Seize heures à l'horloge digitale de ma voiture.

Lorsque j'ai quitté mon département d'habitation, il y a de cela un sacré moment, le ciel donnait l'impression d'hésiter. Aux premières lueurs du jour, de nombreux nuages gris étaient présents, formant comme une couche compacte que rien ne pouvait transpercer. Maintenant, c'est une tout autre histoire…

Après avoir traversé deux départements avant d'entrer dans un troisième, la météo se veut beaucoup plus clémente. Le soleil brille désormais au beau milieu d'un ciel bleu sans nuage mais malgré la présence de l'astre chaleureux, mon cœur refuse d'être à la fête.

En effet, même si mes larmes ont cessé de couler depuis mon voyage sur les routes du pays, j'aurais aimé retrouver ma mère dans d'autres circonstances. D'ailleurs, j'ai toujours du mal à y croire.

Bien avant que cette tragédie me prive de celle qui m'a mis au monde, on s'appelait tous les jours. Dans ces instants, elle me donnait de ses nouvelles ainsi que celles des derniers changements opérés au sein du quartier qui m'a vu grandir jusqu'à mes dix-huit ans. Toutefois, lorsqu'elle abordait le sujet de la chose qui me sert de frère, je faisais de mon mieux pour changer notre conversation. Certains jours, j'y parvenais alors que pour d'autres…

Enclenchant le clignotant pour indiquer ma volonté de me glisser dans une rue se situant à gauche, je viens de songer qu'un problème risque de me tracasser. Bien avant de quitter mon appartement, je n'ai pas pris le temps pour réfléchir à la question de l'hébergement.

M'incruster chez un ancien pote ? Non merci. Me rendre à l'hôtel ? Le seul existant dans cette ville a fermé depuis longtemps. Monter une tente sur l'unique terrain de camping ? J'aurais pu mais je n'y ai pas songé. Bref, je sens que je vais me retrouver dans une jolie petite mouise.

Après, il faut reconnaître que lorsque nous apprenons le décès d'une personne qui compte beaucoup pour nous, il est très difficile de penser à autre chose. Et pour s'organiser, c'est à peu près pareil. Bien sûr, je pourrais revendiquer le droit de dormir chez ma maman puisque mon frère doit l'occuper mais je ne suis pas très chaud à l'idée de revoir sa sale gueule...

Tandis que j'arrête ma voiture sur l'impasse présente au bout de la rue, je me dis que quelques nuits dans cette caisse ne vont pas me tuer ou alors, c'est que le coin est devenu beaucoup moins sûr qu'auparavant…

Dès les premières secondes, cela me fait bizarre d'être de retour. Tout en éteignant le moteur de ma voiture, je ne peux m'empêcher de regarder partout pour prendre la mesure des changements. Tout d'abord, la peinture des bâtiments. Lorsque j'avais quitté le quartier, la façade était recouverte d'un beige pâle. Désormais, c'est une couche bleuâtre qui repose sur les immeubles mais vu son état, cela fait un petit moment déjà qu'elle est présente. Par endroit, on peut voir la peinture précédente et plus loin, parfois, on peut remarquer de nombreuses fissures. D'ailleurs, pour continuer de parler de ces habitations, il faut savoir que ces derniers comptent tous deux étages maximum.

Là où je me situe, les immeubles dans cette impasse sont au nombre de deux, auxquels on doit en rajouter deux autres à l'entrée de la rue. Si j'avais veillé à continuer mon chemin au lieu de tourner ici, je serais passé devant six bâtiments supplémentaires. Ces tours dressés vers le ciel sont tous collés les uns aux autres et c'est également l'une des zones les plus calmes du quartier. Peut-être que les nombreuses familles qui y vivent y sont pour quelque chose sauf si la donne a changé depuis mon départ.

Enfin, tout au fond à gauche de la rue principale du coin, les trois derniers immeubles. Là aussi, on ne pouvait pas dire que c'était très animé.

Une fois sorti de ma voiture, le calme qui règne me surprend un peu. Avant, il ne se passait pas une seule journée sans que l'animation fasse vivre le secteur. Parfois, mes potes se réunissaient autour de l'un des bancs du petit terrain de foot présent au centre du vide laissé entre les immeubles. Là, les gars se plaisaient à discuter, boire, rigoler, siffler, gueuler, trafiquer et j'en passe…

De temps en temps, il m'arrivait de les rejoindre et à chaque fois, le moment me paraissait excellent. D'ailleurs, de mémoire, ce sont les seuls instants que j'aimais le plus.

Visiblement, la santé du quartier semble avoir bien changé et aussi étrange que cela puisse paraître, cela peine mon cœur. Est-ce que toutes les personnes que j'ai connues sont parties elles aussi ? Non, je ne peux y croire. Avançant tranquillement pour quitter le parking, je monte sur le trottoir qui mène jusqu'au local à vélo de l'immeuble où vivait maman. De là, j'ai une certaine vue d'ensemble sur tout le secteur tandis qu'un certain espoir ne cesse de grandir au plus profond de moi. Par contre, je suis sûr que tôt ou tard, je vais voir un visage qui me sera familier et il y a de fortes chances pour que cela me ramène quelques années en arrière. Là encore, je ne peux m'empêcher de m'accrocher à cette espérance même si j'ai tout fait pour quitter ce quartier lorsque j'étais un peu plus jeune.

Pourquoi l'ai-je fait ? Parce que je rêvais d'ambition. Très tôt, j'étais d'accord sur le fait que ce n'était pas dans ces bâtiments que j'allais pouvoir vivre ma vie comme je l'entendais. Certes, j'avais fait quelques rencontres déterminantes qui m'ont aidé à mieux me connaître mais ces personnes ont très rapidement disparu de mon champ de vision. Pour quelle raison ? Je l'ignore.

Toujours à mon poste d'observation, je me demande quelles seront mes prochaines actions. Je pourrais me rendre devant un certain digicode et appuyer sur l'un de ses six boutons mais comme je ne suis pas super pressé d'entendre sa voix, je m'abstiens. Tant que je peux faire reculer ces retrouvailles, il est clair que je ne vais pas tergiverser plus longtemps.

Au moment où je m'apprête à bouger, j'entends une porte qui s'ouvre. Là, je me tourne sur ma gauche et j'aperçois une personne sortir de l'immeuble devant lequel je me suis garé. Vêtu d'un blouson marron foncé ouvert sur un tee-shirt immaculé, c'est à son visage et à ses cheveux sombres que je parviens à mettre un prénom. Par contre, j'étais loin de me douter qu'un jour, il serait doté d'un collier de poils qui lui dessinerait un peu plus les contours inférieurs de sa belle gueule. Me fixant de ses yeux marron, celui qui vient d'arriver se gratte son pantalon noir avant de faire quelques pas dans ma direction. Près de moi, il se fige et ne cesse de s'interroger tout en m'observant. Je me dois de prendre la parole pour dissiper ses doutes.

- Bonjour Scott.

Aussitôt, ses yeux se font plus grands tandis que ses lèvres forme un O.

- Jayden, c'est toi ?

Tranquillement, j'acquiesce avant d'être entouré de ses bras et d'être pressé contre lui. Au moins, on peut dire que cette étreinte possède le pouvoir de confirmer mes espoirs en terme de retrouvailles. Enfin, un individu que je connais et pas des moindres. Cet homme qui me témoigne sa joie de me retrouver n'est autre que Scott, mon meilleur ami d'enfance.

Dès qu'il me libère, ce dernier veille à se distancer avant de mieux me regarder. A ce moment, je remarque sa boucle d'oreille dont le symbole n'est autre que celui de son signe astrologique : Le lion. J'espère qu'il n'a pas...

- Merci d'avoir ouvert ta gueule car un peu plus...

- J'aime toujours autant ton vocabulaire.

Cette remarque le fait sourire. Celui qui se tient devant lui est bel et bien celui qu'il a connu, avec quelques années supplémentaires et un peu plus d'histoire. Par contre, le concernant, j'ai hâte de savoir s'il a changé ou s'il est resté statique.

- Qu'est-ce que tu branles ici ? Me demande-t-il.

- Je suis ici pour l'enterrement de ma mère.

Encore une fois, ses lèvres dessinent une lettre alphabétique tandis que ses yeux s'ouvrent complètement. Ai-je dit une connerie ? Sinon, à part pour ma mère, pourquoi serais-je ici ? A moins que...

Non, il n'aurait pas osé ?

- Tu peux me rappeler quand a lieu la date de l'enterrement ? Je fume tellement ces derniers temps que ma mémoire me joue des tours.

- Demain matin, à dix heures.

- Et c'est William qui t'a prévenu ?

- Oui, par lettre.

- L'enculé !

A l'entente de ce mot, des doutes se bousculent dans mon esprit. Tout porte à croire que l'étrange créature qui me sert de frère m'a encore joué l'un de ses sales tours dont il a le secret. Reste à savoir quoi ?

- L'enterrement, c'était mardi et je sais de quoi je parle puisque j'y étais.

Soudain, le sol se dérobe sous mes pieds suite à cette nouvelle. Lorsque je m'écroule sur mes genoux, Scott se précipite à mon secours et glisse ses bras sous mes aisselles. Alors qu'il tente de me remettre debout, je ne sais à quelle émotion je dois succomber. Colère ? Haine ? Tristesse ? Rage ? Si jamais je suis amené à le croiser, je n'ose même pas imaginer ce que je serais capable de lui faire.

Une fois droit sur mes jambes, une phrase sort de ma bouche sans que je puisse la retenir.

- Il est où ?

- Sûrement chez ta mère mais tu resteras ici.

Sur le moment, je refuse d'entendre ce qu'il vient de me dire mais il faut avouer que je ne suis guère aidé. Guidé par autant de sentiments contradictoires, je tente de m'échapper mais les bras de Scott me tiennent fermement. Pourtant, je souhaite en faire qu'à ma tête.

- Lâche-moi !

- Pour que tu fasses une connerie Jay ? Et puis quoi encore ?

C'est plus fort que moi. J'ignore ce qui a poussé William à me mentir comme il l'a si bien fait mais il ne l'emportera pas au paradis. Même si suis incapable de tuer quelqu'un de mes propres mains, je pourrais toujours lui nuire à ma façon.

Essayant de me libérer une dernière fois, Scott prononce une phrase qui parvient à me stopper net.

- C'est un Astra.

Désormais, c'est moi qui regarde mon ami droit dans les yeux tout en me posant des questions. Depuis quand William est membre d'Astra ? Face à cette révélation, je cesse de gesticuler et Scott comprend qu'il peut me relâcher. Alors que ses bras m'autorisent à la délivrance, une première interrogation jaillit de ma bouche.

- Comment a-t-il fait pour rejoindre Astra ?

- Je voudrais bien le savoir aussi et si tu es d'accord, nous pouvons en discuter tranquillement.

- Je veux bien.

Jamais je n'aurais pensé qu'en venant ici, j'aurais droit à tout un lot de surprises. Lorsque j'habitais à Barbusse, mon frère passait son temps à critiquer Astra. Peut-être aussi parce que je côtoyais certains de ses membres. Parfois, je faisais des courses pour eux, surtout pour Scott, et au retour, j'avais droit à de jolies compensations financières. Ma mère savait d'où me venait cet argent alors que j'employais pour lui offrir des cadeaux mais jamais elle s'est autorisée à me juger.

Alors que je songe à cette femme extraordinaire, Scott m'offre ses opinions.

- William a intégré Astra lorsque la passation s'est effectuée.

- Qui est le leader actuellement ?

- Moi mais je le suis uniquement par intérim.

Ce qui veut dire qu'il est arrivé malheur au véritable chef et les raisons sont nombreuses : Séjour en prison, maladie grave, meurtre, enlèvement, etc... Je pourrais lui demander pour savoir de quoi il retourne mais je suis sûr que j'aurais largement le temps pour ça.

- Et depuis que je suis à la tête, ton frère a toujours respecté sa part du marché.

- Aucune irrégularité ?

- Non.

- D'où sort son argent ?

- Je l'ignore.

Voilà qui est curieux. Normalement, pour pouvoir rejoindre Astra, il faut connaître l'un de ses membres. Ensuite, dès qu'une place se libère dans la hiérarchie, cette personne peut soumettre la candidature de son camarade. Si celle-ci est retenue par une majorité, le nouveau membre fait parti du gang mais une condition est indispensable pour évoluer au sein de ce groupe : avoir un emploi ou du moins, une source financière régulière.

Concernant William, il ne travaille pas et c'est pour cette raison que je m'interroge.

- Il ne manquait plus qu'elle !

Remarquant que Scott regarde par-dessus mon épaule, je suis obligé de me retourner pour savoir de qui il parle. Désormais, j'aperçois une blonde coiffée à la garçonne et qui me donne l'impression d'être plus jeune que moi. Vêtue d'un jeans et d'une chemise bleue, c'est à la vue de son insigne que je comprends mieux les paroles de mon camarade. En tout cas, voilà un visage qui m'est inconnu.

Lorsque la demoiselle arrive face à moi pour mieux me fixer de ses yeux bleus, celle-ci me tend l'une de ses mains.

- Bonjour, un petit nouveau je présume ?

Je ne tiens pas à la saluer. Même si je n'ai jamais rien fait qui pourrait m'attirer des ennuis, copiner avec des poulets n'est pas dans mes habitudes.

- Plutôt un ancien, lui répondis-je.

- Et vous êtes ...

- Lâche-le Rachel !

Suite à l'intervention de Scott, la policière le regarde et se permet de lui sourire.

- C'est la première fois que je te vois aussi protecteur envers quelqu'un. Que se passe-t-il mon cher Scott pour que tu réagisses de cette manière ?

Elle semble très chiante la cocotte...

C'est Jayden, dit-il.

Rapidement, Rachel me regarde droit dans les yeux tandis que sa main fendue se pose le long de son corps. Aussitôt, son sourire disparaît pour adopter une attitude plus sérieuse.

- Tu viens pour ta mère j'imagine ? Mes condoléances et elles sont sincères.

- Merci.

- Jayden vient de me dire que son frère lui a menti au sujet de la date d'enterrement, partage Scott.

- William ? Cela ne m'étonne même pas.

Mes yeux commencent à me trahir. Alors que je sens que des larmes sont sur le point de jaillir, je baisse ma tête pour dissimuler mon mal-être. Scott, qui me connaît très bien, pose sa main sur mon épaule gauche.

- Sois fort Jayden, ne te rend pas malade pour lui.

J'aimerai bien le voir à ma place. Au bout de quelques secondes, je parviens à me calmer un peu, Rachel intervient.

- Ta mère ne méritait pas la fin qu'elle a connu. D'après de nombreuses personnes vivant ici, c'était une vraie crème.

- La fin qu'elle a connu ...?

Ma tête se lève car j'ai besoin de savoir de quoi voulait parler Rachel. Ma maman est décédée des suites d'un malaise cardiaque. Depuis quand la cause d'un tel drame soit préférable à un autre ?

- Oui, poursuit Rachel. Etre victime d'un meurtre n'est jamais facile à accepter.

- De meurtre ? William m'a écrit une version différente et ...

D'ailleurs, cela me fait songer que j'ai amené cette missive avec moi. Quittant Scott et Rachel au profit de ma voiture, j'ouvre le véhicule pour poser mon postérieur sur le siège conducteur. Ensuite, je me penche légèrement à droite pour ouvrir ma boîte à gants et une fois que c'est fait, je trouve une enveloppe blanche à l'intérieur. Quelques secondes plus tard, je suis hors de ma voiture et je tends le courrier à Scott. Celui-ci s'en empare, extirpe la lettre pliée et ne met pas longtemps pour la parcourir.

Pendant ce temps, Rachel se montre curieuse me concernant.

- Tes relations avec ton frère ne semblent pas être les meilleurs du monde.

- Effectivement. Depuis que nous sommes gamins, il a toujours veillé à me faire des coups de putes et visiblement, c'est toujours d'actualité.

- Et tu penses avoir une idée de ce qui l'a poussé pour te mentir sur la date d'enterrement ?

- Pour que les gens soient choqués de mon absence ? Pour qu'il soit vu comme le fils dévoué et responsable ?

- Les raisons peuvent être nombreuses.

- Tiens !

Scott me tend ma lettre mais j'aperçois sa main qui tremble légèrement. Chez lui, c'est un signe d'énervement. Une fois la missive glissée dans l'une des poches de mon pantalon, mon pote me communique une information.

- Jayden, pose ton cul au sol.

- Pourquoi ?

- Fais ce que je te dis !

- D'accord.

Comme il me l'a demandé, je m'installe sur le bord du trottoir et j'attends. Une fois que Scott estime que je suis prêt par un hochement de tête, c'est Rachel qui me parle.

- Je suis navrée de te l'apprendre Jayden mais William t'a encore mené en bateau. Ce n'est pas une crise cardiaque qui l'a emporté mais bel et bien un vulgaire meurtre.

- Ce n'est pas possible ?

Cette fois, je ne vois plus aucune raison de me retenir. Me voilà en train de plier mes jambes pour poser mes coudes sur mes genoux. Peu après, je me prends la tête entre les mains et un torrent de larmes se déverse. Dans mon dos, Scott ne vient pas à mon secours et c'est une bonne chose. Par contre, ce que je ne vois pas, c'est ce merci silencieux qu'il exprime à l'attention de Rachel.

Plusieurs minutes s'écoulent avant que ma tristesse et mon anéantissement perdent en force. Pour le moment, j'ignore quoi faire et je me fous de présenter un spectacle aussi lamentable.

Tout à coup, la voix de Rachel me parvient.

- Je sais que cela ne t'aidera pas mais je n'ai pas abandonné cette affaire. Malheureusement, sans preuve, je ne peux me rendre dans l'appartement de ta maman.

Sans preuve ? Puisque le meurtrier de ma mère est toujours dehors, je dois tout faire pour aider Rachel. Motivé par ce nouveau but, je sèche mes larmes et je me concentre sur la policière.

- Elle n'a pas été tué chez nous ? Demandai-je.

- Non. Son corps a été retrouvé dans votre cave par ton frère.

A l'entente de cette information, voilà que je suis étonné et j'opte pour en faire part.

- Ma mère descendait uniquement à la cave lorsque j'y étais où William.

- Elle avait peur ?

- Pas spécialement mais elle estimait avoir autre chose à faire que de perdre du temps à cet endroit.

- Donc, cela pourrait dire que ton frère est loin d'être étranger à ce mystère.

- C'est l'impression que j'ai.

Si William est responsable de la mort de maman, je compte sur lui pour raser les murs dès que nos routes se croiseront. Tandis qu'une multitude d'hypothèses sèment le chaos dans ma tête, Rachel semble ne pas en avoir terminé avec moi.

- Cela te dit une alliance pour découvrir ce qu'il nous cache ?

- Refuse Jay !

Sur le moment, je me garde de répondre. Il est vrai que de m'associer avec une policière est contre mes habitudes mais si je dois passer par là pour le coincer, autant ne pas hésiter. Néanmoins, je vais devoir imposer une condition.

- Cette alliance ne durera que le temps de cette affaire, on est d'accord ?

- C'est une condition ?

- Oui.

- Très bien.

Alors que je me relève, Rachel en profite pour me tendre une main, une façon comme une autre pour sceller notre association. J'accepte ce geste de sa part mais avant de pouvoir y répondre favorablement, je frotte mes paluches contre mon fessier pour retirer la poussière qui s'est déposée dessus lorsque je les ai utilisé pour me relever. Une fois ma main dans la sienne, Scott me fait part d'une remarque.

- Tu aurais dû imposer une seconde condition.

- Laquelle ?

- Qu'elle ferme les yeux sur les techniques que tu t'apprêtes à utiliser.

- Effectivement...

- Je l'accepte également, fait savoir la femme.

Ce qui est une bonne chose. Maintenant, reste à savoir si je serais encore capable de faire quelques manoeuvres suspicieuses. Lorsque nos mains se séparent, je me dois d'interroger Rachel sur un sujet.

- Je présume que ma mère avait des effets personnels sur elle le jour de l'autopsie ?

- Oui.

- Tu as la liste en tête ?

- Ce n'était pas difficile pour la mémoriser. Ta maman n'avait pas grand-chose sur elle ce jour-là.

- Je n'en doute pas une seule seconde. Tu sais si je pourrais récupérer son foulard ?

- Un foulard ?

- Tu parles de celui qu'elle avait toujours autour du cou ? Se mêle Scott.

- Oui, le rouge et blanc.

- Navré Jayden mais aucun foulard n'a été trouvé sur ta mère.

- Quoi ? Mais... C'est impossible ?