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Un petit mot de l'auteur avant de commencer :

Bonjour à tous ^.^

Avec ce chapitre, nous entamons officiellement le tome 2 de Djinns. J'espère qu'il vous plaira autant que le premier (voire même plus, qui sait) et que vous aurez plaisir à suivre les nouvelles aventures d'Ildrys et Ceylan.

Au total, ce sont 24 nouveaux chapitres qui vous attendent à un rythme de un par semaine, voire deux si j'ai le temps de m'attaquer aux corrections. La publication est prévue pour le vendredi, comme c'était plus ou moins le cas avant.

N'hésitez pas à me faire part de vos retours, c'est toujours agréable et/ou constructif d'avoir un avis extérieur ou de pouvoir lire votre enthousiasme.

Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.

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Djheb

Huit jours s'étaient écoulés depuis que Ceylan et Ildrys avaient quitté Huanjin. La Passe du Tigre était désormais loin derrière. Leur destination se rapprochait mais, malgré la course rapide d'Hisan et Faras, le chemin à parcourir leur paraissait encore désespérément long et la monotonie du paysage n'aidait pas. Tout se ressemblait. De part et d'autre, des dunes d'or à perte de vue sous un soleil brûlant. Il faisait une chaleur étouffante. Sans leurs vêtements couvrants, leur peau aurait brûlé sous les assauts des rayons réverbérant sur le sable. Une brume de chaleur troublait leur vision et, malgré des arrêts fréquents nécessaires pour s'hydrater et hydrater les bêtes, ils étaient épuisés. Pourtant, aucun d'eux ne se plaignait. Ils préféraient ménager leurs forces plutôt que de parler inutilement.

La plupart du temps, Ildrys restait concentré sur la ligne d'horizon, comme si ses yeux pouvaient percevoir la cité secrète. Il ne s'autorisait quelques rapides coup d'œil vers Ceylan que pour s'assurer qu'il puisse endurer encore la distance qu'il restait à parcourir. À chaque fois, il s'étonnait de le trouver d'un calme absolu, l'expression sereine et un léger sourire sur les lèvres. Bien sûr, connaissant son caractère, il ne s'était pas attendu à l'entendre manifester son inconfort, mais il considérait qu'il aurait eu tout le droit de le faire, n'étant guère habitué à quitter la fraîcheur de son palais. Seulement, en dépit de ses tentatives pour l'amener à se montrer sincère sur ce qu'il endurait, la réponse était toujours la même : « Je vais bien, ne t'inquiète pas. »

Ceylan mentait, bien entendu. Cette expérience mettait au supplice toutes ses résistances, mais il feignait de ne rien montrer. Il ne voulait pas incommoder Ildrys. Surtout que les conditions de voyage n'étaient pas la seule raison du malaise qu'il éprouvait. Son esprit était envahi de doutes et de questionnements qu'il tenait à ruminer seul.

Jamais il n'aurait imaginé en apprendre autant rien qu'en assurant la livraison des joyaux. Il y avait manifestement beaucoup de secrets autour de lui ; qu'il aurait pu continuer d'ignorer toute sa vie ; au risque de la perdre. Sur ce dernier point, il ne pouvait s'empêcher de songer à sa mère et à Mekhet. Tous deux l'avaient tenu dans l'ignorance tout en sachant pourtant que cela pouvait lui faire courir des risques. Cela dit, il ne leur en voulait pas car il comprenait leur silence. Mekhet avait dû se contenter de respecter le choix de la reine et sa mère avait sans doute pensé que ne rien lui dire le garderait peut-être hors d'atteinte de l'homme désireux de s'accaparer les djinns royaux.

À ces points déjà conséquents, s'ajoutait cette inquiétude qui ne le quittait pas depuis leur départ de Huanjin. Entre l'affront qu'Ildrys avait fait à l'empire en les dépossédant de l'un de leurs emblèmes et son entrevue compliquée avec Hong Yu, il craignait que cela ne reste pas sans conséquences. Sans compter que l'empereur savait pour les djinns et trouvait illégitime la possession de l'un deux par son époux.

Et pour finir, il y avait cette soirée tendre entre Ildrys et lui. Depuis cette nuit à Hong Cheng, c'était un autre feu que celui du désert qui consumait son être. Il ne cessait de se remémorer le contact de leur corps et sa frustration de ne pas avoir pu goûter à plus d'intimité. Cela tournait en boucle dans sa tête, comme une obsession, le plus dur étant de savoir qu'Ildrys ne se refusait à lui que pour son propre bien. De fait, il ne pouvait ni lui reprocher la distance que ce dernier semblait avoir établi naturellement entre eux après cette soirée, ni exiger qu'il lui cède sans y risquer sa vie. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était se montrer patient.

En temps normal, cela ne lui aurait posé aucun problème. Ceylan avait l'habitude de devoir attendre pour obtenir la moindre chose ou concrétisation dans sa vie de tous les jours. Mais, là, c'était différent. Parce qu'il avait connu le rejet paternel, la distance qu'imposait son statut entre lui et les autres, la haine de Khaled, le mépris du Conseil et la perte de sa mère, il avait désespérément besoin de contacts humains. Il voulait aimer et être aimé en retour. Son souhait était exaucé puisqu'Ildrys avait fait de lui son monde, mais de le savoir faisait à la fois son plus grand bonheur comme sa plus grande torture. C'était comme agiter une carotte sous le nez d'un âne, bien qu'il n'oubliait pas ue son mari était logé au même supplice. D'où ce masque qu'il portait et ce silence parfait qu'il n'avait cessé d'observer. Il craignait à présent que le moindre regard, le moindre mot, ne mette à mal le barrage contenant ses émotions et le pousse à exiger d'Ildrys ce que ce dernier ne pouvait pour l'heure lui concéder.

Toutefois, le supplice touchait à son terme. Ildrys se tendit soudain sur sa monture pour observer un point au loin. Après avoir eu la confirmation qu'il cherchait, il se tourna vers Ceylan en s'exclamant :

— Nous y sommes presque. En continuant à ce rythme, nous y serons d'ici la fin de l'après-midi.

— Mmh.

Ceylan ignorait comment il pouvait être aussi sûr de lui. Il avait beau plisser les yeux en scrutant le décor, rien ne lui paraissait différent de tous ces kilomètres déjà parcourus. Mais qu'importe, son assurance lui suffisait.

Ildrys remarqua son attitude et en sourit.

— Ai-je véritablement gagné ta confiance au point que tu sois prêt à me suivre les yeux fermés ?

— Tu connais la route mieux que moi. Si je ne te fais pas confiance pour nous guider, alors que devrais-je faire ?

Ildrys se mit à rire.

— Effectivement. Ce qui signifie que... tu es entièrement en mon pouvoir.

Son ton s'était fait chantant, teinté d'une pointe de malice. Ceylan se prit à sourire en retournant :

— Cela n'a-t-il pas toujours été le cas depuis notre mariage ?

— Fais attention, ma reine. Ce sourire pourrait me faire croire que tu aimes cette idée.

— Je ne le cache pas. Et cela me plaît, puisque je te tiens aussi entre mes mains.

— Oh ! Ma petite reine s'affirme, c'est bien.

Ceylan lâcha un petit rire, puis retrouva son calme.

— Trêve de bavardage. Puisque nous arrivons bientôt, y a-t-il quelque chose que je devrais savoir concernant Djheb ?

— Oui, confirma Ildrys en redevenant lui aussi plus sérieux. Djheb est une cité autonome dont la vie s'articule principalement autour du temple. Les gens sont très croyants et prient la Source Mère quatre fois par jour. La plupart des jeunes passent un examen dans l'espoir d'entrer au temple pour y devenir maîtres-djinns. Peu ont véritablement les capacités de recevoir l'enseignement espéré, mais ceux qui y parviennent jouissent d'un certain statut et de beaucoup de prestige. Ne sois donc pas étonné de voir les gens s'incliner devant l'un des membres du temple.

— Devant toi aussi ?

— Possible. Peu ignorent que j'ai déserté les rangs, et je doute qu'ils aient eu vent de mon mariage avec l'héritier d'Alberial ; ce qui est heureux.

— Pourquoi cela ?

— C'est compliqué, mais il existe une très vieille histoire relatant que la couronne de Djheb et celle d'Alberial partageaient jadis une histoire commune.

— Quelle est-elle ?

— Je n'en connais pas les détails. Cela remonte bien avant l'établissement de la lignée Bel'Azal. Toujours est-il que cela ne s'est pas bien terminé et que, depuis, Djheb voue un profond ressentiment à ton royaume. Pour cette raison, nous devrons cacher ton identité avant de pénétrer dans la cité.

— Je vais devoir me déguiser ?

— Oui. Bien que j'aime la blondeur de tes cheveux, nous avons malheureusement vu plus discret. Ta peau est déjà suffisamment claire pour attirer l'attention.

— Je vois, soupira Ceylan. Soit. Que m'arriverait-il si j'étais découvert ?

— Pas grand chose, à dire vrai, le rassura Ildrys. Il n'y a plus de couronne à Djheb. Nous avons perdu toute trace du dernier héritier. Depuis, c'est le temple qui fait autorité. Ce qui signifie...

— Que tu es l'autorité ?

Ildrys éclata de rire.

— Tout dépend de la reconnaissance de mon rang. Comme je te l'ai dit, j'ai quitté Djheb pour t'épouser. Pour le temple, j'ai renoncé à mes vœux. Mon maître m'a sûrement destitué de mon titre de prêtre, mais j'aurais toujours la possibilité de plaider ta cause auprès de lui. Le seul ennui à craindre serait que le temple te refuse le baptême, ce qui reviendrait à...

— À me condamner. C'est bien cela ?

— Mmh, répondit Ildrys. Je ne laisserai pas cela se produire, rassure-toi.

— Je ne suis pas du tout inquiet, avança Ceylan avec force.

Une nouvelle fois, son mari ne put retenir son amusement avant d'affirmer :

— Quand tu auras obtenu ta marque, nous rentrerons chez nous, nous réglerons les problèmes d'Alberial ensemble, je m'assurerai que l'on retrouve celui qui s'en est jadis pris à nous, et je ferai en sorte que le Conseil cesse définitivement de jouer contre toi. Après quoi, nous pourrons enfin être tranquilles.

— Ce plan me convient, approuva Ceylan.

Un soleil rouge descendait lentement derrière les dunes lorsque le couple atteignit enfin Djheb. Comme annoncé, tous deux s'arrêtèrent à proximité des remparts de la cité pour ajuster leur apparence. Avec tout le soin du monde, Ildrys se chargea de teindre les cheveux de Ceylan en les maculant de poudre de charbon, puis les tressa entièrement en nattes fines, coiffure très prisée en cet endroit. Quand ce fut fait, il tira lui-même un vêtement noir particulièrement ample surmonté de rouge et d'or de ses affaires, ainsi qu'une seconde moitié de masque.

— Tu t'es vraiment chargé de tout ça pour ce voyage ? s'étonna Ceylan.

— Oui. C'est une habitude prise durant mes années en tant que prêtre. Où que j'aille, je reste un prêtre de Djheb et mes services peuvent être sollicités. Cette tenue est la tenue sacrée que je suis censé porter pour toute cérémonie spirituelle. Elle est bénie pour assurer ma protection et me permettre de mieux canaliser l'énergie de mon djinn si besoin. Je serais fou, en tant que maître-djinn, de me séparer d'un vêtement d'une telle valeur et d'une telle utilité. On ne sait jamais ce qui peut arriver, et force est d'admettre que j'ai été bien inspiré.

— Je l'admets.

Ildrys enfila son costume cérémoniel, puis se pencha sur cette autre partie de masque qu'il avait amené. En un tour de main, il l'assembla à celle qu'il portait déjà et se retrouva non pas avec un demi papillon, mais avec un papillon complet couvrant pour grande part son visage.

Ceylan resta longtemps subjugué par cette vision. Jamais Ildrys ne lui avait parut plus majestueux qu'avec ces robes noires et ces longues manches balayant les sables. Son mari dégageait une aura de grandeur et de mystère faisant de lui une figure rassurante tout autant que cela le rendait inaccessible. Il gagnait, en outre, beaucoup de charisme et un charme magnétique auquel il était difficile de résister. Ses longs cheveux couleur d'encre tombant dans son dos et dégringolant en cascade de mèches fines et de petites tresses sur ses épaules furent la petite touche finale qui fit chavirer son cœur. Ça, et ses lèvres toujours à demi moqueuses que le masque ne couvrait pas et semblaient une invitation tendue à sa destination.

Rougissant, il dut tourner la tête mais sa réaction ne passa pas inaperçu.

— Eh bien ! Je te fais tant d'effet ?

— Comment pourrais-je le nier...

Ildrys se mit à rire. Sa main trouva la sienne et leurs doigts s'entremêlèrent.

— J'aime ton honnêteté. Savoir que je ne te laisse pas insensible est ma plus grande satisfaction.

— Tu te contenterais de bien peu si cela pouvait suffire à ton bonheur, remarqua Ceylan.

— Oh ? Dans ce cas, que crois-tu que je devrais recevoir pour me combler tout à fait ?

L'intonation employée ne laissait pas place au moindre doute possible : il y avait un sous-entendu dans sa question, et Ceylan avait une petite idée sur ce qu'il attendait en réponse.

— Ne devrions-nous pas en reparler lorsque nous ne serons plus contraint à nous restreindre ?

Ildrys hocha la tête sans se départir d'un large sourire.

— Si, tu as raison, mais nous reprendrons cette conversation dès que possible, c'est une promesse.

— Mmh.

— Une dernière chose. Une fois à l'intérieur de la cité, je ne pourrais ni t'appeler par ton prénom, ni par ton titre. Une idée à me proposer ?

— Sarhan.

— Soit.

La conversation s'achevant, leur mains se lâchèrent et ils ajustèrent une dernière fois leur apparence. Quand ce fut fait, ils s'engagèrent en direction des portes de la ville.

L'entrée n'était pas gardée et les deux énormes battants étaient ouverts. Djheb ne s'inquiétait manifestement pas des visites, et pour cause.

— La localisation de Djheb est inconnue des non-résidents, expliqua Ildrys. Aucune carte n'en fait mention et c'est un secret farouchement protégé. La sanction pour avoir outrepasser cette règle est un aller simple pour le royaume des morts. Seuls les prêtres sont autorisés à ramener un étranger, sous couvert d'une éventuelle intégration au temple.

— Personne n'est jamais tombée sur la cité par accident ?

— Non. Tu ne t'en es sûrement pas rendu compte, car le pouvoir de 'Ard coule en toi, mais la cité est protégée par une barrière magique qui la rend invisible aux yeux du reste du monde. Même les maîtres-djinns doivent entrer dans un certain périmètre pour pouvoir la voir.

— Dans ce cas, comment la retrouvez-vous lorsque vous devez en sortir ? s'étonna Ceylan.

— Nous n'en sortons pas. Comme je te l'ai dit, la ville est autonome. Nul échange avec l'extérieur n'est nécessaire. Si un individu lambda venait à la quitter, il n'en retrouverait pas le chemin.

— Tu as su nous conduire jusque-là, non ?

— Effectivement. Tous les djinns conservent naturellement un lien avec la Source Mère. Par conséquent...

— Les maîtres-djinns n'ont qu'à suivre cette piste pour retrouver la trace de Djheb, termina Ceylan.

— Exact. À dire vrai, tu aurais tout aussi bien pu trouver cet endroit si tu avais su quoi chercher et comment communiquer correctement avec 'Ard. Quand tu auras expérimenté le pouvoir de la Source Mère et que ton lien avec ton djinn sera plus solide, tu seras capable de la même prouesse que moi.

— Je vois.

Le mystère éclairci, Ceylan emboîta le pas de son mari, puis tous deux franchirent enfin le seuil de Djheb.

À l'intérieur, la ville ne semblait pas bien différente d'une autre. Djheb s'ouvrait sur une large allée bordée d'échoppes animées et d'étals commerçants autour desquels se pressait une foule tranquille venue faire son marché. Quelques airs de musique s'élevaient parfois au-dessus du brouhaha modéré des échanges entre clients et vendeurs, et un parfum d'épice et de nourriture flottait dans l'atmosphère. De grandes bâtisses claires et carrées bâties en grappes et auxquelles s'accrochaient de nombreux balcons offraient une ombre appréciable à quiconque souhaitait se balader, tandis que quelques palmiers apportaient une touche de couleur vivifiante à cette cité aux couleurs chaudes.

— C'est joli, souffla discrètement Ceylan.

— Oui, Djheb est une ville dans laquelle il fait bon vivre et les gens sont charmants.

Ildrys était sincère, Ceylan pouvait le sentir. Après avoir confié les chevaux à une étable et alors qu'ils s'engageaient dans la grande allée, son cœur se serra en considérant la situation. Connaissant désormais son histoire et sachant ce qu'il avait vécu en Alberial, la question lui échappa.

— Pourquoi avoir décidé de tout abandonner ? Cela... en valait-il le prix ?

— Peu importe la beauté du champ dans lequel il peut flâner, le papillon est toujours attiré par la flamme, quitte à se brûler les ailes, répondit Ildrys tout en contemplant ce à quoi il avait tourné le dos. J'aurais payé cent fois ce prix pour me brûler à ta lumière.

— Ah... !

Ceylan n'était assurément pas préparé à ce retour aussi spontané et sincère. L'image lui semblait forte ; un peu trop. S'il était heureux de tout cet amour qu'Ildrys manifestait, et qu'il partageait lui-même de très forts sentiments pour lui, il peinait toujours à mesurer la portée de sa dévotion et la profondeur de son attachement. Nul ne lui avait jamais fait grâce de sentiments aussi inconditionnels, après tout. En conséquence, il sentait qu'il lui restait un long chemin à parcourir pour se montrer à la hauteur et lui rendre autant qu'il lui apportait.

— Un problème ? s'enquit Ildrys.

— Non, c'est juste... Préviens-moi quand tu veux dire ce genre de choses. Je crois que mon cœur ne s'y fera jamais.

— Tant mieux. Si mes propos devaient cesser de te perturber, j'en conclurai que tu n'aurais plus tant d'intérêt pour moi.

Un éclat de timidité traversa Ceylan. Il n'était pourtant pas du genre à éprouver facilement de l'embarras en temps normal, mais l'absence complète de filtre dans les démonstrations affectives de son époux le perturbait. Il peinait à savoir comment les accueillir et y répondre. Sans doute cela irait-il mieux dès qu'ils n'auraient plus à se restreindre, seulement, pour l'heure, ces entraves le plongeait dans un état étrange. C'était grisant de jouer avec le feu, mais tellement frustrant.

— Jamais..., souffla-t-il encore une fois, sans oser le dire tout haut.

Ildrys accueillit sa réponse avec une joie ouvertement affichée.

— Assez joué, le réprimanda gentiment Ceylan. Nous ferions mieux de nous hâter.

Ils poursuivirent leur cheminement un bon moment. Cependant, après avoir dépassé de nombreux étals de tissus, de soie et de vêtements en tous genres, Ildrys s'arrêta et porta son intérêt sur un vendeur de masques.

— Combien pour celui-ci ? demanda-t-il.

Le vendeur leva le nez sur son client. En reconnaissant l'habit qu'il portait, il agita aussitôt frénétiquement la main.

— Rien pour les prêtres de Djheb. Prenez-le ! Prenez-le, monseigneur !

Ceylan se pencha sur l'objet que son mari tenait en main. Il s'agissait d'un masque tout simple, blanc, et couvrant tout le haut du visage à l'instar de celui d'Ildrys. Ses bordures étaient soulignées de noires et quelques arabesques décoraient le contour des espaces réservés aux yeux. Il s'interrogea aussitôt sur l'usage qu'il lui réservait.

— Merci bien, mon frère. Puisse la Source Mère veiller sur ta maison.

— Votre honneur est trop bonne de m'offrir ainsi sa bénédiction.

L'homme était dans tous ses états. Il ne cessa de s'incliner jusqu'à ce que le couple s'éloigne.

— Eh bien ! Quel honneur ! remarqua Ceylan. Tu m'avais prévenu, mais c'est tout autre chose de le voir.

— Au sein du bazar, les gens font peu attention à leur environnement. Attends plutôt que nous approchions du temple.

Après un bon quart d'heure de marche dans les ruelles animées de Djheb, tous deux débarquèrent sur une large place à ciel ouvert au bout de laquelle s'accrochait un escalier de pierre blanche conduisant jusqu'au temple.

Le bâtiment était impressionnant tant par sa grandeur que par son architecture. La structure se présentait comme un carré gigantesque bâti de murs fortifiés. Deux portes permettaient d'y entrer, chacune située de part et d'autre de la longue façade, fichées dans de jolies tourelles, elles aussi carrées, surmontées d'un toit en coupole percée d'un pointe dressée vers le ciel. Mais le plus impressionnant restait la tour située sur la gauche du temple, composée de trois niveaux inégaux, surmontant tout Djheb : le minaret.

Ceylan était fasciné par l'ouvrage accompli, mais, en approchant plus prêt, sa contemplation fut perturbée. Il eut en effet tout le loisir de découvrir qu'Ildrys n'avait pas menti. Tous ceux qu'ils croisèrent se prosternèrent sur-le-champ en voyant le prêtre avancer. Certains se jetèrent même à ses pieds en quémandant la bénédiction du temple ; qu'Ildrys leur offrit pour avoir la paix. Il leur fut ainsi difficile de combler les derniers mètres.

Une fois devant les marches, toutefois, Ildrys marqua l'arrêt et se tourna vers Ceylan. Le masque en main, il entendait distribuer ses consignes.

— Une fois à l'intérieur, ne parle que si tu y es invité par une autorité supérieure. Si tu croises quelqu'un, courbe-toi pour le saluer. Tu te référeras à moi en m'appelant « maître ». Je m'occuperai du reste. Des questions ?

— Non, « maître ».

— Dans ce cas, tends le menton, répondit ce dernier dans un petit éclat de rire.

Ildrys plaça le masque sur son visage et l'ajusta de sorte qu'il ne le gêne pas.

— Parfait. Allons-y.

Tous deux s'engagèrent dans l'escalier et gagnèrent l'esplanade qui précédait l'entrée du temple. Ildrys les conduisit en direction de la porte gauche. Une fois devant, il la poussa fermement et invita Ceylan à le suivre.

L'intérieur était sombre, frais et d'une incroyable beauté. Du sol au plafond, les murs étaient couverts de peintures et d'icônes, toutes en relation avec les djinns, agencées de telle sorte que chacun d'entre eux ne représentait toujours qu'un élément primaire à la fois. Ajouté à l'architecture travaillée, aux nombreuses arcades et colonnes soutenant le haut plafond coloré, et aux voilages chatoyants habillant quelque peu l'ensemble, cela créait une ambiance de paix et de recueillement. La présence d'une unique frise centrale parcourant toute la longueur des couloirs, semblant raconter une histoire tout à fait différente du reste des motifs et autres représentations, se voulait être la seule perturbation à cette harmonie générale. Mais c'était suffisant pour Ceylan dont la curiosité avait été piquée dès l'instant où la porte s'était refermée derrière eux et qu'Ildrys avait amorcé ses premiers pas. Ainsi, à mesure qu'ils s'engageaient plus loin dans le temple, il se prit à ne plus pouvoir en décrocher les yeux, tentant de comprendre l'histoire relatée.

Sous peu, ils tournèrent sur leur droite, puis atteignirent un carrefour de couloirs au détour duquel tous deux tombèrent sur trois jeunes prêtres. À en juger par leurs tenues on ne peut plus simples et leurs masques tous identiques à celui de Ceylan, ils étaient encore en plein apprentissage. Un éclair de joie fendit soudain leurs mines sérieuses et les poussa à se précipiter vers le couple, telle une volée d'hirondelles.

— Grand Prêtre Ildrys ! Grand Prêtre Ildrys !

— Vous êtes de retour ?

— Où étiez-vous ?

Fronçant les sourcils et les observant s'immobiliser en cercle autour de lui, Ildrys ne résista pas au besoin de les réprimander.

— Un peu de tenue, je vous prie. Il est interdit de courir dans les couloirs et de crier ainsi. Si le Prêtre Supérieur l'apprenait, vous seriez sévèrement châtié.

Les trois adolescents baissèrent la tête, penauds. Ils ne purent malgré tout empêcher leurs yeux d'osciller entre le sol et lui.

— Mais... C'est que vous nous avez manqué, Grand Prêtre.

— Et cela doit-il remettre en question toute votre éducation ou les règles de cet endroit ?

— Non, Grand Prêtre, nous sommes désolés.

Les sentant sincèrement repentants, Ildrys s'adoucit un peu et leur frotta à tous les cheveux avec une affection sincère.

— Je suis heureux de vous revoir, moi aussi. Le Prêtre Supérieur ne vous a donc pas dit où j'étais tout ce temps ?

— Il a simplement dit que vous étiez en mission et que celle-ci risquait de vous couper de nous définitivement. Nous sommes heureux de constater qu'il n'en est rien.

Instinctivement, le regard d'Ildrys dévia vers Ceylan. Tous deux échangèrent un regard entendu, avant qu'il n'en revienne aux jeunes.

— Je dois voir le Prêtre Supérieur. Où puis-je le trouver ?

— Dans la salle des prières, Grand Prêtre.

— Vous lui avez ramené un nouvel apprenti potentiel ?

— Non, corrigea Ildrys avec autorité. Sarhan est mon disciple.

La révélation arracha une expression horrifiée à ses interlocuteurs.

— Un apprenti ? Vous, Grand-Prêtre ?

— N'aviez-vous pas dit que vous ne prendriez jamais personne sous votre tutelle ?

— Les choses changent et je suis pressé. Veuillez m'excuser.

Au grand dam des trois adolescents désireux de le retenir plus longtemps, il se fraya un passage entre eux et invita ledit Sarhan à le suivre. Une fois à distance, il lâcha un soupir de dépit et secoua la tête.

— Ces petits sont adorables, mais ils peuvent parfois être exaspérants. Cela dit, je suis curieux de savoir pourquoi le Prêtre Supérieur ne leur a pas raconté la vérité. Se peut-il qu'il n'est pas encore révoqué mon titre de prêtre ? Ce serait étonnant, considérant la façon dont nous nous sommes quittés, mais cela ferait nos affaires. Suis-moi.

Poursuivant leur cheminement au sein du temple, Ildrys poussa soudain une porte qui les fit sortir dans une immense cour carrée bordée de passages couverts. Au centre se trouvait une fontaine de laquelle jaillissait un jet d'eau crépitant retombant au sein d'un bassin en forme de fleur.

— La fontaine des ablutions, indiqua Ildrys. Fais comme moi. Nous devons nous laver les mains, les avant-bras et le bas du visage avant de pénétrer la salle des prières. Ainsi, nous nous purifions avant l'acte rituel.

Ceylan obéit sans discuter. L'eau fraîche lui fit par ailleurs le plus grand bien. Après tous ces jours passés dans la sécheresse du désert, il se serait presque roulé dedans tant l'eau lui avait manqué. Il se fit même la promesse intérieure que la première chose qu'il ferait en rentrant, ce serait de prendre un bon bain dans lequel il se languirait des heures.

Cela fait, tous deux reprirent la direction du passage couvert et se dirigèrent vers une autre porte, au fond de la cour. Dans leur désir de faire vite, ils manquèrent l'étrange phénomène qui se produisit derrière eux : l'émergence d'une main puis d'un bras, constitués d'eau et formés après leur lavage rudimentaire, tendus dans une volonté vaine de les retenir. De déception, le petit membre disparut dans un plop, telle une bulle qui éclate.

Finalement, l'endroit dans lequel le couple royal débarqua s'avéra être une immense salle pavée et parsemée de coussins plats, colorés, alignés en nombreuses rangées. Quelques jeunes prêtres y étaient installés à genoux, tous leur tournant le dos, la posture droite, les mains sur les genoux, les yeux fermés en recueillement. Puis, tout au fond, en face de la première rangée, un homme à la chevelure grise, parés de robes plus riches et sophistiquées que ne l'étaient déjà celles d'Ildrys, présidait ce rassemblement, dévoué à la lecture de quelques écritures sacrées.

— Et c'est de la volonté de la Source Mère que naquirent les Quatre qui engendrèrent...

Il s'interrompit brièvement quand, levant le nez pour achever ses mots et s'assurer que tous l'avaient écouté jusqu'au bout, il remarqua la présence d'Ildrys et de son protégé.

— La première génération de djinns élémentaux, acheva-t-il en fermant brusquement son livre.

Conscient que quelque chose n'allait pas, tous ses auditeurs se retournèrent pour suivre son regard. Pas un ne cacha sa surprise en découvrant ceux qui se tenaient sur le seuil de la salle des prières.

— C'est tout pour aujourd'hui, vous pouvez disposez, ordonna le chef spirituel.

Sans discuter, tous obéirent et prirent la direction de la sortie, doublant le couple royal d'Alberial en leur adressant quelques expressions tantôt surprises, tantôt hautaines.

Quand les lieux furent vidés, le vieil homme s'avança avec son livre dans les bras. D'une voix posée et autoritaire, il déclara :

— Tu n'as nul droit d'être là, Ildrys. Dois-je te rappeler que tu nous as quitté et que tu as renoncé à tes vœux ?

— Je sais que je vous ai déçu en partant, mais je n'ai pas encore renoncé à mes vœux, maître.

Haussant un sourcil, le Prêtre Supérieur lui fit remarquer :

— Sais-tu que le mensonge est l'un des péchés que nous combattons et punissons le plus sévèrement ? Comment peux-tu avoir l'audace de m'assurer de tes vœux alors que je te sais marié au prince Ceylan ?

— C'est exact, maître, je suis marié, mais je maintiens que je n'ai pas brisé mes vœux. L'union n'a pas été consommée.

— Comment cela se peut-il ? Aucune union royale ne peut-être proclamée valide sans consommation du mariage.

— Vous m'avez appris à museler mes désirs et mon épouse n'était pas prête à céder au péché de chair. Nous les avons tous dupés. Vous me connaissez, non ?

— Trop bien. Sale gamin ! Tu ne changeras donc jamais !

— Mais vous avez appris à m'apprécier malgré mes défauts, je le sais bien, répliqua Ildrys avec un sourire désinvolte. J'ai toujours été votre disciple favori.

— Qui te dit que je t'apprécie plus qu'un autre ? Il n'y a pas de place pour des excès d'affection au sein de cet ordre. Nous sommes une grande famille et nous devons tous nous aimer comme des frères et sœurs à part égale.

— Dans ce cas, expliquez-moi pourquoi vous n'avez rien dit de mon départ aux autres ou que ne m'avez pas destitué de mon titre ? Car il est bien question de ça, je me trompe ?

— Mmph. Ça n'a rien à voir...

Le ton du Prêtre Supérieur s'était atténué. Une moue grimaçante avait pris place sur son visage creusé par les années. Il ne voulait visiblement pas poursuivre sur ce terrain et cela n'aurait de toute façon servi à rien. Ildrys maintenait ses positions et n'y trouvait que matière à être conforté en ce sens.

— Soit, je t'écoute. Que veux-tu ?

— Pour faire simple, le prince Ceylan a fait convoyé une livraison importante en direction de Huanjin. La cargaison était précieuse et il y avait des risques d'attaques dessus qui auraient pu compromettre la paix d'Alberial. Par sécurité, je me suis engagé à assurer sa protection. Comme attendu, nous avons fait quelques mauvaises rencontres en cours de route. Presque tous les soldats qui escortaient le convoi sont morts... à l'exception de celui-là.

Se décalant, Ildrys laissa voir Ceylan au Prêtre Supérieur.

— Sarhan est une jeune recrue de la garde d'élite. Lui et moi nous sommes retrouvés piégés dans les souterrains des gorges Sahkra. C'est là que nous avons tous deux fait une curieuse découverte. Vous ne devinez pas laquelle, maître ?

— À tout hasard, un djinn ? Sans quoi tu n'aurais pas pris le risque d'amener un étranger ici.

— Exact, mais pas n'importe lequel. Nous avons découvert un temple djinnique dans lequel s'était réfugié 'Ard, le djinn des Bel'Azal.

À ces mots, le Prêtre Supérieur secoua la tête.

— Impossible ! Peu importe ce que la reine Abidia a pu faire, il est inconcevable qu'une Essence Primaire se soit retrouvée dans un endroit aussi... peu à la hauteur de son importance.

— C'est pourtant vrai, appuya Ildrys en croisant les bras sur sa poitrine. Sarhan, montre donc à mon maître la demoiselle qui t'accompagne désormais.

— Oui, maître, acquiesça-t-il.

Ceylan invoqua 'Ard du plus profond de son être et, répondant à son appel, celle-ci se matérialisa dans le monde réel en affichant une mine fort peu enjouée. Le Prêtre Supérieur ouvrit de grands yeux.

— Comment ?

— Je l'ignore, reprit Ildrys avec son éternel sourire. Toujours est-il que j'ai tenté de pactisé avec elle en relevant l'épreuve du temple. Riah n'a rien pu contre elle, j'ai perdu mon duel. En revanche, elle s'est liée de bon cœur à Sarhan, sans rien exiger de lui. Suite à cela, comme il ne connaissait rien au monde des djinns, j'ai décidé de faire de lui mon disciple. Sarhan présente de très bonnes aptitudes, malheureusement, il y a un soucis. En dépit de la grande coopération de 'Ard, le pacte est... incomplet.

Le Prêtre Supérieure fronça les sourcils.

— 'Ard n'a pas confié sa marque à son candidat au pacte, expliqua Ildrys. Je l'ai donc amené pour que le Baptême ait lieu et qu'il corrige ce défaut. Voilà toute l'histoire. Puis-je avoir votre accord pour mener à bien cette cérémonie et éviter quelques désagréments à mon disciple ?

De longues secondes s'écoulèrent ; durant lesquelles le Prêtre Supérieur détailla Ceylan de la tête aux pieds. À terme, il lâcha un grognement avant de répondre :

— Ildrys, ne viens-je pas de dire que le mensonge était le péché le plus sévèrement puni au sein de notre ordre ?

— Je n'ai pas menti, protesta nonchalamment Ildrys.

— Peut-être pas sur cette histoire, mais au moins sur l'identité de la personne qui se tient derrière toi. Je suis peut-être vieux, mais me penses-tu devenu assez gâteux pour avoir oublié mes bases et avoir également oublié que la seule personne pour laquelle tu pourrais te sentir suffisamment concerné ne saurait être autre que ce maudit prince qui t'a fait nous quitter ? Assez de comédie, Majesté, retirez donc ce masque, les artifices ne prennent pas avec moi.

Paniqué, Ceylan se tourna vers Ildrys, guettant ses consignes ou une éventuelle idée pour les tirer de ce mauvais pas. Seulement, pour toute réponse, ce dernier haussa les épaules.

— Il a gagné le point, que veux-tu !

Comprenant que la partie s'achevait, Ceylan décida d'obéir conformément aux attentes du Prêtre Supérieur en ôtant son masque. Il en recueillit un air crispé et mécontent.

— Voilà qui me parle davantage, reprit le vieil homme. Ildrys, je ne t'apprendrai rien en te rappelant qu'il n'existe officiellement que deux manières de se lier à un djinn. La première est de relever l'épreuve d'un temple djinnique. En cas de succès, le djinn se lie naturellement à son contractant en employant l'énergie spirituelle du lieu pour octroyer à l'individu la même bénédiction que celle offerte par le Baptême. La seconde consiste à rapporter ici, au temple de Djheb, un djinn errant prisonnier d'un réceptacle, puis de se soumettre à la difficile épreuve de la Source Mère destinée à juger de la pureté et de la valeur de l'aspirant souhaitant établir un lien. En partant de là, la seule raison envisageable pour laquelle ton petit protégé aurait pu mettre la main sur un djinn au sein d'un temple djinnique sans en passer l'épreuve ne pouvait donc être relative qu'à l'existence d'un lien préalablement existant. Un lien hérité. Considérant en outre qu'il est question de 'Ard, cela ne laissait planer aucun doute sur l'identité de son contractant. Même si tout cela demeure pour le moins obscur, on dirait bien que la reine Abidia a, au moins partiellement, réussi ce qu'elle voulait faire... Dans tous les cas, je suis déçu, Ildrys. Me sous-estimer ainsi est un manque de respect que je ne tolère pas.

— Vous m'en voyez navré, maître.

— Mmph, toujours aussi peu sincère et désinvolte. À ce que je vois, ton séjour au palais ne t'a pas inculqué de meilleures manières.

Ildrys haussa une nouvelle fois les épaules, moqueur.

— Dites-nous plutôt pourquoi 'Ard n'a pas confié sa marque à Ceylan si elle a reconnu le lien de la promesse des Bel'Azal.

— Tu te permets même autant de familiarité avec ta reine ? s'insurgea d'un coup le Prêtre Supérieur. J'ai donc raté ton éducation plus que je ne le pensais. Maudit chenapan !

— Maître, le rappela à l'ordre Ildrys avec un sourire docile. Concentrons-nous sur ce qui importe vraiment.

Seulement, le Prêtre Supérieur prit encore un long moment avant de rouvrir la bouche, préférant prendre le temps d'observer l'attitude générale de l'héritier Bel'Azal. Ceylan en fut très vite incommodé, mais, par tact, il préféra se soumettre à cet examen minutieux.

— Je n'en sais rien, déclara-t-il finalement. En principe, en raison de son sang et du rituel effectué par la reine Abidia, la marque aurait dû apparaître tout naturellement au moment de la liaison entre Sa Majesté et 'Ard. Il se peut que le rituel n'ait pas fonctionné correctement. Le Baptême devrait effectivement pouvoir régler le problème. Êtes-vous bel et bien vierge, Majesté ?

— Oui, maître, confirma Ceylan en appuyant sa réponse d'un hochement de tête franc.

— La Source Mère peut se montrer très difficile, il vaut mieux que celui qui se présente à elle s'avère le plus pur possible. Auquel cas, elle pourrait bien vous tuer. Est-ce un risque que vous êtes prêt à prendre ?

— Oui, maître. Quel autre choix ai-je ? 'Ard pourrait me tuer sans cette marque, paraît-il.

Le Prêtre Supérieur marqua une hésitation, mais valida la possibilité d'un léger signe de tête.

— Dans ce cas, Ildrys, prépare-le pour la cérémonie et retrouvez-moi où tu sais.