Chapitre 3

Finalement, Hayden avait opté pour le bain et complètement perdu la notion du temps, lorsque des coups à la porte le firent sursauter.

- Hayden sans vouloir te bousculer, l'encas est prêt et ma soeur va rien te laisser si tu te dépêches pas.

- J'arrive ! répondit-il.

L'adolescent sortit de l'eau, vida la baignoire et la nettoyant avant de se sécher et de s'habiller. Pas qu'il fut férus de ménage, mais maintenant qu'il était plus calme, il espérait rentrer chez lui avant le réveil de sa tante et de ses parents. Il jeta un dernier coup d'oeil à la salle de bain pour s'assurer qu'il avait effacé toutes traces visibles du délit et ferma la porte avec un sourire satisfait.

Hayden arriva à la chambre de sa cousine accompagné d'un grognement sonore de son estomac. Il fallait dire qu'il n'avait pas manger depuis le maigre repas du midi à la cantine. Déjà en temps normal ce n'était pas fameux. mais depuis que le dieu en lui s'éveillait, si dieu il y avait, il trouvait ça carrément dégueulasse la plupart du temps. Même les frites du jeudi ne trouvaient plus grâce à ses yeux lorsque remontait le souvenir des fruits succulent cultivés par Ascalaphe. Les raisins et les grenades juteuses qu'il savourait avec Persephone. Préliminaire à. Non stop ! se fustigea-t-il en baissant les yeux vers son caleçon. Ouf. Rien cette fois. Parce qu'avoir une érection chaque fois qu'il pensait à la déesse... Ça aussi c'était pénible. A croire que le couple rattrapait le temps perdu dans les quatre coins des enfers. Hayden-Hadès secoua la tête pour chasser ces souvenirs dont il doutait encore et entra. Les pancakes avaient l'air succulents et le chocolat sentait hyper bon. Il se jeta sur les crêpes en s'exclamant avant qu'Aelys ne se resserve.

- Laisses-en aux autres ! Tu vas devenir une grosse vache à t'empiffrer comme ça !

- C'est clair ! renchérit Philippe en étalant tranquillement de la confiture sur un toast.

- Psss. Vous êtes jaloux parce que j'ai un bon métabolisme, répliqua la jeune fille.

Elle ajouta en subtilisant la tartine de son frère.

- Merci. Et puis les vaches sont sacrées en Indes.

Les garçons grognèrent à la réplique. L'effrontée leur avait coupé leur effet. Ils mangèrent quelques minutes en silence.

- Comment puis-je être certains que je ne délire pas ? rien ne correspond à la mythologie.

- Mais si il y a bien des choses qui correspondent. répondit Aelys. Te souviens-tu de ton entêtement à me dire non ?

- Oui. fit l'adolescent avec une légère hésitation.

- Et bien tu vois !

- Je suis marié !

Hayden se plaqua la main sur la bouche. Une fois de plus c'était Hadès qui avait parlé. Cela fit rire Aphrodite qui contre-attaqua.

- Cela ne t'a pas arrêté avec cette nymphette de pacotille. comment elle s'appelait déjà ? Ah oui Leucé. Ridicule.

- C'est faux ! s'exclama le dieu avant de se reprendre misérablement. Enfin si. Je veux dire pour la liaison. Perséphone était folle de rage. Elle l'a changé en peuplier.

- Tu vois que ça correspond, rassura Philippe.

Ce n'était pas tous les jours qu'on accueillait des divinités grecques sous son toit. Enfin dans son cas oui, puisqu'il vivait encore une. Mais pas participer à une conversation divine. Aussi, le jeune homme ne perdait pas une miette de la discussion.

- Elle était enceinte. lâcha tristement Hadès.

- Ah bah ça ! les sautes d'humeur ça existe aussi chez les mortelles. Par contre, elles ne transforment pas leur rivales en peuplier.

Sa tentative d'humour fit un flop. il comprit pourquoi quand son cousin précisa.

- Pas Perséphone. Leucé.

- Ouch. Grimaça sa cousine en lui tendant la tartine volée avec sollicitude. Pas cool. Elle savait pourtant à quel point tu voulais un enfant.

Hayden la prit avec gratitude. Il resta cependant à la fixer d'un air songeur.

- Nous voulions, rectifia-t-il.

Philippe suivait l'échange avec quelques froncement de sourcils dubitatif. Bon d'accord, son cousin doutait de sa divinité parque que ses souvenirs ne collaient pas. Mais sa soeur, déesse de son état, affirmait le contraire et leur conversation allait dans les deux sens. Alors quelque chose le turlupinait.

- Euh... se décida-t-il à intervenir. Y a un truc qui m'intrigue. Perséphone a eu un gosse avec Zeus.

L'adolescent acquiesça d'un hochement de tête.

- Et toi, t'en as mis un en route à Leucé.

Nouveau hochement de tête.

- Donc comment se fait-il que vous en ayez pas eu ensemble ?

- A cause de son foutu statut de déesse du printemps. Il lui fait suivre le cycle des saisons. Perséphone n'est donc plus fertile quand elle rejoint les enfers. Soupira Hadès.

Un silence navré se fit jusqu'à ce que le visage du dieu s'illumine d'un sourire.

- Oh mais je me souviens ! s'exclama-t-il. J'ai deux filles : Mélinoé que j'ai élevé comme si elle était mienne. Mais aussi Macaria. Grâce à la complicité d'Hermès qui m'a prévenu de l'absence de Zeus. J'ai utilisé le même subterfuge que mon frère. je me suis fait passer pour lui pour circuler inaperçu sur l'Olympe et j'ai repris mon apparence une fois en privé avec Perséphone.

- Malin ! siffla Phiippe admiratif.

- Oui hein ! fit Hayden avec fierté avant d'avouer penaud. En fait, c'était une idée d'Hermès.

- Je me disais aussi ! railla Aelys.

Elle poursuivit d'un ton sérieux, plus adulte qu'elle ne l'était.

- Hadès. Mon petit. Vois cette réincarnation comme une chance inopinée de fonder une famille avec celle que tu aimes.

Les intonations de sa voix contrastaient tant avec l'allure désinvolte de la jeune fille que les garçons éclatèrent de rire avant qu'elle ait fini sa phrase. De ce fait, il fallu quelques secondes à Hayden pour comprendre.

- Mais rien ne dit qu'elle aussi est revenue. Et puis, elle peut être n'importe où ! soupira-t-il. comment la retrouver ? La reconnaitre ?

- Si Perséphone est bien ton âme soeur, vous vous retrouverez. C'est la déesse de l'amour qui te le dit. Pour ce qui est de vous reconnaitre, tu n'as sans doute pas remarquer mais quand nous croisons l'un des nôtres, nous savons qu'il s'agit d'un dieu. Et même son identité.

Perplexe, Hayden fouillait dans sa mémoire. Il essayait de se rappeler s'il avait croisé l'un de ses semblables. Il recherchait aussi quelle impression lui avait fait Aelys quand il était entré dans sa chambre. Quel signal d'alarme indiquait qu'il était face à une déité. Le problème, c'était qu'il était boulversé et n'avait pas fait attention. Il ouvrit la bouche pour interroger sa cousine à ce sujet. Philippe le devança.

- Donc dès que tu as vu Hayden, tu as su qu'il était Hadès ?

- Ouep. répondit-elle avec la fierté de ceux qui savent ce que les autres ignorent.

- Et ça fait com...

Hayden s'arrêta net. Le « dès que tu as vu...» venait d'arriver au cerveau.

- Attend une minute ! s'exclama-t-il. Dès que tu m'as vu quand je suis arrivé ou dès que tu m'as vu quand on a fait connaissance ?

- Bah non quand même pas ! rit Aelys. Quand on s'est connu t'avais l'air d'un Razmoket. Tu sais Casse-bonbon.

- Casse-bonbon toi-même. grommela Hayden.

L'adolescente sourit, toujours ravie d'enquiquiner son cher cousin. Du moins jusqu'à ce que son frère fasse remarquer.

- Mais non, voyons Hayden. Pas Casse-bonbon, Couette-Couette.

- Hein !? fit l'interpellé qui ne comprenait rien à la référence.

Aelys secoua la tête consternée et reprit.

- En plus, pour que ça marche il faut qu'il y en ait au moins un d'éveillé. Donc je ne pouvais pas le savoir avant six ans, et ça ne servait à rien que je te le dise. Tu ne m'aurais pas cru.

- Ça c'est sûr ! reconnut-il. J'ai déjà du mal à me croire moi-même. Alors...

Les trois adolescents sursautèrent quand la sonnerie du téléphone retentit dans le silence de la maison. Ils écoutèrent un instant le son persistant et soupirèrent de concert. Hélas pour eux, ce qui était vrai pour un troupeau de dinosaures ne l'était pas pour le téléphone. Il se figèrent en entendant la voix pâteuse d'Isabella Dancourt répondre.

- Oui. Hein... quoi... attends je vais...

Lorsqu'il entendit du bruit dans la chambre de sa mère, Philippe se précipita sur l'interrupteur pour éteindre. Ils retinrent leur souffle, n'osant pas bouger. Des pas se trainaient dans le couloir. La lumière se ralluma sur une femme échevelée et comateuse. Elle s'éteignit. Puis à nouveau les pas trainant et la voix dans la chambre parentale.

- Oui il est là... Non non... demain... veux-tu qu'il aille... pas conduire à cette heure...non voyons... oui c'est ça à demain.

Isabella raccrocha et soupira.

- TOUT LE MONDE AU LIT. MAINTENANT ! hurla-t-elle d'une chambre à l'autre. HAYDEN TU VAS DORMIR DANS LA CHAMBRE DE PHILIPPE ET T'AS INTÉRÊT À ÊTRE LÀ QUAND TES PARENTS VONT TE RÉCUPÉRER DEMAIN.

Elle se remit au lit, rabattit la couette sur sa tête en grognant et se rendormit aussitôt. Inutile de gâcher davantage sa nuit, elle savait qu'ils n'oseraient pas désobéir.

A suivre...