« Les premiers flocons de neige sont toujours les plus beaux »

1er Décembre 2005, petit village de montagne, Japon

En ce frais début de soirée, de légers flocons de neiges se mirent à tomber. Ce sont les premiers de l'année qui, paradoxalement, arrivent au début de l'ultime mois de celle-ci. Décembre s'annonçait blanc et féerique, l'hiver était de nouveau le protagoniste de ce cycle éternel. Aucun bruit, aucun mouvement n'osait déranger ce paysage harmonieux s'éclaircissant petit à petit, excepté celui des flocons de neiges, qui se posaient, sans un bruit, sur le sol presque blanchi. Dans ces basses montagnes, la présence humaine semblait s'être effacée. Quelques maisons de bois étaient dressées, mais celles-ci avaient l'air vides, comme-ci les habitants avaient soudainement désertés. En réalité, cela faisait maintenant plusieurs mois que cette situation perdurait. Malgré la faible altitude, les habitants ont récemment vécu l'arrivée d'une meute de loups, s'attaquant, pendant la nuit, aux chèvres et aux moutons. Le village étant presque exclusivement composé de bergers, ces derniers ont décidé de partir vivre et travailler à la ville, se voyant contraints d'abandonner leur activité. Depuis, la nature semble avoir repris ses droits, le bois des habitations abandonnées se dégradant, la neige les recouvrant. Là où le calme règne, mélancolie et sérénité naissent, créant ensemble un paysage unique et singulier, changeant d'atmosphère au gré du temps et des saisons, tout en laissant la solitude dominer l'instant présent.

Néanmoins, un plus loin, à l'écart des ruines du village, se dressait une grande et somptueuse demeure traditionnelle. Celle-ci s'accordait magnifiquement avec le paysage environnant, renforçant de cette manière le lien qui uni l'homme à la nature. Et, contrairement au reste du village, de la lumière provenait de l'une des fenêtres de la maison. De l'autre côté de celle-ci, un jeune homme, à peine adulte, admirait d'un œil pensif l'atterrissage des flocons de neiges. Toujours ce même silence régnant, cette atmosphère mélancolique, cette solitude tant recherchée et appréciée. Seul, dans sa demeure, dans son village, dans son univers. Abandonné par la réalité, s'abandonnant à son imaginaire. Sans un bruit, il ouvrit la fenêtre. S'avançant vers l'extérieur, il ferma les yeux, laissant les flocons venir lui caresser délicatement le visage. Cette neige, il l'avait attendue. Il voulait pouvoir l'admirer sereinement, laisser sa douce fraîcheur l'envelopper, créer une douce chaleur de son cœur. Un sourire innocent se dessina sur ses fines lèvres – cette année, le ciel le lui avait permit.

Ce calme, cette sérénité, cette solitude, il les chérissait. Grâce à elles, et à l'ambiance rassurante qu'elles créent avec l'aide de ce merveilleux paysage, il pouvait rêver, profiter au maximum de l'instant présent, réfléchir à des questions existentielles, ou bien s'abandonner à des pensées plus simples. Et aujourd'hui encore, il le pouvait.

Mais malgré tous ces avantages, il arrivait de temps à autres que sa solitude lui fasse défaut. Parfois, il lui arrivait de se sentir... seul. Mais cette fois-ci, dans le sens négatif du terme. Il est bien beau de se sentir comme si le monde nous appartenait, comme-ci nous ne faisions qu'un avec l'harmonie de la nature. Mais, quelques fois, malgré toutes les merveilles qu'il y a autour de lui, une étrange sensation apparaît au fond de son cœur. Un manque. Il avait lu quelque part que l'homme ne pouvait vivre seul. Mais son paradoxe intérieur lui avait empêché de se pencher un peu plus sur la question.

Il soupira. Ce genre de choses le fatiguaient et ne le menaient à rien. Il avait toujours vécu de cette manière-là, et cela ne lui avait jamais réellement posé problème, et ce jusqu'à aujourd'hui. Alors, pourquoi cela devrait-il changé ? En réalité, plus qu'une amertume, c'est un pressentiment qu'il avait au fond de lui. Un étrange pressentiment. Comme-ci quelque chose allait se produire et bouleverser à jamais son existence.

Cela semblait irréaliste, dérisoire. Aucun signe ne s'était manifesté à lui pour que de telles idées prennent vie. Pourtant, la sensation persistait. Était-ce la neige qui lui faisait cet effet-là ? Quoiqu'il en soit, il n'avait pas envie de se prendre la tête avec des choses aussi futiles. Si une chose devait se produire, alors elle se produira. Et il verra, le moment venu, de quoi il s'agissait.

Remarquant que le froid commençait à l'atteindre, le jeune homme ferma la fenêtre. La neige était si belle, il ne pouvait s'arracher à sa contemplation. Alors, tel un enfant, il saisit une chaise et s'installa le nez devant la vitre, la tête entre ses bras. Le blancheur de la neige contrastait magnifiquement avec l'obscurité de la nuit. C'était vraiment beau à voir. Plus le temps passait, plus ses paupières s'alourdissaient. Mais il était bien dans cette position, et refusait toujours de s'éloigner de sa fenêtre. Alors, il ferma les yeux une première fois, les rouvrant de temps à autres afin de profiter de la vue. Progressivement, le sommeil fini par prendre le dessus, et le jeune homme tomba dans les bras de Morphée, gardant à l'esprit sa dernière image de ce paysage singulier.