NDA : Voici le deuxième chapitre ! Un chapitre par semaine, le mercredi ! Je n'ai pas grand-chose à dire sinon que c'est nouveau pour moi aussi, ce genre de choses, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Il y a beaucoup de personnages différents, j'ai essayé de les insérer progressivement mais je peux comprendre que vous soyez perdus… Et je rappelle également que cette fiction est classée MA, qu'elle contient des scènes de sexe entre hommes et qu'il s'agit de votre responsabilité de lire ou non.

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REPONSES AUX REVIEWS :

yume resonnance :

Merci pour ton review ! Toujours ravie de t'avoir en lectrice !

Et en effet, la scène de l'assassinat est intéressante (en fait, toute l'intrigue de l'histoire peut se résumer à cette scène-ci), mais impossible de la montrer pour le moment malheureusement, elle recèle bien trop de secrets ! Peut-être qu'on en apprendra plus par la suite ?

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CHAPITRE 2 :

PEU BAVARD


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Faith entra dans la pièce où il avait laissé Rowena, Tony, Lou Gin et Hyuk plusieurs heures plus tôt à présent, l'odeur du sang lui prenant la gorge. L'héritier faisait des cauchemars de cette odeur, à tel point qu'il ne pouvait l'oublier, traumatisé jusqu'à sa moelle. L'homme en face de lui, subissant la souffrance d'une aiguille qui s'enfonce à répétition pour placer les pigments sous sa peau, jusqu'à en saigner, était l'acteur de chacun de ses cauchemars.

Pourtant, l'héritier avait confiance en lui, depuis la première seconde.

Sa raison le suppliait de multiplier les situations-preuves de cette loyauté et de chercher à tester la force de la corde qui serrait la gorge de l'Assassin, alors il s'efforcerait de convaincre cette deuxième part de lui, bien moins instinctive.

— Tout se passe bien ?

Le regard de Hyuk était déjà sur lui, amer. Il commençait à en avoir assez de souffrir tout en ayant parfaitement conscience que cette douleur n'était rien à côté de celle qu'il avait infligée aux serviteurs encore en vie. Etait-ce sa punition ? Il savait qu'il ne trouverait aucune compassion chez son Maître mais il ne relâcha pas son regard.

— Voyez vous-même, Singleton, fit Lou Gin en réponse, se redressant et essuyant ses mains tâchées de sang sur les chiffons blancs.

Le blond alla donc voir, passant dans le dos de son nouveau serviteur. Le tatouage avait été remplacé par un autre, bien plus grand, se fondant à merveille dans le dessin gracieux d'un serpent, qui lui prenait une grosse partie du flanc gauche.

La robe jaune de Lou Gin était tâchée de sang et d'encre, mais elle n'avait pas l'air d'en faire grand cas, observant son travail avec satisfaction. Elle ne devait son titre qu'à son mariage, si bien que parfois, elle l'oubliait.

— Ca suffira vraiment ? demandait Rowena, sa fatigue transparaissant dans ses traits.

Lou Gin eut une moue.

— Je ne peux rien faire de plus, sinon lui dessiner sur le visage ? proposa-t-elle en regardant le Duc qui était bien pensif et parut se ranimer sous son regard.

— Non, j'aime son visage comme il est, lâcha Faith en passant un doigt sur la joue de l'homme nu. Merci, Lou Gin. Nous allons vous donner de quoi vous changer et je vous invite à partager un repas.

Lou Gin refusa les deux, alors que Tony et Rowena nettoyaient et rangeaient ses affaires dans sa mallette.

— Mon mari m'attend, j'ai bien assez tardé.

Et ce fut Tony qui la raccompagna.

— Comment te sens-tu ? demanda-t-il à l'Assassin en se plaçant face à lui, attrapant sa mâchoire de sa main ferme.

Ce visage était beau et particulier, il se demandait comment il pourrait le camoufler. Le tatouage empêcherait sa Guilde de le retrouver et peu de gens connaissaient son nom et son apparence, Hyuk était une ombre. Peut-être qu'en laissant pousser sa barbe et ses cheveux, ils parviendraient à quelque chose.

— Nu, répondit Hyuk, son regard dans celui du Duc, provoquant un sourire sur le visage magnifique.

— Je souhaite rendre une visite surprise aux services de police, Yudel. Tu m'y accompagnes.

Hyuk eut du mal à cacher sa fatigue. La veille, il était alité et, à présent, cet homme le faisait courir partout, mais il savait que l'héritier exécutait un plan plus grand que sa propre personne et ce plan n'autorisait aucune perte de temps.

— Rowena, lavez-le et habillez-le.

Elle hocha simplement la tête, demandant à l'Assassin de la suivre. Il avait mal partout et il espérait que le bain le soignerait suffisamment pour pouvoir protéger Faith. Rowena fit couler l'eau, tranquillement, dans le bain, puis elle l'invita à s'y plonger, venant passer une éponge douce sur son dos torturé.

— Vous savez qui je suis, n'est-ce pas ? demandait l'Assassin, au bout d'un trop long silence.

Rowena hocha la tête, avec un sourire discret. Elle devait avoir l'âge de Stephan, le majordome en chef, certains de ses cheveux noirs étaient argentés et elle avait des yeux bruns assez doux, qu'on devinait habituellement souriants mais qui n'étaient à présent que tristes et passifs. Contrôlés.

— Je n'ai pas l'impression que vous ayez peur de moi. Ni vous, ni personne.

— Ceux qui ont peur de vous sont partis, Assassin, répondit-elle avec une petite moue.

Lorsqu'elle ne lavait pas la zone du tatouage, elle frottait fort, pour vraiment le débarrasser de toute la saleté. Hyuk hochait la tête, comprenant ce sentiment, tout en se demandant si c'était la vérité.

— Nous pensons que le Jeune Maitre est celui qui vous a missionné, pour être honnête avec vous.

Hyuk sursauta presque à cette idée, essayant de contenir son premier sentiment de révolte face à ces propos insensés. Puis il réfléchit. Cette hypothèse était finalement la plus logique, lorsqu'on faisait un bilan des morts et des vivants. Faith aurait pu orchestrer la mort de ses parents ? Rowena semblait sûre d'elle, pourtant.

— Si c'est le cas, alors vous n'êtes pas différent de nous, Yudel. Vous obéissez aux Singleton.

— Je ne peux pas vous répondre, je ne connais pas mon commanditaire.

Enfin, Hyuk pouvait être certain que ce n'était pas Faith, en vérité, puisqu'il était censé mourir également, ce soir-là. Il devait tuer trois personnes, juste trois. Et tout avait dérapé lorsqu'il avait croisé le regard bleu de Faith Singleton. Pourquoi ? Il ne savait pas, il avait juste la certitude qu'il n'aurait pas pu le tuer.

Qu'il ne devait pas le tuer.

Il ne dévoila rien à Rowena sur ses pensées ou sur sa mission initiale, Faith le lui avait formellement interdit et ça ne servait pas ses intérêts. Il la laissa donc le sécher puis l'habiller en silence. Les personnes restantes étaient donc celles qui pensaient que le Duc était le responsable de la mort de ses parents ? En tout cas, elle n'était pas la seule à penser ainsi. Peut-être que certains ne savaient pas qui il était, aussi.

Cela devenait de plus en plus intéressant pour lui de découvrir le fond de l'histoire, que Faith le lui ordonne ou non.

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— Faith Singleton, comment puis-je vous aider ?

L'inspecteur semblait agacé de voir le noble ici et c'était compréhensible : les riches se croyaient souvent au-dessus des lois, à se pavaner de cette façon partout, et en avoir un dans ses locaux n'était jamais une bonne nouvelle.

Surtout lorsqu'ils étaient accompagnés de leur garde du corps.

Apparemment, le jeune Duc avait choisi d'employer un homme pour sa protection et il avait bien choisi. Le dénommé Yudel avait un regard sombre et ses bras dévoilés par les manches bouffantes de tissu blanc et léger pour faire face à la chaleur étaient lacérés par endroit. S'il n'était pas aussi jeune, l'inspecteur aurait cru à un ancien combattant.

— Je viens récupérer les corps à exhumer, Inspecteur. J'ai perdu assez de temps comme ça, savez-vous qu'il s'agit du rituel de passage dans l'au-delà que vous retardez avec vos tentatives dérisoires de retrouver l'assassin ?

Hyuk était surpris de l'acidité dont se parait la voix du Duc, il n'avait jamais utilisé un tel ton depuis qu'il le connaissait : le ton du noble capricieux mais suffisamment fort pour vous écraser si vous ne cédez pas. C'était plutôt inquiétant pour l'ancien Assassin de se retrouver face à l'Inspecteur chargé d'avoir sa peau, mais il se servait de Faith comme d'un talisman, espérant qu'il se souviendrait de le protéger lorsque ce serait nécessaire.

L'Inspecteur ne savait quoi dire, la religion était toujours quelque chose de compliqué à gérer et Faith le savait et en jouait, visiblement. Ils se mesurèrent du regard un instant mais ce fut l'Inspecteur qui baissa les yeux : ils n'avaient jusqu'à présent rien trouvé de concluant sur les corps et commençaient à manquer de temps.

— Deux jours, Inspecteur. Si dans deux jours je ne peux pas enterrer mes parents, je le prendrais personnellement.

— Vous me menacez ? persiffla l'Inspecteur, posant sa main sur sa hanche, près de son arme.

Hyuk se mit immédiatement sur ses gardes et cela eut le don de calmer leur vis-à-vis qui était juste sur les nerfs.

— Je ne vous menace pas, je constate les faits. Vous voulez attraper l'assassin et nous souhaitons faire notre deuil. Les corps pourrissent et vous ne trouvez rien : vous pataugez, Inspecteur. Je trouverai l'assassin avant vous, à cette allure. Dans un autre contexte, j'aurais trouvé cela presque amusant, mais il s'agit de mes parents.

Cette dernière phrase recelait une émotion très discrète qui réussit à attendrir sans difficulté les deux autres personnes présentes : Hyuk n'eut aucun mal à cacher sa compassion, ce qui ne fut pas le cas de l'Inspecteur, qui semblait bousculé par la fragilité inattendue du Duc qui avait le même âge que son fils.

Il soupira, passant une main sur son crâne dégarni.

— Je comprends, monsieur le Duc, mais nous n'avons pas le choix, le meurtrier pourrait attenter à votre vie…

Faith jeta un regard dense à son serviteur, trouvant tout cela ironique au fond.

— Deux jours. Vous faites votre travail et je fais le mien, Inspecteur, celui d'un fils. Une dernière fois.

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— Alors, comment étais-je ? demanda Faith avec un sourire en coin, alors qu'ils étaient bien à l'abri dans la voiture qui les ramènerait chez eux.

Hyuk l'observa et songea que cet homme était trop beau pour être humain. Et pourtant, ses lèvres étaient celles de son père, ses yeux avaient pris la forme de ceux d'Anne-Lise mais la couleur de ceux de son grand-père et sa stature était semblable à celle de son père, plus jeune. Ses origines étaient humaines, mais alors d'où lui venait cette aisance divine ?

Hyuk était faible.

Devant son silence, Faith reprit, écartant du bout des doigts les rideaux qui les cachaient de l'extérieur pour regarder dehors.

— Nous n'avons pas le choix si nous voulons te protéger. Il ne faut pas qu'ils te trouvent.

C'était donc primordial qu'ils récupèrent les corps et les fassent disparaître. Chaque preuve de la culpabilité de Hyuk devait être trouvée et supprimée, Faith le savait et y travaillait, progressivement. Le plus difficile à gérer certainement serait ses propres gens, ceux qui étaient au courant et l'avaient vu. Eux ne pourraient aisément pardonner et Faith pouvait comprendre, tout en ressentant une certaine frustration. Il avait beau expliquer son point de vue, il savait qu'ils finiraient par vouloir en parler, par chercher de l'aide.

Au fond, Faith espérait ne pas avoir à les tuer.

— Tu n'es pas très bavard, remarqua Faith.

Hyuk parut se tétaniser.

— Excusez-moi, dit-il en fronçant légèrement les sourcils.

— Ce n'était pas un reproche, il n'y a pas lieu de s'excuser.

En effet, Faith ne semblait pas mentir. Il était particulièrement détendu pour quelqu'un seul avec son meurtrier. Bien qu'il n'ait pas peur de se faire tuer – le regard de Hyuk sur lui était particulièrement explicite sur son incapacité à lui faire du mal – ou qu'il ait parfaitement confiance en lui pour le défendre d'une menace extérieure, il pourrait s'inquiéter de le voir chercher à sortir et s'enfuir.

A l'idée de s'enfuir, le cœur de Hyuk battit plus vite d'anticipation. Il savait qu'il devait essayer de le faire, sans mettre en danger Faith, pourtant. Pas maintenant. Et il savait que Faith n'était pas quelqu'un contre lequel il pouvait se battre : quelque chose lui disait qu'il était bien plus adroit et fort qu'il ne le prétendait.

— Je suis solitaire, je n'ai pas l'habitude d'être avec des gens, essaya Hyuk, autant pour s'expliquer que pour faire la conversation, justement.

— Sans vouloir les tuer, tu veux dire ?

Hyuk grimaça discrètement, essayant de ne pas montrer à quel point l'attitude de son vis-à-vis le perturbait. Y avait-il véritablement lieu de plaisanter à ce sujet de cette façon ? Il décida donc de simplement ignorer la question.

— Il m'arrivait de jouer un rôle, pour me rapprocher de mes victimes. Je suis capable d'être plus bavard, d'être guindé ou idiot, mais ce n'est pas vraiment moi, poursuivit-il.

Il avait un jeu d'acteur correct, à force d'observer les gens autour de lui, et agissait souvent en éponge, se laissant modeler par les gens autour de lui pour passer inaperçu ou alors, au contraire, plaire. Lorsqu'il cachait ses cicatrices et s'obligeait à marcher plus lentement, adoucissant son regard pour ne pas avoir l'air toujours sur ses gardes, il devenait quelqu'un de banal, qu'on pouvait trouver beau. S'il jouait le timide, il devenait alors mignon et attractif. Combien de fois avait-il été embêté dans la rue, parce qu'il faisait semblant ?

Faith regardait toujours dehors et c'était frustrant et rassurant à la fois pour Hyuk qui aimait avoir son attention mais regrettait ensuite de ne pas pouvoir s'en cacher.

— Si vous le souhaitez… Vous pouvez me demander d'être quelqu'un d'autre.

Il eut enfin l'attention du Duc.

— Je t'ai dit que ce n'était pas un reproche, rappela-t-il durement, agacé de devoir se répéter.

— Il ne s'agit pas que de vous, Maître, tenta d'expliquer Hyuk en haussant les épaules, essayant d'être insensible au regard torve qu'il avait alors, le bleu se parant de glace.

Il observa son vis-à-vis se passer une main sur le visage, sûrement pour réunir ses pensées et calmer son élan de colère pour réfléchir. Faith avait, contrairement à lui, beaucoup de mimiques, de gestes et de regards différents, surtout pour quelqu'un d'observateur, mais après ce qu'il venait de voir dans les bureaux de l'Inspecteur, il doutait que ce ne soit pas également un jeu d'acteur.

Qui était vraiment Faith Singleton ?

— Lorsque j'aurais besoin de tes talents d'imitateur, Hyuk, je te le dirais, consentit Faith au bout d'un silence.

Hyuk : 1, Faith : 0

Le reste du trajet se passa dans un silence qui n'était pas désagréable, pour aucun des deux. Faith semblait vraiment intéressé par ce qui se passait dehors, Hyuk essayait de ne pas le dévisager de trop et les deux n'étaient pas décidés à parler.

La voiture finit par s'arrêter et Hyuk sortit en premier, simple règle de sécurité, puis le Duc suivit, avec un petit soupir satisfait. Plus que quelques pas et ils seraient chez eux. Les marches menant aux portes étaient volontairement hautes, trop hautes, certainement pour faire perdre de leur superbe aux invités qui n'étaient pas habitués.

Faith s'arrêta pourtant en plein milieu des marches, Hyuk manquant de lui rentrer dedans puisqu'il le talonnait.

— Maître ?

C'était imprudent de la part du jeune homme de rester ainsi à découvert, surtout en ce moment.

— Il y a quelqu'un qui taille la haie, là-bas, fit Faith.

— Le jardinier ? proposa Hyuk en reconnaissant ce dernier pour l'avoir déjà vu à plusieurs reprises, lors de son observation.

Le Duc eut une moue, avant de regarder Hyuk, et il reprit son chemin. L'assassin regarda une dernière fois vers le jardinier, s'assurant qu'il ne s'était pas trompé, avant d'emboiter le pas à son nouveau maitre, fixant l'arrière de son crâne avec une intensité telle qu'il espérait pouvoir apercevoir ce qu'il y avait dans celle-ci.

Mais ses yeux n'étaient pas capables de cela.

— Demain matin, je reçois des candidats pour remplacer les serviteurs qui ont démissionnés, fit Faith alors que Stephan était là pour lui retirer sa veste et Hyuk ne comprit pas tout de suite que c'était à lui qu'il s'adressait.

— Est-ce vraiment prudent d'embaucher de nouvelles personnes dans cette situation ? Il sera très facile d'intégrer le personnel de la maison et de vous tuer, opposa Hyuk.

— Que devrais-je faire ? Continuer ainsi et avoir peur toute ma vie ? demanda Faith en se tournant vers lui, posant un poing sur sa hanche.

Hyuk serra les dents.

— Les gens normaux n'ont pas besoin de serviteurs. Ceux que vous avez devraient suffire.

Il s'attendait à ce que le Duc montre de l'impatience face à celui qui lui tenait tête de cette façon, comme quelques instants auparavant dans la voiture, mais il n'en fut rien, le blond gardant un ton mesuré et un visage ouvert.

— Tu sais de quoi j'ai l'air, Yudel ? D'un animal blessé. J'ai un ennemi assez fou pour s'attaquer à moi mais si je reste ainsi, j'en aurais bientôt plusieurs. Ils vont devenir fous à sentir l'odeur de mon sang.

L'image était assez parlante et un frisson parcourut l'ancien Assassin.

— Même Lou Gin est une menace, dans l'état actuel des choses.

Le serviteur se souvenait en effet de l'insistance de la comtesse sur la diminution d'effectif visible dans le manoir et le refus catégorique de Tony d'admettre l'évidence : les Singleton saignaient. Hyuk hocha donc la tête alors qu'ils suivaient Stephan à l'étage, pour que le Duc puisse prendre son bain avant son repas.

Il retirait les boutons de ses manches tout en marchant.

— Je ne peux avoir confiance en personne mais il y aura sûrement dans le tas des gens loyaux, plus que certains que j'ai déjà. Je ne peux pas perdre de temps.

Ils entrèrent dans la salle de bains et, comme le Duc n'avait pas cessé de lui parler, il les suivit. Ce fut au tour de Stephan de prendre le relais pour déshabiller Faith, ce dernier levant les bras pour lui faciliter la tâche, lorsqu'il le lui demandait d'une légère pression sur ceux-ci.

— Je comprends, finit par dire Hyuk.

Hyuk : 1, Faith : 1

Faith était enfin nu, son corps musclé par le cheval, l'escrime et que savait-il encore éclairé par la lumière tombante de l'extérieur. Lorsqu'il se pencha pour aller dans le bain préparé à son intention et à la bonne température, Hyuk put observer la danse des muscles sous sa peau sans imperfection. Un Dieu vivant.

— Je veux que tu sois là, que tu les regardes. Tu connais les autres Assassins, n'est-ce pas ?

— Pas vraiment.

Faith leva les yeux pour le regarder, surprenant son expression. Un léger sourire étira les lèvres du Duc qui posa un bras de chaque côté du bain, soupirant profondément, et laissant sa tête reposer contre la porcelaine froide, satisfait d'être observé de cette façon.

— Tu sauras les reconnaître, affirma-t-il, les yeux clos. Tu me diras qui ne pas embaucher, les personnes qui, instinctivement, te paraîtront dangereuses.

Ce serait une grande responsabilité si c'était vraiment quelque chose de difficile pour Hyuk, sauf qu'il le faisait en permanence, pour sa propre sécurité. Il reconnaitrait un Assassin, aussi bon soit-il. En revanche, il était si facile de vouloir tuer quelqu'un et d'y arriver : l'empoisonnement était la solution la plus facile.

La seule chose qui empêchait les gens de tuer était la peur de la punition. Le but était de ne jamais se faire attraper.

Hyuk observa les mains de Stephan glisser sur la peau mouillée pour la laver, alors qu'il songeait qu'il avait été attrapé, malgré ses efforts. Cet homme le tenait et il était effrayé de réaliser à quel point il était coincé. Il s'enfuirait le lendemain, il ne pouvait le laisser embaucher un meurtrier, ce serait lui trancher la gorge lui-même. Il choisirait les nouveaux employés, puis il partirait.

Ou alors pouvait-il laisser quelqu'un d'autre le tuer ?

En finir, tuer le meurtrier, et prétendre qu'il était celui qui avait fini le boulot.

Ce serait sûrement le mieux à faire.

— Stephan, laisse-nous.

Hyuk se figea. Est-ce que cet homme pouvait lire dans les pensées ? Stephan se redressa et sortit, sans tenir compte du regard perplexe de l'autre serviteur. Hyuk dut s'approcher lorsque le Duc lui demanda de le faire.

— A quoi penses-tu, Hyuk ?

En posant cette question, l'homme s'était levé et sortait adroitement de la baignoire. « Vous voyez que vous n'avez besoin de personne, Maître ? » songeait le serviteur, amer, alors qu'il ne vacillait même pas en posant ses pieds sur le carrelage.

— Je vous trouve beau.

Le Duc plissa les yeux en le regardant, visiblement peu dupe, puis son visage se détendit alors qu'il souriait, vraiment amusé à présent. Il lui montra la serviette étendue contre un mur et Hyuk s'en saisit pour le sécher.

— Eh bien à quoi pensais-tu avant ça ?

Le silence lui répondit, il s'étira et persista, alors que l'un et l'autre se demandaient comment ils gèreraient ce qui se passerait ensuite. La serviette fut arrachée des mains du serviteur qui resta droit, essayant de ne pas réagir violemment également à la violence qui habitait l'homme en face de lui. Faith n'était pas patient, il n'était pas calme et n'avait pas pardonné, Hyuk ne devait pas oublier que le prix pour rester près de lui, en vie, était cher.

— Vas-tu répondre ? Réponds, Hyuk. C'est un ordre. A quoi pensais-tu ?

Faith lui faisait face et le dominait des quelques centimètres qu'il avait en plus, avançant alors que l'assassin restait immobile, penchant la tête en arrière pour le regarder dans les yeux, les ongles enfoncés dans la paume pour ne pas se mettre en position défensive.

— Préférez-vous que je vous réponde ou que je vous mente, Maître ?

Il y eut un silence retentissant.

Puis Faith s'anima, ses mains empoignant la ceinture de Hyuk pour la défaire, efficacement. Ils se dirigèrent vers la porte, l'un avançant, l'autre reculant, et bientôt il n'y avait plus nulle part où fuir pour Hyuk.

— Que faites-vous, Faith ?

Le vêtement tomba au sol, ne laissant que le sous-vêtement qui était une bien piètre protection, comme le blond le démontra en posant sa main chaude sur la bosse que le membre formait là-dessous. Il vit sa victime appuyer ses mains contre le bois de la porte, certainement pour s'empêcher de le frapper, et cela le fit sourire, admirant les veines qui apparaissaient et les doigts qui devenaient blancs sous la force qu'il y mettait.

Il colla ses lèvres à son oreille, pour être sûr qu'il intègre.

— Ca fait un moment que j'y pense : tu as tué Lionel, tu sais ce qu'il était pour moi. (Une affirmation, il avait depuis longtemps compris à quel point Hyuk s'était renseigné sur eux tous.) Comptes-tu me dédommager pour cela aussi ? J'ai des besoins, comme tout le monde, et à cause de toi ils ne sont plus comblés…

Il le caressa, appréciant sentir le corps se tendre alors qu'il se faisait insistant. Un soupir passa les dents serrées du brun.

— Retourne-toi, Hyuk.

Et l'homme le fit, docilement, les lèvres closes, posant ses mains contre la porte, plus haut cette fois, alors que celles de l'autre jetaient leur dévolu sur ses fesses, en caressant chacune une, d'une façon si suggestive qu'il trembla. Faith ne rata rien de la danse des muscles de ses bras alors qu'il se contenait.

Ainsi il pensait également qu'il devait prendre la place de Lionel ? Jusqu'où irait-il ? Pourquoi se montrer aussi docile ?

Les mains vicieuses glissèrent à l'avant pour plonger et le libérer du dernier rempart, s'amusant de le trouver durci. Les caresses se firent insistantes, mesurées pourtant, prenant soin du gland dévoilé. Il s'y connaissait et cela se sentait.

Les hanches du Duc se collèrent aux siennes, de sorte à ce qu'il sente son excitation contre la peau tendre de son postérieur. Hyuk tremblait, cette fois, et c'était avec un plaisir sadique que son maître le voyait s'effondrer devant lui. Le premier doigt qui le pénétra le fit gémir, le second fit monter les larmes dans ses yeux.

— Maître…, suppliait-il, à présent tout simplement soumis aux mains de cet homme, comme une marionnette.

— Si tu jouis maintenant, il faudra que tu le fasses jusqu'à tant que je le fasse aussi, qu'importe combien de fois ce doit être.

Hyuk ne tenait pas sur ses jambes, il était désormais incliné vers l'avant, ayant reculé ses hanches pour fuir la main à l'avant. Ce n'était pas bon, il sentait le corps nu de Faith derrière lui et voulait y passer ses mains. Si proche et pourtant si loin.

Il se libéra lorsque les doigts se retirèrent, souillant la main de son maître.

Il y eut un silence alors qu'il reprenait son souffle, ses genoux ployant et le laissant tomber, maintenant que plus rien ne le tenait. Pourtant, Faith n'en avait pas fini, comme il le lui fit comprendre en se servant de sa semence pour lubrifier l'entrée.

L'esprit embrouillé par son plaisir, il n'eut le temps de s'inquiéter : c'était trop tard, c'était à l'intérieur, beaucoup trop profond. Il hoqueta de douleur et comprit trop tard que Faith pouvait lui faire mal sans se tâcher les mains de son sang. Cette douleur là… Etait profondément ancrée et promettait pire : du plaisir.

— Faith… Ah-

— Mmh… Tu es déjà dur de nouveau, Hyuk… C'était rapide…

Alors Hyuk abandonna, il posa son front sur ses bras croisés, offrant ainsi sa croupe aux mouvements du blond, le plaisir dénouant ses lèvres qui ne retinrent plus sa voix. Ce n'était plus la peine de faire semblant, sa fierté fut mise au placard et il laissa un autre homme le prendre. Mais il y avait pire que Faith Singleton.

Ils finirent par se libérer et Hyuk se laissa tomber sur le flanc, essoufflé, observant le carrelage froid devant lui. Il y avait du sperme sur le sol, ils avaient sali la pièce. Faith s'était assis également, observant l'assassin pensivement avant de rire un peu.

L'injustice de la situation apparut enfin à Hyuk qui restait prostré sur le sol, attendant que son souffle revienne.

— Vous êtes cruel, Maître. Vous souhaitez que je remplace Lionel ? Mais c'est vous qui m'avez demandé de le tuer, ce soir-là. « Tue les tous les deux. » Voilà ce que vous avez dit.

Faith leva son regard pour le fixer, ils se jaugèrent, en silence.

— Je t'ai aussi demandé de ne jamais en parler, il me semble, finit par dire le Duc, blasé et semblant se faire à l'idée qu'il ne pouvait museler cet homme.

Hyuk : 2, Faith : 1

Hyuk ne put s'empêcher de rire un peu.

Non, vraiment, ce n'était pas juste.

— Vous voyez que vous savez défaire une ceinture tout seul, ajouta Hyuk au bout d'un moment de silence. Autant de serviteurs pour une seule personne…

Hyuk : 3, Faith : 1

Faith préférait lorsqu'il se taisait, en fait, mais il ne se risqua pas à le dire.

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A SUIVRE…