RESUME : Il était une fois, une jeune femme qui ne ressemblait en rien aux autres jeunes femmes de son âge. Estelle aimait la mer, les embruns et le bruit des vagues heurtant la coque d'un navire profilé pour les longues courses en mer, mais tous les voyages peuvent être dangereux et tous les dangers peuvent mener à des rencontres improbables et fantastiques.

Cette fic a été écrite pour Syrène T dans le cadre du défi "Faites un vœux 2019" du groupe "Papotage, Ecriture, Lecture et Bonne Humeur". Pour bien débuter cette année, elle avait envie de lire une fic avec "un conte maritime ou aquatique. Peu importe le fandom, peu importe même que ce soit un texte inédit, via FictionPress ou tout autre site."

Alors en fait, j'avais déjà écrite cette fic dans le cadre d'un défi que je m'étais lancé de jouer avec les contes connus en inversant tout ce qu'on prenait pour acquis. Quand j'ai vu ta demande j'ai donc repris le texte, je l'ai modifié et retravaillé et voilà, je te l'offre avec un énorme plaisir.

En espérant que cela te plaise et vous plaise !

Bonne lecture


ENTRE DEUX MONDES

Il était une fois, une jeune femme qui ne ressemblait en rien aux autres jeunes femmes de son âge, ce qui, d'ailleurs, l'indifférait totalement !

Estelle était la fille du gouverneur de Port Royal et, en tant que tel, la jeune fille avait pris l'habitude de traîner autour puis sur les bateaux dès son plus jeune âge, malgré les demandes de prudence et de bienséance que son père avait parfois l'impression de lancer dans le vide. La jeune fille était bien trop attirée par les bateaux pour renoncer à naviguer et d'un sourire, elle savait comment désarmer les réticences de son père. Ce fut donc ainsi qu'elle finit par gagner sa place sur l'un des trois mâts du Gouverneur, L'Atlante, un superbe vaisseau qui allait d'îles en îles avant de revenir à son port d'attache, ne s'absentant souvent que quelques jours alors que la jeune femme rêvait de bien plus ; mais c'était déjà ça !

Oh bien sûr, au départ les gens ne cessaient de lui dire que ce n'était pas sa place et qu'une femme sur un navire était synonyme de malheur, mais elle leur avait rit au nez. Par son énergie, par son application et son sens de la navigation, elle avait donc fini par acquérir sa place parmi les marins et ils la respectaient comme l'un des leurs. Cela la ravissait. Plus que tout, Estelle aimait se trouver là, sur l'eau, affrontant les éléments, aidant les marins et s'imaginant capitaine au long cours pour le reste de sa vie, même si elle savait qu'elle ne le serait sans doute jamais… C'était un vrai crève-cœur, mais elle ne pouvait rien faire contre son destin. Elle était la fille du gouverneur, elle ne pourrait donc jamais s'engager pleinement dans la marine. C'était dommage. Elle était plus douée que certains hommes et ils l'appréciaient… Vraiment, ils l'appréciaient.

Ce que la jeune femme n'avait pas remarqué au fil de ses voyages c'est qu'elle avait un autre admirateur. Chaque fois qu'elle traversait la même baie, il la regardait, comme captivé par sa longue chevelure rousse et ses yeux verts. Estelle ne le remarquait pas. Elle était bien trop occupée par ce qui se passait sur le bateau pour voir ce qui se passait à l'extérieur.

Et ce soir encore plus que tous les autres jours, car la mer était mauvaise et agitée… Le bateau tanguait et luttait. Les marins devaient se battre pour ramener la voile avant que le mât ne se brise. Depuis qu'elle était enfant, Estelle avait déjà connue des tempêtes sur l'eau mais rien ne lui avait paru aussi violent que la tempête qu'elle était en train de vivre.

La jeune femme était concentrée sur les cordages qui menaçaient de se rompre, concentrée sur la coque qui craquait comme jamais elle n'avait craqué. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais elle sentait que tout cela ne pourrait pas se finir bien et un léger frémissement remonta le long de son échine.

Ce fut à cet instant que l'un des marins se mit à hurler.

- Attention ! Les cordages cèdent !

Estelle redressa instinctivement la tête au moment où la corde se brisa brutalement. Les mâts des voiles pivotèrent brutalement et l'un des marins cria pour tenter de prévenir la jeune fille.

- Mademoiselle ! Ne restez pas là !

Toutefois, Estelle ne fut pas assez rapide. Frappée par le mât, la jeune femme fut propulsée par-dessus bord et atterrit lourdement dans l'eau. Le marin qui avait crié pour l'avertir courut au bastingage en hurlant à nouveau par-dessus le fracas de la tempête.

- Mademoiselle !

Mais l'eau était si déchaînée que tout lui sembla gris. Il ne parvint pas à localiser la jeune fille et hurla une nouvelle fois.

- Mademoiselle Estelle !

Sans vraiment savoir si son hurlement avait servi à quelque chose, il vit soudainement une tête émerger des flots. Estelle gagna la surface en crachant de l'eau. Le choc l'avait en partie assommée et elle avait commencé à couler, mais son instinct de survie l'avait rattrapée et elle avait trouvé la force de remonter à la surface de l'eau.

Toutefois, la mer était si déchaînée qu'elle peinait à se maintenir à flot. Un homme hurla son nom par-dessus la tempête et elle tourna la tête vers son bateau au moment où le reste des cordages céda. Les voiles se déplièrent, prirent le vent et le mât fut soufflé comme un fétu de paille. Il se brisa en grinçant, entraînant dans sa chute le deuxième mât. Estelle poussa un cri de terreur en voyant le bateau finir de se briser en deux.

Les marins hurlèrent de terreur et ne pensèrent plus à la sauver. Les débris de navire volaient maintenant autour d'elle pendant qu'il se disloquait. Une partie du mât tangua dangereusement dans sa direction et s'abattit sur la jeune fille qui tenta de l'éviter tout en sachant qu'elle ne serait pas assez rapide.

Elle se voyait déjà périr lorsque des bras puissants l'enserrèrent par la taille et l'arrachèrent à ce funeste destin. Elle ressentit bien le choc du mât frappant l'eau non loin d'elle, mais c'était si étrange. Son sauveur quelque qu'il soit semblait nager à une vitesse étonnante. Elle tourna un peu la tête, apercevant de longues mèches brunes avant que la tête ne lui tourne et que, sous le coup de l'émotion, elle ne perde connaissance.

...

Les eaux paraissaient légèrement plus calmes lorsque que des bras, fin et musclés, déposèrent Estelle sur la plage saine et sauve. Une main caressa sa joue et la jeune fille ouvrit les yeux. Sa vue était légèrement floue, mais elle distingua nettement quelqu'un au-dessus d'elle. Elle gémit et ferma les yeux une fraction de seconde. Lorsqu'elle rouvrit les yeux la personne semblait avoir disparue. Intriguée, elle se redressa vivement et aperçut juste à temps une mèche de cheveux brune disparaître derrière un rocher. La jeune femme se redressa en chancelant.

- Hey ! Non ! Ne partez pas !

Elle tenta de courir jusqu'au rocher et se pencha, tombant nez à nez avec un jeune homme sensiblement du même âge qu'elle aux longs cheveux bruns et aux yeux verts. Il sursauta en la voyant et la jeune femme lui sourit.

- C'est vous qui m'avez sauvé ? Vous n'étiez pas sur le bateau !

Tout en parlant, elle fit le tour du rocher et se figea. A la place de jambes, le jeune homme avait une grande queue de poisson bleue.

Estelle ouvrit la bouche de stupeur et secoua la tête pour voir si elle ne rêvait pas avant de s'exclamer.

- Attendez,mais vous êtes une sirène ! Non un sirène ou… Comment dit-on en fait ?

Son étrange sauveur ne lui répondit pas, se contentant de détailler la jeune fille de ses yeux couleur océan. Il y avait un peu de peur dans son regard et cela l'attrista car elle ne lui voulait pas de mal. Après tout, il venait de la sauver. Elle fit un pas et il recula un peu plus contre le rocher. De la douleur marqua son visage et Estelle sursauta légèrement. De la douleur… Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle remarqua sa main plaquée sur son côté gauche. Une main qui se couvrait de sang. Il était blessé… Pour lui être venue en aide, il avait été blessé. De l'inquiétude barra le front de la jeune fille qui leva les mains pour tenter de lui montrer qu'elle ne lui voulait pas de mal avant de dire tout en lui souriant.

- Vous êtes blessé ? Laissez-moi regarder s'il vous plaît, je ne vous ferai pas de mal, je vous le promets.

Elle fit un pas de plus et l'homme sirène ne bougea pas, se contentant de la détailler avec application.

- Voilà… Ne vous enfuyez pas. Je veux juste regarder.

Estelle fit un nouveau pas vers lui, observant sa longue queue bleue qui bougea doucement.

- Je m'appelle Estelle et vous ? Demanda-t-elle en s'agenouillant presque au ralenti auprès de lui.

Elle le vit frémir sans lui répondre et sourit.

- Vous ne savez pas parler ?

L'homme sirène frissonna une nouvelle fois et murmura d'une voix douce et cristalline.

- Adame…

- Enchantée Adame, je vous dois la vie.

- Je… Je ne pouvais pas vous laisser périr de cette façon. Vous êtes une si habile navigatrice…

- Comment pouvez-vous le savoir ? Demanda Estelle un peu étonnée.

Adame baissa la tête et lui répondit en murmurant.

- Je vois souvent passer votre navire et…

La jeune femme sourit.

- Vous m'observez ?

L'homme sirène parut gêné et recula un peu, mais il laissa échapper un petit gémissement qui ramena Estelle à la réalité. Il était blessé. La jeune femme fit un pas en avant et posa une main sur son bras. Un bras ferme dont elle sentit les muscles se nouer par réflexe.

- Non, n'ayez pas peur, vous venez de me sauver de la noyade, je ne vous ferai pas de mal.

Adame frémit et se détendit un peu, appréciant de voir la jeune femme lui sourire, lui qui la trouvait si belle. Elle posa les mains sur la sienne, écartant ses doigts pour mieux voir sa blessure. Il lutta contre un léger tremblement de réflexe et la laissa faire.

Estelle tenta de faire abstraction du sang qui coula sur ses doigts et observa la plaie. Une grande écharde de bois l'avait poignardé et se trouvait encore dans sa blessure. Elle frissonna en tentant de lui cacher à quel point sa blessure était grave. L'écharde était grosse comme la lame d'un poignard et, en fonction de sa longueur, elle pouvait avoir fait de graves dégâts dans l'abdomen de son sauveur… La jeune femme releva la tête.

- D'accord, ne vous en faites pas, ça va aller.

- Il faudrait juste la retirer, dit Adame en faisant mine de le faire.

Mais Estelle sursauta et arrêta son geste.

- Surtout pas ! Vous allez saigner à mort. Il faut d'abord que je trouve de quoi soigner cette plaie. Ne bougez pas d'ici !

Estelle se redressa et regarda autour d'elle. La mer chariait les débris de son bateau fracassé et la jeune fille ressentit un pincement au cœur en pensant à tous ceux qui avaient péris. Elle espérait que certains de ses matelots aient pu sauver leurs vies. La mer était si injuste parfois.

Tout en chassant ses idées noires, la jeune femme parcourut rapidement les débris, ouvrant plusieurs coffres à la recherche de quelque chose d'utile avant de tomber sur la mallette du médecin de bord. En la prenant, elle pensa à lui. C'était un homme d'une soixantaine d'année jovial, mais peu sportif, elle pria pour qu'il soit en vie tout en faisant demi-tour en courant pour rejoindre Adame.

Quand elle arriva près du rocher, elle eut peur qu'il n'ait disparu, mais il était toujours là, appuyé contre la roche, les yeux clos. Le vent faisait voleter ses mèches brunes et elle trouva sa peau d'une blancheur alarmante avant de se rappeler qu'il vivait sous l'eau. Sa main gauche était rouge de son sang. Elle observa les mouvements irréguliers de sa poitrine et comprit qu'il devait souffrir. Tout doucement, elle s'agenouilla de nouveau à ses côtés et sa main caressa doucement sa joue.

- Hey… Adame ?

L'homme sirène frémit doucement et ouvrit les yeux en grimaçant. Il avait mal. Estelle le comprit et lui pressa plus fort la joue.

- J'ai trouvé de quoi à vous aider.

Retirant sa main de sa joue, elle ouvrit la mallette et observa les bandes et les aiguilles pour recoudre la plaie. Elle n'avait jamais fait ça avant, mais elle devait lui venir en aide. La jeune femme prit une pince et écarta doucement la main de son sauveteur blessé. Elle referma la mâchoire de la pince sur la longue écharde et l'encouragea.

- Je pense que ça va vous faire plutôt mal.

- Faites-le… Lui répondit Adame avec une voix fatiguée.

Estelle pressa son bras pour lui transmettre un dernier encouragement puis tira doucement l'écharde hors de la plaie. La poitrine d'Adame se crispa et il laissa échapper un long gémissement de douleur en se cabrant. Estelle s'appliqua sur sa tâche, sentant son cœur se serrer en découvrant la longueur de l'épine enfoncée dans son côté. Elle faisait près de vingt-cinq centimètres et la blessure était bien plus grave que ce qu'elle avait pensé. Elle fit attention à ne pas laisser de petits morceaux d'écharde dans la plaie et la déposa sur le automatiquement, elle dut lutter contre l'hémorragie qui se déclencha. Elle empoigna un bout de tissus qu'elle avait ramassé au passage parmi les débris et le mit en boule avant de le presser sur le côté d'Adame. Ce dernier se cabra en gémissant et sa main glissa sur celle de la jeune femme, comme pour la supplier de ne pas lui faire mal.

- Je dois arrêter votre sang.

Son corps se mit à trembler légèrement pendant que ses yeux se fermaient malgré lui et que sa respiration devenait difficile. Estelle sursauta. Il n'allait pas bien… Il était en train de mourir. Les médecins de son père pourraient lui venir en aide, mais c'était un homme sirène ou un triton non ?Ils seraient bien capables de l'achever pour le disséquer. Non, il n'y avait qu'elle qui pouvait le soigner. Elle était la seule à pouvoir l'aider. Alors, elle continua à faire pression sur la plaie en l'encourageant du mieux qu'elle le pouvait.

- Allez, il faut garder les yeux ouverts… Il faut continuer à me regarder !

Adame lui sourit faiblement avant de se mettre à trembler. Il avait tellement mal.

- Je me sens fatigué.

- C'est la perte de sang… Quelle idée de venir me sauver aussi ? Ajoute Estelle en souriant.

Adame lui rendit son sourire mais, la jeune femme lut surtout un réel épuisement sur son visage et son inquiétude grandit d'un coup.

- Courage…

Soudain, une idée lui traversa l'esprit et elle demanda à son sauveur d'un air inquiet.

- Au fait combien de temps pouvez-vous rester hors de l'eau sans ressentir d'effet ? Vous voulez que je vous aide à…

- Non… Tout va bien, la coupa doucement Adame. Ce n'est pas d'être hors de l'eau qui m'épuise…

- D'accord, je vais faire vite, dit la jeune fille en faisant glisser doucement ses doigts sur sa joue.

Adame frémit à son léger contact avant de lui sourire. Lui qui avait tellement rêvé de lui parler ou la toucher, il n'en revenait pas qu'elle soit là, à prendre soin de lui. Estelle se força à lui sourire et retira un peu le tissu. Le sang ne lui sembla plus couler et la jeune fille prit une bouteille d'alcool.

- Ça va faire mal mais je dois désinfecter avant de recoudre.

Adame hocha la tête et Estelle versa doucement le liquide sur la plaie. Le blessé se cabra de douleur en gémissant et la jeune femme tamponna doucement la blessure en tentant de serrer les dents pour s'obliger à cacher combien elle était inquiète.

- C'est fini, je suis désolée… C'est fini.

Adame haleta quelques secondes. Jamais il n'avait eu aussi mal de sa vie mais, il parvint à rester conscient. Estelle prit les aiguilles et dû repousser l'un de ses propres frémissements.

- Encore un peu de courage.

Elle mit du fil et entreprit de coudre la plaie. Le jeune homme sirène se crispa et gémit doucement, sursautant légèrement à chaque point, mais il savait qu'elle faisait ce qu'elle pouvait pour l'aider. Alors, il serra les dents et se laissa faire. Estelle se concentra sur sa tâche et, au bout de dix minutes, elle fit le dernier point. Elle coupa le fil et se redressa.

- J'espère que ça ira…

- Merci…

Elle lui sourit et une étrange envie monta en elle. La jeune femme allait se pencher doucement sur Adame quand un cri retentit de l'autre côté de la plage.

- Mademoiselle Estelle !

La jeune femme suspendit son geste et se redressa. Un marin arrivait vers elle en courant. Un marin qu'elle reconnu tout de suite.

- Alistair !

C'était le marin qui avait essayé de la sauver. Il avait survécu.

- Alistair ! Hurla la jeune femme en bondissant sur ses pieds.

Elle agita les bras pour qu'il la remarque avant de penser soudainement à son sauveur. Elle baissa les yeux sur lui.

- Je suis désolé. Je dois rassurer mon père et il vaut mieux qu'il ne vous remarque pas.

- Je comprends, lui répondit Adame avec un regard fatigué.

Doucement, il se fit glisser vers l'eau. Estelle frémit et fut soudainement prise d'une peur étrange, celle de ne plus jamais le revoir.

- Attendez ! Pouvons-nous nous retrouver ici demain à l'aube ?

Adame se tourna vers elle et fut charmé par son joli sourire.

- Bien sûr, lui répondit-il.

Le sourire d'Estelle devint plus grand.

- C'est merveilleux ! Alors à demain !

Puis, elle se détourna d'Adame et se mit à courir pour rejoindre Alistair dans les bras duquel elle sauta littéralement.

OoooO

Le lendemain matin, Estelle se leva sans faire de bruit et courut à l'endroit où elle devait retrouver Adame. Elle contourna les rochers, le cœur palpitant et se figea en découvrant qu'il n'y avait personne. Une violente déception lui étreignit la poitrine. Elle était pourtant si sûre qu'il viendrait… Mais en même temps, l'océan était si vaste, pourquoi prendrait-il le temps de venir la voir, elle ! La jeune femme lutta contre sa désillusion et s'apprêtait à faire demi-tour lorsqu'un bruit étrange vint avec les vagues. Elle se retourna et vit Adame s'échouer sur la plage. Son corps fut rouler par les vagues et le jeune homme sirène mit un moment avant de se redresser.

- Adame ! S'exclama Estelle en courant vers lui.

La jeune fille se jeta à ses genoux et posa ses deux mains sur ses épaules au moment où il se redressait. Un grand frisson le parcourut et son regard se posa sur le visage d'Estelle.

- J'ai cru que je n'arriverais pas à temps.

- Tout va bien ?

- Oui… Murmura Adame.

Mais Estelle comprit qu'il lui mentait. Elle baissa les yeux à sa blessure et la trouva rouge et gonflée. Elle posa une main de dessus et le sentit frémir pendant que la chaleur irradiait sa main.

- Je n'ai pas dû assez désinfecté.

- Si, je vais bien.

- Vous êtes sûr ?

Adame lui sourit et remit l'une des mèches de cheveux de la jeune fille en place, effleurant sa joue.

- Oui, il ne faut pas avoir peur.

Estelle lui sourit et les deux jeunes gens restèrent assis sur la plage à discuter de leurs vies.

Leur discussion dura une bonne heure puis, Estelle fut obligée de rentrer rapidement et les deux nouveaux amis se promirent d'être là demain matin à la même heure.

Pendant une semaine, leur rencontre matinale fut un vrai rituel. Ils étaient heureux de se revoir chaque matin pour parler et se décrire leur monde respectif, mais Estelle était inquiète.

Au fil de la semaine, elle constata que l'état d'Adame se dégradait lentement. L'homme sirène ne voulait pas l'alerter, mais sa blessure lui semblait chaque jour pire que le précédent. Elle le trouvait de plus en plus blanc et fatigué et ne cessait de penser que l'eau et le sel n'était pas un environnement sain pour soigner une blessure de ce genre, mais que pouvait-il faire d'autre ? L'océan était sa maison. Il ne pouvait rester sur la plage…

Le septième jour lorsqu'Estelle arriva à leur rendez-vous son cœur gela sur place d'un coup et un cri se noua dans sa gorge… Un cri de désespoir !

- Adame !

Le jeune homme sirène était là, étendu sur le sable, tourné vers elle, les yeux clos. Sa blessure boursouflée et à nouveau ouverte suintait à la fois du pus et du sang qui se répandait sur le sable. Son corps et son visage étaient si pâle qu'il semblait déjà mort.

La jeune femme se jeta à ses genoux et souleva son corps pour l'allonger dans ses bras en l'appelant.

- Adame ! Ce n'est pas possible ! Adame !

Elle le secoua doucement et le jeune homme entrouvrit légèrement les yeux. Un frémissement parcourut son corps épuisé et il murmura en levant une main pour lui caresser doucement la joue.

- Estelle… J'ai tellement eu peur de ne pas voir votre visage une dernière fois…

- Adame ! Pleura la jeune femme. Ce n'est pas possible !

- Je suis désolé… Ma blessure ne peut guérir dans l'eau…

- C'est que je vous ai mal soigné.

- Non, c'est ainsi… Chez nous une blessure comme celle-ci est égale à la mort… Je ne pouvais pas guérir.

- Oh mon Dieu… Je suis désolée…

- Il ne faut pas, cette semaine a été la plus belle de toute mon existence, je ne regrette rien, murmura le jeune homme sirène en fermant lentement les yeux.

Estelle sursauta en comprenant que son ami était en train de mourir… Il mourrait parce qu'il lui était venu en aide.

Des larmes lui montèrent aux yeux et elle murmura en le serrant plus fort dans ses bras.

- Non, je vous en prie, non… Il ne faut pas mourir ! Adame…

Sa main se posa sur sa joue qu'elle pressa fermement.

- Adame ! Il ne faut pas mourir, je vous aime… Mon Dieu, comme je vous aime !

Ne réfléchissant pas à ce qu'elle faisait, Estelle déposa un doux et langoureux baiser sur les lèvres de son amour en train de mourir. Un baiser de désespoir qui se mêla à ses larmes.

Ses lèvres se détachèrent des siennes au moment où elle comprit qu'il était en train de laisser filer son dernier souffle de vie. Ses larmes se firent plus fortes et tombèrent sur les joues de son ami.

- Je vous aime…

Mais ses mots étaient si dérisoires… Le jeune homme sirène venait de mourir dans ses bras.

Estelle pleura plus fort et laissa retomber sa tête sur sa poitrine. Ils n'étaient pas du même monde, mais les deux jeunes gens s'étaient tout de suite compris et ils s'aimaient… Elle savait qu'il l'aimait aussi.

Toute à ses larmes, elle ne se rendit pas compte que la mer faisait des vagues étranges… Des vagues qui se dressèrent dans son dos en une gerbe d'eau d'où une étrange lumière partit. Elle frappa le corps de l'homme sirène et se dissipa doucement.

Estelle comprit enfin que quelque chose se passait et redressa la tête, écarquillant les yeux de stupeur devant le spectacle qui s'offrait à elle.

D'autres lumières jaillirent de l'océan et vinrent envelopper le corps de son ami, lui prenant des bras. Estelle frémit, ne comprenant pas ce qui se passait, mais d'autres lumières s'ajoutèrent et le corps d'Adame sembla changer. Sa queue disparut lentement, faisant place à deux jambes et lorsque les lumières le déposèrent sur le sable, ce n'était plus un homme sirène, mais un jeune homme à la belle chevelure brune.

Estelle se rapprocha doucement. La blessure purulente et laide avait disparu de son torse et elle eut l'impression que sa poitrine se soulevait de nouveau. Mais c'était impossible ! Il était mort dans ses bras.

Elle s'agenouilla et posa une main tremblante sur son épaule.

- Adame ?

Le corps du jeune homme frémit et ses grands yeux verts s'ouvrirent, la faisant sursauter.

- Adame ! S'exclama-t-elle de joie.

- Estelle, murmura le jeune homme en se redressant sur un coude.

Il passa un bras autour de sa tête et sans la laisser lui parler, l'embrassa fougueusement.

Surprise, Estelle se laissa faire avant de lui rendre son baiser. Lorsqu'ils se séparèrent, la jeune femme prit sa tête entre ses mains.

- Mais vous êtes mort dans mes bras et vous aviez… Que s'est-il passé ? Je ne comprends plus rien.

- Nous les sirènes sommes condamnées à vivre sous l'eau, loin des hommes, mais lorsqu'un humain tombe sincèrement amoureux de nous, la magie de l'océan nous permet de rejoindre cet amour sur la terre ferme s'il est véritable et sincère.

- Mais vous étiez mort !

Adame sourit et passa une main dans les cheveux d'Estelle tout en la détaillant avec des yeux remplis d'admiration.

- C'est votre amour qui m'a sauvé…

Estelle lui rendit son sourire et se pencha pour l'embrasser une nouvelle fois. Plus rien ne pourrait les séparer maintenant.