Note de l'auteur ; Ce OS a été écrit pour un défi entre amis avec pour thème ; une image (une enveloppe déposée sur un bureau tamponné "TOP SECRET" et une musique (le thème de Benny Hill). Les deux éléments devaient apparaître dans le récit.


-"Quelqu'un a de quoi rallumer la torche ?

-Non… non enfin… moi j'ai la boite d'amulette de Numérobis mais ça sert à rien.

-Ça me fait de la peine pour Numérobis

-Moi ça me fait de la peine pour mon pauvre Idéfix. Pas vrai, Idéfix ?

-Ouaf !

-Idéfix ?!

-Bah oui quoi, Idéfix ? Vous allez pas encore me reprocher de l'avoir ramené ! Il est venu tout seul !

-Non mais justement, il nous a retrouvé grâce à son flair ! Il peut donc retrouver son chemin et nous aider à sortir d'ici !

-Mais c'est vrai ça ! Idéfix, écoute bien. Si tu nous aides à sortir d'ici, tu auras… une farandole d'os !"

La musique commença alors, rapide, rythmée. Alice ne put s'empêcher de soupirer bien que la scène continuait malgré tout de la faire sourire. Elle avait vu ce film des dizaines et des dizaines de fois, mais en ce vendredi soir de vacances... et bien, elle n'avait rien de mieux à faire. Sa mère travaillerait tard cette soirée-là, elle était donc seule à la maison. La gendarmerie était débordée ces derniers temps, à courir derrière un psychopathe qui tuait ses cibles de manières aléatoires. Sa mère s'acharnait à dénicher un cheminement logique aux états d'âmes imprévisibles de ce genre d'individu. Mais pour Alice, c'était une pure perte de temps ; un psychopathe était un psychopathe parce qu'il tuait tous ceux qu'il avait envie, alors pourquoi chercher à expliquer l'inexplicable ?

Le dernier mort en date avait été un camarade de son lycée. Il n'était pas dans sa classe, mais Alice était terriblement affectée par sa mort. De nature timide et réservée, elle avait eut le béguin pour ce jeune homme beau et musclé mais n'avait jamais osé franchir le pas. Résultat, il s'était épris de la blonde la plus populaire du lycée en se laissant attirer dans son piège. Mais tout cela n'avait plus trop d'importance désormais ; Alice avait décidé qu'elle ne tomberait plus jamais amoureuse de qui que ce soit.

Le regret, encore, la rongea intérieurement. Il était parfait ! Pourquoi avait-il fallu qu'il meurt ?!

Elle se leva subitement de son canapé, emplie d'une certaine animosité. Et que faisait-elle, sa prétendue "meilleure petite amie de la vie" ? Elle donnait une fête pour son anniversaire, comme si elle ignorait totalement ce qu'il s'était passé. N'était-ce pas là ce que l'on pouvait appeler une psychopathe ?

Alice se laissa retomber sur le canapé, le bougeant de quelques millimètres en arrière. Elle était simplement en colère. Elle ne devait pas se laisser emporter par ses sentiments. D'autant plus qu'elle était frustrée de ne pas avoir été invitée. De toute façon, personne ne l'invitait jamais. Elle était trop insociable de par sa timidité. Pourtant elle était une élève brillante. Mais c'était sans doute aussi pour cette raison qu'elle était seule.

Alice, la petite intello sans ami.

Le film continuait devant ses yeux. Elle tâcha d'y prêter attention. La musique forte de l'assaut du chantier résonnait dans la pièce. Des romains volants dans tous les sens… une scène typique de la série Astérix. Au milieu de ces coups de poings et des atterrissages forcés, Alice entendu un bruit sec, fort. Elle fit un bond, puis regarda la porte d'entrée, un peu plus loin derrière le canapé, sur sa gauche. Non, elle avait sûrement rêvé. Elle se rassit confortablement.

Puis se redressa de nouveau.

Le bruit venait de se répéter. L'horloge du salon, au dessus de la télé, lui apprit qu'il n'était que neuf-heures et demie. Jamais sa mère ne rentrerait aussi tôt.

Prise d'une crise d'angoisse prématurée, elle s'élança dans le couloir, ses oreilles dénichant une voix feutrée à l'extérieur. Elle franchit la porte du bureau de sa mère et la ferma avec précipitation. Elle hurlait de peur sans qu'un seul mot ne sorte de sa bouche. Son coeur battait son plein, les veines de ses tempes menaçant d'exploser. Elle était paniquée. Elle tremblait même. La porte n'avait pas de serrure, elle ne pouvait s'enfermer dans aucune pièce de la maison.

Une arme, il lui fallait une arme.

Elle avait choisi le bureau de sa mère dans cet unique but ; elle se dirigea avec précipitation vers son bureau. Il était propre et bien rangé, à l'exception d'une grande et unique enveloppe posée sur ce dernier, ornée des mots "Top Secret". Alice prit une longue inspiration et l'ouvrit. Sa mère lui avait appris à ne jamais fouiller dans ses affaires, mais si ce document contenait ne serait qu'un indice sur l'identité du psychopathe, alors la jeune fille aurait une chance de le reconnaître.

Sans surprise, le document parlait des dernières affaires en cours d'enquête. Une liste de noms avait été imprimée sous un quadrillage de potentiel suspect. Alice les regarda pendant quelques secondes, se disant qu'ils n'avaient pas vraiment l'air de tueurs. Mais sa mère lui répétait souvent qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences, une leçon qu'avait désormais bien comprise Alice.

Elle replaça l'enveloppe en place, puis ouvrit le premier tiroir du bureau. Sa mère cachait toujours une arme ici, elle l'avait appris à Alice alors que le psychopathe commençait à sévir en ville. La jeune femme ne se senta it pas particulièrement à l'aise avec ce pistolet en main, mais le tenir la rassurait malgré tout.

Un bruit vers la porte d'entrée la sortie de sa contemplation. Quand sa mère rentrait, il y avait toujours le bruit typique de ses portes-clés. Elle s'annonçait toujours en rentrant, comme elle appelait toujours Alice en suivant.

Aucun bruit ne vint accompagner l'ouverture de la porte.

Alice paniqua de nouveau. Personne n'avait les clefs de chez elle à part elle et sa mère. Elle n'avait pas de famille à proximité, et sa grand mère prenait toujours soin de les appeler avant de débarquer à l'improviste. Elle n'avait pas de père, ni de famille paternelle. Il était parti bien avant la naissance de sa fille, laissant sa mère s'occuper seule d'un enfant. Un scénario devenu typique dans les foyers de nos jours.

Et si c'était lui, le psychopathe ? En y réfléchissant bien, il avait frappé beaucoup de personne dans l'entourage plus ou moins éloigné d'Alice et de sa mère ; le boulanger ronchon mais bienveillant, le SDF traînant dans le quartier, un collègue et très bon ami à sa mère...

Les pas étaient lourds, irréguliers, comme un éléphant qui tentait d'être silencieux. L'inconnu s'avançait dans le couloir. Alice était tétanisé. Elle se tenait devant la porte fermée du bureau, bras tendus vers l'avant. Heureusement que sa mère lui avait aussi montré comment enlever la sécurité.

La poignée s'abaissa, comme si un fantôme avait décidé d'ouvrir la porte. Alice se força à prendre une grande inspiration. Elle chassa ses peurs et ses doutes. Elle était prête.

La porte s'ouvrit, non pas lentement, mais assez rapidement.

Alice cria, et tira.

La détonation et le recul de l'arme la surprirent. Mais la forme sombre qui tentait d'entrer dans la pièce s'était effondrée au sol.

-Alice…

La jeune fille alluma la lumière de la lampe de chevet sur le bureau.

Puis elle lâcha l'arme.

-Maman...

Alice se jeta sur sa mère, la retourna vers elle.

-Appelle-les secours...

-Maman ! Mais pourquoi… pourquoi tu ne t'es pas annoncée ? Pourquoi tu…

-Ce n'est pas grave, ma fille, murmura sa mère en compressant l'endroit où la balle avait atterri. C'est ma faute… j'aurai dû te prévenir… Appelle les pompiers...

Alice resta silencieuse. Elle se releva lentement, attrapa son portable dans sa poche et regarda sa mère au sol.

-Qu'est-ce que tu attends, Alice ?! la gronda sa mère. Dépêche-toi.

Mais Alice ne tremblait plus désormais.

Elle souriait même.

-Alice ?

-Tu as raison, maman.

La jeune fille rangea son portable.

-Qu'est-ce que…

-Tu as raison, maman. Ce n'est pas grave, sourit Alice. Tu as bien fait de ne pas t'annoncer, au final. Sinon j'aurai dû trouver un autre moyen.

Les yeux de la policière s'écartèrent. Alice s'assit sur la chaise du bureau et regarda sa mère. Elle souriait toujours.

-Toi… murmura sa mère. C'était toi.

-Oui, félicitations Sergent, encore une affaire de résolue. Malgré le fait que tu ais voulu mettre des innocents derrière les barreaux.

Son ton était sec et cassant. Elle se leva de son trône et vint s'accroupir près de sa nouvelle victime.

-Mais tu avais encore raison sur un point, maman. Il ne faut jamais se fier aux apparences…

-Pourquoi…

Le sourire de la jeune fille s'élargit d'autant plus, mais elle resta silencieuse. Elle attendit, patiemment, que sa mère meurt sous ses yeux.

-Pourquoi ? reprit-elle. Maman, je t'ai déjà dit de ne pas chercher à expliquer l'inexplicable. Mais je vais faire un effort, pour toi. Le boulanger ? Il me disait constamment que j'étais trop maigre et qu'il fallait que je m'empiffre de ses gâteaux gras et caloriques. Ton collègue de travail ? Il te tournait trop autour. J'arrivais pas à le supporter. Le SDF ? Il m'agaçait à traîner dans le coin à me demander chaque soir si j'avais pas une petite pièce pour qu'il aille se bourrer la gueule au supermarché du coin. Tu vois ? Toutes ces personnes m'énervaient. Alors je les ai tué. C'est aussi simple que ça.

Le sang se répandait autour du corps de sa mère. Alice attendit encore plusieurs longues minutes. Jusqu'à ce que sa mère donne son dernier souffle. Il fallait qu'elle cache le corps.

Et elle savait exactement où.