« Que nous le méritions ou non, que cela finisse par être les jours les plus sombres de nos vies ou le bonheur absolu, nous avons été guidés par l'amour. Comment pouvons-nous aller mal si nous avons été guidés par l'amour. » ─ Morgan Parker

Évoquons sans plus attendre le formidable affrontement entre Capitaine Force, le Chevalier Rouge et le Pirate Numérique qui a eu lieu sur la cinquième avenue de la Ville des Lumières. Voici quelques images prises par un passant, dont la violence pourrait choquer.

La télé afficha le cliché flou d'une masse de cubes bleus, rouges et verts fonçant droit sur un chevalier en armure et une super-héroïne tout en bleu et or.
Sur l'image suivante, le chevalier frappait avec acharnement les cubes de son épée tandis que la super-héroïne faisait une prise de catch à un pirate tout en noir.

─ Oh, misère. Valentine, est-ce que c'est nous ?
─ Et oui, Le Roux. On dirait bien qu'on a eu un témoin.
─ Oh là là, regarde nous. J'ai honte. J'ai l'air idiot avec cette épée.

À moitié avachie sur le canapé, Valentine prit tout le temps de vider son verre de vin avant de se tourner vers Le Roux et de lâcher de son ton le plus plat et sans grande conviction :

─ Mais non. Tu as l'air parfait, trésor.

Puis Valentine s'intéressa à ses mains, levant la droite pour en inspecter les ongles.

─ Tu n'en crois pas un mot ! rugit Le Roux en lui balançant, de frustration, un coussin à la gueule.

Valentine laissa l'oreiller lui rebondir dessus sans réagir. Ses yeux fixés sur Le Roux s'illuminèrent alors qu'un sourire amusé étirait ses lèvres.

─ Quoi encore ? Qu'est-ce qu'il y a ?
─ Il y a de la sauce sur ta chemise.

Le visage mortifié de l'autre se décomposant à la vue de sa belle chemise blanche souillée de tâches marrons, fit éclater de rire Valentine.

─ C'est ça marres-toi ! Tant que tu le peux encore !
─ Mais avec plaisir !

Pour la peine, le vêtement sale lui atterrit en pleine poire.

─ Surveille le dîner, ordonna Le Roux, je vais me changer.
... Et tout de suite, la météo !
─ Je peux venir ?

Le claquage de la porte fut sa seule réponse.

─ Quel caractère, marmonna-t-elle pour elle-même en se levant, souriant malgré tout.

De la cuisine, elle suivit les annonces d'orages et de pluies pour la semaine, se disant que ça allait encore être bien morose.
Pas que cela la dérangeait vraiment, ça lui faisait une bonne excuse pour rester végéter au lit.

Flash spécial. Nous interrompons ce programme…

Valentine n'attendit même pas la fin de l'annonce pour aller enfiler son costume.

─ Trésor, je crois qu'il va falloir remettre ça à plus tard !
─ Pourquoi ?!

À travers les fenêtres, elle pouvait voir les colonnes de fumée qui s'élevaient de l'incendie retransmis à l'écran.

─ La ville a besoin de nous.

.

Sur place, bon nombre de héros, de policiers et de pompiers s'affairaient déjà à secourir les rescapés et à maîtriser les flammes, si bien que Le Roux et Valentine, respectivement dans leurs apparats de Chevalier Rouge, épée nonchalamment posée sur l'épaule, et de Capitaine Force, passèrent totalement inaperçus.

─ On aurait peut-être mieux fait de rester à l'appart, commenta Le Roux. Ils ont l'air de bien se débrouiller.
─ Je parie que d'ici cinq minutes, il y a un méchant quinze fois plus costaud qu'eux tous réunis qui débarque.
─ Tenu.

Valentine, sidérée, se tourna vers l'autre si vite que sa cape claqua.

─ Sérieusement ? Et j'ai le droit à quoi si je gagne ?
─ De rester en vie.
─ Et si je perds ?
─ Trois semaines de corvées.

Tout autour d'eux résonnaient les hurlements déchirants de proches esseulés et d'orphelins perdus au milieu de la foule affolée et des flammes qui dévoraient le monde.

─ Quoi ? Mais pourquoi ?!
─ C'est toujours moi qui fais tout à l'appart, accusa-t-il en pointant son épée sur Valentine comme s'il la pointait du doigt.
─ C'est faux, réfuta-t-elle avec mauvaise foi. Je fais la vaisselle et j'étends le linge.
─ Une fois par mois. Quand je te dis de le faire. Moi, je passe l'aspirateur, je fais la lessive, je fais les repas, je nettoie même le réfrigérateur ! Et pendant ce temps, toi, tout ce que tu fais, c'est vider notre réserve de grands crus !
─ Et si on essayait d'aider les gens ?

Valentine s'en alla aussitôt porter trois blessés façon sac de patates sur ses épaules.

─ N'essaye pas de noyer le poisson ! vociféra Le Roux en se lançant à poursuite. Reviens là !

Slalomant entre les sauveteurs, les victimes et les débris enflammés, ce n'est que lorsqu'un building tomba en morceaux au-dessus de leurs têtes qu'ils arrêtèrent leurs chamailleries.
Valentine abandonna les trois inconscients à du personnel qualifié et en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "super-héros", elle s'envola vers les décombres leur tombant dessus.

─ C'est Capitaine Force !

Les acclamations montèrent en vague alors que Valentine réduisait les débris en gravillons inoffensifs.
Le Roux, tranchant les morceaux qui passaient entre les mailles du filet grâce à seule épée, sentait peser sur lui les regards de leurs collègues héroïques relégués au second plan.

(si seulement j'avais leurs pouvoirs)
(frimeurs)
(vraiment trop forts)

Valentine était comme l'incarnation de la force divine, inatteignable et splendide. Lui en revanche, il n'avait qu'une épée. Comment pouvait-il rivaliser ?
Personne ne voit ça, hein ? Je suis juste comme eux.

(BRÛLE)

Le Roux vacilla. Il avait l'impression qu'un bélier venait de le percuter. L'air lui manquait. Sa vision se noircit.

─ Chevalier ?

Capitaine Force avait l'air préoccupée, malgré son masque. Le Chevalier Rouge, lui, porta son attention au-delà des épaulettes de sa cape, derrière un mur de flammes si hautes qu'elles semblaient dévorer le ciel.

─ Il est là, annonça-t-il lugubrement.

Du feu infernal sortit leur pire ennemi. La moitié de son visage était ravagé de cicatrices et son œil droit s'ouvrait sur une orbite vide. Des explosions crépitaient au creux de ses mains.

─ Ignace !

L'individu ricana au ton haineux de Valentine.

─ Eh bien, Capitaine, tu n'es pas contente de me voir ? Je pensais qu'après le cadeau que je t'ai fait la dernière fois, nous serions amis maintenant.

Le Roux sentit un goût acide lui envahir la bouche. Il sentait la chair brûlée et les explosions dans les mains d'Ignace résonnaient dans ses oreilles, comme amplifiées au centuple.

(brûle)
(tout son dos)
(brûle)

─ Tais-toi !

La chaleur qui avait commencé à irradier son dos s'envola. C'était juste un mauvais souvenir.

─ Cap…
─ Reste là, commanda-t-elle sans même se retourner. Cette fois, c'est moi qui m'occupe de lui.

Non, il ne voulait pas. Il voulait se tenir à ses côtés, brandir son épée et se battre comme le héros qu'il était. Et pourtant, lorsque Capitaine Force s'élança en avant, lorsque les premières explosions retentirent et que tous les autres s'enfuirent, tout ce qu'il fut capable de faire... c'est de rester planté là.
Quelle honte, songea-t-il la tête basse, les poings et la mâchoire si serrés que ses os craquaient. Tu parles d'un héros.
Le tranchant froid d'une lame se posa contre sa gorge.

(obscurité)

─ Ne bouge pas.

Le Roux se raidit.

─ Toi... Sombrâme.
─ Cela faisait longtemps, Chevalier Rouge. Tu as l'air de t'être bien remis de notre dernier affrontement.

Il ne se laisserait pas atteindre par ce coup bas. Il ne lui ferait pas ce plaisir.

─ Parle pour toi. Ce n'est pas trop difficile sans ton bras droit ?

La dague s'appuya dangereusement contre sa peau.

─ Fais attention à ce que tu dis, Chevalier. Tu n'es pas en position de faire le malin.

Une main inattendue vint serrer son épaule avec une force surprenante.

─ Et pour ta gouverne, susurra Sombrâme, mon nouveau bras est tout à fait satisfaisant.
─ Une cyborg. Qu'est-ce que j'ai peur.

La poigne de fer se renforça et il dut se mordre les joues pour ne pas lâcher un gémissement de douleur.

─ Ah oui ? Et si je te disais que je peux te briser la nuque avec seulement deux doigts ?
─ Qu'est-ce que tu veux ? demanda Le Roux entre ses dents, essayant d'ignorer la douleur.
─ Oh, tu vas vite le savoir. Allez, lâche ton épée.

Et alors que le ciel nocturne s'illuminait des explosions du combat entre Ignace et Capitaine Force, le rire de Sombrâme au creux de son oreille le glaça d'effroi.
Au-dessus de leurs têtes, Capitaine Force venait à bout d'Ignace. Le borgne était dangereux, mais une fois propulsé à plusieurs mètres d'altitude, c'était Valentine qui avait l'avantage. Après tout, elle pouvait voler.
Ainsi le criminel défiguré s'écrasa au sol, vaincu, sans avoir ne serait-ce qu'égratigner Valentine.

─ Alors, tu fais moins le malin maintenant pas vrai ?

Valentine se posa devant lui. Ignace attrapa faiblement sa cheville, prêt à la faire exploser, mais l'héroïne retira son pied et lui écrasa brutalement le poignet. Le hurlement d'Ignace fut audible sur plusieurs pâtés d'immeubles.

─ Ça, expliqua Valentine en s'accroupissant, c'est pour ce que tu as fait à Le Roux.

Elle l'attrapa par la gorge et le souleva d'une main. Ignace se mit aussitôt à suffoquer et ses mains crasseuses se mirent à gratter les gants de Valentine, cherchant à la faire desserrer sa prise, en vain. Des larmes coulaient de son unique œil, traçant des sillons dans la poussière sur son visage.

─ Tu aurais dû y réfléchir à deux fois avant de réapparaître devant moi, murmura Valentine, sachant ce que tu avais fait. Tu aurais dû te douter... que j'allais te tuer. Lentement. Douloureusement. Comme tu as essayé de le faire il y a quatre ans, avec Le Roux.

Des bruits entre le grognement, le gémissement et le gargouillement, s'échappaient de la gorge d'Ignace. Valentine resserra sa poigne.

─ Capitaine Force !

Elle tourna la tête... et vit Sombrâme retenir Le Roux en otage.

─ Relâche mon associé, ordonna la criminelle au bras métallique. Tu ne voudrais pas que ton cher Chevalier en paye le prix, n'est-ce pas ?

Valentine relâcha immédiatement Ignace, qui s'effondra au sol en toussant comme s'il allait cracher ses poumons.

─ Gentille Capitaine. Maintenant, fais trois pas en avant.

Valentine s'exécuta. Derrière elle, Ignace se relevait déjà.

─ Comme tu es docile, jubila Sombrâme, planqué derrière le Chevalier.
─ Ne l'écoute pas ! cria celui-ci. Ne te soucie pas de moi !

Sombrâme lui asséna un coup dans les côtes qui, s'il n'avait pas eu une lame sur la gorge, l'aurait mis à genoux.

─ Tu as le choix, Capitaine ! l'avertit Sombrâme. Soit tu fais gentiment ce qu'on te dit…
─ ... Soit ton coéquipier meurt, termina Ignace.

Le borgne posa une main sur l'épaule, ou plutôt l'épaulette, de Valentine.

─ Si tu veux qu'il vive…

D'une pression, il lui fit comprendre de s'asseoir. Valentine se laissa presque tomber sur les fesses. Jambes croisées, menton dans la main, elle adressa un sourire à Le Roux.

─ Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu souris ?! s'exclama Le Roux. Pourquoi tu fais ça ?!

Le sourire de Valentine ne se fit que plus grand.

─ Ça me paraît évident. S'il y a un choix à faire... alors c'est toi que je choisis.

Ignace posa ses mains de part et d'autres de ses tempes.

─ Comme c'est touchant. Je sais ce que c'est, Capitaine. J'ai été comme toi. Et c'est pour ça que je peux te dire... que tu commets une terrible erreur. Une erreur fatale.
─ Je ne suis pas d'accord avec toi.
─ On verra bien.

Sous le regard effaré du Chevalier impuissant, les paumes sales s'illuminèrent d'explosions et le corps du Capitaine tomba, inerte et fumant.

─ NON !

Le Roux oublia la lame sur sa gorge, la prothèse qui lui broyait l'épaule, l'absence de renforts et le risque très élevé de finir en barbecue, juste comme son amie.

─ Lâche-moi ! Espèce d'ordure, tu vas me le payer !

La dague laissa une estafilade le long de sa gorge et de sa joue lorsqu'il se débattit comme un diable pour faire lâcher Sombrâme et son épaule émit un craquement qui n'augurait rien de bon.
Il s'étala de tout son long dans les cendres et les débris, aveuglé par la douleur. Valentine était si près, il pouvait presque la toucher. Le souffle court et les yeux noyés de larmes, il rampa vers sa colocataire.

─ Valentine, chuchota-t-il en la prenant dans ses bras, Valentine !

Mais l'héroïne demeura immobile, le visage ensanglanté, couvert de suie et les yeux obstinément clos.

─ Pauvre Chevalier, entendit-il Ignace se moquer. D'abord tu frôles toi-même la mort et maintenant, c'est au tour de la Capitaine de te quitter. Tout ça par ta faute. Après tout, si tu n'avais pas été là, elle nous aurait sûrement vaincus.

(meurt)

Ignace glissa ses doigts dans les mèches rousses qui avaient fait sa renommée.

(meurt)

─ Mais ne t'en fais pas. Je ne suis pas un monstre. Tu la rejoindras bientôt.

(MEURT)

Le regard noir du Chevalier se braqua sur Ignace, qui se figea. Mais ce n'était pas cette œillade pleine de haine qui le tétanisait.
Soudain, sa gorge s'ouvrit d'une profonde entaille. Il sentit le sang inonder ses vêtements, l'air lui manquer et son cœur tambouriner dans ses oreilles.
La seconde suivante, il n'avait plus rien.

─ Que... Qu'est-ce que tu m'as fait ? croassa-t-il en portant sa main à sa gorge intacte.

Le Roux ne l'avait pas quitté des yeux.
Ignace sentit soudain ses os craquer. Il les entendit. Ses membres se tordirent à des angles inimaginables, lui arrachant des hurlements. Et une fois encore, tout disparut sans laisser de trace.
Avant de recommencer, encore et encore.
Et lorsqu'il ne fut plus qu'une loque, un pantin désarticulé, perclus de souffrance et de terreur, il vit ce qu'était vraiment le Chevalier Rouge, juste avant que sa tête ne fasse un tour complet sur elle-même.
Le diable.

─ Qu'est-ce que tu lui fais ?! Arrête immédiatement !

Sombrâme n'osa cependant pas s'approcher du Chevalier, dont le regard s'était brièvement tourné vers elle. L'espace d'une seconde, la cyborg avait senti l'enfer l'effleurer.
Pourtant, le Chevalier ne faisait rien. Il se contentait de fixer Ignace, et celui-ci se tordait de douleur.

─ Un télépathe, réalisa-t-elle à voix haute. Tu es un télépathe !

Si elle ne faisait rien, Ignace allait mourir ! Rassemblant tout son courage, elle bondit en avant. Le Chevalier braqua son regard de tueur vers elle et Ignace s'écroula, la respiration rauque mais libéré de son emprise.
Sombrâme sentit que sa peau brûlait mais avant que le Chevalier ne l'enferme complètement dans son illusion, elle lui asséna une mandale qui l'envoya directement au pays des songes.
Pantelante, elle envisagea d'éliminer sur-le-champs la terrible menace que se révélait être le Chevalier.

─ Som... brâme…

Il y avait des sanglots dans la voix de son associé. Les sirènes de forces de l'ordre se mirent à retentir, toutes proches, et elle se résolut à prendre la fuite. Il n'était plus temps de combattre.

─ Ne crains rien, Ignace, le rassura-t-elle en le hissant sur son épaule. Nous les achèverons une autre fois. Justice sera rendue.

Un hélicoptère de la police braqua son projecteur sur eux, juste à temps pour la voir déclencher une grenade fumigène.
Quand la visibilité revint, les policiers durent se rendre à l'évidence : ils s'étaient échappés.
Seuls restaient les corps du tandem héroïque le plus aimé de la Ville des Lumières.

.

La chambre 334 était au troisième étage de l'hôpital. Le Roux s'était faufilé jusque-là sans rien demander à personne et veillait Valentine.

─ Et dire que ça se prétend la plus forte du monde, soupira Le Roux en scrutant le plafond immaculé. Une petite explosion au visage et y a plus personne.

C'était un miracle que Valentine s'en soit tiré. C'était ce qu'avaient dit les médecins lorsqu'ils étaient arrivés à l'hôpital, il y a une semaine déjà. Et depuis Valentine dormait, H24. Tu parles d'un miracle.

─ Qui êtes-vous ?

Le Roux n'avait encore jamais vu cet infirmier.

─ Camille Le Roux. Je suis de la famille.
─ Les heures de visites sont bientôt terminées. Vous allez devoir rentrer chez vous. À moins que vous ne préfériez passer la nuit ici ?
─ Si je dois choisir... Je vais plutôt rester ici.
─ Comme vous voudrez.

Et l'infirmier disparut dans le couloir.

─ Dans ce fauteuil inconfortable et pas du tout fait pour dormir, ajouta Le Roux pour lui-même.

Il poussa un lourd soupir avant de se pencher sur Valentine.

─ Allez quoi. Fais un effort. Tu veux pas te réveiller ? Pour moi ?

Seul le vacarme des machines lui répondit. Le Roux se laissa retomber dans le fauteuil, gémissant lorsque son épaule immobilisée heurta le dossier.

─ Bah alors... on fait la... chochotte ?
─ Une épaule déboîtée, c'est douloureux.
─ Pas autant... qu'une explosion…
─ Chacun son tour, Valentine.

Il y eut un moment de flottement.

─ Valentine ! Tu es réveillée !
─ Non, tu crois ?

Le Roux lui asséna une pichenette dans l'épaule.

─ Ne te moque pas. Ça fait une semaine que je suis à ton chevet.
─ Sans prendre de douche ?

Cette fois, ce fut un coup de poing.

─ Aïeuh !
─ Ça t'apprendra à dire des bêtises.

Un silence relatif se réinstalla entre eux.

─ Camille ?

Le Roux s'alarma. Valentine ne l'appelait jamais par son prénom.

─ Quoi ?
─ Je t'aime.

Le Roux ne répondit pas. Au bout d'un moment, il demanda :

─ Valentine ?
─ Quoi ?
─ Je t'aime.

L'héroïne se mit à rire, provoquant la naissance d'un sourire chez l'autre.

─ Je suis heureuse.
─ Pourquoi ?
─ Parce que je t'aime.
─ Dans ce cas, je suis plus heureux que toi.
─ Pourquoi ?
─ Parce que je t'aime plus.
─ N'importe quoi. C'est moi qui t'aime le plus.
─ Non, c'est moi.
─ Tu veux parier ?
─ Tenu.
─ Sérieusement ? Et j'ai le droit à quoi si je gagne ?
─ De m'épouser.
─ Et si je perds ?
─ C'est moi qui t'épouse.

Valentine rit de plus belle, bientôt suivie par Le Roux.
Peu importait qu'ils aient failli mourir ou qu'ils soient les plus grands héros de cette ville. Tant qu'ils resteraient ensemble, ils iraient bien.