J'observais avec attention mes chaussures, le fait de les regarder me donnait l'impression que le temps passait plus rapidement. Je n'ai jamais été de nature très patient. J'entendis des pas se rapprocher de moi, mon regard se tourna vers l'homme qui venait dans ma direction.

« Suivez-moi Monsieur Rox, vous avez enfin l'opportunité de le rencontrer. »

Je ne pus réprimer un rapide sourire. Cela faisait bien des mois que j'attendais cette rencontre. Cette entrevue était l'élément clé pour faire un bond dans ma carrière de journaliste de pacotille.
Je me levai et le suivi sans dire le moindre mot. Il n'y avait pas un seul bruit dans cet immense couloir, coloré que de blanc. Bien que ce soit la couleur qui doit représenter la pureté, cela procurait un sentiment d'inconfort.

Je vis les portes qui défilèrent à ma gauche, parfois la petite gouttière qui sert à donner la nourriture était ouverte. Je pus voir à travers les occupants de certaines chambres. Ils étaient tous différents dans leur folie cousine. Un qui fixait le mur en face de lui, un autre qui s'était recroquevillé dans un des coins de la pièce.

Une porte s'ouvrit nous laissant passer. C'était une simple pièce, avec une seule table au milieu de l'espace. Deux chaises se trouvaient près d'elle. Au centre de la table se trouvait un énorme anneau, je devinai rapidement à quoi il servait.

« Monsieur attendez ici quelques instants, nous allons le chercher.

_Très bien, ne me faîtes pas trop attendre je vous prie. »

Il quitta la pièce, me laissant seul une nouvelle fois. Des questions me vinrent immédiatement à l'esprit, cela en était presque automatique. Interroger était ma spécialité depuis l'enfance, je suis bien trop curieux pour m'en empêcher.

Je n'attendis pas plus de cinq minutes qu'ils ramenèrent un jeune homme, ses cheveux lui cachaient son regard, son corps était bien mince, je devinais qu'il était au bord de l'anorexie. Une légère pointe de pitié me traversa, son image m'attristait, mais il ne fallait pas que je relâche ma garde avec cet adolescent. Ils attachèrent la chaîne de ses menottes à l'anneau de la table et le firent s'asseoir. Sans dire un mot ils nous laissèrent, j'avais bien remarqué leur gêne apparente, ils n'avaient pas l'air heureux d'être dans la même pièce que lui. Je ne perdis pas une seconde pour attaquer la bête.

« Bonjour monsieur King, je me présente Steven Rox, journaliste de la new Jon's Demm. Je voudrais vous poser quelques questions sur l'histoire qui s'est déroulée il y a de ça un mois. Alors pour commencer...

_Vous voulez savoir si je les ai tués n'est-ce pas ?

Pour la première fois il me regarda, son regard n'était pas celui d'un jeune. Il ressemblait plus à celui d'un animal féroce. Je savais y faire avec les brutes, mais lui, c'était une autre histoire.

_Nous savons tous deux que ce n'est pas vous qui les avez tués. Ce que je désire, c'est que vous me racontiez ce qui s'est passé cette nuit-là

_Et pourquoi le ferais-je ?

_Pour vous soulager la conscience. Cela ne doit pas être facile de vivre ici, entouré de personnes qui ne veulent point vous écouter. Moi je ne suis pas comme eux, je suis quelqu'un de très attentif et je veux votre version, pour révéler au grand jour ce qu'il s'est passé. »

Il fit mine de réfléchir un instant, puis d'un coup il projeta sa tête sur la table. La cognant à plusieurs reprises contre le bord de celle-ci. Je sursautai et me levai de ma chaise, j'allais appeler les infirmiers mais il me stoppa.

« Je crois, que vous avez attendu beaucoup de temps avant de pouvoir me rencontrer. Alors si j'étais vous, je reposerais mes fesses sur cette chaise immédiatement.
Vous qui souhaitez tant savoir, je vais vous raconter notre histoire à Jack, Mattew et bien-sûr moi. Monsieur Rox, cela va durer un certain temps.

_Ne me faîtes plus ce genre de frayeur ou sinon j'appelle les infirmiers !

_Pas besoin de crier pour ce genre de bassesse. Il fallait juste que je me réveille, ils ont doublé mes médocs depuis ce jour. Alors par où nous allons commencer ? Hum, peut-être par mon arrivé, elle reste un souvenir très précis dans ma mémoire... »

Il me raconta en détail sa rencontre avec Jack Jones et Mattew Storn, deux anciens internés qui avaient à peu près son âge. Chaque moment décrit me donnait l'impression d'avoir vécu le souvenir en question. Je pris note de tout ce qu'il avait dit.

« Une infirmière venait de m'emmener dans une immense salle. Je l'avais nommé, « L'attente du ciel ». Elle m'ouvrit les portes et me laissa passer devant elle, j'entendis vaguement l'information que quelqu'un viendra me chercher quand ma chambre serait prête de m'accueillir. J'étais dans un autre monde, un paysage dont je ne pouvais point détourner les yeux. Un immense mur faisait plus qu'un avec une vitre qui devait faire quasiment sa taille. De cette fenêtre, on pouvait admirer sans peine la forêt qui régnait. Les collines au loin cachaient presque le soleil couchant, le ciel de milles couleurs explosait. Je me disais tristement que c'était bien dommage que cette merveilleuse vision allât bientôt disparaître pour laisser place à la nuit noire. Ne voulant pas en prendre une seconde, je restais debout bien en face de la vitre. Je ne faisais pas attention aux nombreuses personnes qui s'ennuyaient assis à une de multiples tables qui peuplaient la pièce. De toute façon je n'avais pas envie de m'asseoir avec des personnes avec le triple, voir le quadruple de mon âge. J'avais juste envie de rester seul, seul avec cette vision angélique.

Mais quelqu'un osa interrompre ma contemplation en m'appelant.

« Eh toi, tu ne vois pas que tu gênes la vue ?

Ma tête se tourna vers la source de cette voix, elle provenait de la table qui se trouvait juste derrière moi. Celle-ci était occupée par deux garçons qui avaient l'air les plus jeunes de la salle. Un ayant les cheveux bien longs, qui lui cachait son visage qui était déjà baissé vers la table. L'autre qui me regardait avec insistance, cela devait être lui qui m'avait parlé.

_Je ne voulais pas.

_Mattew et moi ne venons pas en avance pour choper la meilleure place pour rien ! De plus, il est interdit de rester debout bien longtemps dans cette salle, si un infirmier te voit, tu vas passer un sale quart d'heure.

_Je ne savais pas, je suis nouveau.

_Ça se voit bien. Bon si tu veux bien t'asseoir, pour nous laisser regarder notre petit plaisir quotidien.

_Bien-sûr...

Je m'avançais et tirais une des chaises de leur table vers moi. Je m'assis sans bruit, tournant le dos au spectacle qui se déroulait dans mon dos. Le gars qui parlait baissa ses yeux vers moi.

_Tu sais, tu n'es pas puni d'admirer. Tu as le droit toi aussi.

_Oui je sais, mais je ne veux pas le voir disparaître, je préfère le garder fraîchement dans ma mémoire.

_Comment t'appelles-tu ? Moi c'est Jack, et lui là monsieur aux cheveux longs c'est Mattew

_Edward.

_Bienvenu chez les fous Edward. Es-tu l'une des rares personnes qui pensent pouvoir sortir de cet endroit ?

Je ne me m'attendais pas à cette question, rien qu'à travers sa voix on pouvait ressentir tout son dégoût pour ce centre.

_Non, je n'ai jamais voulu qu'on m'aide et je ne souhaite pas d'aide.

_Oh merci bien ! Je n'aurais pas à détruire les rêves d'une autre personne pour une fois. Pour rien te cacher, aucuns patients n'est repartis. Ils sont tous morts ici, seuls dans leur chambre.

_Rassurant, c'est toi qu'on envoie pour rencontrer les nouveaux, pour leur annoncer les supers jours qu'ils vont passer ?

_J'aimerais bien me faire payer pour ça, mais ils ne sont pas trop d'accord avec ma façon de penser.

_Je pense savoir pourquoi. »

Quand nos regards se croisèrent, un rire sorti de nos bouche respective. Un simple rire qui débuta une incroyable amitié.

Je l'avais laissé parler sans l'interrompre une seule fois, dès qu'il eut fini je le questionnai de nouveau.

_J'ai lu dans votre dossier que vous n'étiez pas une personne très loquace envers les gens. Pourquoi avec ce fameux Jack, il vous était plus facile de communiquer ?

Ma question eût l'air de l'intéresser, je le vis dans le tressautement du coin de ses lèvres. Il avait envie de sourire.

_Jack n'était pas comme les autres, on se ressemblait, non...beaucoup plus que ça, il était tout simplement moi.

_Il était vous ? Qu'entendez-vous par là ?

_Vous ne pouvez comprendre, personne ne le peut. Seul Mattew nous comprenait, il était le seul qui nous correspondait sans nous compléter. Lui aussi était spécial, une chose fragile sur le point d'exploser. Cela faisait tout son charme.

_Pourtant, ils étaient bien différents de votre cas. Vous êtes atteint de dépression depuis cela 4 ans maintenant. Alors que Jack Jones, jeune homme de 19 ans atteint de démence et Mattew Drasorft un schizophrène de 20 ans. Deux personnes qui possédaient un mental beaucoup plus détraqué que le vôtre. Cela ne posait pas de problème entre vous ?

_Oh non...Ils étaient si merveilleux, des personnes incomprises par notre système si fermé, si étroit...Leur simple présence suffisait à adoucir mes jours dans cet établissement.

_Monsieur King, plus je vous entends parler et plus j'ai l'impression que vous étiez amoureux de ces deux jeunes hommes.

_Est-ce possible de ne pas aimer les deux seuls êtres qui ne vous crache pas à la gueule ? Vous qui avez lu mon dossier, vous devez bien savoir pourquoi je suis ici n'est-ce pas ? Je le sens, vous le savez, et puis tout le monde le savait mais personne n'a bougé le petit doigt. Se faire martyriser par nos petits camarades pendant trois années d'affilés est une mince affaire. Vous voulez que je vous montre quelque chose d'amusant ?

Ma gorge devenait anormalement sèche, j'eus l'impression que les murs de la pièce se rapprochaient dangereusement de nous. Il ne cessait pas de me fixer droit dans les yeux en parlant. Il releva une de ses manches, ce que je vis n'était pas beau à voir.

_Peut-être que vous n'arrivez pas à lire, il y a écrit '' Ed la pisse''. C'est le gentil surnom qu'ils m'ont donné pendant le temps passionnant que je passasse avec eux. Ils me l'ont gravé ici, pour que je ne puisse pas l'oublier. Celui-ci est mis à cet endroit précisément pour que mon regard l'atteigne sans avoir besoin d'un miroir. Car bien sûr ils m'ont laissé plein d'autres fantastiques souvenirs un peu partout.

Je déglutis fortement. Des lettres d'un rose vif ressortaient sur sa peau blanche, la peau était boursouflée autour, la blessure n'a sûrement pas été bien soigné pour avoir cet aspect.

_Comment pouvez-vous en parler si facilement ?

_Comment ? … Parce que je devrais l'expliquer d'une différente façon ? Devrais-je le dire avec plus de colère ?

_Ce n'est pas ce que je voulais dire par... »

Il me coupa en tapant du poing sur la table, ses dents grincèrent d'un bruit assourdissant, il avait les sourcils froncés.

« Ces petites putes ne m'ont jamais laissé aucun répit, je pouvais supplier autant que je voulais, ils continuaient. Tout ça car j'étais différent d'eux. Oui je l'étais et je le suis encore plus aujourd'hui. Ce monde dans lequel nous vivons ne mérite pas d'exister, l'être humain n'est qu'une mauvaise herbe qui a corrompue notre chère Terre. Je hais chaque personne que je croise dans ce fichu asile, je hais chaque centimètre de mon corps qui me répugne, je vous hais et je me hais d'autant plus.

_Haïssiez-vous Jack et Mattew ?

_Bien-sûr, mais d'une haine douce et fragile comme celle d'un nouveau-né. Mais contrairement aux autres, eux ils ne me jugeaient pas par rapport à mon apparence, on ne peut même plus appeler ça ainsi...Leurs regards me traversaient comme si j'étais un livre ouvert, je ne pouvais point me cacher derrière une façade. Et puis de toute façon je n'en n'avais pas besoin, nous étions passé au-dessus de tout ça.

_Pourtant malgré le fait qu'ils vous calmaient, vous avez proposé ce suicide. N'est-ce pas contradictoire ?

_C'est bien pour ça que je vous dis que vous ne pouvez point comprendre...Essayons encore une fois Steven…Vous devez bien aimer une personne en particulier dans votre vie, peut-être une femme, un enfant, un parent ?

Il utilisait directement mon prénom, il n'avait pas de réel respect pour moi.

_Ma sœur. Où voulez-vous en venir ?

_Imaginez que votre tendre et ravissante sœur est torturée de l'intérieur, que le fait de vivre lui laboure son cœur un peu plus chaque jour. Et que le seul moyen pour elle d'avoir enfin la libération qu'elle désire tant, c'est de mourir. Choisiriez-vous de mourir avec elle pour accompagner la personne qui vous tient à cœur où tout simplement la laisser souffrir ainsi ?

_Me tuer avec elle ? ...C'est tiré par les cheveux votre exemple. Je ne pourrais jamais la laisser se tuer et encore moins partir avec elle dans de telles conditions.

_Votre façon de voir la chose est bien trop présomptueuse. Il ne faut pas la concevoir avec votre idéologie de parfait citoyen. Mais d'un être qui serait prêt à tout pour assouvir les demandes de leur chers. Une sœur, un joyeux précieux qu'il faut conserver à l'abri des regards assassins. Ce n'est pas pour rien que Sartre pensait « L'enfer, c'est les autres ». En enfer qui nous engouffre entièrement, aucunes pitiés accordées, un jugement infini. Ah que j'ai souhaité partir, mais même cela me fut refusé.

_Par les infirmiers non ? Ceux sont eux qui ont réussi à faire les premiers soins pour vous sauver.

_Faux. Ces minables n'ont rien avoir avec mon destin, ils faisaient juste partie du plan de Jack...Pauvres choses utilisables comme de simples pions.

_Qu'entendez-vous par là ? Jack avait-il trouvé un moyen de les prévenir ?

_Haha. Il a fait bien plus que ça, il a saboté mon suicide. Avant que je puisse m'accrocher avec eux, Jack me planta un coup de couteau vers le ventre. J'ai même l'impression que ce moment s'est passé hier... »

« Cela faisait maintenant quatre longs mois que je venais d'arriver au centre. Notre petite vie était devenue bien monotone, sans véritable saveur. Mais une petite interruption de Jack me donna l'idée de notre suicide. Il me fit une réflexion sur notre monde, dans une belle après-midi d'automne. '' Si nous pouvions choisir notre histoire, nous pourrions ressentir ce que les autres appellent le bonheur. Mais nous ne sommes que des pantins de cet univers, à jamais on se fera manipuler jusqu'au bout. ''. Rapidement il me vint en tête cette idée de suicide, je leur fis part de mon idée.
Le plan se mit en place, nous rêvions de l'opportunité propice pour l'accomplir. Il y a un mois, une certaine nuit nous fut avantageuse. Un certain membre des infirmiers qui était très apprécié, devait quitter le centre. Ils voulurent lui fêter son départ comme il se devait, et nous voulions fêter notre mort dans la noirceur d'une pièce oubliée de tous.

Nous avions opté pour la pendaison, quelque chose d'assez rapide et qui ne nous faisait pas perdre de sang. Nous souhaitions un minimum de tenue quand ils nous trouveraient.
Mais je n'avais pas vu venir ce qu'il se tramait derrière moi, au fin fond de leur esprit perverti.
Jack vola une lampe et nous nous engagions vers notre potence, les couloirs étaient si silencieux, c'était comme s'ils ne voulaient pas déranger notre chemin.

La porte s'ouvrit sans difficulté, nous laissant passer sans objection. Nos pas avaient l'air de peser des tonnes sur le sol carrelé. La salle était plongée dans un noir complet, Jack plaça la lampe debout sur la table bancale. L'ombre de chacun d'entre nous était collée au mur, ayant une taille démesurée comparé à la réalité.
Nos regards laissaient paraître des choses peu communes. Nous ne ressemblions pas à de simples adolescents, nos âmes déchirées par le monde extérieur étaient révélées au grand jour. Si vous pensez que l'être humain doit être comme vous l'imaginez, alors nous n'étions plus des hommes, mais des nouveaux êtres. Chacun était unique, aucunes comparaisons n'étaient possibles, tout redevenait synthèse. Nous nous délections de ce moment de paix intérieur, un dernier avant de passer le pas.

Le premier à faire un mouvement qui enclencha la machine fut Mattew, lui le plus fermé d'entre nous voulait en finir rapidement. Il ne possédait pas non plus une vie facile, aucun d'entre nous n'avions vécu une belle vie. Cette idée était trop utopique pour nos esprits fragmentés.
Il prit délicatement dans ses mains l'une des cordes que nous avions apportées. Il l'a fit glisser du bout de ses doigts, Jack et moi l'observions à la volé.
D'un geste vif et précis il fit un nœud, laissant l'espace de passer sa tête. Voir une corde autour de son cou me perturba quelques secondes. Je souhaitais mourir, mais qu'avez-t-il après la mort ? Serai-je encore seul ? Ne pouvant plus jamais les voir, ne plus rire avec eux. J'avais peur de ne plus ressentir les sentiments que j'ai ressenti en leur présence. Être seul dans l'obscurité pour toujours ne me tentait pas trop. Mais est-ce que j'avais le choix ? N'était-ce pas mieux que cet ignoble monde ? Au moins la mort me permettait de me sentir enfin libre.

Jack remarqua mon hésitation. Il avait toujours eu une facilité déconcertante de lire les réactions des gens. C'était presque impossible de lui cacher la moindre chose. Peut-être que c'est cette hésitation qui lui a fait prendre sa décision.

Mattew accrocha l'autre extrémité de corde sur la poutre et ne bougea plus de son tabouret, attendant que nous fassions de même. Son impatience se montrait avec des tremblements violents au niveau de la tête. J'ai pu apercevoir un sourire, faible mais présent.
Jack prit la sienne et fit les mêmes gestes que Mattew, mais au moment d'accrocher sa corde, il sortit de derrière un meuble un pistolet. L'incompréhension s'inscrivit sur ma face, en un instant je me retrouvais avec deux balles dans une jambes. Je poussai un cri, la douleur se propagea à une grande vitesse dans ton la longueur de ma jambe blessée. Mes mains appuyèrent sur la plaie pour ralentir le saignement, je ne pouvais pas extraire les balles à main nue.

Jack s'approcha de moi, le pistolet toujours en main. Je savais qu'il avait de grande saute d'humeur mais celle-ci était la plus violente que j'ai connu. Il leva son bras et pointa le canon sur mon front.

« Alors Ed, croyais-tu sincèrement que nous étions ami ? PAUVRE MERDE ! TU T'ES PRIT POUR QUI ? BAISSE LES YEUX QUAND JE TE PARLE !

Je pris un coup sur la tempe, ma vision se troubla quelques secondes. Si je parlais, une balle allait arriver entre mes deux yeux.

_Tu penses que nous t'apprécions ? TU N'ES RIEN ! TU AURAIS DÛ CREVER IL Y A LONGTEMPS POUR QUE JE NE CROISE PAS TA SALE GUEULE DE VICTIME. La seule chose que j'ai envie de faire, C'EST DE TE DEFONCER. Tu comprends ce que je veux te dire ? Mattew et moi nous sommes des personnes civilisées, nous pouvons nous en aller avec dignité. MAIS TOI NON, LA MERDE DOIT TOUJOURS RESTER A SA PLACE ! C'est simple à comprendre non ? Tu dois te sentir abandonner une nouvelle fois n'est-ce pas ? J'EN N'AI RIEN À FOUTRE ! POUR TE PUNIR, TU RESTERAS ICI POUR TOUJOURS, TU NE MOURRAS PAS AVEC NOUS !
L'hésitation n'est pas quelque chose d'acceptable en ce temps, et ça ne sera jamais le cas. Nous t'observerons d'en haut, nous verrons ta misérable existence continuer à faire semblant d'exister. QUE TU SOUFFRES ENCORE ET ENCORE, POUR QUE NOUS PUISSIONS RIRE DE TOI.

Il s'écarta, continuant à me tenir en joue, il tira une fois dans mon épaule gauche et une autre dans ma deuxième jambe. Mes larmes coulaient, je ne savais pas si c'était le fait d'avoir des balles dans le corps qui me faisaient mal, ou les paroles de Jack qui me perforaient littéralement le cœur. Je ne pouvais plus bouger d'un centimètre, mon corps ne pouvait plus répondre à mes attentes.
Il accrocha sa corde et regarda Mattew, qui n'avait pas fait un seul geste pour ma personne. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de se balancer dans le vide. Jack asséna un grand coup de pied dans le tabouret de Mattew, il tomba de tout son poids, la corda se tendit à l'extrême. Un violent craquement se fit entendre, la corde avait brisé son cou. Son corps pendait doucement dans les airs, la tête penchée sur le côté, de la bave coulant de sa bouche.

_J'arrive Mattew, nous allons nous retrouver.

Il était sur le point de faire pousser le sien, quand je levai mon seul membre intact en direction de Jack.

_JACK ! S'IL TE PLAIT ! EMMENEZ-MOI AVEC VOUS !

Son regard se posa une dernière fois sur moi, il refit le même sourire flamboyant de la première fois que nous nous sommes vus.

_Ed, je veux que tu vives. Vis pour nous. »

Un deuxième craquement, un second balancement. Tout était fini. »

Je ne savais pas quoi dire de plus, toute cette histoire était bien trop dingue. Ce jeune homme n'en n'était plus un. Son cœur et son être étaient bien trop pervertis pour posséder une quelconque nuance de bonté. Comment aurait-il pu rester saint ? Après m'avoir tout déballé, il ne possédait aucune expression, aucune peine ne traversait son visage. Pouvait-il être réellement humain pour ne pas craquer ?

Sa nonchalance était juste terrifiante.

« Nous en avons terminé, n'est-ce pas Steven ?

_ Oh euh...

Il se mit debout sans attendre ma réponse, appelant les infirmiers pour l'emmener. Ils rentrèrent dans la pièce, le détachant de la table. Ils allaient partir, mais Edward s'arrêta en plein dans sa lancée. Son regard se posa une dernière fois sur ma personne, et me dit une phrase qui allait me poursuivre à jamais.

_Je meurs tous les soirs à leurs côtés, et je me réveille chaque matin, attendant impatiemment ma délivrance. »

Il se laissa traîner vers sa chambre, marchant tel un cadavre. Je restais quelques instants sur ma chaise, tenant toujours fermement mon stylo dans ma main. La pointe était restée sur le papier, sans écrire la moindre lettre.
On me demanda de sortir, que mon temps était écoulé. Je me levai sans vraiment m'en rendre compte, me corps me porta à la sortie.

Je suis reparti, mes mains dans les poches. Je suis fatalement touché par l'esprit de ce jeune homme. Cette bête enfermée dans une cage, son esprit voletant avec les défunts, tandis que son corps se détruit.