[CHAPITRE 03] - PAR DESSUS A TOUT !

Musique : ocean eyes - Billie Eilish

NDA :

+ Je rappelle qu'il s'agit d'une enquête alors les âmes sensibles, s'abstenir !

+ Et c'est une fiction, les lieux sont inventés, comme les personnages ! Je précise au cas où !

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CHAPITRE 03 : Noah, l'écoute


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[VENDREDI] - [Federal Bureau of Investigation, Salt Lake City, Capitale de l'Utah]


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Appuyé contre la table de la salle de pause de son étage, Jonathan touillait son café en fixant le vide. Noah... Il n'aurait pas dû arrêter Sarah dans ses recherches sur le téléphone, il y avait sûrement plus de choses là-dedans que dans toutes les conversations qu'il pourrait avoir avec Noah, sauf qu'il fallait un mandat pour ce genre de choses.

Alors que son humeur diminuait encore, Sarah passa sa tête dans la pièce, excitée.

— Il est en train de rappeler !

Jonathan abandonna son café dans l'évier : il n'en avait plus besoin. Il arriva juste à temps et Sarah décrocha lorsqu'il fut prêt.

— Allô, Jonathan Diane à l'appareil.

— Bonjour Jonathan, c'est Noah Guilbaud. Vous avez mon téléphone.

La voix de Noah était la même et ça n'avait rien de surprenant, il n'avait pas l'âge de muer et n'était pas malade. Elle était grave et posée, bien qu'on la devinait refuge d'un rire. Noah était toujours prêt à rire.

— Vous vous souvenez de moi ? demanda Jonathan, s'attirant un regard surpris de Sarah.

Noah rigola dans l'appareil et un frisson courut dans le dos de l'agent. Oui, ils se souvenaient tous les deux de ce voyage hors du temps et de la raison et Jonathan savait qu'il n'avait vraiment pas envie de revoir Noah. Si on lui avait laissé le choix, il aurait tout fait pour garder cet homme loin de lui.

— Je suis désolé de ne pas avoir rappelé avant, Jonathan, j'étais assez occupé et ça m'était sorti de la tête.

Comment un téléphone portable pouvait sortir de la tête de quelqu'un ?

— C'est plus pour vous, vous devez avoir besoin de votre téléphone.

Noah resta silencieux face à cette affirmation et Jonathan serra les dents en reconnaissant sans mal cette attitude qui le rendait si difficile à cerner.

— Noah ?

Il comprit que sa façon de prononcer le prénom du médecin faisait tiquer ses compatriotes présents mais ils ne connaissaient pas le spécimen : sinon ils comprendraient qu'il n'y avait pas d'autre façon, on devenait rapidement proche de Noah, bien malgré nous.

— Excusez-moi, Jonathan. On peut se voir demain, sur la pause de déjeuner. Je travaille le samedi. Nous pourrions manger ensemble, je vous inviterai pour vous remercier de ne pas avoir revendu mon téléphone.

Jonathan vit sur le visage de Justin, qui venait d'arriver, que c'était une victoire : dommage qu'elle ait un goût aussi amer. Aux yeux de l'agent, Noah était son ennemi personnel mais aussi quelqu'un de naïf et d'un peu étrange, pas un tueur donc. Il ne pouvait y croire, il risquait juste d'y perdre la raison.

— Demain, c'est parfait. Je passe vous chercher, parvint-il à dire.

Noah l'informa de l'heure de sa pause et également de son lieu de travail, au cas où. Bien entendu, Jonathan fit semblant de prendre tout en note et de ne pas savoir les détails qu'on lui donnait.

— C'est noté, à demain.

— A demain, Jonathan.

Et Noah raccrocha. Il était 13h45 et il reprendrait sûrement le travail bientôt.

Justin souriait.

— Bravo ! Il te mange dans la main !

Jonathan eut un rire nerveux, si seulement... Il savait très bien que Noah n'était pas un cas facile pour l'avoir pratiqué pendant plusieurs heures d'affilée. Ce ne serait pas une mince affaire.

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[SAMEDI] - [Parking du bâtiment du cabinet de Noah Guilbaud, Salt Lake City, UTAH]


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— N'oublie pas d'avoir l'air naturel, et de donner l'adresse à laquelle vous vous rendez à voix haute, qu'on puisse vous y rejoindre, en cas de problème, faisait la voix d'Amira dans son oreillette.

— Ce n'est vraiment pas nécessaire, soupira Jonathan, assis dans sa voiture garée sur le parking du complexe qu'il observait, penché sur son volant.

Le bâtiment comportait plusieurs étages mais le quatrième était celui des quatre médecins. Comment Sarah savait-elle que les victimes se rendaient à cet étage ? Jonathan ne voulait pas le savoir, l'analyste avait tendance à sortir de la légalité régulièrement. Gerson Harrison faisait exprès de ne pas y prendre garde, la laissant faire, et lorsqu'elle avait besoin d'aide, Justin était là, le jeune agent plutôt doué pour ce genre de choses. Il suffisait juste qu'elle réussisse à lui faire croire que c'était légal.

Jonathan s'observa dans le rétroviseur, essayant de déterminer si l'oreillette n'était pas un risque trop grand. Noah était beaucoup de choses mais il n'était pas stupide, loin de là.

— Je suis désolé, Amira, mais tu vas devoir te contenter du micro, je ne veux pas prendre de risque. Souhaite-moi bonne chance.

Et il retira son oreillette pour la mettre sous le tapis du siège à l'arrière, certain que Noah n'irait pas fouiner là-bas. Avec un soupir, il se lança, sortant de la voiture pour entrer dans le bâtiment. Le rez-de-chaussée était fait de couloirs et d'un ascenseur, il n'y avait personne mais une caméra de sécurité.

Il sourit lorsqu'il en découvrit une autre dans l'ascenseur. Voici comment Sarah avait réussi à savoir où allait les deux victimes. Il s'observa dans le miroir, espérant que ça passerait. Il savait qu'il avait tout d'un flic mais Noah l'avait rencontré ainsi, il n'y avait pas d'intérêt à trop pousser sa couverture.

Les murs du quatrième étage étaient aussi blancs qu'au rez-de-chaussée mais il y avait cette odeur particulière qui ne laissait aucun doute sur la présence de médecins. La secrétaire, du nom de Louisa, semblait travailler pour les quatre médecins, et elle l'accueillit d'un sourire.

— Bonjour, vous aviez un rendez-vous ?

Il n'eut aucun mal à reconnaître la voix qu'il avait eue au téléphone la dernière fois.

— Je viens chercher Noah Guilbaud...

Louisa regarda derrière lui et elle sourit, alors il ne fut pas surpris d'entendre la voix de Noah et il ne sursauta presque pas lorsqu'il vint s'accouder près de lui au comptoir pour tendre à la brune un dossier.

— Tiens, Louisa, le dossier de madame Martin, commençait Noah avant de se tourner vers le brun. Je pensais que nous avions dit 12h30, tu n'étais pas obligé de monter, Jonathan.

— Désolé, je me suis dit que j'attendrais ici...

Mensonge, il voulait fouiner un peu.

Il y eut un moment de flottement pour Noah, alors qu'il se retrouvait face à Jonathan, appréciant ses traits plus que nécessaire, et son sentiment était si naïf que son sujet ne put le rater et l'aperçut aussi clairement que s'il l'avait ressenti lui-même. Après tout, Jonathan devait être bien plus frais dans ses habits de ville bien repassés.

Noah, quant à lui, portait sa blouse et ses lunettes, ça lui donnait un air sérieux et il semblait qu'on pouvait lui faire confiance. C'était si facile, avec son expression attentive, comme s'il s'attendait toujours à être surpris par son vis-à-vis, sans se douter qu'il était toujours plus surprenant lui-même. Ses cheveux châtains étaient courts et bien coiffés, il avait l'air reposé et serein, comparé au Noah de l'avion. Le bleu de ses yeux était bien plus vif qu'en photo.

— J'ai fini alors nous pouvons y aller, fit Noah avant de regarder Louisa, lui adressant un sourire : Je vais manger, on se voit tout à l'heure.

Puis le médecin finit par inviter Jonathan à sortir le premier.

— Ta blouse, Noah, lui rappela l'agent sous couverture, le faisant sourire.

Ils purent enfin rejoindre la voiture, lorsque Noah eut échangé sa blouse avec sa veste en cuir souple et une écharpe et Jonathan le regarda considérer l'intérieur de la voiture en silence, appréciant la propreté visiblement. Pourtant le médecin était nerveux, il pouvait le sentir.

— Comment va Judd ? demanda-t-il en quittant le parking, essayant de le faire parler.

— Il va bien, il a repris l'école, il est chez sa tante aujourd'hui, répondit Noah avec une grimace qui laissait entendre que ça ne le ravissait pas. Hum, il faut que tu prennes à gauche, Jonathan.

La suite fut bien silencieuse, Noah se contentant de guider le brun vers le restaurant dans lequel il comptait manger avec lui. Jonathan cherchait un sujet de conversation pour en apprendre plus et essayer d'innocenter ou pas Noah, mais rien ne lui venait et son compagnon ne semblait pas vouloir discuter.

Ce ne fut qu'à table qu'ils finirent par discuter, mais ce fut à Jonathan de répondre aux questions du médecin : il dut parler de son métier (son faux métier, contrôleur aérien à l'aéroport de Salt Lake City) mais également de sa famille qui était bien moins nombreuse que celle de Noah. Il n'avait jamais été marié, n'avait jamais eu de relation stable à cause de son travail, ce qu'il ne pouvait pas dire. Alors il parla de la difficulté qu'il rencontrait à faire confiance et s'accusa de n'avoir pas pu fonder sa propre famille.

Noah savait écouter et il avait de bons goûts culinaires puisque le repas était délicieux. Lorsqu'on ignorait ses multiples manies, comme lorsqu'il resta pétrifié en voyant le serveur lui servir le vin jusqu'au haut du verre alors qu'il ne voulait d'un demi verre ou alors lorsqu'il trouva une tache sur la nappe, on pouvait apprécier ce repas.

Jonathan aurait aimé pouvoir entendre les réactions d'Amira dans la camionnette avec Justin, il était certain qu'ils devaient saturer ou se demander ce qu'il se passait. Mais la plupart du temps, il oubliait qu'il était entendu, Noah l'avait embarqué.

Le visage de Noah était expressif, montrant une multitude d'émotions, ce qui laissait croire qu'il n'était pas un psychopathe sans émotion. Ou alors était-il un excellent acteur ? Jonathan était rassuré de ne pas le voir essayer de le séduire ou de le toucher, ça restait une discussion entre amis, comme s'il n'y avait jamais rien eu entre eux et il n'y eut non plus aucune allusion au voyage qu'ils avaient partagé.

C'était étrange, à tel point que Jonathan se demandait s'il s'agissait de la même personne.

Il avait entendu parler de dédoublement de la personnalité et il n'aurait vraiment pas été étonné d'apprendre que c'était ce dont souffrait l'autre homme. Un dédoublement de la personnalité. Pourtant il y avait cette lueur dans les prunelles bleues, il ne pouvait la rater, c'était un rire caché derrière la surface.

Le repas prit fin sans que Jonathan n'ait pu poser une seule question ou faire parler Noah un instant, il s'était livré, avait livré l'entière histoire qu'ils avaient inventée mais également sa propre histoire lorsque la version n'était pas assez complète. Le petit sourire satisfait de Noah avait de quoi le rendre fou, alors que le médecin réglait et qu'ils retournaient dans la voiture.

Le trajet se fit dans le silence de nouveau, chacun digérant le repas et ce qu'il avait appris, pour l'un, sa défaite, pour l'autre. Jonathan se repassait la conversation en boucle, essayant de savoir s'il aurait pu revenir à ce qui l'intéressait mais son interlocuteur avait été fin et n'avait jamais laissé une seule opportunité.

Noah descendit de la voiture puis en fit le tour pour venir de son côté et tapoter contre la fenêtre de son index recourbé. La vitre baissée, le médecin se pencha soudainement dans la voiture, rapprochant son visage de celui de Jonathan, tiré de ses pensées brutalement.

— Mon téléphone, s'il te plait, Jonathan.

Le brun rougissait, il en était certain, et il essaya de garder une voix égale alors qu'il riait et se penchait, cachant ses rougeurs :

— On n'a pas fait tout ça pour rien, n'est-ce pas ? dit-il en se redressant et en tendant l'appareil.

Il avait l'impression d'être un adolescent, il n'avait pourtant plus l'âge de rougir comme une midinette à l'approche de cet homme, aussi charismatique soit-il. Il rencontra le sourire moqueur et légèrement sadique de son vis-à-vis, ce qui lui laissait croire qu'il savait parfaitement ce qu'il se passait dans sa tête.

Noah laissa quelques secondes de répit à Jonathan le temps de ranger son téléphone dans sa poche puis il vint tranquillement s'accouder à la fenêtre ouverte, souriant, le soleil rendant son regard profond et si bleu que c'en était irréel, comme ses cheveux qui alors se paraient de mille mèches d'or.

Noah Guilbaud était magnifique. Et dangereux.

— Ça n'aurait pas été pour rien, murmura le diable. Merci pour mon téléphone et ta compagnie, Jonathan. Tu n'as pas changé, ajouta-t-il avec un sourire en coin amusé.

Puis il se recula, sans l'avoir touché ou effleuré, se contentant simplement de mimer un lever de chapeau, avant de prendre la direction de son cabinet. Jonathan n'avait pas pu dire un mot, choqué, le souffle coupé par l'appréhension. Cet homme était fou.

L'agent s'anima lorsque son téléphone sonna et il décrocha.

— Jonathan, remets ton oreillette, maintenant, fit la voix compatissante de Justin.

Il les avait oubliés. Avec un soupir, il raccrocha et se pencha à l'arrière pour récupérer son oreillette.

— Hey, fit-il pour signaler sa présence et il entendit le soupir de soulagement d'Amira.

Il les laissa parler alors qu'il quittait le parking, perdu dans ses pensées, ne les écoutant que d'une oreille.

— Tu n'as pas à t'en vouloir, finit par dire Justin, le but était d'entrer en contact avec lui, rien de plus. Et c'est exactement ce que tu as fait.

« Merci, Justin. Mais alors pourquoi j'ai autant l'impression d'avoir tout foiré ? »

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Noah était assis sur son canapé, de nouveau, et son fils, assis devant lui, vaporisait quelque chose sur son doigt, du désinfectant. Du haut de ses douze ans, Judd était bien plus mature que la plupart des enfants et ce n'était pas vraiment étonnant lorsqu'on connaissait ses parents : ils ne l'avaient pas épargné.

Avec un coton, le garçon essuyait le doigt de son père qui regardait dans le vide en grimaçant.

— Comment tu as pu te couper aussi facilement ? Tu as la tête ailleurs et on a dit que quand c'était comme ça, faire des pâtes suffisait, Papa.

— Pourquoi prends-tu la voix de ta mère quand tu me fais la morale ? ronchonna le père.

Oui, Noah avait la tête ailleurs, parce qu'il n'arrêtait pas de penser, depuis qu'il avait récupéré son téléphone. N'était-ce pas surprenant que l'appareil ait toujours de la batterie après une semaine sans être chargé ? Bien entendu, il était en mode avion tout ce temps mais ça lui paraissait extrême. Pourquoi Jonathan aurait-il branché son téléphone ? Espérait-il pouvoir prendre un appel à sa place pour le contacter indirectement ? Avec le mode avion, difficile de recevoir un appel, pourtant...

Jonathan. L'homme était toujours aussi captivant, il avait oublié après ces quelques jours. Ses souvenirs du voyage était après tout assez flou, il n'avait alors pas compris à quel point sa carrure ou son ambiance était saisissante, pris dans sa phobie maladive.

La seule chose qui le frappait toujours, c'était la gentillesse du brun. Une gentillesse cachée, qu'on ne pouvait voir et qui ne s'exprimait pas par des sourires, des caresses ou de la tendresse, mais bien par des actions ou des mots. Des silences. Ça, il ne l'avait pas oubliée.

— Comment va ta tante, Juddy ? demanda le père lorsqu'un pansement bleu ciel recouvrait la coupure et que son fils remettait méthodiquement les différents éléments qu'il avait sortis de la trousse de secours.

— Elle a copain, il s'appelle Marcus. Il est sympa, on a joué au Baseball dans le jardin.

Depuis quand Fanny avait-elle un jardin et un copain ? Voilà quelque chose dans lequel il n'allait certainement pas mettre son nez, ne voulant surtout pas être la personne qu'elle appellerait lorsque ce serait fini : elle et Noah avaient de gros soucis pour se trouver quelqu'un de stable, pour des raisons bien différentes pourtant.

Noah soupira et se leva pour reprendre sa préparation du repas, faisant attention à ne pas se couper cette fois.

— Tu as récupéré ton téléphone, remarqua Judd en voyant l'appareil posé près de la télévision, en train de charger.

— C'est Jonathan qui l'avait, tu sais, notre voisin, dans l'avion.

Judd sourit ; il s'en souvenait très bien.

— C'est rigolo, c'était notre voisin aussi dans le trajet jusque Salt Lake. Vous vous entendiez bien.

Jonathan n'était pas assis près d'eux à l'origine mais ils avaient échangés les places suite à la crise que Noah avait faite. Il n'en était pas fier mais il n'avait alors pas eu le choix. Avec un sourire triste, il se remémora la chaleur de la main du brun sur son dos, brûlante contre sa peau frissonnante, et son expression alors qu'il le laissait sur le parking quelques heures auparavant.

Qu'attendait-il de lui, exactement ?

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[DIMANCHE] - [34, CallStreet Road, Salt Lake City, Capitale de l'Utah]


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Grace se promenait dans sa maison avec ses chaussons roses et son pyjama bleu usé, la télévision bien fort pour combler le vide de sa maison. Pierrick l'avait quittée un mois auparavant et elle avait encore sa veste sur le porte manteau, éternel souvenir d'un moment où elle avait été plus heureuse. Pas heureuse, mais un peu plus heureuse.

James Corben parlait fort, si fort qu'elle l'entendait de sa chambre. Grace terminait de débarrasser son assiette qu'elle laissa dans l'évier pour le lendemain, gardant son verre de vin. Le dimanche, c'était le jour qu'elle détestait le plus, parce qu'elle n'avait rien à faire. Que fait une femme célibataire le dimanche ?

Alors elle l'avait appelé, encore, elle avait essayé mais il n'avait pas répondu, comme chaque dimanche. Comme chaque jeudi. Ses cheveux bruns étaient propres et séchaient sagement, pour être parfait pour le travail le lendemain, et elle avait déjà préparé ce qu'elle porterait, l'avait bien repassé. Grace avait toujours été quelqu'un d'organisé.

Elle vérifia que tout était éteint dans la cuisine et s'apprêtait à monter se coucher lorsqu'on sonna chez elle. Curieuse, elle trouva un peignoir et jeta un coup d'oeil dans l'oeillet pour savoir qui était derrière la porte avant d'ouvrir.

Grace sourit, retira ses chaussons qu'elle ne trouvait pas beaux et les poussa sous le meuble à chaussures dans l'entrée, s'assurant qu'on ne les voyait pas. Puis elle retira les verrous, après avoir vérifié qu'elle était présentable. La brune adressa un doux sourire avant de se décaler pour laisser entrer son visiteur.

— Bonsoir, je ne m'attendais pas à vous voir ici. Je vous sers un verre ?

— Avec grand plaisir, Grace.

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[LUNDI] - [34, CallStreet Road, Salt Lake City, Capitale de l'Utah]


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— C'est sa femme de ménage qui l'a trouvée ce matin, disait un agent de police en guidant les deux agents du FBI sur la scène de crime.

Ils traversèrent le salon parmi l'équipe de scientifiques qui avait déjà investi les lieux et tendait des avertisseurs jaunes à travers la pièce, pour doucement monter les marches pour rejoindre la chambre.

Justin regardait autour de lui avec attention, suivant Amira qui semblait bien plus à l'aise avec tout ça que lui. Ça ne faisait que quelques mois qu'il travaillait avec le FBI, lui avait l'habitude des affaires de drogue, de vol ou de petits litiges et toute cette agitation le stressait. Mais son malaise n'était rien à côté de ce qu'il ressentit lorsqu'il le vit : le corps.

Grace Martin semblait dormir, les yeux clos. La couverture souillée de sang avait été remontée sur sa poitrine et la partie de son corps dépassant ne présentait aucune blessure, elle semblait simplement dormir. Ils savaient pourtant ce qu'il y avait sous la couverture.

— Grace Martin, célibataire, elle vit - vivait - seule ici et sa femme de ménage la décrit comme quelqu'un de très raisonnable, elle est dans le jardin si vous souhaitez l'interroger. Madame Martin était avocate, disait Georges, l'agent de police.

— En effet, son visage me dit quelque chose, fit Amira avec un sourire compatissant. Merci, nous allons nous débrouiller, fit-elle ensuite.

Justin ne voulait pas se débrouiller mais il s'arma de courage pour s'approcher et observer la pièce sans rien toucher, mettant ses gants.

— Lorsqu'on a vu les blessures, on a pensé à votre affaire sur le Tueur au Scalpel mais on a dû soulever la couverture pour observer tout ça, ajouta Georges en se dirigeant vers la sortie.

— Pas de problème.

— Si vous avez besoin de moi, je suis en bas, finit-il avant de partir.

Amira venait de finir de mettre ses gants et elle prit quelques photos avant de se saisir des bords de la couverture de son côté du lit, attendant que Justin soit prêt avant de doucement la retirer. Avec attention, elle posa son regard sur Justin qui observait le corps. Son regard avait changé, il venait de faire la part des choses et ne voyait plus Grace comme un être vivant.

C'était ce qu'ils apprenaient tous à faire, c'était le premier conseil que Tony donnait et Justin était particulièrement lent à le faire.

— Les coupures sont exactement au même endroit à chaque fois, le schéma est toujours le même, fit Justin, sortant Amira de ses pensées. Ce sera à Tony de comparer plus en détails, ce n'est qu'une première analyse.

C'était la première fois qu'ils travaillaient ensemble de cette façon et c'était normal qu'il y ait encore des détails à régler mais Amira était expérimentée et Justin apprenait vite.

Le coup au cœur avait été fatal et il n'y avait aucun signe de lutte, tout c'était passé comme prévu. La femme était toujours habillée et elle n'avait pas été déplacée après les coups de couteau. Un couteau avec une lame très aiguisée, assez pour transpercer la chair, la lacérer.

— Tony a parlé d'un scalpel, fit Amira en prenant une photo supplémentaire.

— C'est certainement un scalpel, en effet.

Ils furent interrompus par des hurlements dans la rue et Justin fut le premier à la fenêtre pour apercevoir un homme retenu par le cordon de sécurité que formait la police présente et les scientifiques.

— GRACE, NON ! criait-il avant de s'effondrer à genoux sur l'asphalte et Justin soupira.

Quel métier de merde !

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FIN DU CHAPITRE 03

Ecriture le 28/12/2019

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RÉPONSES AUX REVIEWS :

Yume [CHAP 02] :

J'ai changé les prénoms, désolé ! Alejandro (anciennement Yoan) et Justin sont adorables, j'avoue [coeur] Je ferais sûrement une histoire centrée sur eux quand celle-ci sera terminée ! Et pour Jonathan, pourquoi a-t-il analysé le portable ? Voici une bonne question ! Nous verrons cela plus tard ! J'espère que ce chapitre t'a plu ! Encore désolé de mon rythme ralenti !

qqn [CHAP 02] :

Jespère que ce troisième chapitre t'a plu, désolé pour le retard de publication !