Auteur : Camille Dit Yomika

Relecture : Dawn (merci pour ton temps)

Correction : PAS DE CORRECTION ORTHOGRAPHIQUE


Chapitre 07

Nu, Adrias regardait Damon se rincer dans le lagon. Il ne comptait plus le nombre de fois où ils avaient fait l'amour. Maintenant, chacun de leur rendez-vous commençait de cette manière. Même quand il voulait résister, il ne pouvait s'empêcher de le faire. Leurs bouches se rejoignaient en premier puis, inlassablement, leurs corps suivaient. Il ne pouvait pas réfléchir. C'était comme être pris dans une tempête. Quand elle vous recrachait, elle vous laissait désorienté et hagard.

Damon n'avait jamais aucune hésitation. Il savait ce qu'il voulait et n'hésitait pas à dire ce qu'il aimait ou pas.

Non, il n'aimait pas qu'Adrias embrasse ses pieds.

Non, il n'aimait pas qu'il le prenne par-derrière. Damon voulait voir son visage. Toujours.

Oui, il aimait qu'il lui maintienne les poignets.

Oui, plus fort. Plus violent.

Oui, plus vite.

Oui, plus doux. Aussi tranquille qu'une brise.

Oui, à ce qu'il le suce. Qu'il s'enfonce en lui. Qu'il explore son corps de baisers. Qu'il lui tire les cheveux. Qu'il le maintienne par la nuque, l'étranglant légèrement.

Dans le sexe, Damon aimait autant diriger qu'il aimait recevoir des ordres. C'était une osmose parfaite, un acte de confiance.

Comme s'il pouvait entendre ses pensées, toujours dans l'eau, Damon se tourna vers lui et lui sourit. C'était un sourire lascif, presque une invitation.

— Vous comptez me regarder longtemps ou me rejoindre ?

— J'hésite encore. Les deux sont plaisants.

Damon secoua la tête et plongea, disparaissant sous la surface. Le soleil commençait à miroiter dans le reflet de l'eau, indiquant qu'il lui faudrait bientôt rejoindre son campement sous peine de recevoir un nouveau sermon de Yura. Ou de Bahjan. Ou même des deux. Le pire étant quand ils s'unissaient pour lui faire entendre à quel point son comportement était déraisonnable.

Il le savait. Il n'avait pas besoin d'eux pour s'en rendre compte. Chaque fois qu'il rejoignait Damon, il délaissait ses responsabilités de prince. Il s'en souciait, vraiment, mais être auprès de Damon était devenu une obsession. Plus que ça même. Ne pas le voir le rendait fou, incapable de se concentrer sur un problème. Il retrouvait ses esprits uniquement à ses côtés, après qu'ils aient consumé le désir qui animait leurs corps.

Sous l'eau, l'ombre de Damon parcourait le lagon. Il émergea à quelque pas de la rive, des fleurs de lac dans les cheveux. Avec grâce, l'eau ruisselant érotiquement le long de son corps, il sortit et le rejoignit. Se penchant, Damon l'embrassa sommairement sur les lèvres avant de s'allonger à côté de lui et de fermer les paupières.

— Racontez-moi une de vos légendes.

— Laquelle ?

— Peu importe.

— Elles sont pratiquement toutes sur toi et la forêt.

— Moi ?

— La licorne.

Damon ouvrit un œil intéressé.

— Je veux les entendre.

Adrias s'allongea à côté de lui et Damon se tourna, lui montrant son dos en une requête silencieuse. Adrias retint un rire, Damon était un amant câlin et exigeant. Laissant ses doigts errer sur son dos, il s'éclaircit la gorge. Conter n'avait jamais été son fort.

— C'est un des contes les plus connus, un de ceux qu'on raconte l'hiver au coin du feu. C'est l'histoire du commencement.

— Lequel ?

— De chez moi. Du royaume des hommes.

De son royaume. De sa lignée. Mais ça, il ne le dit pas. Il n'avait jamais avoué sa position à Damon. Il ne savait pas si ce savoir changerait les choses entre eux, mais il se refusait à prendre le risque. Perdre l'affection de Damon n'était pas une option.

— On dit que cette forêt est le centre de la Terre. Le cercle d'où partent toutes vies. Tous les animaux viennent d'ici… Même les hommes. Si aujourd'hui la forêt cercle mon royaume, il est dit qu'avant, son centre était plein d'arbres. Mon royaume était ton royaume et était interdit aux hommes. Serrés les uns contre les autres, les arbres formaient une barrière infranchissable, empêchant quiconque de renter. Si quelqu'un était assez têtu pour réussir à s'y aventurer, les loups finissaient toujours par le dévorer. Les hurlements de l'homme devenu proie s'entendaient à des lieux à la ronde. Homme, femme, enfant… Il n'y avait aucune exception.

— C'était il y a très longtemps alors, l'interrompit Damon revêche. Avant moi. S'ils respectent les règles, les hommes ont toujours pu traverser mes terres.

— Sans aucun doute.

Adrias souleva sa longue chevelure humide et déposa un léger baiser sur sa nuque.

— Encore, exigea Damon.

Adrias s'exécuta avant d'attirer Damon contre son torse et de passer son bras par-dessus sa hanche pour poser sa main sur son ventre. Damon grogna, satisfait.

— Le reste de la terre était déchiré par les conflits. Les hommes se battaient, les champs brûlaient, la famine et les maladies ravageaient les populations plus vite qu'elles ne se reproduisaient. C'était le chaos, une époque sombre. Il n'y avait pas de pays, seulement des tribus qui s'opposaient les unes aux autres.

Damon qui, jusque-là, était à moitié assoupi se tendit entre ses bras. Et comme souvent, le vent réagit à son agitation, passant d'une brise à des bourrasques.

— Quelque chose ne va pas ?

— Je n'aime pas la guerre et le sang… La mort. Elle me rend… Triste et en colère.

— Tu veux que j'arrête ?

Damon secoua la tête et lui fit signe de continuer.

— Un homme qu'on disait sage et qui vivait à la frontière de la forêt vit son village anéanti. Il perdit sa femme, ses enfants, sa famille et ses amis. Des hommes passèrent, rasèrent les fermes, pillèrent les réserves et brulèrent le reste. Ils laissèrent derrière eux seulement des cendres et du sang.

— C'est une histoire triste.

Damon se retourna dans ses bras pour se retrouver face à lui.

— Oui. Mais elle est le commencement. Elle mène à aujourd'hui. À toi et à moi, alors elle n'est pas si triste que cela, lui chuchota Adrias en scellant leurs lèvres.

Le baiser s'étira sur plusieurs longues minutes, tendre et empli de ces mots qu'aucun d'eux n'oserait dire à voix haute.

— Continuez, marmonna Damon, légèrement hébété.

— L'homme avait presque tout perdu, il ne lui restait qu'une seule chose, sa vie. Dans sa détresse, il voulut la perdre aussi. Il marcha jusqu'au bois, franchit la barrière des arbres et déambula au cœur de la forêt, malade de tristesse. Il attendit les loups, mais ils ne vinrent pas. Ni la première nuit, ni la deuxième, ni la troisième.

— Et après ? lui demanda Damon impatient, pris dans son récit.

— Après, la fin et la soif le mirent à mal. À bout de force, il se coucha et attendit la mort. Elle ne vint pas. À la place, l'obscurité céda face à la plus belle créature qu'il n'ait jamais vue. La licorne.

Il marqua une pause. Adrias comprenait parfaitement l'émerveillement de l'homme. Il avait ressenti la même chose, la seule fois où Damon lui était apparu sous son apparence équine. La licorne imposait le respect et la foi. Elle était un être mystique, bien au-deçà des hommes et de leurs différends.

— La licorne ?

— Oui. La première. Celle qui est sur tous nos écussons, celle que je croyais être toi.

— Qu'est-ce qu'elle fit ?

— Rien. Elle lui apparut puis disparut.

— L'homme est mort ?

— Non. La licorne lui avait laissé quelque chose de précieux.

— Quoi ?

— L'envie de vivre. Il trouva la force de se lever et, chancelant, chercha de l'eau et à manger. Au cœur de la forêt, il se bâtit une cabane. D'abord en bois puis en terre et enfin en pierre. Il créa un potager et se nourrit de pêche et de chasse.

— Il vécut seul ?

— Au début. Il y eut un ensuite. Ensuite, un autre homme désespéré entra dans la forêt. La même histoire. La guerre et la perte. Le déchirement. L'envie de mourir. L'homme sage le trouva en premier, il pria la licorne de laisser le nouvel arrivant également en vie. Elle accepta, aucun loup ne vint les dévorer. Une deuxième maison se construisit à côté de la première puis une troisième et une quatrième. Un petit village fait de rescapés, avec à la tête de ce groupe de survivants le premier homme. Le premier Roi. Hachior, le fondateur.

— Il revit mon ancêtre ?

— La légende ne le dit pas. Par contre, elle raconte qu'il pouvait disparaitre et ne revenir qu'au bout de plusieurs semaines. Et un soir, après des mois d'absence, alors que les autres villageois commençaient à le croire mort, Hachior réapparut avec à ses côtés la plus belle femme qu'ils aient jamais vue et un enfant à peine né.

— Une femme ?

— Oui, une femme. Les cheveux blond presque blanc avec la peau à peine rosée. Elle fut la première compagne de règne et leur fils, le premier successeur. Ainsi commença la lignée des Hachior.

Adrias sourit à Damon, déposant un baiser sur le bout de son nez.

— Tu sais ce que je pense ?

— Tant que vous ne me l'aurez pas dit, cela me sera difficile, lui rétorqua Damon avec sa sincérité habituelle.

— Je crois que la femme était la licorne. Qu'elle était comme toi. Qu'elle pouvait revêtir la peau d'une femme. Je crois que la licorne avait observé Hachior errer dans ses bois et qu'elle avait choisi de ne pas le tuer.

— Pourquoi ?

— Peut-être qu'elle en tomba amoureuse. Si amoureuse qu'elle choisit de rompre les règles de la forêt pour le protéger.

oOo

Damon pencha la tête sur le côté. Cette histoire lui rappelait sa propre histoire. Son intérêt pour Adrias et l'attraction irrationnelle entre eux. Il pensa à l'enfant issue de cet homme et de cette femme.

— Qu'est-il devenu ?

— Hachior ?

— Non. L'enfant.

— Il vécut et engendra à son tour un enfant. Une vie entrainant la naissance d'une autre.

— Et la femme ?

— Je ne sais pas.

— Votre roi est-il un descendant d'Hachior ?

Adrias garda le silence avant d'acquiescer d'un mouvement hésitant de la tête.

— Votre roi est-il bon ?

— Pourquoi ces questions, Damon ?

— Parce que vous êtes important pour moi. J'aimerais comprendre votre vie. Savoir si celui qui vous gouverne le fait avec bienveillance. Si vous êtes heureux ?

— Là, je suis heureux.

— Et en dehors de la forêt ?

Même s'ils partageaient l'intimité de leurs corps, qu'ils discutaient de la terre des hommes et de beaucoup d'autres choses, il lui manquait une partie de la vie d'Adrias.

— Travaillez-vous la terre ?

— En quelque sorte.

Damon haussa un sourcil interrogateur, attendant qu'il développe.

— Ne fais pas ça, grogna Adrias.

— Pas ça quoi ?

— Cette tête.

— Pourquoi ?

Adrias lui prit la main et la posa sur son sexe en érection.

— Pour ça.

Le sexe de Damon répondit positivement à cette invitation. Ils avaient fait l'amour plusieurs fois cette nuit, mais visiblement, ce n'était toujours pas assez. Ce ne l'était jamais. La satiété ne durait jamais longtemps.

— Il vous en faut peu.

— À toi aussi, le taquina Adrias en baissant son regard sur la grosseur entre ses cuisses.

Se redressant, Damon le chevaucha, collant leurs érections l'une contre l'autre. Il aimait être au-dessus, il aimait quand Adrias le maintenait, les mains posées dans le creux de sa taille comme en cet instant. Damon secoua sa tête pour rejeter ses cheveux en arrière.

Lorsqu'il se pencha et déposa des baisers sur la gorge offerte d'Adrias, celui-ci le laissa faire. Il embrassa les pointes tendues de sa poitrine, passa ses mains dans la toison qui recouvrait son torse, puis descendit jusqu'à son nombril. Il poussa sa langue à l'intérieur, le regard braqué sur le visage d'Adrias, attentif à ses réactions.

Quand le plaisir se faisait plus fort, Adrias fronçait les sourcils, sa bouche s'entrouvrait et ses jambes s'écartaient légèrement.

— Damon…

Ses lèvres s'étirèrent contre la peau d'Adrias. Il descendit plus bas, jusqu'à la pointe de sa verge qu'il embrassa. Un minuscule baiser qui fit grogner Adrias.

— Damon…

Il ne l'avait jamais fait. Si Adrias l'avait pris en bouche à de nombreuses reprises, il ne lui avait jamais retourné la faveur. Il pressa sa joue contre le membre tendu et huma l'odeur de sa virilité. Il ne savait pas s'il en avait envie. Oui ou non. Aucun n'était plus fort que l'autre, alors Damon se dit pourquoi pas.

Du bout de sa langue, il suivit une des veines qui courait le long de son imposante érection. Tandis qu'il le léchait sur toute sa longueur, sous lui, il sentait Adrias tenter de se retenir. Ses poings se serraient convulsivement et son bassin restait difficilement plaqué au sol.

— Si tu le fais, vas-y doucement…, conseilla Adrias, la tête légèrement relevée pour le regarder.

Damon le fit. D'un doigt, il amena la lourde érection à sa bouche. Il suçota le bout, taquina la fente comme faisait Adrias, puis entrouvrit ses lèvres, pour que s'y glisse le mât impatient. Son sexe était trop gros, sa bouche trop petite et il sut que le non prenait le pas sur le oui. Il fit une nouvelle tentative et abandonna.

— Damon ?

— Je n'aime pas ça, lâcha-t-il en s'essuyant les lèvres couvertes de salive et de fluides.

Un rire échappa à Adrias qui l'attrapa par les épaules et le remonta sur son torse i pour mélanger leurs langues. Le baiser dura jusqu'à ce qu'ils aient besoin de respirer.

— D'accord. Ce n'est pas grave.

— Je sais.

— Je sais que tu sais.

Les mots étaient dits avec une certaine tendresse.

Damon était de nouveau assis sur ses hanches. Son érection logée contre celle d'Adrias. Peau blanche contre peau sombre. Le contraste lui plaisait, il aimait qu'Adrias soit différent de lui. Plus grand, plus large, plus poilu.

— Trésor, si tu tends la main, tu devrais pouvoir réussir à attraper mon pantalon.

— Tu pars déjà ? l'interrogea Damon, contrarié.

Il ne voulait pas qu'il parte. Pas maintenant. Peut-être même jamais. Il détestait leurs séparations. Elles lui semblaient longues et interminables. La nuit était devenue son moment préféré et l'aurore celui redouté.

Adrias posa ses mains sur ses cuisses.

— Pas tout de suite. J'ai besoin de mon pantalon pour tout autre chose.

Damon se pencha pour l'attraper et lui donna avec réticence. Méfiant, il regarda Adrias fouiller les poches et en sortir une petite boite en fer toute cabossée.

— Qu'est-ce ?

— Pour te soigner, lui répondit Adrias en ouvrant le couvercle.

À l'intérieur se trouvait une crème à l'odeur si forte qu'elle lui fit froncer le nez et éternuer.

— Je n'ai pas besoin d'être soigné, je ne peux pas tomber malade.

— Jamais ?

— Je n'ai pas le souvenir d'avoir été rendu mal par une des maladies qui vous touchent.

— Je ne le savais pas, mais le baume n'est pas pour ça. Il est pour tes douleurs.

— Quelles douleurs ?

— Laisse-moi te montrer.

Adrias plongea ses doigts dans la crème tandis que, de son autre main, il écartait ses fesses. Damon grogna quand la pommade se posa sur son anus. Elle était froide et un frisson partant du bas de son dos remonta jusqu'à sa nuque.

— Ici, lui chuchota Adrias tout en massant son intimité.

— Qui vous a dit que j'avais mal ?

— Damon, trésor, tout le monde aurait mal vu le nombre de rapports que nous avons. Même les êtres mystiques qui ne peuvent pas tomber malades.

— Vous vous moquez de moi, gronda Damon en chassant la main de ses fesses.

— Je n'oserais pas.

Mais l'étirement de ses lèvres contredisait ses paroles. Adrias se moquait bel et bien.

— Si tu ne me laisses pas faire, fais-le, lui conseilla Adrias en déposant une pointe de crème sur ses doigts.

Damon hésita, mais Adrias avait raison. Le tiraillement qui l'avait dérangé toute la journée commençait à s'atténuer. Avec hésitation, il passa sa main entre ses cuisses et massa la zone sensible, la crème l'engourdissant agréablement.

Contre son sexe, l'érection d'Adrias frémit. Toujours couché sous lui, il le regardait avidement et prenait un plaisir certain au spectacle.

— Vous aimez ce que vous voyez ?

— Oui. Assez.

Donner envie à l'autre était un pouvoir agréable. Joueur, restant sur les genoux, Damon se souleva pour lui offrir une meilleure vue. Même après que le baume ait pénétré sa peau, il continua à masser son intimité, lui aussi à présent excité.

Les yeux d'Adrias se firent sombres, son torse se soulevant rapidement. Se redressant sur un coude pour mieux voir, Adrias utilisa son autre main pour se masturber lentement. Le regard qu'il portait sur lui était excitant et provocant. Presque un défi, le poussant à aller plus loin.

Damon commença par un doigt. Il poussa son index en lui et éprouva l'étrange sensation de la chair serrée tout autour. Il étira son trou lentement, ondulant sensuellement du bassin.

— Le but premier de cette crème n'était pas celui-là, grogna Adrias en accélérant ses mouvements sur son sexe.

— Voulez-vous que j'arrête ?

— Non. Surtout pas. Mets en un autre, l'encouragea Adrias après une pause.

Damon le fit. Il poussa un autre doigt en lui. Et parce qu'il ne se sentait pas assez plein, il en inséra un troisième. C'était différent du sexe d'Adrias ou de ses doigts plus imposants. Cette fois, c'était lui qui dirigeait, lui qui se pénétrait. Et même si Adrias ne le touchait pas, la connexion était tout aussi intime. Il poussa plus loin ses doigts, rejeta la tête en arrière et gémit. C'était bon et en même temps insatisfaisant.

Brusquement, Adrias se redressa et s'assit, l'attirant contre lui pour plaquer ses lèvres aux siennes. Agressive et exigeante, sa langue infiltra sans douceur sa bouche. Elle prit sans demander. Des dents s'attaquèrent à ses lèvres, tandis qu'une poigne ferme l'empêchait de reculer. Adrias prit le contrôle, lui laissant comme seule option d'obéir. Damon ferma les yeux, luttant contre les picotements qui, partant de son intimité, se répandaient dans tout son corps. Son sexe perlait, avide de davantage d'attentions.

D'une main, Adrias attrapa leurs érections et glissa l'autre entre les fesses de Damon. Sans remplacer ses doigts par les siens, il accompagna ses pénétrations en leur imposant une cadence plus rapide. Adrias les dirigea jusqu'à ce que, ensemble, il trouve ce point caché de plaisir.

Damon cria, Adrias sourit, et ils recommencèrent. Damon s'empalait rapidement, lâchant un souffle un peu plus fort à chaque pic de bonheur. Il avait du mal à respirer, son corps était lourd et en même temps terriblement léger, lui donnant la sensation de s'enfoncer dans la terre tout en rejoignant le ciel. Lorsque l'orgasme menaça de l'avaler, Damon posa sa tête contre l'épaule d'Adrias et mordilla la peau sensible de sa nuque.

Les va et viens sur leurs érections s'accélérèrent et la jouissance prit Damon par surprise. La chaleur montait et, brutalement, elle explosa, le jetant dans un bien-être indescriptible. Son corps lui donnait la sensation de flotter, de ne plus être rattaché à rien. La main d'Adrias, qui continuait de s'activer pour atteindre son propre orgasme, commençait à devenir douloureuse sur son membre. Enfin, Adrias cria son nom et le rejoignit dans la jouissance. Posant ses deux mains autour de sa nuque, Damon le serra fort contre lui. Il pouvait presque sentir les battements du cœur d'Adrias aussi affolés que les siens.

Sans le lâcher, à bout de force, Adrias les rallongea, le sperme maculant leur torse et collant leurs peaux.

— Bon sang, trésor…

Damon ne savait pas comment Adrias trouvait le courage de parler. L'orgasme l'avait ravagé, si bien que même bouger les mâchoires lui semblait un effort trop conséquent. À la place, il grogna et embrassa la gorge offerte.

— C'était… Tu étais…

Adrias ne finit pas sa phrase, les mots ne trouvant pas le chemin de sa bouche.

— Te regarder te masturber est l'une des scènes les plus érotiques que j'ai jamais vue.

— Vous en avez vu beaucoup ?

Damon ne savait pas pourquoi il lui posait cette question, mais l'idée qu'il ait déjà fait cela avec quelqu'un d'autre lui était désagréable. Toute la satisfaction de son orgasme s'était envolée.

— Jaloux ?

— Non. La jalousie est humaine.

— Donc, si je te dis que j'en ai vu beaucoup, tu n'en serais pas dérangé.

Damon se redressa la gorge serrée.

— Beaucoup comment ?

Adrias lui répondit par un rire et le retint de justesse quand, vexé, Damon tenta de se lever.

— Beaucoup comme aucune personne ne m'a jamais fait autant d'effet que toi. Tu as un pouvoir sur mon corps que les autres n'ont jamais eu.

Damon ne pouvait pas s'empêcher de ne pas aimer ces autres quels qu'ils soient. Il repensa à l'homme, à ce Yura qui avait passé son bras autour de des épaules d'Adrias et se demanda s'ils avaient déjà partagé la même intimité. L'idée le mit mal à l'aise. Il ne voulait pas partager le corps d'Adrias. C'était un sentiment non légitime, mais il ressentait à son égard de la possessivité.

— Damon… l'appela Adrias en prenant son visage en coupe et en l'attirant dans un baiser affectueux. Il va falloir que j'y aille.

— Déjà ?

— Je devrais être parti depuis un petit moment.

Sans que cela ait l'air de lui demander le moindre effort, Adrias le souleva et les remit tous les deux sur leurs pieds. Les jambes de Damon tremblaient et Adrias ne le lâcha pas avant qu'il soit complètement stable.

Damon le regarda s'habiller et à son tout enfila rapidement une des chemises qu'il avait réquisitionnées sans aucune intention de les rendre. Quand ils partirent de la clairière, son humeur se fit plus sombre, chaque pas les rapprochant de la séparation. Il voulait retourner près du lagon, refaire l'amour et le garder à ses côtés. Quelques minutes. Quelques heures. Bien plus. Un temps indéterminé.

Glissant sa main dans celle d'Adrias, il marcha, pressé contre lui, profitant au maximum de sa chaleur et de sa présence. Il s'en gavait, essayant de s'en imprégner au maximum pour supporter les longues heures où il en serait privé.

Ils n'arrêtaient pas de se regarder, de se toucher, de s'embrasser. Il déposait ses lèvres sur la clavicule d'Adrias qui lui répondait par un baiser sur le haut de sa tête. Adrias finit par passer un bras autour de ses épaules et lui de sa taille. Il était bien. Si heureux qu'il se demandait quelles émotions il avait ressenti avant. Pas de tristesse, mais pas non plus cet état extatique, aussi incroyable que terrifiant. Maintenant qu'il l'avait trouvé, il avait peur de le perdre. Cette idée l'effrayait d'autant plus qu'il savait que ce jour finirait pas arriver. Adrias appartenait à la plaine des hommes et lui, à la forêt. Ils ne savaient pas si les deux pouvaient cohabiter sur le long terme.

Damon entendit avant Adrias le tonnerre des sabots lancés au galop. La tribu chargeait droit sur eux.

— Ne paniquez pas.

— Pourquoi je… Par une corne arrachée, qu'est-ce…

Mais Adrias n'eut pas l'occasion de poser sa question. Le tonnerre assourdit tous les sons. La terre se mit à trembler sous la dizaine de chevaux en pleine course. Gardant Adrias tout contre lui, d'une main ferme, Damon l'empêcha de bouger alors que les immenses bêtes les entouraient, manquant de les bousculer. Ils leur tournèrent autour, hennissant, heureux de la présence de Damon, lui donnant quelques coups de tête amicaux.

Des poulains excités vinrent tirer sur les mèches de cheveux de Damon en une invitation au jeu, avant d'aller caracoler quand Juna leur souffla dessus, mécontent. L'étalon était le plus grand des chevaux, le plus imposant également.

Lui tapotant l'encolure, Damon posa sa joue contre son museau et reçut un coup de tête en récompense.

— C'est… commença Adrias en avalant sa salive, les yeux écarquillés.

Damon avait du mal à déterminer si sa réaction était par peur ou par envie. Il penchait plus pour la deuxième réponse.

— C'est la tribu, lui répondit-il avec un sourire.

— La tribu ?

— Oui. Ils m'aident à veiller sur la forêt. Ils sont des gardiens efficaces et rapides.

— Ils sont magnifiques.

— Je sais.

Damon ne put empêcher la fierté de percer ces paroles. Il aimait chacun des membres de la tribu. Ils étaient forts, solides, unis, courageux et intrépides. Bien plus de qualités qu'il n'en aurait jamais.

— Et lui, c'est Juna. Un vieil ami.

— Je crois qu'il ne m'aime pas trop… grogna Adrias alors que l'étalon lui soufflait dessus méchamment.

— Il y a entre vous un passif. Vous avez essayé de le capturer et…

Et Juna n'aimait pas ce qu'il y avait entre lui et l'humain. Chaque fois que Damon revenait en portant l'odeur d'Adrias, il ne cachait jamais son désaccord. Son vieil ami s'inquiétait de le voir autant s'attacher. Il pensait qu'il n'y avait qu'une issue à leur histoire. Et elle n'était pas heureuse.

— Je suis désolé, s'excusa Adrias en regardant Juna dans les yeux avant de baisser la tête. Je n'aurais jamais dû tenter de vous priver de votre liberté.

— Juna est rancunier, il faudra un peu plus que des excuses pour obtenir son pardon.

— Des pommes ?

Damon ne put s'empêcher de rire.

— Ce serait un bon début. Son estomac est l'un de ses points faibles. Si vous commencez par là, il est possible que vous atteigniez son cœur.

— J'y penserai la prochaine fois que je viendrais.

— Ce soir ? ne put il s'empêcher de demander.

Adrias lui caressa le visage.

— Oui, ce soir.

Un poulain déboula entre eux. Petit pour son âge, il était le dernier fils de Juna. Et s'il n'avait pas la carrure de son père, il avait hérité de son caractère indomptable. Plus d'une fois, Damon avait dû le soigner pour des blessures qu'il aurait pu facilement éviter s'il n'avait pas été aussi audacieux. Rien ne lui faisait peur, sa conscience du danger à peine aiguisée pour le garder loin des loups.

Le poulain fonça droit sur Adrias et lui rentra dedans, manquant de le faire tomber.

— Assez ! gronda Damon, énervé.

Même sa colère avait peu d'impact sur sa jeunesse intrépide. Le poulain se décala, les oreilles bougeant dans tous les sens et la queue battant joyeusement l'air.

— Il est…, commença Adrias en se frottant le ventre.

— Impossible à canaliser. Je pense qu'il est persuadé que le non n'existe pas.

— Tu l'aimes bien, n'est-ce pas ?

Damon grogna, refusant d'admettre qu'il avait pour le poulain effronté, une certaine tendresse.

— Soit il mourra jeune, soit il prendra la place de Juna, rétorqua-t-il en cachant au mieux sa pointe de tristesse à l'hypothèse de la mort du jeune cheval.

Adrias l'attira à lui et plaqua ses lèvres contre les siennes.

— Penses-tu que je puisse bouger sans que je me fasse piétiner ?

Damon faillit lui répondre non pour le garder un peu plus avec lui, mais finit par hocher la tête.

— Vous pouvez. Vous portez mon odeur, ils savent que vous êtes avec moi. Par contre, je ne garantis pas que les jeunes ne cherchent pas à se servir de vous comme jouet.

— Je porte ton odeur ?

Damon huma sa nuque avant de la lécher.

— Oui. Elle est mélangée à la vôtre.

— Et toi ?

— Est-ce que je porte ma propre odeur ?

C'était étrange comme question, même venant d'Adrias.

— Non, la mienne.

Détournant les yeux, Damon ne lui répondit pas. Il ne voulait pas lui dire qu'il s'était arrangé pour que ce soit le cas en portant ses chemises. Il aimait avoir sur lui l'odeur d'Adrias, elle était rassurante et familière. Elle l'aidait à tenir lors de leur séparation. Il s'endormait la tête dans le tissu, son parfum dans les narines.

— Damon… Regarde-moi…

Quelque chose passa entre eux, du désir et un sentiment plus intime, plus particulier, qui prenait Damon à la gorge. Déglutir devint difficile. Il commençait à comprendre ce qui se passait à l'intérieur de lui, ses émotions, et cela lui faisait peur.

Avant qu'une parole lui échappe, il tira Adrias hors de la tribu et le mena à l'orée du bois. À moins d'une trentaine de pas, c'était la plaine des hommes. Son étendue commençait à lui faire envie. Une envie qui fut coupée nette lorsque l'odeur d'un homme vint jusqu'à lui. Il connaissait cette odeur, c'était celle de l'homme trop proche d'Adrias. Yura. Un ronflement énervé fit gronder sa poitrine.

De là où ils étaient, ils ne pouvaient pas encore le voir, mais Damon savait qu'il était là. Dans la plaine. Là où il ne pouvait pas aller

Un vague d'animosité le traversa. Ses doigts se resserrèrent autour de ceux d'Adrias et il se retint de le tirer en arrière. À l'abri des regards, juste à la lisière des arbres, Adrias remarqua enfin la présence de son ami. Un poignard sorti, l'homme aiguisait méticuleusement sa lame en surveillant la forêt, le regard inquiet.

— Qui est-il ? demanda Damon plus durement qu'il ne l'aurait voulu.

— Un ami. Il veille sur moi, soupira Adrias.

— Je ne l'aime pas, ne put-il s'empêcher de lâcher amèrement.

Adrias haussa un sourcil, un coin de ses lèvres relevé en un sourire taquin.

Soudainement, Yura se leva, obligeant Damon à reculer de plusieurs pas pour ne pas être vu.

— Je vais y aller avant qu'il ne vienne me chercher.

Damon ne répondit pas et Adrias se pencha pour l'embrasser subrepticement avant de reculer.

— Et si je reste plus, je vais finir par te prendre contre un de ses arbres.

— Je ne suis pas contre.

— Ne me tente pas.

— J'ai envie de vous tenter.

— Bon sang, Damon, grogna Adrias en l'attrapant par le col de sa chemise pour le plaquer contre un tronc épais.

Damon agrippa sa nuque et noua ses chevilles dans son dos, ondulant contre lui. Posant sa bouche contre son cou, il suça sa peau jusqu'à ce qu'elle soit marquée de rouge et de violet. En réponse, Adrias mordit le lobe de son oreille et planta ses ongles dans la rondeur de ses fesses.

Ce ne fut que lorsque Damon réussit à défaire les lacets de son pantalon pour venir saisir son sexe, qu'Adrias le força à le relâcher, haletant.

— Arrête.

Il n'avait pas envie d'arrêter. Son érection le pressait d'exposer son intimité à Adrias, en une invitation à la prendre.

Sans le quitter des yeux, s'assurant qu'il reste à bonne distance, Adrias rattacha son pantalon en grognant.

— Il faut vraiment que j'y aille.

— Rien ne vous en empêche.

— Toi, tu m'en empêches.

— Plusieurs mètres nous séparent et je ne suis pas sur votre chemin.

— Tu sais très bien ce que je veux dire, lui souffla-t-il en se penchant pour embrasser ses lèvres avant de se retourner. À ce soir, trésor.

Adrias sortit de la forêt sans le regarder une seule fois. Son ventre se serra et Damon croisa les bras sur sa poitrine, ayant soudainement froid.

Il regarda Yura venir à la rencontre d'Adrias. L'étreinte qu'ils échangèrent lui fit mal et la nausée le prit à la gorge, un goût âcre se répandant dans sa bouche. La complicité entre les deux hommes était évidente. Ils se connaissaient depuis longtemps et semblaient partager une amitié forte.

Damon resta longtemps à observer, jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à observer.

Il leva la tête vers le ciel où le soleil était à peine haut. La nuit n'était pas pour tout de suite et elle ne lui avait jamais paru aussi loin.

Ce soir. Il le verrait ce soir.

Il lui suffisant d'attendre.

Il apprenait ce qu'était l'attente.

Il n'aimait pas ça.

oOo

À suivre


Répons aux reviews :

Yume resonnance : Hey ! Un chapitre encore porté sur la fesse, désolé ! Mais promis, le prochain, on repart dans l'intrigue ! En tout cas, je suis contente que tu aies aimé malgré la teneur très sexuelle du dernier chapitre. Leur attirance est une part importante de leur relation. Même si leur amour ne se construit pas qu'autour de ça, le sexe y a sa place et je trouvais important de le montrer. A voir si j'arrive à te convaincre jusqu'au bout D. Le retour à la réalité est pour le prochain chapitre ! Encore merci de ta présence ! A très vite (en espérant que ce chapitre ne t'ait pas trop fait décrocher) !

Ji H. K : héhéhéhéhé, déjà répondu, mais encore merci de tes messages !

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