Une petite note avant de commencer :

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Je ne sais pas encore où va cette histoire. Mais il est possible qu'elle mette en scène une histoire d'amour entre un homme adulte et un adolescent. Si c'était le cas, ne vous attendez pas à des scènes de sexe débridées ! Il s'agirait plutôt d'un apprivoisement mutuel, d'un éveil. A voir si ce genre de thème peut vous plaire, ou vous rebuter, mais je préférais prévenir.

Et pour celles et ceux qui choisiront de continuer, je vous souhaite une bonne lecture !

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(Cinq chapitres sont déjà écrits. Je ne peux pas garantir que j'irai jusqu'au bout de cette histoire, même si j'aimerais bien. )


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Chapitre 1

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Caleb entretient savamment sa puanteur. Ce n'est même plus un bouclier répulsif. Mais une arme utilisée contre tous ceux dont la tête ne lui revient pas. Il les saisit à la nuque. Appuie fort jusqu'à leur plaquer le visage sous ses fesses. Et leur pète dessus. Caleb est connu pour ça. Tous les collégiens s'en plaignent. Personne n'est épargné. A part les filles. Qui le trouvent répugnant et le snobent. Il les regarde toujours avec un petit sourire, content de lui. Le pet de Caleb est sa réponse finale. Quand un prof mal renseigné l'apostrophe devant toute la classe, il se lève en silence. Les élèves vibrent d'expectative. Ils se collent contre les bureaux, pour lui ménager le passage. Caleb se place entre les rangées. Et commence à vociférer des insultes de sa voix haut perchée. Il ponctue par son pet sonore, que tout le monde attend. Caleb se fait ensuite expulser sous les applaudissements. Il ne vient en cours que pour ça.

Cela le désole, quand les profs sont trop fatigués pour se battre contre lui. Il n'a rien d'autre à faire que colorier les drapeaux sur son bouquin d'anglais. Parfois, de dépit, il se lève et se barre. En prenant la peine de balayer quelques tables avec son bras.

Personne ne lui a jamais couru après. Pourtant, il empeste tellement qu'on pourrait le suivre à la trace. Il trouve normal que les gens se précipitent pour ouvrir les fenêtres, dès qu'il entre dans une pièce. Même en hiver. Ce qui laisse une salle glaciale pour le prof et les élèves qui ont cours juste après. Il a la réputation d'être un parfait idiot. Caleb ne se sent pas plus con qu'un autre.

Les mal-aimés du collège lui tournent autour comme des mouches. Des garçons qui lui ramènent les pires ragots, et font son pouvoir.

Sur ses ordres, ils s'assoient derrière la cible qu'il leur a désignée. Pendant le cours de physique, c'est le mieux. Et ils lui vident un tube de colle dans les cheveux. Si c'est une fille, cela suffit à la faire brailler. Une fois, ils ont réussi à en faire pleurer une. Elle s'est précipitée hors de la classe. Caleb s'est porté volontaire pour la suivre, et l'aider. L'enseignant a jugé qu'en effet, il valait mieux, sous les ricanements de la classe. Il se trouve que Caleb a vraiment consolé la fille dans les toilettes, ce jour-là. Même s'il s'est vanté du contraire auprès de sa bande.

Pour saper les nerfs de ses adversaires, Caleb aime utiliser les talonnades répétées dans leur chaise. Ce harcèlement d'une heure, se termine souvent par une échauffourée dans le couloir. Pour les bagarres, Caleb ne se cache derrière personne. Sa bande est juste là pour vociférer comme des singes. Caleb a très vite compris que saisir à la gorge et plaquer contre le mur, suffisait à mater la plupart des garçons de son bahut. Du moins ceux dans sa catégorie de taille. Avec les autres, il sort vraiment les poings. Et les dents. Et les raquettes de tennis, les classeurs, les godasses, n'importe quoi qui entrainera un bleu.

Caleb aime laisser une marque durable sur les gens. Il sait surtout quelle lèvre il peut fendre sans représailles. Celle des mômes paumés, comme lui. Pas les fragiles et les discrets, qui le fuient comme la peste. Eux, il les laisse se terrer au CDI. Non. Les hargneux. Les gars qui sentent le mazout, parce que chez eux, on se chauffe au vieux poêle. Ceux qui ont sur le dos les survêtements de leurs frangins, et qui ne s'en portent pas plus mal.

Comme Caleb, ils se pointent au bahut sans sac, et passent la journée à défendre l'escalier qu'ils se sont attribués. Avec eux, Caleb peut se battre. Et ensuite partager une clope.

Les gosses normaux qui sentent la lotion contre l'acné, et rentrent chez eux après les cours, il n'a rien à faire avec eux. Il a conscience d'être un peu leur mascotte, leur bouffon. Il les répugne et les attire. Comme un chat mort dans le fossé. Il a la manière, pour diriger leurs rires malveillants, contre tout le monde sauf lui. Il est capable de les déchainer contre un pion ou un prof. Avec parfois le risque qu'il les excite tellement, qu'ils se retournent contre lui. Cela s'est produit deux ou trois fois. Des épisodes violents. Caleb s'est fait pourchasser, sous le regard indifférent des surveillants. Plutôt que se faire rosser aux quatre coins de la cour, et ne pas savoir d'où venaient les coups, il s'est adossé à un platane. Et les a laissés, à la file indienne, venir lui fracasser les tibias à coups de pompe. Il en garde encore des os douloureux. Mais il a mémorisé chaque visage. Et s'active encore à les faire payer, séparément. Un travail de titan. Il en a pour toute sa scolarité. Caleb répand des rumeurs d'homosexualité, d'inceste. Mais il est parfois plus inventif. Il a convaincu la moitié du bahut qu'un de ses tortionnaires était hermaphrodite. Et qu'un autre, au faciès particulier, était un descendent direct de Neandertal. Il y a toujours des mômes assez bêtes, ou désireux d'être bêtes, pour le croire.

Il est loin d'être le plus malheureux des élèves. L'ennui le rend maussade et querelleur. Mais le collège est un lieu de fainéantise et de divertissement. Il s'y autorise toutes ses envies. Aucune punition n'a jusqu'ici réussi à l'émouvoir. Il n'y a qu'une chose que craint Caleb. Au point de le rendre paranoïaque, et insupportable pour sa bande. Ce sont les rumeurs le concernant lui, ou sa mère.

Hélène est une personne délicate. Des expressions naïves, et un maquillage sophistiqué. Trop jeune pour être crédible en maman de collégien. Mais ce qui surprend vraiment ses camarades, c'est qu'elle ne semble pas incommodée par l'odeur âpre de Caleb. Même assise à côté de lui, dans la petite salle de théâtre. Elle parle gentiment à son fils, et n'a d'attention que pour lui. Alors que Caleb jette à la ronde des regards de fouine sanguinaire. Les provocations, qui d'ordinaire le feraient bondir de son fauteuil, lui arrachent une grimace constipée. Même pour les fidèles de sa bande, il n'a aucun signe de connivence. Quand sa mère est en société, Caleb la garde comme une reine. A croire qu'un enfant plus mignon, ou un homme entreprenant, pourraient à tout moment voler cet amour qu'elle lui destine.

Après les avoir vus tous les deux, même les professeurs parlent de cette disparité cruelle entre la mère et le fils. La saleté de Caleb et son mauvais comportement, n'en paraissent que plus inexcusables.

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« Désolé, mais ce n'est plus possible… » Bastien a des mots lisses. Mais sa face chiffonnée, à la limite du comique, en dit long sur son inconfort. La pestilence de Caleb est en train de lui gâter son plat. Ils sont trois à table, avec Hélène, serrés dans la minuscule cuisine. La chaise de Caleb bloque l'ouverture du four. Hélène n'ose pas trop lever la tête, sans quoi elle se cogne dans la poignée d'un placard. Bastien est le plus privilégié. Il se trouve côté couloir. Mais il n'a pas l'air de bien apprécier la portée de cet honneur. Hélène est une femme fréquemment courtisée. Mais la plupart du temps, aucun prétendant ne résiste à une visite de son chez-elle. Ils lui découvrent un logis et un garçon à la dérive, et aucune volonté de corriger l'un ou l'autre. Ce laisser-aller d'Hélène les fait vite fuir. Il arrive que certains veuillent prendre les choses en main, et suppléer à ses manquements de mère. Ceux-là, Hélène les met seule à la porte.

Elle ne se voit pas comme une maman en échec. Elle a réussi à élever un fils aimant et pas trop con, et elle n'en demandait pas plus. Hélène est persuadée que son môme arrivera toujours à se débrouiller dans la vie. Et elle a probablement raison.

Les mots de Bastien leur plombent un peu l'estomac. Caleb feint l'indifférence en aspirant ses pâtes, mais le plaisir n'y est pas. Agacée, Hélène donne de petits coups de fourchette sur la céramique.

Bastien s'essuie les lèvres. Plie sa serviette sur son genou. Il peut partir s'il veut. C'est le message silencieux qui plane au-dessus de la tablée.

Hélène n'a pas cédé un pouce de terrain. Mais dans les jours qui suivent, elle est au quatrième dessous. Au boulot, Bastien faisait la convoitise de toutes les filles de son service. Et c'est Hélène qui a décroché le gros lot. Elle fait encore les frais de leur jalousie à toutes. Et voilà que Bastien se révèle décevant. Décevant auprès de Caleb.

Tout en la surveillant de loin, Caleb tente d'éviter sa mère au maximum. Peut-être heurtée ou envieuse de son indifférence à tout, elle n'a de cesse de lui prendre la tête pour des bricoles. Des choses qui en temps normal, ne lui soulèveraient pas un sourcil. Et cette accumulation de petits reproches, ne font que souligner les grandes choses qui vont mal. Celles qu'Hélène choisit de taire avec obstination.

Mais pas grave, Caleb les devine tout seul. Et il n'en a rien à faire. Caleb ne se voit pas comme un raté. De toute façon, il n'entreprend rien. Il peut donc se croire capable de tout. Et d'ailleurs, même si elle l'agace, la réussite des autres lui a toujours paru vaine. Caleb aime être Caleb. Et c'est ce que Bastien, l'école et le monde, doivent admettre.

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« Tu pourrais au moins faire semblant. » Hélène parait plus résignée qu'autre chose. Caleb et elle étaient au ralenti, ce matin. Du coup, son fils a loupé le car. Elle l'a conduit en voiture au collège. Et espérait au moins le voir passer les grilles. Caleb lui parait très gauche avec son sac. Il finit par enrouler la bandoulière autour de son coude. Ce qui donne l'impression qu'il transporte un déchet toxique, dont il s'agirait vite de se débarrasser. Même avec sa mère qui le regarde avec ses grands yeux tristes, Caleb parait décidé à respecter sa routine. À la façon d'un loup qui pisse et gratte le sol, Caleb doit régulièrement taguer son banc et cracher tout autour. La place est insalubre, mais sa bande et lui s'y affichent au moins une heure par jour, pour bien marquer le coup.

Suite à la réflexion d'Hélène, son fils prend un air vide et soumis, presque bovin. Il n'est pas huit heures, que déjà il sent la vieille sueur. Hélène a parfois cru que son fils buvait, juste parce que l'odeur de sa transpiration, rappelle très fortement celle d'un alcool frelaté.

Quand elle redémarre, le cœur d'Hélène s'est allégé. Caleb tient ses longs cils de sa mère. Il suffit qu'il les abaisse légèrement, pour faire passer un message de douceur.

Pour une fois, ses potes ne sont pas occupés à faire des tractions sur un support qui ne s'y prête pas. Ou tenir en équilibre sur une boite aux lettres, basculer le container des poubelles dans le jardin du concierge, ou provoquer son berger allemand. Caleb aurait préféré. Il semblerait que la copine d'un des gars, connaisse quelques problèmes de santé. Ils en discutent tous maladroitement, et à voix basse. Pas le genre d'ambiance que Caleb pouvait espérer. Il arrive que des filles mal vues trainent avec eux. Rarement les mêmes. Celle du jour, Caleb l'a déjà aperçue deux ou trois fois. Inoffensive, posée, trop bouclée, elle fuit parfois les pestes de sa classe, pour venir rigoler de leurs blagues. Caleb s'en accommode, comme il le fait avec toutes les autres. Déjà peu bavard, il broie du noir sur son banc. En repensant au diner d'hier, une bile amère lui remonte dans la gorge. Il s'en débarrasse d'un crachat énergique. La fille ne recule pas son pied assez vite. Elle couine, déconfite. « Je ne t'ai rien fait moi ! »

Caleb relève vivement la tête, surpris. C'est vrai. Cela existe encore, des gens qui ne lui ont rien fait.

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Les doigts d'Hélène se crispent sur le volant. Avec assez de force pour étrangler une oie. Incapable de conduire, elle s'est garée en catastrophe. Fatigué par sa journée à rien faire, Caleb ne commente pas. La relation de sa mère avec ses collègues s'est envenimée. Elles ont tenté de lui crever ses pneus. La réaction de Bastien devant les faits, a été des plus molles. Caleb s'agace légèrement de voir toutes ces voitures les dépasser. Hélène lui fait ses grands yeux de biche affolée. Cela veut dire qu'il n'ira pas en cours lundi, et qu'ils vont passer la nuit dans un hôtel aux murs en carton. Parfois, sa mère est prise de ces étranges paniques, qui la font fuir sa propre vie.

Hélène retrouve le sourire, le temps de demander à son fils d'aller prendre du pain. Elle l'attend sur le parking, les yeux dans le vague. Alors qu'on lui rend la monnaie, Caleb n'est pas surpris d'entendre sa mère redémarrer. En vrai, il aurait tout le temps de se précipiter dehors, vu les difficultés d'Hélène à manœuvrer. Mais il reste planté là, avec le pain serré contre la poitrine, résigné. La clochette de la porte sonne joyeusement alors qu'il quitte la boulangerie. Il claque un peu trop violemment son manteau, pour en faire tomber la farine.

C'est bien la première fois qu'Hélène fuit également son fils. On dirait un scénario de cauchemar, celui d'un enfant de huit ans. Caleb rigole tout seul, et se gratte furieusement l'arrière de la tête. On dirait que cette nuit, ce n'est pas lui qui partagera la chambre d'hôtel de sa mère.

Caleb passe plusieurs minutes au carrefour, sous le panneau indicateur. Il reconnait le nom d'un des bleds. Et avec un pincement de colère, comprend pourquoi sa mère l'a largué dans le coin. Il n'est clairement pas le genre de gars que l'on prend en stop. Aussi, il se prépare mentalement aux heures de marche à venir.

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