Bonjour, bonsoir

Voilà le vingt-troisième chapitre de mon histoire intitulé Fruit Défendu.

Bonne lecture.


Chapitre 23 : photos et souvenirs

La soirée avait à peine débuté que la jeune fille se trouvait déjà dans son lit. Elle jouait avec ses mains en déroulant des mèches noires. Sa chambre était bien rangée sauf la partie près du lit. Elle entendait les bruits que faisait sa mère dans le salon. Assez intriguée elle se leva du matelas puis ouvrit la porte. Elle se dirigea jusqu'au salon pour voir sa mère bouger des cartons autour de la table.

-Qu'est-ce qu'il y a dans ces cartons ?

-Oh Miyumi ! Tu ne dormais pas ?

-Non, je réfléchissais un peu. Alors, c'est quoi dedans ?

-Je ne sais pas si ça va t'intéresser. J'ai trouvé pleins de babioles du passé depuis la visite de Kyuuta.

-Pourquoi tu fais ça ?

-Me remémorer des souvenirs m'a fait beaucoup de bien. Je me suis donc dit que je pouvais faire le tri dans de vieilles affaires.

-Si ça t'amuses...

-J'ai l'impression que tu n'aimes pas trop que j'évoque le passé. Surtout depuis que Kyuuta est devenu ton professeur. Regardes cette photo.

Sur la photo on pouvait distinguer quatre silhouette ensemble dans un parc. La plus petite, celle correspondant à Miyumi, se trouvait dans les bras d'un homme. Elle avait à cet époque là un ou deux ans. L'homme tout souriant était son père. Il portait des vêtements raffinés. À sa droite la mère de Miyumi s'était accroupie au sol. De sa main gauche elle décoiffait les cheveux de la quatrième silhouette.

-Ce jeune garçon...

-Bien vu ! Tu as reconnu ton professeur. Cette photo date d'il y a dix ans.

-Il est pourtant si jeune... Papa et toi aussi.

-Tu vois que ça peut être intéressant de se plonger un peu dans le passé. Tu peux regarder ces autres photos pendant que je fouille le carton.

-Euh, d'accord.

L'adolescente s'assit sur une chaise pour consulter les différentes photos. Elle en contemplait plusieurs en s'attardant parfois sur certains détails. Elle remarqua qu'une grande majorité des photos illustraient principalement sa mère avec son père. Le reste, englobait forcément l'un de ses parents avec la présence de son professeur. Il y en avait quelques unes récentes de quand elle avait quatre ans minimum. Sur toutes celles montrant Kyuuta elle distinguait des choses surprenantes. L'expression de son visage toujours neutre ou triste. Sa position éloignée de l'objectif comme s'il ne voulait pas faire parti de la photo. Ou encore le comportement qu'il avait à chaque fois que la mère de la jeune fille se trouvait près de lui. Miyumi s'apprêtait à interpeller sa mère lorsque la sonnette de l'entrée retentit. Elle laissa sa mère vérifier qui pouvait bien les déranger à cette heure-ci. Les photos continuaient de l'intriguer. Alors qu'elle examinait de plus près l'une d'entre elles dans ses mains un léger coup sur sa tête l'a fit sursauter. Elle se retourna violemment derrière elle pour voir si sa mère lui faisait une blaque. Mais en réalité ce fut tout autre chose. Tellement elle était stupéfaite Miyumi ne put retenir une forte exclamation.

-Que Fais-tu là !

-Moi rien. Demandes à Yukara. Elle est toute aussi surprise de me voir. Faut dire que je ne l'ai pas prévenu.

-Mais, Mais... Et l'école ?

Elle était partagée désormais entre colère et soulagement. Ces deux sentiments pourtant contradictoires bouillonnaient en elle depuis quelques secondes. L'origine de tout cela n'était autre que la personne qu'elle fixait d'un air méfiant. Elle soupira après avoir calmé son esprit et regarda dans toute la pièce si sa mère était là. Du bruit dans la cuisine lui indiqua que l'aulte devait certainement préparer une boisson pour l'invité surprise. Celui-ci prit dans ses mains l'une des photos que Miyumi avait disposé sur la table.

-Ça remonte à loin... Tu n'étais pas encore née à ce moment-là. Je vois que vous avez d'autres...

-Rends-moi ça !

-D'accord. Ne t'énerves pas.

-D'ailleurs... Dis-moi ce que tu fabriques chez moi ? Et pourquoi tu es si présent sur ces photos ?

-Une simple visite. Ne t'avais-je pas dis que j'étais un ancien ami de ta mère. Il est donc normal de me voir sur des photos qu'elle a prise lors de nos années à l'académie.

-Mouais... T'es très bizarre dessus ! J'ai l'impression à chaque fois que tu fais tout pour ne pas te retrouver en premier plan.

-Tu aimerais bien connaître mes pensées lors de cette époque... Ce sont de simples représentations des souvenirs que ta mère désirait garder à tout prix. Voilà la raison principale pour laquelle je figure dessus au même titre que ton père et toi. Nous sommes les personnes les plus importantes pour ta mère.

-Ça ne t'a pas empêché de ne pas donner de nouvelles pendant huit ans ! N'est-ce pas Kyuuta.

Le ton de la femme était doux malgré une pointe de sévérité. L'invité et l'adolescente se tournèrent en même temps pour sourire à la personne qui venait de parler. La mère de Miyumi se mit à rigoler aux éclats en voyant l'homme se frotter négligemment la tête. Après une petite minutes où le professeur de la jeune fille expliqua sa venue il aida la petite famille à faire le tri des photos et du carton. Miyumi perdait progressivement sa concentration dès lors où l'homme lui donnait des explications pour chaque photo qu'elle tenait entre ses doigts. Au bout d'un moment elle en eu marre et prétexta une envie d'aller aux toilettes pour s'éclipser pendant un petit moment. Une fois dans le couloir qui mène à sa chambre elle hésita à retourner dans son lit immédiatement mais fut écarta soudainement cette idée de son esprit. Une chose l'avait tout à coup interpellé. De là où elle était Miyumi pouvait entendre sa mère discutait avec son professeur sans s'inquiéter d'être vue. Elle resta de ce fait dans le couloir à tendre l'oreille.

-Comment tu te sens en ce moment ? Miyumi m'a dit que tu étais souvent absent ces derniers temps.

-Rien de grave. Inutile de s'inquiéter. Mon absence sera bientôt justifiée.

-Tu ne changes pas. Si je me souviens bien tu étais aussi absent lors des cours. C'était quoi ton excuse déjà ?

-Je ne faisait pas semblant et tu le sais bien. Je ne supportais plus l'ambiance...

-Ne reproduis pas les mêmes problèmes Kyuuta. Tu n'es plus le gamin solitaire que j'ai connu et apprécié. Tu t'occupes d'enfants maintenant, sois un peu plus responsable.

-Oui Chef ! Je constate que toi non plus tu n'as pas réellement changé... Tu es toujours celle qui remonte les bretelles pour motiver les troupes.

-Encore une plaisanterie ! J'espère que tu n'es pas comme ça lorsque tu donnes tes cours !

-Oh, non... Je suis un peu distant je crois. On demandera l'avis de ta fille à son retour. Sinon, mise à part ça...

-Au fait Kyuuta qu'est-ce qui t'amènes ici ?

-Telle mère, telle fille ! Vous m'avez posé la même question à peu près. Disons que je voulais passer la soirée en bonne compagnie.

-Petit cachottier ! Quelle idée as-tu en tête ?

-Tout de suite m'accuser ! On n'est plus à l'époque où je créais des soucis à mon entourage. D'ailleurs, c'est marrant mais ma réputation à l'internat de l'académie ne s'est pas estompée avec le temps. J'ai revu Vivitia il y a pas longtemps.

-Je te courais tout le temps pour tes bêtise même si avec le temps tu arrêtais d'en faire. Enfin, moi je voyais bien que tu ne faisais pas ça que pour t'amuser.

-Même si tu dis le contraire grâce au père de Miyumi et à toi j'ai changé. J'ai beau être le même qu'il y a plus de huit ans, j'ai changé...

-Je crois comprendre ce que tu sous-entends. Moi aussi ça doit être pareil.

-Au fond Yukara... Je tiens à te remercier pour toute l'aide que tu m'as apporté. Je n'ai pas été un si bon ami que j'aurais dû l'être.

-Tu as été le meilleur ! Regardes toutes ces photos et tous ces objets ! Puis ne te culpabilises pas pour ton absence prolongée. Tu as été et tu resteras l'ami dont j'ai toujours eu besoin.

-Merci !

-Maintenant que j'y pense. As-tu tenté de trouver l'amour ces dernières année ?

-C'est vrai que tu t'intéressais toujours à mes histoires ! Je n'ai pas vraiment cherché. J'avais la tête ailleurs pour réellement me focaliser dessus. J'ai récemment recroisé le chemin d'une vieille connaissance. Tu sais, la fille du gars qui gère la salle d'arcade qu'on utilisait souvent !

-La petite Moka ? Enfin, de nos jours elle doit être plus grande.

-Eh bien, dis-toi que dès qu'elle m'a revu elle a exprimé l'envie d'aller plus loin avec moi.

-Très entreprenante. Et donc tu as accepté ?

-Pas besoin d'en dire plus tu connais la réponse.

-Idiot va. Tu lui donnes de faux espoir en acceptant des rendez-vous !

-Justement. Avec ces rendez-vous je lui montre que ça n'ira pas plus loin. Je... Je ne suis pas près... Voilà tout ! Au final je ne mérite pas d'être aimé.

Un grand boum éclata dans le salon. Miyumi se précipita à l'intérieur pour voir ce qui se tramait. Elle ouvrit grands ses yeux en apercevant la tête de son professeur sous le bras gauche de sa mère. La femme utilisait son autre main libre pour décoiffer la cible inoffensive qu'elle attaque. Kyuuta ne semblait pas se débattre. On aurait même dit qu'il acceptait ce châtiment. L'adolescente essaya d'attirer l'attention des adultes pour les arrêter. Une fois que sa mère lâche le professeur ces derniers rigolèrent en duo. Après un petit moment ce petit monde stoppa le tri pour préparer le repas. Kyuuta mit la table et aida à la cuisine les deux filles. La mère et la fille le regardèrent d'un air amusé.

Le repas se déroula calmement. Miyumi restait silencieuse en fixant les deux adultes. Ceux-ci conversaient sans gênes en évoquant de vieux souvenirs. La jeune fille avait l'impression de ne pas être à sa place. Elle écoutait tout de même les histoires qu'ils racontaient pour s'imaginer des scènes grâce aux photos. Elle se créait donc un film sur la vie à l'académie de sa mère. À la fin du repas la jeune fille retourna dans sa chambre légèrement troublée par cette soirée. Elle se posait un tas de question sur son professeur. Jusque-là elle voulait gagner son défi et mettre le plus de distance possible entre lui et elle. Mais là, sans doute à cause des photos et de la soirée elle avait du mal à dissocier les deux. Dissocier son professeur de l'ami d'enfance de sa mère. Plongée dans son lit elle ferma les yeux en enfouissant son visage dans l'oreiller. Il se passa plusieurs minutes avant qu'un bruit sur la porte ramena son esprit à la réalité. Elle se releva péniblement du matelas et ouvrit la porte à l'adulte. La jeune fille lui indiqua de rentrer et de s'asseoir quelque part après avoir fermé la porte. Miyumi s'adossa contre cette dernière pendant que son professeur s'installa au bord du lit. L'enseignant et l'élève se regardèrent longuement sans parler. La jeune fille remarqua, comme si elle avait une photo sous les yeux, l'air triste de Kyuuta. C'était un air qui donnait l'impression d'être présent et éloigné de tout à la fois. Miyumi en était maintenant sûre. Son professeur était vraiment étrange. Mais elle ne savait pas dire pourquoi elle le trouvait étrange.

-Il y a quelque chose qui ne va pas ? Si je gêne je peux partir.

-Ton regard... C'est le même que sur les photos...

-Bien évidemment vu que je suis dessus. Mes yeux, mon regard... C'est simple.

-Non, pas ça ! Tu... Tu as toujours était distant avec ma mère ?

-Nous traînions tous les jours ensemble dès que nous le pouvions. Ton père amusait la galerie et j'ai participé au bonheur de tes parents.

-Est-ce que tu enviait mon père ?

-Pas le moins du monde. Si je les fuyais à la fin, si je suis partis accomplir mes projets seul pendant huit ans... Je suis sûr que tu ne comprendrais pas sur l'instant mais que dans quelques mois ça prendra un sens nouveau pour toi. Si j'ai fais tout ça c'est pour leur bien.

-Leur bien ?

-J'étais leur ami. Je le suis toujours d'après Yukara. En m'effaçant de leur vie j'ai pu faire en sorte qu'ils se concentrent sur leur vie, leurs projets et leur fille. Si j'étais resté auprès d'eux je les aurais peut-être éloigné de ton éducation ou un truc comme ça...

-Mais comment ?

-Mon attitude, mon comportement. Ta mère m'a sauvé fut un temps. Je ne souhaite pas gaspiller le soutien qu'elle m'a donné jadis. Vois mes actes de ces hits dernières années comme un cadeau pour tout mes anciens proches.

-C'est comme... Comme un sacrifice ?

-Appelles ça comme tu veux. « être distant », « se sacrifier ». Ça n'a pas d'importance. Il ne aut juste pas faire les même choix que moi. Enfin si, on peut mais tout dépend de la vision qu'on adopte. Je te conseillerais vivement de garder un œil sur l'état de votre ami Shirnya. Il se peut que bienôt sa vie change. Fais aussi attention à tes autres camarades. Ils vont tous évoluer dans des directions différentes de la tienne.

-Est-ce là la conclusion de ta vie ? Je pense sincèrement que tu ne devrais pas être enseignant. Tu sembles trop torturé.

-Peut-être, peut-être. On m'a laissé une chance. Autant que je ne la gaspille pas. Ce n'est pas tout mes je vais rejoindre ta mère. Elle veut encore évoquer le passé comme tu as pus l'entendre tout à l'heure.

Le professeur fit un clin d'œil tout en se levant. Il enjamba la pièce pour arriver jusqu'à la porte. Son bras tendu il joignit Miyumi à se redresser. Une fois que la porte fut ouverte il salua l'adolescente d'un signe de la main avant de disparaître dans le couloir. La jeune fille secoua la tête pour remettre ses idées en place. Prise de fatigue elle s'allongea dans le lit.


Qu'en avez-vous pensé ?

À bientôt pour le chapitre 24.