NDA : HEY les loulous ! Je pose ça là, je vous oublie pas, la MAJ de CVS est en cours, j'écris la suite de PDT également, mais voilà, j'ai cette idée qui me trotte dans la tête alors je ne peux rien faire sinon la suivre… Je préfère vous montrer que je suis toujours vivante et « productive ».

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CHAPITRE 1 :

DE HYUK A YUDEL


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Cela faisait à présent plusieurs jours qu'il était enfermé dans un noir presque complet, immobile, assis contre l'un des murs froids. La seule source de lumière venait du dessous de la porte, lorsque quelqu'un descendait et arpentait la pièce de l'autre côté. Il n'avait aucune notion du temps, sinon son écoute attentive des bruits dans le manoir, les longues périodes de silence semblant être les nuits.

Hyuk n'avait rien mangé depuis trop longtemps, il n'avait rien bu non plus, cette porte ne s'était pas ouverte et il ne pouvait crier, il ne pouvait rien. C'était comme s'il avait été laissé pour mort et tant que la porte était fermé, les habitants savaient qu'il était toujours là. Combien de temps pour un homme entre vingt et trente ans pour mourir ? Onze jours ?

La solitude était douloureuse, le laissant avec ses pensées, et il était terrifié de voir la lumière s'allumer parce qu'alors il pensait qu'on viendrait mettre fin à sa vie. « Pourquoi ne m'ont-ils pas tué ? Cette attente est intenable. »

Hyuk n'avait pas peur de la mort, il y était préparé depuis son plus jeune âge, lorsqu'il était devenu assassin et actuellement cela lui paraissait presque plus agréable que d'être un simple oublié. Comment tout ceci avait pu finir ainsi ?

Il le méritait, il méritait de souffrir, il le savait.

Hyuk, malgré son jeune âge, avait détruit de trop nombreuses vies et il avait fait de ce manoir un champ de bataille. Richard et Anne-Lise Singleton, leurs serviteurs qui s'étaient retrouvés sur son chemin, il les avait tous tués. Parce que c'était ce qu'on lui avait demandé de faire. Une mission banale, son quotidien.

Tuer était la seule chose qu'il savait faire.

Il essaya de bouger ses lèvres gercées mais le tissu entre ses dents l'empêchait de les humidifier. Doucement, il changea de position, ayant rapidement exploré toutes les possibilités.

La lumière s'alluma dans l'autre pièce et il n'entendit pas de voix, simplement des pas, comme à chaque fois. Rien ne montrait que la personne venait par ici, ni même où elle se rendait, et il ferma les yeux avec force, ne sachant s'il devait espérer qu'elle vienne ici ou qu'elle s'en aille sans faire cas de lui.

Il avait mal, il avait chaud. Si chaud. Puis froid.

Un bruit contre la porte le fit frémir et il dut ouvrir les yeux pour les refermer aussitôt. De la lumière, trop de lumière. Il se recroquevilla, sa fierté mise en pièce par les jours passés dans ce noir, et il eut honte. Honte de l'odeur d'urine qu'il y avait autour de lui. Honte de l'odeur du sang. Honte de cet état de bête.

Il eut la volonté de briser ses tortionnaires. Il ressentit sa rage de vaincre dans son estomac mais elle disparut en entendant la voix de la personne qui s'avançait dans la pièce.

— Il parait que lorsqu'une catastrophe arrive, on ne peut détourner les yeux.

Faith Singleton était le jeune héritier de la famille, le fils unique et aimé de Richard et Anne-Lise. Du moins, le monde le croyait, mais Hyuk savait.

Il les avait observés des jours durant, planifiant son meurtre avec attention. Il avait vu tout ce que ce jeune homme avait vécu et, lorsqu'il s'était retrouvé face à lui, il n'avait juste pas pu le tuer. Les mains qui vinrent retirer le tissu de sa bouche n'étaient pas brutales, au contraire, elles semblaient douces et peu craintives. Il y eut comme un bruit de déchirement et la salive emplit la bouche de Hyuk, désespérément. Il avait mal.

Des morceaux de lui étaient restés accrochés au tissu, il en était certain, ses lèvres saignaient.

Il essaya de parler, comment formait-on des mots ?

Les mains vinrent sur son front, froides, tirant ses cheveux en arrière pour y accéder pleinement. Il sentit le souffle de son ravisseur, comme un souffle de vie, accélérant un peu à mesure que les mains refroidissaient sa peau, relevant le visage vers lui. Est-ce que Hyuk arriveraient à ouvrir les yeux ? S'il mourrait, il voulait emporter cette vision avec lui, pour toujours.

Il se trouva pitoyable, affligeant, de penser ainsi. De penser que mourir n'est pas grave tant qu'il peut le revoir une dernière fois. « Cette vision me conduira au paradis, assurément. Même Dieu n'a pas pu le créer. » L'assassin était frustré de ne pas pouvoir faire ça. De ne pas pouvoir le regarder.

Enfin, ses yeux s'ouvrirent et il vit le visage penché sur lui, ou plutôt son contour. Il était en contre-jour, ses traits difficiles à apercevoir, mais Hyuk sourit d'ironie devant sa chance. Tout cela pour ça.

— Faith, pardonnez-moi, parvint-il à dire avant de fermer les yeux de nouveau et, cette fois, il perdit connaissance, espérant voir le paradis.

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Hyuk s'éveilla dans un lit et, lorsqu'il essaya de bondir de ce dernier, il sentit qu'il ne pouvait pas. Ils l'avaient menotté à l'armature en bois. Il passa sa langue sur ses lèvres, trouvant l'intérieur de sa bouche humide. On l'avait réhydraté et nourri, et il ne se souvenait pas d'avoir été réveillé à ce moment-là. Pourtant il avait dû l'être, sinon comment avaient-ils fait ?

Il tira doucement sur ses entraves, grimaçant de douleur : personne n'avait pansé les blessures sur ses poignets, certainement pour ne pas qu'il se débatte dans ses nouveaux liens.

La porte s'ouvrit brutalement, le faisant sursauter, et il n'eut aucun mal à reconnaître la silhouette du nouveau maître de maison dans la lumière du couloir. Hyuk se rallongea progressivement, certainement pour faire semblant de dormir, mais c'était trop tard, une allumette fut craquée tout près de lui, éclairant le visage concentré de Faith Singleton.

Hyuk observa le reflet de la flamme dans son regard qu'il savait bleu, alors qu'il l'approchait du bougeoir sur la table de chevet. La mèche prit feu si vite, dans un crépitement et il n'essaya pas de tout allumer, préférant le regarder. L'assassin se sentit mal, impropre, alors que ce visage se tournait vers lui, tirant un siège pour pouvoir s'asseoir près du lit.

— Tu as eu de la fièvre, cela fait maintenant deux jours que tu es alité, l'informa le jeune noble. Tu t'es réveillé plusieurs fois mais tu ne semblais pas vraiment conscient, je doute que tu te souviennes de quoique ce soit.

Hyuk ne pouvait le quitter des yeux, comprenant que même après avoir subi sa punition, il ne pouvait toujours pas exécuter sa mission.

— Vous devriez me tuer, Faith.

La voix de Hyuk était faible, râpeuse et grave, il eut du mal à se reconnaître. Cela fit sourire Faith qui regarda ses mains pensivement, les ouvrant. Elles étaient blanches et parfaites, les doigts longs. Sans cicatrice. Celles de Hyuk étaient un tel désordre à côté.

Leurs regards se rencontrèrent de nouveau et Hyuk vit que Faith ne souriait qu'avec ses lèvres en cet instant, ses prunelles plus dures que jamais.

— Mes mains ne sont pas celles d'un meurtrier, Hyuk.

Comment connaissait-il son nom ? Il le lui avait dit ?

Faith n'avait pas fini, il se leva, le regard brillant d'une rage qui ne passait pas ses lèvres. Ses mains s'enfoncèrent dans le lit alors qu'il s'y appuyait pour se pencher vers l'homme allongé là, parlant alors tout bas :

— Mais je t'ai, toi, n'est-ce pas ? Tes mains sales, je vais les utiliser. Tu tueras pour moi, Hyuk, et si tu le fais bien, si tu restes à mon service, alors je te laisserai en vie. Tu vas venger ma famille.

Faith n'était pas un imbécile, il savait que cet homme n'était qu'envoyé par quelqu'un d'autre et c'était le commanditaire le véritable assassin qu'il devait retrouver. Il fixait l'assassin, attendant sa réaction, sachant parfaitement que s'il refusait, il devrait l'enfermer de nouveau pour quelques jours. Hyuk n'aurait pas le choix, de toute façon, Faith avait besoin de lui et il n'avait pas l'habitude qu'on lui refuse quoique ce soit.

L'héritier était triste, bien entendu, des morts chez lui, mais il avait surtout peur pour sa propre vie. Tant qu'il ne retrouverait pas le commanditaire, sa vie serait en danger et Hyuk avait été un assassin porteur d'espoir, puisqu'il n'avait pas pu le blesser. C'était sa seule chance de gagner cette partie d'échec.

Hyuk fixait le visage fou en face de lui, la dureté de sa mâchoire. Les mains du noble étaient grandes et se posaient sur les draps comme pour s'empêcher de l'étrangler. L'assassin ne croyait pas que cet homme pourrait lui faire confiance ou même lui pardonnerait d'avoir tué sa famille, ce n'était juste pas possible. Est-ce qu'il le laisserait en vie, lorsque tout serait fini ? Rien n'était moins sûr.

— Tu me dois la vie, la tienne et celles de mes parents, Hyuk. Sans compter celles de mes serviteurs que tu as tués, dans l'opération. Des dommages collatéraux qui vont me coûter cher, tu sais ?

Le maître de maison était devenu froid, fixant l'assassin pour qu'il cesse de regarder ses mains et ose enfin l'affronter. Faith n'était pas réputé pour sa patience, au contraire, et ne tarda pas à prendre le bas du visage de l'autre homme pour le forcer à relever les yeux vers lui. Dans l'unique bougie allumée, ils se voyaient à peine mais c'était bien assez. Il détailla les cheveux bruns, suffisamment courts pour qu'on ne puisse pas s'y agripper, les yeux semblant noir dans la pénombre de la pièce, la lèvre fendue.

L'homme qu'il tenait et qui se débattait dans ses entraves était un meurtrier, un tueur. Il l'avait vu faire, ne pouvant détacher ses yeux de la danse macabre qui animait alors ce corps aujourd'hui brisé. Faith désirait le briser, désirait briser cet esprit tordu qui avait souri en tirant une balle dans la tête de son père, mais il savait qu'il ne pouvait pas.

Pas tant qu'il n'avait pas ce qu'il voulait.

A l'idée qu'il retournerait l'assassin contre le commanditaire, Faith sourit, relâchant la mâchoire. Il parviendrait à le convaincre, ce serait facile. Puisqu'il n'avait de toute évidence pas pu le tuer la première fois, Faith ne croyait pas qu'il pourrait le tuer plus tard. Il n'avait qu'à être prudent, de toute façon, et ils s'assureraient tous qu'il comprenne qu'il avait plus d'intérêt à travailler pour eux.

— Je n'ai pas accompli ma mission, je suis un homme mort, Faith. Je suppose que vous ne comptez pas faire semblant d'être mort pour me garder en vie ?

Son commanditaire s'assurerait qu'il meure et il ne serait pas le seul, si l'ordre pour lequel il travaillait comme assassin se rendait compte que non content de ne pas avoir exécuté sa mission, il s'était retourné contre son client. C'était juste inconcevable et ça n'arrivait jamais.

Faith ne parut pas ébranlé par la conviction de son prisonnier.

— Tu seras celui qu'on fera passer pour mort, ils penseront que tu as échoué, donnant ta vie pour ça. Ils en enverront d'autres, pour me tuer, et alors tu les tueras.

Cela devenait d'ailleurs urgent qu'il se décide, Faith était en danger, chaque jour un peu plus. Il avait essayé de rester discret pour le moment, la police avait enquêté, bien inutilement, puisque le maître de maison abritait le tueur. Cela expliquait certainement le temps long qu'il avait passé dans la cave : ce n'était pas de la cruauté, c'était simplement que Faith n'avait pas eu le temps de s'occuper de lui.

A présent, l'inspecteur était parti, las d'entendre le même discours de chaque employé : Le tueur s'était enfui et ne comptait pas tuer le fils, il était venu pour le Duc et la Duchesse, l'héritier souhaitait faire son deuil et n'en avait à vrai dire rien à faire d'être en danger.

« — Si vous pensez que votre présence l'empêchera d'entrer et de me tuer, vous vous mettez le doigt dans l'œil. Essayez de le retrouver, au lieu de trainer autour de chez moi, » avait répondu Faith avec agacement.

Et ils avaient fini par partir, s'attardant pourtant aux alentours de la propriété. Il en restait sûrement à patrouiller dans les limites du terrain appartenant aux Singleton mais Faith savait qu'ils ne reviendraient pas de sitôt. Et ne trouverait jamais cette chambre, les employés ayant reçu leurs consignes.

— Je promets de te protéger, Hyuk, de te cacher. Saisis cette chance. A moins que tu aies assez de force pour me tuer cette fois ?

Faith rit doucement en croisant le regard de l'homme, l'observant alors qu'il se renfrognait, se faisant doucement à l'idée.

— Alors, qu'en penses-tu ?

Hyuk soupira, se demandant s'il avait eu le choix un instant. Entre la mort ou être l'assassin des Singleton… Il ne savait si Faith était un génie ou s'il était fou mais il hocha la tête, acceptant ainsi de donner sa vie pour son nouveau maître. C'était l'héritier qui prenait le plus gros risque, lui avait bien plus à perdre que lui.

Faith sourit.

— Stephan, entre, dit-il un peu plus fort, s'adressant à l'homme qui patientait devant la porte.

La lumière du couloir entra dans la pièce avec l'homme qui s'y glissait, silencieux, et lorsqu'il fut assez près, Hyuk détourna le regard. Il savait qui était cet homme, il connaissait toutes les personnes travaillant ici mais c'était autre chose de les rencontrer en face, en position de faiblesse.

Pourtant l'homme d'une quarantaine d'années ne semblait rien ressentir, ni haine, ni… Rien. Il ne ferait qu'obéir aux ordres de son maître.

— Soigne-le et conduis-le dans ses appartements, porte le s'il le faut. Lou Gin ne vient que demain matin, d'ici là, assure-toi qu'il reste dans sa chambre.

L'héritier détacha lui-même Hyuk, se servant d'une clé. Le majordome agrippa les épaules nues de l'assassin pour le tirer brutalement en avant, lui arrachant un grognement de douleur, et aussitôt, Faith avait mis les menottes dans son dos pour lui attacher les mains derrière. On ne pouvait pas aller jusqu'à dire qu'il faisait parfaitement confiance à Hyuk, c'était même loin d'être le cas, et il ne le laisserait pas s'enfuir pour mourir bêtement.

A deux, ils parvinrent à le mettre debout et Faith regarda avec agacement les jambes de l'homme céder sous son poids. Il n'avait pas le temps pour ça, son assassin devait être opérationnel le plus tôt possible, sinon les conséquences pourraient être terribles.

Il soupira et glissa ses bras autour de l'un des bras de l'homme, laissant Stephan faire de même. Ils arrivèrent dans le couloir éclairé par les bougies et Faith put observer le corps d'un assassin. Du moins le haut du corps d'un assassin. Il était couvert de cicatrices, sec et construit pour la vitesse, plus petit que Faith néanmoins, de quelques centimètres.

L'assassin semblait avoir du mal à respirer mais ils ne s'attendrirent pas, prenant le chemin de la fameuse chambre.

Hyuk n'eut aucun mal à reconnaître les lieux, ils se dirigeaient vers la chambre de Faith. Pourquoi ? Puis il comprit : si des assassins revenaient et se trompaient, il le trouverait lui. Faith avait certainement pris la chambre de ses défunts parents à présent. Une femme attendait devant la porte et elle leur ouvrit, les laissant entrer.

Elle ne parut même pas surprise de voir son maître porter l'assassin de sa famille.

Sûrement avaient-ils l'habitude de vivre des situations de ce genre depuis qu'ils étaient au service des Singleton ? Pourtant, c'était une famille normale, si on retirait leur richesse. Hyuk fut déposé dans son lit et il essaya de reprendre son souffle. Pourquoi était-ce si difficile ? Il avait mal partout, le simple effort d'être trainé jusqu'ici l'avait épuisé et il avait l'impression d'être brûlant. C'était sa fièvre ?

— Rowena, Stephan, je vous laisse avec lui. Occupez-vous de lui, je veux qu'il se rétablisse le plus rapidement possible.

— Bien, Maître, firent les deux d'une même voix.

Puis Faith fixa Hyuk, de son regard froid et dur, et l'assassin eut la même impression que lorsqu'il avait voulu le tuer : il le trouva magnifique et princier. Cet homme avait une essence divine dont il avait probablement conscience, s'en servant pour avoir ce qu'il désirait de lui.

— J'ai besoin de mon assassin, Hyuk. Le plus tôt possible.

Alors Hyuk n'eut d'autre choix que de se redresser et de hocher la tête.

— Bien, Maître…

Et Faith partit, avec un petit sourire, laissant Rowena injecter à leur prisonnier une quantité de drogue suffisante pour qu'il dorme d'une traite jusqu'au lendemain.

Il s'habituait à ce qu'on l'appelle ainsi au lieu du « Jeune Maître » qu'on lui attribuait à l'époque et Hyuk avait une façon tout à fait… Intéressante de le dire. Il perdit son sourire lorsque la porte de son ancienne chambre se referma dans son dos. Ils n'avaient pas une seconde à perdre, le temps jouait contre eux, malheureusement. Ce n'était pas une partie d'échec, c'était une bataille navale à présent.

Une bataille navale qui comportait son lot d'inconnues puisqu'il ne savait même pas combien de bateaux avait son adversaire. « L'assassin est ma seule chance de renverser la balance. » Mais pourquoi avait-il cette opportunité ? N'était-ce pas trop beau pour être vrai ? Cette question tournait, ne présentant actuellement aucune solution acceptable. C'était sûrement la plus grande inconnue et il espérait vraiment qu'elle n'était pas capitale.

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La famille Singleton était l'une des plus vieilles de la contrée, devant son essor à la guerre. Les Singleton s'étaient spécialisés dans les armes comme les gaz ou les bombes, et la Reine de cette pseudo-Angleterre les avait gracieusement remerciés, déjà, à l'époque.

Les Singleton ne s'épanouissaient donc pas dans la nouvelle paix et il fallut attendre le Duc Gregory et la Duchesse Lindsey, les grands-parents de Faith, pour trouver la nouvelle voie qu'emprunterait cette famille : les médicaments. Leurs laboratoires qui à l'époque se consacraient à la mort se tournèrent par la suite par nécessité vers la vie.

Leur fils prit la suite, avec sa femme, Anne-Lise Düwinsay, et ils auraient probablement enrichi considérablement la famille si ça n'avait été ce meurtre. Faith n'avait que vingt ans, il n'aurait pas dû reprendre tout de suite l'entreprise familiale mais son père savait que ce n'était qu'une question de temps, il l'avait donc formé.

Lou Gin songeait à tout cela alors qu'elle était dans la voiture qui la conduisait au manoir. A quel point Richard avait-il préparé son fils ? Elle se souvenait parfaitement du dernier repas qu'elle avait partagé avec le couple. Il n'y avait pas qu'elle, ils étaient plusieurs et elle n'avait pas eu de mal à définir le groupe qu'ils formaient : les relations les plus discutables des Singleton, celles dont ils ne se vanteraient jamais.

Cette famille avait toujours baigné dans les affaires louches et elle était persuadée qu'Edwin Gonzales n'était pas un homme fréquentable, vraiment pas, et pourtant il était là également, assis à sa droite. Elle l'avait toujours su, la devanture de son magasin de chaussures n'était qu'une ruse, un secret de polichinelle. Les seules personnes qui auraient pu lever le mystère de ce fameux repas n'étaient aujourd'hui plus de ce monde, malheureusement, et le sentiment de frustration qui en résultait devait malheureusement les atteindre tous.

« — A la semaine prochaine, avait dit Edwin à Richard, lorsqu'ils s'étaient dit au revoir. »

Et Lou Gin se souvenait parfaitement de l'expression de Richard à ce moment-là. « Si Dieu le veut » avait été sa seule réponse.

Alors elle n'avait pas été étonnée lorsque Faith avait annoncé la mort de ses parents, trois jours plus tard. Ce qui l'avait étonnée, en revanche, c'était qu'il l'invite ce jour-là.

Elle sortit de la voiture, le serviteur de la famille s'inclinant bien bas devant elle, avant de la conduire vers la porte d'entrée du manoir, sans oublier ses bagages.

— Je suis ravie de voir que vous avez survécu, Tony, disait-elle au serviteur qu'elle connaissait puisqu'il s'occupait généralement du service du repas.

Assez jeune, il avait un parler agréable et courtois, une grande culture également, ce qui le transformait en un atout de taille pour la famille. Il était capable de faire la conversation aux invités, leur tenir compagnie lors de trop longues attentes, et surtout il avait une loyauté indéfectible envers le couple.

Muet comme une tombe sur les affaires des Singleton, il parvenait habilement à toujours détourner l'attention de son auditoire trop curieux et il ne laissait, au terme de la conversation, que l'impression que cette famille n'avait aucun défaut. Ce qui était faux.

— J'aimerais pouvoir en dire autant, Comtesse.

Pourtant son sourire poli ne trahissait aucunement la tristesse qu'il devait ressentir au fond de lui.

Ils montèrent les grandes marches en marbre et pénétrèrent dans le manoir, bien silencieux. Lou Gin arrangea sa robe bouffante et d'un jaune pâle, s'assurant que les manches tombaient parfaitement sur ses épaules, et ils prirent un escalier de nouveau, alors qu'ils se rendaient à l'étage.

— Quand auront lieu les obsèques ? demanda-t-elle au serviteur, sachant que c'était des questions qu'elle ne pouvait poser au nouveau maître de maison sans se sentir désolée pour lui.

Le majordome en avait conscience également, préférant répondre à ces questions plutôt que laisser son maître les subir, en plus du reste.

— La police n'en a pas fini avec les corps, alors c'est difficile à dire.

— Quel désastre, les choses doivent être faites rapidement s'ils veulent rejoindre le monde des morts en paix, les plaignit-elle avec une légère hargne.

— Allons, Lou Gin, nous savons qu'ils ne trouveront pas la paix, même dans le royaume des morts, fit une voix derrière eux et ils se retournèrent pour faire face à Faith.

La femme fronça son nez en inclinant la tête pour le saluer, attendant qu'il les rejoigne pour marcher tous les trois vers la salle de réunion.

— Ne parlez pas ainsi de vos défunts parents, Duc.

Faith ne répondit pas, entrant à la suite de la comtesse dans la salle de réunion qui avait été aménagée pour l'occasion, vidée des tables et des chaises qu'il y avait avant, pour ne laisser qu'une chaise, sur laquelle un homme était assis.

Brun, le visage dur, il était presque nu, sa peau assombrie par des gênes asiatiques d'après la forme de ses yeux et une exposition prolongée au soleil, un drap blanc couvrait le bas de son corps, cachait sa nudité. Son torse était couvert d'ecchymose et de cicatrices et l'homme s'agita nerveusement sur sa chaise sous le regard perçant de la nouvelle venue.

— Lou Gin, je vous présente Hyuk. Hyuk, voici Lou Gin.

Hyuk jeta un regard menaçant à Faith en l'entendant dévoiler ainsi son identité mais ça ne parut pas l'attrister une seule seconde, venant près de l'assassin sans crainte, malgré le petit geste de Tony pour l'empêcher d'approcher, visiblement.

L'héritier se glissa dans son dos, posant ses mains sur ses épaules, et il sourit à Lou Gin.

— Vous allez le transformer en Yudel, Lou Gin. Personne ne doit pouvoir le reconnaître.

Lou Gin s'approcha, croisant les bras sur sa poitrine.

— Comment puis-je faire ça, Singleton ? C'est impossible.

— Lève-toi, Hyuk.

Alors Hyuk se leva, tenant tout de même le drap sur ses parties intimes, attentif à la présence d'une femme dans la pièce, qui était Comtesse. Il sentit le doigt de Faith sur le tatouage qu'il avait dans le bas du dos, comme tous les Assassins de sa « guilde ». Il y eut un silence alors que Lou Gin reconnaissait le dessin particulier, comprenant alors qu'elle se trouvait en présence d'un Assassin.

Elle ne montra pourtant aucune peur, se contentant de se pencher pour mieux voir.

— Il s'est battu pour l'avoir, il ne souhaite peut-être pas le cacher, fit Lou Gin en se redressant.

Hyuk prit la parole, sans laisser le temps à son maître de dire quoique ce soit.

— Je ne mérite plus cette marque.

En laissant en vie sa cible, il avait craché sur tous les principes des Assassins et il ne pourrait plus jamais reprendre son travail. Son regard glissa sur Faith, accusateur, le maudissant intérieurement, mais il fut bien incapable de poursuivre son blasphème lorsqu'il croisa son regard bleu. Faith ne put s'empêcher de sourire.

— Vous voyez, il est d'accord, conclut le Duc, victorieux.

Lou Gin fit signe à Tony de s'approcher avec sa valise et il la posa à ses pieds.

— Vous faut-il quelque chose, Lou Gin ? demanda Faith en observant avec curiosité l'intérieur de la valise lorsqu'elle l'ouvrait.

— Une chaise, une table et un serviteur adroit, pourquoi pas Rowena ? dit-elle en sortant de quoi désinfecter une aiguille, puis elle se figea et rajouta : Si elle est vivante, bien sûr.

Un sourire froid étira les lèvres de Faith et les deux hommes de la pièce regardèrent l'Assassin qui baissa les yeux.

— Très bien.

Faith posa son regard sur Tony, certainement pour l'envoyer chercher ce qu'il fallait, avant de se rappeler qu'il ne pouvait laisser Lou Gin seule avec Hyuk. C'était dangereux, mais surtout ils pourraient discuter de choses qu'il ne voulait pas qu'ils sachent, l'un et l'autre.

— Je m'en occupe, soupira-t-il avant de sortir, sans voir le regard complice et amusé que Lou Gin et Tony s'échangeaient.

Pourtant, une fois qu'il fut sorti, Lou Gin posa la question qui lui brûlait les lèvres :

— Où sont passés les serviteurs du manoir ? Ils ont tous été tués ?

— Seuls deux serviteurs sont morts, répondit Tony.

Hyuk crispa ses mains sur le tissu blanc.

Il en avait blessés beaucoup plus que cela, juste pas assez gravement pour les tuer.

— Où sont les autres ? insista Lou Gin, fronçant les sourcils.

Elle se souvenait qu'avant elle ne pouvait faire trois pas seule dans cette bâtisse sans qu'un employé vienne pour l'aider à retrouver son chemin et elle était certaine que ce ne serait plus le cas aujourd'hui.

— Je ne vois pas ce que vous voulez dire, Comtesse. A part Frédéric et Lionel, nous sommes tous là.

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A SUIVRE…