Nouvelle Fantastique - Les Colombes

"L'histoire des Colombes est longue. Je ne sais pas si j'aurais le temps de vous l'expliquer avant la fin du cours..." dit le professeur Tanenbaum. Les élèves du cours de physique attendaient impatiemment la suite des histoires du professeur Tanenbaum. Celui-ci avait été envoyé pour s'occuper d'innombrables affaires dont les spécialistes de la police avant lui n'avaient simplement pas compris pas la cause.

"Cette histoire débute au mois de mai 1997. J'étais venu à Montpellier sous prétexte de visiter ma tante Margaret, qui, à cette époque, pensait toujours qu'un ordinateur était quelqu'un qui organisait les droites parallèles." La classe rit, puis se tut immédiatement quand ils virent le regard fatigué du professeur. Il continua: "Tout a commencé quand quelqu'un a laissé la fenêtre ouverte dans la chambre d'un professeur d'histoire. En revenant chez lui un jour, il remarqua qu'une des colombes qui décoraient le papier peint manquait. Sa place était occupée par un vert pâle, comme le reste du mur."

"Il vérifia si les autres colombes se décollaient, mais elles faisaient bien partie du papier peint. Il regarda aussi par terre pour voir si la colombe manquante y était tombée. Ne voyant rien, il se dit qu'il avait mal vu en entrant, et, ayant mal à la tête, alla prendre un cachet d'antidouleur. Par hasard, quand il chercha son cours pour le lendemain, il ne trouva pas une de ses feuilles, celle concernant le Traité de Versailles."

Tanenbaum toussa, puis poursuivit: "Comme tous les jours, il fit cours dans sa salle au collège Henri Cohen. Quand il revint chez lui, une autre colombe était partie, et cette fois ci, quand il chercha son cours sur le Traité de Potsdam, il ne le trouva pas non plus. En se couchant, il ne vit pas que son aigle américain décoratif en bronze avait lui aussi disparu. Le lendemain, une troisième colombe disparut, avec quelques répliques de sesterces, et le cours sur le Traité de Paris"

"Décidé à en venir à bout, il appella la police. Les policiers ne comprirent pas pourquoi quelques sesterces étaient d'une telle importance, et lui demandèrent s'il n'avait jamais remarqué le défaut du papier peint, ou s'il avait laissé son cours sur la table le jour où était venu l'homme de ménage. Les policiers repartirent un quart d'heure plus tard en lui disant de parler avec sa compagnie d'assurance s'il pensait que ça valait la peine.

En allant au lit, ce jour là, il se demanda comment ces colombes étaient parties avec ses documents et pourquoi. Il m'a dit plus tard qu'il ne se sentait plus du tout sûr de lui quand il décrivait les faits aux policiers et à moi même, et se croyait victime d'hallucinations. Par suspicion, il ferma ses fenêtres à clé et sa porte à double tour avec les deux verrous."

"Il ouvrit les yeux le matin et vit à cinq centimètres au-dessus de sa tête, enfoncé dans la tête du lit, un glaive qui vibrait encore comme s'il avait été lancé récemment. Fixé à celui-ci était un message griffonné sur du papier à grands carreaux: "Bien joué. Mais je ne te rendrais pas la paix." Évidemment, une colombe de plus s'était envolée."

Le professeur inspira et continua son récit "C'est là que je suis impliqué. Ce collègue me connaissait depuis mon premier emploi, il m'a donc appelé et, après avoir expliqué son affaire, m'a supplié de venir chez lui voir ce que je pouvais y faire."

"Après avoir regardé l'appartement, j'ai ouvert et fermé les fenêtres, qui faisaient un bruit quasi-assourdissant. J'ai conclu que si il s'agissait d'un voleur, il aurait seulement pu entrer par la grande porte. Puis, j'ai fouillé les autres pièces de l'appartement. Rien ne semblait suspect, et le quartier était paisible. Je ne pouvais rien faire pour le moment. Je lui ai donc demandé de me rappeler si quelque chose de nouveau lui arrivait." Tenenbaum soupira. "C'est là que je ne sais plus dire si ce que je dis est vrai. Je ne me crois même plus, en m'écoutant."

"La prochaine fois qu'il m'appella, il se plaignit de ne plus pouvoir dormir. On lui avait vraiment volé la paix. Inquiet, je l'ai invité à loger chez moi pour un moment. Il n'eut plus de problèmes jusqu'à la fin de l'été quand il trouva un jour les quatres colombes disparues sur une table à côté de la fenêtre qui donnait sur la rue. Chez moi! Il jura comme un ivrogne, et cria à pleine voix qu'il ne me ferait plus jamais confiance. Mais ce n'était pas moi. Pendant les heures où ces faits se sont déroulés, j'étais occupé soit par mon cours, soit par l'affaire Jean Martin, que je vous expliquerais un autre jour. J'ai même vérifié mon emploi du temps et les registres de présence pour me convaincre que j'étais bel et bien absent."

"Quelques jours plus tard, le propriétaire de l'appartement de mon collègue est venu me demander de ses nouvelles. Je lui ai répondu que je ne l'avais pas vu depuis qu'il était parti de chez moi. À ce qu'il paraît, on ne l'avait plus vu chez lui non plus. Je suis repassé par l'appartement pour essayer de déduire ce qui c'était passé. J'ai trouvé les objets disparus remis soigneusement à leur place: les sesterces sur le meuble, l'aigle sur l'armoire et le cours sur son bureau. Le glaive, lui, avait disparu sans trace et le trou dans la tête du lit n'était plus visible. Pour une raison et d'une manière que je ne comprends pas, les colombes étaient recollées par quelques gouttes de sang."

"Après une longue recherche dans l'appartement, j'ai découvert que le seul membre de sa famille toujours vivant était sa soeur. Je l'ai donc invitée pour examiner l'appartement dans l'espoir qu'elle pourrait y voir plus clair que moi. Après que je lui ai eu raconté l'affaire, elle me dit que cela lui rappelait une histoire de quand il était plus jeune. Il était déjà passionné d'histoire étant adolescent, et pour se faire de l'argent de poche il travaillait pendant l'été chez un artisan du coin. Croyant qu'ils avaient beaucoup de valeur, son patron lui avait volé quelques sesterces que l'adolescent avait déterré dans un champ voisin. Pour se venger, il avait empoisonné les quatres colombes apprivoisées de son patron. Elle ajouta que pendant des années, mon collègue avait regretté cette réaction cruelle."

"Depuis, personne ne l'a vu, et le nouveau locataire, ayant entendu l'histoire de son prédécesseur, a changé le papier peint."