Ce texte a été écrit dans le cadre de la centième nuit du FoF. Il fallait respecter le thème imposé de "charolais" et une limite de temps d'une heure, tout en utilisant au moins trois langues différentes. Pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un MP.


Marion ne peut s'empêcher de râler un peu dans l'étable saturée de moiteur :

« Je ne sais pas si c'est morbide ou affligeant. »

Le sourcil froncé de Kévin la pousse à préciser sa remarque :

« Visiter un élevage de vaches charolaises. Tu te rends compte qu'à la fin de ce petit tour on va nous proposer de repartir avec des pièces de viande ? Leur viande ? »

Son doigt pointe en direction des animaux qui mastiquent.

Kévin tente de la tempérer :

« Morbide, je comprends, ça l'est un peu. Mais pourquoi affligeant ? C'est une très bonne idée pour l'éleveur de faire sa publicité. »

Marion ne répond pas. Elle se contente de tourner son doigt vers une souriante jeune femme aux cheveux blonds décolorés, en train de se prendre en selfie avec une vache qui a relevé le museau tout en continuant à agiter sa mâchoire débordante de fourrage.

« What a wonderful cow ! »

Le ton est extatique. Comme si c'était la première fois que cette touriste approchait un bovin.

Kévin lui concède l'argument :

« Bon, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Même si je pense que si ma belle-sœur était là, elle serait tentée de citer asinus asinum fricat. Ou plutôt bos bovem fricat. »

Marion l'interroge tout en s'écartant pour laisser passer deux enfants en train de jouer :

« Ce qui veut dire ? »

La réponse est laconique :

« Qui se ressemble s'assemble. »

Marion regarde à nouveau la jeune touriste blonde :

« C'est peut-être un peu vache pour la vache. »

Elle s'arrête à ce commentaire. Le silence continue entre Kévin et elle pendant qu'ils observent le reste du groupe qui écoute les explications de l'éleveur, propose du foin aux ruminants, ou mitraille le reste de l'étable à larges coups d'i-phone.

Un des photographes recule d'ailleurs dans le dos de Kévin et tous deux se retournent en s'excusant :

« Es tut mir leid.

— Ah, ce n'est rien, il n'y a pas de mal. »

Un sourire partagé assure la fin de l'incident.

Marion reprend :

« C'est fou quand même le nombre de touristes étrangers, juste pour quelques vaches. »

Kévin acquiesce :

« L'office de tourisme a particulièrement bien vendu cette excursion.

— Ce doit être le prix réduit et la promesse de grillades à la fin », analyse Marion.

Ce sont d'ailleurs ces deux arguments qui les ont amenés dans cette exploitation.

« D'avoir vu les vaches ne t'empêchera donc pas de manger leur viande en grillade ? » questionne malicieusement Kévin.

La réponse de Marion fuse aussitôt de son estomac :

« Bien sûr que non. Rien ne me séparera des grillades ! »