Bonjour et bienvenue sur ma fiction, que tu sois tombé(e) dessus par hasard, que tu sois curieux(se), que le résumé t'ait intrigué(e) je te laisse la découvrir et l'apprécier (ou non selon ton goût). Ici, les terme centraux sont la diabolisation et le fanatisme et si la religion est le pilier de l'intrigue, je ne fais l'apologie d'aucune (d'ailleurs, celles du récit sont complétement fictives).

Pour ceux et celles qui s'interrogeraient, oui, j'avais déjà publiée cette histoire mais j'ai décidé de la reprendre du début.

Bonne lecture.

Q. Puduhepa


Arélia

Il faisait très doux en cette fin mois de février, tout comme le reste de l'hiver l'avait été.

Les hivers n'avaient jamais été très rudes dans la région et la neige n'y avait jamais couvert que le sommet des montagnes. Vêtue de sa robe à capuchon bleu foncé, Arélia collectait, avec d'autres filles, les offrandes laissées par les fidèles de passage aux portes de la Cité-Sanctuaire.

Novice au Grand Temple d'Achidia-La-Tisserande, déesse principale de la péninsule yréenne, elle ne portait pas encore la ceinture rouge qui ceignait la taille des prêtresses confirmées. Bientôt, songeait-elle souvent avec impatience.

Elle et sa sœur jumelle Crysélia se préparaient à ce sacerdoce depuis leur enfance. Filles et petites-filles de prêtresses, elles avaient été dès la naissance destinées à servir la Déesse. Mais cet avenir tout tracé ne rebutait pas Arélia le moins du monde, bien au contraire. Être membre du Culte était un immense honneur. Personne, elle le savait, n'était plus révéré dans le pays. Alors, évidemment, l'adolescente était pressée de goûter à toute cette gloire qui dépasserait celle qu'elle connaissait déjà.

Son panier plein, elle suivit ses amies qui se dirigeaient en chantonnant vers le grand autel pour y déposer les leurs. Toutes, à part quelques exceptions, étaient filles de prêtresses, nées, comme sa sœur, leur petit frère et elle, de fidèles venus passer une nuit au temple pour repartir le lendemain. Comme toutes leurs amies, Crysélia et elle n'avaient jamais rencontré leur père. Elles ignoraient à quoi il ressemblait, bien qu'elles supposaient qu'il avait les yeux noisette comme les leurs, puisque tous les autres membres de leur famille les avaient gris, et des taches de rousseur sur le nez. S'il était brun ou blond comme leur mère et elles, elles n'en avaient aucune idée.

Les prêtresses ne parlaient que très rarement des hommes qui les avaient une nuit fécondées. Solina, leur mère, faisait partie des quelques exceptions. Cependant, le géniteur qu'elle leur avait mentionné n'avait rien d'humain.

Pendant des années, elle leur avait raconté qu'elles étaient nées du Dieu-aux-Trois-Aspects, le compagnon et bras droit d'Achidia. Pendant des années, Arélia avait cru à cette histoire. Petite, elle se présentait toujours en précisant fièrement cette filiation divine. Les gens lui souriaient alors attendris par sa naïveté enfantine, légèrement moqueurs aussi, mais il ne lui venait pas à l'idée qu'il puisse s'agir d'autre chose que de l'admiration

Puis arriva son premier jour de noviciat et avec lui l'ébranlement de cette croyance.


Ce jour-là, elle s'était fièrement présentée à un groupe de filles en précisant cette filiation divine. Celles-ci avaient ri, pensant à une bonne blague. Décontenancée, elle leur avait répété ce que sa mère lui avait toujours dit. Les autres s'étaient moquées de sa crédulité.

À la fin de cette journée, elle était retournée auprès de sa mère en larmes. « Pou… pourquoi tu as dit que j'étais la f… fille du Dieu al… alors que ce n'est pas vrai, avait-elle sangloté.

- Parce que c'est le cas, avait calmement répondu Solina.

- Non, c'est faux ! avait crié Arélia, exaspérée. On m'a dit que je ne devais pas croire à ça !

- Qui t'as dit cela ?

- Des filles.

- Te mentirais-je jamais ? lui avait ensuite demandé sa mère, le sourcil relevé.

- Euh… non, avait-elle bafouillé en frottant son visage mouillé.

- Ces filles ne savent rien, ma chérie. Leurs mères non plus, je dirais, lui avait expliqué sa mère. Elles pensent que c'est seulement un homme qui s'accouple avec elles pour une nuit mais elles se trompent. C'est le dieu avec qui elles s'accouplent. Le temps de l'acte, il vient habiter le corps du fidèle. C'est lui, le vrai géniteur, l'homme n'est que son instrument.

- Donc, mon père est un dieu ? avait-elle redemandé, peu convaincue.

- Pas simplement un dieu quelconque. Le Faiseur de Montagnes. Il a donné la vie à toi et à ta sœur. Et à ton frère aussi, ainsi qu'à tous les enfants de la Cité. »

Le Faiseur de Montagnes était l'un des autres noms donnés au Dieu-aux-Trois-Aspects, le nom qui référait à son aspect créateur. Sous l'appellation Pasteur de Montagnes, c'était son aspect préservateur qui était honoré. Et on le surnommait Briseur de Montagnes pour son dernier aspect, l'aspect destructeur. Il avait été la première Créature d'Achidia, créé avant toute chose et chargé par la Déesse de modeler les paysages.

L'idée que Lucio puisse avoir été enfanté par le Dieu avait amusée Arélia. Imaginer que son petit frère de tout juste trois ans alors, avec sa morve au nez, ses grosses joues, son zézaiement et ses habits tout le temps maculés de boue, puisse être un demi-dieu était assez comique. Il n'avait franchement rien de l'image qu'elle se faisait d'un. Lucio, le fils d'un dieu ? Ça lui avait paru absurde ; sa mère devait se tromper. Mais si elle se trompait pour lui, peut-être se trompait-elle aussi pour Crysélia et elle ? Cette discussion l'avait donc laissée plus incertaine à la fin qu'au début.

Puis arriva le jour de sa première apparition en public le mois suivant.


Ce jour-là, Crysélia et elle avaient été excitées comme jamais. Pour la première fois, elles découvriraient le monde extérieur. Elles faisaient partie des novices désormais, elles en avaient le privilège. « C'est votre première apparition en public, avait souligné leur grand-mère, je compte sur vous pour vous tenir extrêmement bien. » Elles le lui avaient promis en chœur. Elles savaient qu'il était impératif qu'elles se montrent irréprochables.

Leur grand-mère, Danéa, détenait le titre d'Ancienne de la Cité-Sanctuaire et, comme toutes celles de son rang, elle était extrêmement respectée. Elle était aussi très fière et très attachée à son image. Toute sa famille devait se montrer à la hauteur de celle-ci, principalement lors de moments aussi importants. Que sa jumelle et elle fassent un faux pas ce jour-là et elle leur ferait payer de l'avoir couverte de ridicule.

Toutes les deux avaient docilement suivi leurs compagnes et Mariana, l'une des jeunes prêtresses en charge des novices. Cette dernière était une femme d'une petite vingtaine d'années à la voix et au regard doux que Crysélia adorait. Elle aussi l'aimait beaucoup. Toutes les novices aussi d'ailleurs.

Toujours aimable et bienveillante, Mariana savait mettre ses protégées en confiance. Elle n'avait jamais eu besoin de les effrayer pour gagner leur respect et leur parlait toujours avec aménité. « Mes chères enfants, avait-elle dit le sourire aux lèvres, aujourd'hui est un grand jour pour vous toutes. Vous allez être présentées à nos fidèles et recevoir leurs bénédictions. » Puis, les portes qui ouvraient sur la terrasse externe s'étaient lentement ouvertes.

Dès qu'elle avait vu la foule en contrebas, quelque chose l'avait stupéfiée : leurs cheveux étaient foncés. Elle n'avait jamais connu que des têtes blondes jusqu'alors, elle ne s'était jamais douté qu'il puisse en exister d'autres teintes. Elle s'était demandé si sa mère avait éprouvé le même étonnement lors de sa première sortie.

Crysélia, à côté d'elle, lui avait glissé à l'oreille : « Tu as vu leurs cheveux ? Tu savais, toi, qu'une telle couleur était possible ? ». Elle avait fait non de la tête. Apparemment, la plupart de leurs camarades aussi avaient été intriguées. Pour la grande majorité d'entre elles, être blond allait de soi. Découvrir l'existence de personnes brunes avait bousculé leurs certitudes. Seules les trois ou quatre qui n'étaient pas nées dans la Cité n'avaient pas paru choquées et s'étaient amusées de la surprise de leurs camarades.

Après avoir entendu les bénédictions des fidèles, elles étaient rentrées. Cette découverte l'avait fait cogiter toute la soirée et, cette nuit-là, elle avait peu dormi. Les gens à l'extérieur étaient un peu différents d'eux, comment ça se pouvait ?

Le lendemain, elle était allée voir sa mère. « Dis Maman, pourquoi les personnes de l'extérieur ne sont pas comme nous ? lui avait-elle demandé.

- Tu parles du fait qu'elles soient brunes, n'est-ce pas ? avait deviné sa mère.

- Oui. Ça m'a étonnée.

- Je comprends, ma chérie. Moi aussi, ça m'avait surprise.

- Mais pourquoi sommes-nous blonds et pas eux ?

- Tu te rappelles ce que je t'ai dit ? Que ton père est le Dieu-aux-Trois-Aspects ? Eh bien, la blondeur de nos cheveux est la marque de sa paternité. Cette distinction physique est la preuve que nous ne sommes pas de simples mortels. Nous sommes les enfants du Dieu. » Cette réponse l'avait rassurée et également remplie d'un certain orgueil. À partir de ce moment-là, elle avait gardé en tête qu'elle était quelqu'un de spécial. Elle n'avait certes plus jamais été entièrement convaincue que son père fût un dieu, mais elle avait eu la certitude d'appartenir à une catégorie à part.

Depuis, elle n'attendait jamais rien avec autant d'impatience que les sorties en public devant des fidèles amassés. Leurs vivats lui rappelaient sa supériorité par rapport à eux et lui donnaient l'impression d'être Achidia réincarnée. Sa grand-mère lui avait fait un jour la leçon sur le vice d'arrogance mais elle s'en était moquée. Si elles recevaient toute cette vénération, c'était dû à leur statut d'exception. Si elle avait pensé qu'on devait l'idolâtrer alors qu'elle n'était qu'une simple humaine, là elle aurait été arrogante, mais la vénération qu'elle et ses compagnes recevaient était tout à fait normale.


Un coup de coude de sa jumelle l'extirpa de ses souvenirs. « Tu rêvasses encore. » fit Crysélia d'un ton taquin. Arélia protesta. Non, elle ne rêvassait pas ! Elle pensait au passé. « Peu importe ! Viens, nous devons aller aider les autres à broder le nouveau manteau de la Déesse. Vite, elles nous attendent ! » La broderie, quelle barbe ! Arélia détestait cette activité. Tout le contraire de Crysélia qui, elle, en raffolait.

C'était la seule chose pour laquelle elles se différenciaient. Elle trouvait ça assommant, tandis que sa sœur y prenait un réel plaisir qu'elle n'avait jamais réussi à comprendre. Peut-être était-ce dû au fait que tout le monde la félicitait pour ses talents de brodeuse ? Franchement, elle ne voyait pas d'autre raison. C'était, pour sa part, un devoir auquel elle aurait aimé pouvoir se soustraire ; mais elle était au service de la Déesse et elle devait l'accomplir.

C'était aussi l'une des raisons pour lesquelles elle était impatiente de quitter le noviciat. Les prêtresses confirmées ne se souciaient plus de broderie. Elles étaient chargées de tisser les manteaux sacrés. Une tâche, à ses yeux, bien moins fastidieuse. Mais pour le moment, il fallait qu'elle s'y attèle au mieux.

Le manteau ce jour-là était d'un joli vert tirant sur le bleu. Il avait été décidé qu'il serait décoré de fleurs et d'oiseaux pour célébrer l'arrivée prochaine du printemps. Arélia choisit des motifs relativement simples et se mit à l'ouvrage. Heureusement, pouvoir bavarder avec ses amies rendait la besogne plus agréable. À elles toutes, elles auraient terminé dans quelques jours. Toute seule, ça lui aurait sûrement pris des semaines.

Comme d'habitude, elle ne put s'empêcher, au bout de quelques minutes, de jeter un coup d'œil au travail de Crysélia. Comme d'habitude, dès le début, c'était déjà très beau. Elle grommela en observant le sien. C'était loin d'être formidable. Décidément, comment s'y prenait sa jumelle ? Elle reprit son ouvrage, l'humeur maussade. Vivement que ce soit fini !

Elle ne se doutait pas que, bientôt, la broderie ne lui semblerait plus la pire chose au monde.


J'espère que le premier chapitre vous plait. N'hésitez pas à me donner votre avis. Positif ou négatif, je prends.