Ayano la suivit et elles se figèrent. Une silhouette était plus loin, de profil.

-Ah, c'est la nouvelle, non? demanda Ayano.

-Oui, c'est Suzuka.

Elles hésitèrent à aller lui parler. Mamiya ne les avait pas remarquées. Elle semblait fixer un point dans le vide.

-Ben..

Au moment où Komachi amorçait un pas dans sa direction, elle remarqua que Mamiya semblait parler. Elles plissèrent les yeux. Oui, sa bouche remuait bel et bien.

-À qui.. commença Ayano.

À ce moment-là, Mamiya tourna les yeux vers elles. Son regard tomba directement vers les deux jeunes filles. Ayano déglutit. Komachi la tira par la manche et elles rentrèrent dans le bâtiment par là où elles étaient arrivées.

Elles descendirent les escaliers d'un pas rapide et s'arrêtèrent dans un couloir où il n'y avait personne.

-Alors ça, c'était trop bizarre.. dit Ayano en écarquillant les yeux.

-Elle était vraiment en train de parler toute seule..

-Peut-être qu'elle répète un texte de théâtre?.. se demanda Ayano sans y croire.

-Ça m'étonnerait qu'elle soit déjà inscrite à un club, répondit Komachi.

Elle passa un main dans ses cheveux attachés.

-Qu'est-ce qu'on va faire? demanda Ayano. En plus elle est dans notre classe!

-Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, il n'y a rien à faire.

-Mais.. Mais.. Elle a un problème! Personne ne parle tout seul comme ça!

-Ça ne change rien au fait que même si on dit à un prof ou à l'infirmière qu'elle parle toute seule, on ne nous prendra pas au sérieux, répondit Komachi d'un ton qui ne souffrait d'aucune contestation.

Ayano se dandina, mal à l'aise.

-Laisse tomber, insista Komachi. Allons manger.

Puis elle se détourna et s'éloigna.

- ..Attends-moi! dit Ayano en se dépêchant de la rattraper.

[...]

Cette fois-ci, Mamiya ne s'attarda pas à l'école pendant que les autres rejoignaient leurs activités de clubs. Elle passa le portail en même temps que ceux qui faisaient vraisemblablement partie du "club de ceux qui rentrent chez eux".

Ça l'ennuyait d'avoir été vue par les deux filles. Elle aurait dû faire plus attention. Elle ne savait pas ce qu'elles allaient faire suite à ça. Lui coller une réputation de fille bizarre, dans le meilleur des cas.

-Peu importe, dit Mamiya pour elle-même d'un ton agacé. En plus elles ne savent même pas qui je suis.

Elle se rendit chez elle. Elle posa ses affaires et alluma son ordinateur portable. Elle passa les deux heures suivantes dessus, prenant régulièrement des notes sur un cahier. Au bout des deux heures, elle éteignit l'engin et partit se doucher.

[...]

Le lendemain, Mamiya arriva dans sa salle de classe et s'installa. Elle avait une drôle d'impression, comme si quelque chose d'immatériel lui brûlait la nuque. Un regard. Elle sentait un regard peser sur elle. Elle tourna doucement la tête et vit une fille la regarder étrangement. Au moment où elle se posait la question, la réponse la heurta de plein fouet. "La fille d'hier.." pensa-elle, mentalement frappée par la foudre. Voilà qui compliquait un peu les choses. La fille la dévisagea une seconde de plus, l'expression insondable, puis tourna son regard vers sa trousse

Mamiya la regarda encore un peu, puis fouilla la classe du regard. Un peu plus loin, elle repéra la seconde fille. Cette dernière, se sentant observée, leva la tête et s'aperçut de l'identité de celle qui l'observait. Elle sursauta, la fuit du regard et lissa sa jupe, l'air mal à l'aise.

Mamiya tourna à son tour les yeux vers son bureau. "Finalement, je n'aurais pas dû aller sur le toit." se dit-elle. De toute manière, ce qui était fait était fait, il était trop tard pour les regrets.

[...]

Lorsque les cours prirent fin à midi, Mamiya rangea ses affaires, puis elle sentit quelqu'un se planter à sa droite. Elle leva les yeux et vit la première fille la fixer, le menton fièrement levé. Derrière elle se tenait l'autre fille, qui avait un air hésitant, presque apeuré. La première fille plaqua fermement une main sur son bureau.

-Bon, ça ne sert à rien de faire l'air de rien, parce qu'on sait et tu sais qu'on sait, lança Komachi. Alors explique-nous, et peut-être que ce malaise pourra disparaître.

Mamiya la regarda d'un œil vitreux.

-Ça, ce n'est pas sûr, dit-elle d'un ton atone.

-Peu importe! s'énerva Komachi en battant l'air de la main. Dis-nous simplement!

Mamiya baissa les yeux vers son bureau et souffla. Lorsqu'elle releva la tête, un sourire avait pris place sur son visage. Elle ferma joyeusement les yeux.

-En fait, je parlais à un fantôme.

Ayano tressaillit et porta une main à sa bouche, étouffant un couinement. Komachi ne cilla pas. Elle regarda plus longuement Mamiya comme si elle la jaugeait.

-Quand on en arrive là, il faudrait peut-être songer à voir un psy, dit-elle froidement.

Puis elle fit volte-face et sortit de la salle de classe, Ayano sur ses talons.

Le sourire de Mamiya resta collé sur son visage, comme si elle avait oublié de l'effacer. Elle regardait d'un œil calculateur la porte par laquelle ses interlocutrices étaient sorties.

- ..

[...]

Mamiya était sur le toit. Finalement, c'était l'endroit où il y avait le moins d'élèves, et elle était certaine que les deux filles ne reviendraient plus ici. Elle s'assit à même le sol et ouvrit sa boîte à déjeuner. Elle jeta un œil autour d'elle. À peine avait-elle commencé à manger que la porte du toit s'ouvrit. C'était encore cette fille. Mamiya haussa un sourcil. La fille vint s'asseoir face à elle et se remit à la fixer intensément.

-Alors, où est-ce qu'il est ton fantôme? dit-elle de but en blanc.

-Tu ne m'avais pas suggéré d'aller voir un psy?

-Si, mais je n'ai pas dit que je ne te croyais pas.

Elles se dévisagèrent un moment. Puis Mamiya soupira.

-Il n'est pas ici. Et de toute façon, tu ne pourrais pas le voir.

-Et depuis quand est-ce que tu parles aux fantômes?

Mamiya pencha la tête en arrière et contempla le ciel.

-Depuis le collège, je crois. Ça m'a pris un moment pour que je comprenne qu'ils n'étaient pas vivants. Ça a créé plusieurs fois des drôles de situations.

Komachi ne lâchait pas Mamiya du regard.

-Et donc? Ils te parlent? Ce sont tes amis? demanda-elle ironiquement.

-Ils me parlent, mais ce ne sont sûrement pas des amis. Ils veulent que je leur rende des services.

-Comme quoi?

-Les fantômes sont là parce qu'ils n'ont pas pu mourir correctement. Leur esprit n'était pas en paix au moment de leur mort. Bien sûr, dit-elle en se redressant, on est rarement en paix quand on meurt, mais c'est différent. Ceux qui restent sur terre à l'état de fantôme ont le plus souvent de la colère, ils n'acceptent pas leur mort et la considèrent comme injuste. Vraiment injuste. Toute cette colère ne les laisse pas partir en paix correctement.

-Injuste? Par exemple?

-Par exemple quelqu'un qui est mort à l'hôpital à cause d'une erreur médicale aberrante, ou bien mort du Sida que quelqu'un lui a transmis. Quand ils savent qu'ils meurent à cause de quelque chose dont ils ne pensent pas être responsables, ne pas mériter.

-Et qu'est-ce qu'ils te demandent comme service?

-De retrouver ces personnes à qui ils en veulent.

Komachi haussa les sourcils.

-Ça ressemble un peu aux films comme "Sixième Sens".

-Sauf que dans "Sixième Sens", les fantômes faisaient peur à l'enfant sans le vouloir, parce qu'ils essayaient d'entrer en contact avec lui. Là, c'est un peu différent. Je suis obligée de les aider.

Mamiya baissa les yeux vers elle.

-Ils veulent que je retrouve ces personnes et que je leur fasse payer. Certains veulent même que je les tue.

Komachi écarquilla les yeux.

-Ils te refilent ce sale boulot? Ils ne sont pas très gentils, ces fantômes.

-Ils m'obligent à le faire. Si je refuse, si je me défile, c'est à moi qu'ils s'en prennent.

-Comment est-ce qu'ils peuvent faire? Ce sont des fantômes, ils sont immatériels, non?

-La plupart du temps oui. Mais quand ils deviennent furieux, ils arrivent à provoquer des choses. Une fois, j'avais refusé d'en aider un. Il a jeté un vase par terre, puis il m'a poussée par terre dans les débris. Je saignais de partout, j'ai même failli avoir un débris planté dans l'œil.

Komachi resta figée, partagée entre l'horreur et la douleur.

-Et lorsqu'ils se superposent à moi, ils peuvent devenir complètement gelés ou bien brûlants. J'ai l'impression soit d'être dans de l'eau sous la glace, soit brûlée vive. Ils arrivent aussi à me donner des migraines insupportables, me retourner l'estomac, me donner des palpitations. Tout ça pour que je craque et que je leur obéisse.

- ..

Komachi hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres. Mamiya surpris son regard et esquissa un sourire.

-Tu veux savoir si j'ai déjà tué quelqu'un, c'est ça?

- ..Non, je ne veux pas savoir.

Le vent se leva, soulevant les longs cheveux de Mamiya.

-Alors comme ça, tu me crois.. chuchota Mamiya.

-Je ne devrais pas? Tu t'es moquée de moi? Ou tu préfèrerais que je ne te crois pas?

- ..

Mamiya leva une nouvelle fois la tête vers le ciel. Bleu vif, à peine quelques nuages. Elle sourit.

-Non, c'est très bien comme ça.. dit-elle doucement en fermant les yeux.