NDA : Pour l'écriture de cette fiction, j'écoute l'album de Of Monsters And Men, si vous avez l'occasion d'écouter en lisant ! C'est vraiment incroyable, les paroles sont poignantes, farfelues et agréables, surtout pour la lecture !

MERCI A LOU POUR LE PREMIER REVIEW (Ravie de voir que tu me lis toujours) !

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CHALEURS POUR TOI

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Comment tout avait pu se passer ainsi ? Il avait été au restaurant avec ses parents, mangeant en silence alors qu'ils parlaient. L'After Eight était un petit restaurant dans leur rue, alors ils y allaient souvent, surtout depuis le départ de son frère. Yannick était le ciment de sa famille, celui qu'on était heureux de retrouver en rentrant le soir, parce qu'il souriait tout le temps et avait toujours une bonne blague à raconter. Parce que c'était l'Alpha de la famille.

Les parents d'Oliver étaient des Betas et donc ils avaient été ravis à la naissance de Yannick : ils avaient un fils qui réussirait. Au moins un. On ne pouvait pas en dire autant d'Oliver ou encore de sa petite sœur, April, morte à ses trois ans, parce que trop faible physiquement. Parce que Oméga. Malgré tout, c'était de bons parents, attentifs, et bien qu'ils ne puissent cacher qu'ils n'espéraient rien de grandiose de la part de leur second fils, ils le soutenaient et le laissaient faire ce qu'il voulait. Que demander de plus ?

Oliver avait commencé à sentir que ça n'allait pas au milieu du repas, la chaleur commençant à se faire sentir à l'intérieur de lui, et la transpiration avait rapidement mouillé sa chemise en lin. Pourquoi maintenant ? Il avait pris ses médicaments chaque jour depuis qu'il était en âge de le faire, bien que ce n'était pas bon pour eux. Il préférait se rendre malade plutôt que d'être un poids pour sa famille et jamais ses parents n'avaient assisté à d'autres chaleurs que ses premières, plutôt secret à ce sujet.

Cette honte et timidité l'avait sûrement forcé à se lever pour prétendre se rendre aux toilettes. Et ne plus jamais en sortir. Il avait fui le miroir, après avoir réussi à verrouiller la porte, puis s'était mis entre le mur et les toilettes, se coinçant là pour attendre que ça passe – pour espérer que ça passe.

Ça n'était pas passé.

La faim était arrivée, virulente, cette impression que son corps entier se comprimait de douleur et de désir, un désir impossible à assouvir. Sa peau le brûlait, se couvrait d'une fine pellicule de sueur et rougissait à vue d'oeil, réclamant qu'il la libère.

« Je n'y arriverai pas seul. »

Il repoussa cette pensée dégoutante et révoltante : qu'elle lui vienne de ses chaleurs ou de lui-même, il ne pouvait l'accepter. Il avait toujours été seul. Il avait géré sa sexualité, sa nature d'Oméga sans l'aide de personne. Il avait su trouver sa voie et arriver au terme de ses études, à tel point que plusieurs personnes ne le voyaient plus comme un Oméga, allaient jusqu'à… Oublier ?

« Appelle-le avant qu'il ne soit trop tard. » lui ordonna une voix en lui et, cette fois, il le fit, montrant ainsi que doucement, il ne se contrôlait plus. Le téléphone tremblait dans sa main – ou bien était-ce elle qui tremblait ? - et il prit bien trop de temps pour simplement taper le numéro qui était imprimé sur sa rétine à force de lectures.

Larry avait jeté le papier alors Oliver ne pourrait vérifier qu'il s'en souvenait bien.

— Jimmy… ?

Silence. Il entendait le souffle de son correspondant, lointain.

— Oliver, où es-tu ?

La possessivité et la familiarité de son ton fit frémir le pauvre étudiant, serré entre la porcelaine et le béton. L'Alpha qu'il désirait du plus profond de lui viendrait.

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CHAPITRE 03

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— C'est moi, Oliver, ouvre-moi.

Jimmy avait fait déguerpir tous les Alphas qui avaient commencé à gratter à la porte des toilettes avec intérêt, rendant sûrement l'Oméga fou. Il était assez impressionné qu'il n'ait pas ouvert depuis le temps.

— C'est notre fils, Oliver ? Oli, ouvre, à présent, nous sommes là pour t'aider…

Jimmy détailla les deux femmes qu'il avait en face de lui et qui prétendaient être les parents d'Oliver. En effet, elles avaient toutes les deux ce regard bleu, elles aussi, bien qu'il diffère sur chacune d'entre elles, et les cheveux d'une d'elle était aussi sombres que ceux d'Oliver, bien qu'ils soient complètement raides, chez elle.

Un râle se fit entendre de l'autre côté de la porte. L'odeur d'amande et de miel était si forte qu'elle couvrait tout, le tout était fleuri, lui donnant faim. Il n'avait jamais aimé autant un parfum que celui-ci et son front s'appuya doucement contre la porte pour essayer de garder un contrôle sur lui-même. Il ne devait surtout pas montrer ses prunelles jaunes aux parents du jeune homme, fermant les yeux en essayant des exercices de respiration… Mauvaise idée, son cerveau lui envoya tout un tas de signaux destructeurs.

— Je vais vous demander de partir, je vais m'occuper de lui.

Les femmes froncèrent les sourcils.

— Vous êtes un Alpha, non ? Il est hors de question que vous entriez là-dedans, vous ne seriez pas capable de vous retenir, opposa la brune, alors que la blonde serrait les dents, essayant certainement de garder son propre contrôle et de cacher ce détail à sa conjointe.

— Je ne ferai pas de mal à votre fils, vous avez ma promesse.

C'était lui que Oliver avait appelé et il avait l'impression que c'était la présence de ses parents qui empêchait le jeune homme d'ouvrir. Il devait donc se débarrasser de tout le monde. Il durcit donc son ton, désolé de devoir faire ça.

— Assurez-vous que personne ne vienne par ici pendant que je suis avec lui.

La blonde hocha la tête et agrippa sa conjointe pour la tirer hors du couloir. Au moins ils avaient un moment seuls. Jimmy tapa du plat de la main contre la porte, fort.

— Elles sont parties, laisse-moi entrer, Oliver.

Il y eut un silence puis le bruit d'un verrou qu'on retire et il attendit sagement que le jeune homme ouvre de lui-même la porte, essayant de se préparer de son côté. Il ne devait surtout pas le mordre, il ne devait surtout pas le forcer à faire quoique ce soit ou profiter de lui. Sinon, tout serait fini, il le savait. Oliver le fuyait depuis maintenant près d'une semaine, il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'il réagirait très mal s'il forçait le lien à se créer.

Parce que la morsure d'un Alpha sur un Oméga pouvait être fatale et surtout, dans certains cas, elle se montrait cruelle et inégale : après une morsure, un Oméga se retrouvait alors prisonnier, incapable d'être satisfait par un autre que son Alpha. Et obéissait alors parfaitement à ce dernier tout en ne subissant plus autant l'influence des autres. Relation tordue et bancale qui rendait les unions Alpha-Oméga impures et détestées par la population. L'Alpha était jugé pour s'abaisser à se lier à un Oméga et ainsi risquer de diminuer sa lignée, l'Oméga l'était également pour avoir autorisé un autre à prendre le dessus sur lui : à signer ainsi la fin de sa liberté.

Jimmy savait tout ça mais il ne considérait pas qu'il était comme les autres Alphas qui prenaient ça à la légère : ne pouvait-il pas considérer ce lien différemment lorsqu'il s'agissait de son âme-sœur ? Oliver était le seul pour lui, alors même qu'il ne le connaissait même pas. Il venait de rencontrer ses futurs beaux parents.

La porte s'ouvrit, coupant l'Alpha dans ses rétrospectives de la façon la plus brutale qui soit. Oliver était là, sa chemise collant à sa peau rougie, et il le regarda glisser au sol, avec un soupir. Certainement pour ne pas se jeter sur lui. Jimmy entra, refermant la porte derrière lui, sans pourtant mettre le verrou, préférant lui laisser l'opportunité de fuir tout en contenant l'odeur à l'intérieur.

Il savait ses yeux jaunes alors qu'il laissait son regard glisser sur le corps tremblant et soumis à sa caresse immatérielle. Jimmy avait enfoncé ses ongles dans ses paumes, se forçant à souffrir de désespoir. Comment avait-il pu croire que c'était une bonne idée ? Bien entendu, cette odeur était dessinée pour lui. Son code génétique répondait au sien.

— Jimmy… Aide-moi…

Cette supplique lui fit relever son regard aux pupilles si petites qu'elles disparaissaient. De terreur. De désir. De frustration.

Le regard bleu habituellement calme, lointain mais doux, était rempli de larmes.

D'une pression forte de ses paupières, Oliver les fit déborder et couler le long de ses joues.

Oliver ne voulait pas ça, au fond. Il ne voulait pas subir tout ça. Il ne comprenait pas.

Oliver lui faisait confiance.

Il avait gardé ses vêtements exprès, pour contenir son odeur et lui offrir un minimum de retenue, malgré la chaleur et la transpiration. Alors Jimmy fit sa part. Il ne pouvait pas perdre devant cette homme, il devait être à la hauteur et lui montrer qu'ils étaient vraiment faits pour être ensemble.

Il vint s'agenouiller près d'Oliver qui garda ses mains sur lui, ne voulant pas rendre les choses plus difficiles, son regard pourtant planté dans celui de Jimmy, remarquant qu'ils étaient plus sombres qu'avant.

— Je suis là, Oliver.

Oliver ne pouvait l'ignorer, l'odeur de l'Alpha attaquait chaque parcelle de son corps. Un mélange sensuel d'alcool, d'épices et… De jasmin. Curieux mélange qui le faisait chavirer, il se surprit à renifler les lèvres de Jimmy. Du whisky ? Les mains vinrent déboutonner sa chemise, leurs effleurements glacés sur sa peau, lui donnant envie de se frotter contre elles, et il gémit de désir et de peur, rassuré ensuite par le regard toujours sombre de l'Alpha.

La chemise fut retirée puis Jimmy le porta pour le déposer près des lavabos, jetant la chemise à l'intérieur de l'un d'entre eux pour la mouiller, ouvrant les robinets. Il essayait d'ignorer les regards sensuels de l'Oméga et les soupirs qu'il lâchait. « Tu ne m'aides vraiment pas, Oliver. » Il essora la chemise puis s'en servit pour laver le torse brûlant, le souffle d'Oliver se calmant.

— Ce n'est que le début, tu devrais y arriver. Tu n'as juste pas l'habitude, n'est-ce pas ?

Il rinçait de nouveau la chemise, surveillant du coin de l'oeil l'Oméga qui se laissait choir contre le miroir, sans le lâcher des yeux. Il était sa bouée, l'Alpha en avait conscience, alors il ne détaillait pas de trop ce corps à demi-nu qu'il effleurait.

Il lui remit sa chemise après l'avoir essorée, le tissu encore mouillé refroidissant sa peau, il l'espérait, puis il retira sa propre veste. Tout n'était qu'histoire d'effluves, il le savait, alors s'il cachait l'odeur d'Oméga par la sienne, peut-être que ça permettrait à Oliver de sortir d'ici sain et sauf.

— Pourquoi as-tu oublié de prendre ton cachet ?

— Je n'ai pas oublié… Imbécile, ajouta-t-il ensuite, d'une voix faible mais qui pourtant ne laissait aucun doute sur ce qu'il venait de dire.

Jimmy n'en revenait pas de se faire insulter alors qu'il était en train de resserrer sa propre veste sur la chemise trempée du brun, reniflant pour vérifier que les deux odeurs se mêlaient bien. Ne méritait-il pas des éloges pour le contrôle dont il faisait preuve ? Un minimum de gratitude ? Au moins Oliver arrivait-il à parler, à présent, lui qui n'avait pas dit un mot depuis qu'il était entré dans la pièce.

— Tu peux marcher ?

— Mes parents…

— Ils t'attendent dehors.

Oliver se passa les mains sur le visage. Les chaleurs avaient lieu par vagues, la première venait de passer et s'estompait un peu. Il fallait espérer à présent qu'ils parviendraient à le mettre en lieu sûr avant la seconde.

— Je suis capable de marcher, décida alors l'Oméga en venant inconsciemment enfouir son nez contre le col de la veste, inspirant profondément l'odeur de son propriétaire.

Il prit pied sur le sol puis se dirigea de lui-même vers la porte, reprenant des forces à mesure qu'il avançait. Jimmy vint tout de même près de lui, sans s'imposer, restant juste à côté. Il le protègerait. Ils sortirent et l'Alpha attentif voyait à mesure qu'ils progressaient la vie quitter le regard bleu, comme s'il s'enfermait à l'intérieur, sa tête rentrée entre ses épaules, sûrement pour se servir de l'odeur de l'Alpha comme d'une barrière.

Il ne savait juste pas qui il souhaitait protéger.

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— Oli ? Appelle la voix de son bapa, caressant avec douceur ses cheveux.

Oliver ouvre doucement les yeux, observant le visage entouré de cheveux bruns et familier, un doux sourire soulagé fait briller le regard bleu.

— Je suis désolé de vous avoir causé du souci…

Grace fronce les sourcils avant de lancer un regard à June, sa conjointe.

— C'est surtout auprès de Jimmy Evans que tu dois t'excuser, a répondu cette dernière, signalant ainsi sa présence dans la pièce.

Les phéromones doivent avoir disparu si elle peut se trouver aussi près de lui. June n'a vraiment aucune confiance en son contrôle, en tant que Beta, et elle se détesterais de toucher à son fils de cette façon là.

Oliver serre les dents en les entendant prononcer son nom. Bien sûr qu'il doit s'excuser auprès de lui, bien qu'il ne se souvienne pas du tout de l'implication du jeune homme dans cette histoire. Il s'est rappelé l'avoir appelé, puis le trajet en voiture où il était à l'arrière, pour ne pas risquer de provoquer un accident. Jimmy était ensuite resté longtemps de l'autre côté de la porte avant de partir, s'assurant sûrement que ses parents ne lui feraient rien et le soigneraient. Pendant tout ce temps, ce n'était donc pas étonnant qu'il ait eu le temps de se présenter.

June se méprend sur la grimace de son fils, s'énervant alors :

— Avec tout ce qu'il a fait pour toi, tu devrais montrer un peu de gratitude, bon sang ! Les Alphas n'ont pas le temps de s'occuper d'Omégas. S'il t'avait fait quoique ce soit, tu sais quel genre de problèmes il aurait pu s'attirer ? Il a pris le risque…

Oliver fixe sa génitrice un long moment, se demandant vraiment à quel point elle a raison. Il sait pourtant que Jimmy était le seul qu'il voulait voir et bien qu'il ne veuille pas être un boulet à son pied, il n'avait pas eu la force de réfléchir trop longtemps. Et au fond, ses chaleurs ne sont pas revenues par hasard, faisant fi des médicaments qu'il prend chaque jour avec attention : elles sont revenues à cause de lui. Sinon quoi ?

— Je m'excuserai auprès de lui, promet-il en voyant qu'inconscientes de sa réflexion, elles attendent toujours.

— Tu pourras lui rendre sa veste aussi, propose Grace pour détendre l'ambiance.

C'est toujours compliqué entre June et Oliver et Grace sait parfaitement que ce n'est pas la faute d'Oliver : June est celle qui se sent la plus responsable du fait qu'il soit un Oméga et sa frustration de savoir qu'elle ne peut rien lui souhaiter de merveilleux ou d'idéal ressort souvent. Pourtant ce n'est que de l'amour.

— Je l'appellerai demain, pour essayer de le voir après les cours… La veste… ?

— Elle est propre, je vais te l'apporter, répond June en se levant pour sortir, laissant les deux autres.

Grace attrape doucement la main de son fils. Si Yannick a pris les traits de June, Oliver lui ressemble plus, et elle le regarde un instant, essayant de percer sa carapace. Elle sait qu'il doit se battre seul, la plupart du temps, et respecte ça, mais elle ne comprend juste pas pourquoi il se donne autant de mal pour se battre lorsqu'il peut très bien être un Oméga. Elle et June accepterait parfaitement de le voir prendre un métier simple, de fonder une famille…

Elle baisse doucement les yeux sur leurs mains liées.

— Cet Evans… Jimmy… Que penses-tu de lui ? J'ai l'impression qu'il t'aime bien…

Oliver palit, fixant sa mère avec effroi.

— Qu'a-t-il dit ? Encore avec ses idées de destinée ? Qu'importe ce qu'il pense, je ne ferai… Rien…

Il n'en revient pas qu'il ait osé en parler à ses parents. Quel est son plan ? Le coincer en demandant sa main à des gens qu'il sait ne veulent pas refuser : cet Alpha est sa chance de briller et de bien vivre en tant qu'Oméga, elles ne comprendraient vraiment pas qu'il refuse…

— Il… Il n'a rien dit…, hésite Grace, surprise de voir un tel désarroi chez son fils. J'ai juste pensé, en le voyant agir, qu'il devait t'apprécier pour… Enfin, tu comprends…

Il comprend, bien sûr, qu'un Alpha n'a pas à être avec un Oméga, sauf s'il a une bonne raison de le faire. Le fils s'excuse de s'être agacé et sa méprise et c'est June qui le sauve de cette discussion de plus en plus gênante en venant dans la chambre avec la veste. Oliver n'ose la toucher, de peur d'y laisser son odeur, et ses parents sortent de la chambre après lui avoir demandé s'il aura assez faim ce soir.

Oliver attrape son téléphone pour voir l'heure et il voit qu'il a plusieurs messages de Larry. Il soupire mais ne répond pas pour le moment. Il est suffisamment fatigué comme ça et il sait qu'il va subir les effets secondaires de la prise de l'injection. Heureusement il n'a que cours l'après-midi le lendemain, cela lui laissera le temps d'aller voir son médecin le matin, pour s'assurer que tout va bien.

Sur cette pensée rassurante qu'il pourra reprendre sa vie en main le lendemain, il s'endort.

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— Bapa, tu peux m'emmener ? Je ne veux pas garer ma voiture à la fac après.

Il est sept heures du matin, l'heure à laquelle Grace a l'habitude de partir et elle regarde son fils descendre les marches en mettant ses chaussettes, fronçant les sourcils devant la manœuvre plutôt dangereuse. Il arrive sain et sauf au pied de l'escalier et elle arrange gentiment ses cheveux.

— Ils commencent à être longs, se laisse-t-elle dire, presque tendre.

Les cheveux noirs de son fils lui rappellent toujours ceux de sa fille, April. Elle est tirée de ses pensées tristes par le sourire doux de son fils qui resserre l'écharpe sur son cou pour affronter le froid.

Ils sortent de leur maison pour monter dans la voiture, Oliver vérifiant d'une main distraite qu'il a l'injection, au cas où. Il n'a pas pris le risque de prendre son traitement aujourd'hui, préférant attendre l'avis de son médecin.

Le trajet se fait en silence, la musique en fond est agréable et lorsqu'elle finit par s'arrêter, il somnole dans la voiture. Les effets secondaires du traitement, sûrement.

— A ce soir, je vous appelle.

— Tiens-nous au courant, dit-elle en réponse avant de démarrer, le laissant devant le cabinet de son médecin.

Oliver n'aime pas cet endroit parce qu'il y a beaucoup d'Omégas, comme le docteur Sharon est spécialisé dans le traitement des chaleurs. Il entre donc avec un bref salut pour ses congénères et s'avance aussitôt pour s'annoncer, la secrétaire lui adressant un sourire sympathique avant de lui demander d'attendre. Ce qu'il fait avec patience.

Le docteur Sharon est un homme à la peau noire, les yeux tout aussi sombres, mais des cheveux décolorés le rajeunissant, alors qu'il doit avoir cinquante ans, il paraît avoir la trentaine, son visage peu ridé car sans expression. Remontant les lunettes sur son nez, il lui fait signe de le suivre lorsque vient son tour et s'enchaine alors une suite de questions alors qu'il lui demande de se déshabiller.

— Est-ce que ça existe, les… Âmes-sœurs ? Entre Alphas et Omégas ? Demande Oliver alors que le médecin note sa taille et son poids.

Le médecin relève son regard pour fixer son patient, jusqu'à ce que ce dernier ne le supporte plus et baisse les yeux en rougissant :

— Je veux dire… Ce n'est que de la curiosité…

— Ce que tu as vécu, ce ne sont pas des chaleurs à proprement parler. Elles n'auraient pas dû avoir lieu maintenant et tu n'es pas à la phase idéale pour te reproduire. Ce n'est pas ça que ton corps réclame mais la morsure. Tu as rencontré un Alpha et – appelle-ça une âme-sœur si tu le souhaites – il est compatible avec toi.

Le médecin se détourne pour le guider vers le fauteuil sur lequel il lui demande de s'allonger, relevant ses jambes pour retirer son sous-vêtements, provoquant le rougissement de l'Oméga. L'odeur d'Alpha du docteur lui paraît alors entêtante, alors qu'il manipule avec gentillesse l'entrée de chaire.

— Ces chaleurs sont là parce que progressivement, vous vous mettez ensemble.

— Nous ne sommes pas ensemble, contre Oliver en empêchant la gêne d'apparaître.

Il n'a jamais supporté ce genre d'examens bien qu'il s'y habitue progressivement. Le médecin a toujours su le mettre en confiance, rendant ses gestes méthodiques et ne montrant aucune intention de faire plus que regarder.

— Je ne veux surtout pas que ça recommence.

— Je comprends. Je vais rajuster ton traitement, te prescrire d'autres injections d'urgence mais le mieux à faire est de t'enfermer le temps que ça passe. Tu vis toujours avec tes parents ?

Oliver hoche la tête avant de l'aider à le rhabiller. Veut-il dire qu'il n'y a rien à faire ?

— Elles ne s'arrêteront pas ?

Oliver ne peut s'empêcher de montrer sa panique.

— Le plus simple, c'est d'être marqué par lui, avec un équilibre sexuel et un arrêt des pilules qui empêchent les chaleurs, tout prendra un rythme sain… Il ne faut pas oublier que ces cachets qu'on vous prescrit ne sont pas bons pour vous. Ils vous permettent de gommer cette différence mais… Ce n'est pas sain. C'est à cause d'elles que ton corps réagit de cette façon : il a besoin de ce que tu lui interdis et fera tout pour l'obtenir.

Oliver serre les dents, observant le profil du médecin qui fixe l'écran de son ordinateur pour rentrer les informations qu'il a relevées. Il a toujours détesté qu'on souligne sa faiblesse parce qu'il ne peut rien faire pour changer ça, qu'importe à quel point il s'y efforce. Il peut paraître plus intelligent en travaillant, il peut être plus beau en coupant ses cheveux et en ne portant pas ses lunettes, il peut avoir l'air plus important en cessant de sourire ou de rire pour rien… Mais ces chaleurs le rendent fou et lui font perdre son humanité.

— Alors vous me dites que je dois écarter les jambes et me soumettre ? Sous prétexte que c'est instinctif ?

Le médecin le regarde, assez surpris du changement d'état d'esprit de son patient et la froideur de sa voix, bien qu'elle cache une certaine détresse.

— Je vais te prescrire de quoi faire sans lui, si c'est ce que tu veux, mais… Tu verras que tant que tu ne trouveras pas meilleure compatibilité que lui… Son odeur, sa voix, son toucher et même ses émotions sont façonnés pour toi, c'est extrêmement rare de rencontrer quelqu'un qui peut correspondre à l'homme et à la bête.

— Je ne sais pas s'il correspond à l'homme, je ne le connais pas.

— Eh bien essaie de le découvrir, laisse-vous une chance.

Oliver vient s'asseoir en face de lui, rhabillé, explorant le visage de l'homme en face de lui sans trouver d'indice. Le docteur Sharon est amusé de voir que la colère a déjà disparue, emportée par le vent du temps. Le jeune homme est douceur, il le sait, il le connaît depuis si longtemps maintenant.

— Je ne suis pas sûr d'être avec le médecin : Est-ce le docteur Sharon qui me donne ces conseils ou David ?

Un sourire mystérieux étire les lèvres du docteur qui paraît également triste et alors qu'il signe la prescription, on peut voir qu'il pense à quelqu'un. C'est elle qui lui a donné sa vocation, il lui a consacrée sa vie, malgré le temps passant sans elle. Il sait d'expérience qu'une fois rencontrée l'âme-sœur ne s'oublie que difficilement. Et il a fait le choix de ne pas refaire sa vie, l'aimant encore.

Puis il le guide vers la sortie, lui et sa précieuse prescription, et lui sourit gentiment, appréciant le silence respectueux que garde Oliver, comme il ne sait pas quoi dire pour rassurer le David en lui.

— Vous, Omégas, avez des expériences si dures à vivre qu'elles vous forgent et vous rendent bien plus forts que nous, malgré ce qu'on pense naïvement pour se rassurer.

Oliver règle la consultation puis part, se rendant à la pharmacie juste à côté. Il rentre ensuite chez lui, venant s'écrouler dans lit après avoir pris la dose des différents médicaments. Il sait parfaitement que ce n'est pas bon pour lui mais il n'a pas le choix s'il ne veut pas impliquer plus de monde dans tout ça.

Son regard tombe sur la veste étendue sur un cintre et qui attend d'être rendue à son propriétaire. Il soupire, décidant de régler ça avant d'aller en cours, prenant son téléphone, ignorant les messages et appels en absence de ses amis, appuyant simplement sur la touche rappel. Il est le dernier numéro appelé.

— Oliver ? Tout va bien ?

— Bonjour, Jimmy, dit-il en souriant pour le rassurer, bien qu'il ne peut pas le voir.

Le pauvre a dû s'inquiéter tout ce temps… ?

— Comment vas-tu ?

« Cette voix est-elle vraiment faite pour moi ? » se demande-t-il en se rappelant les mots du docteur.

— Je me demandais… Si on peut se voir ? Avant que j'aille en cours ? Vous avez… Tu as une pause déjeuner ? Grimace-t-il.

Pourquoi s'exprime-t-il avec uniquement des questions ?

— Je dois te rendre ta veste et je peux t'offrir un déjeuner pour te remercier et m'excuser officiellement, recommence-t-il lorsqu'il se rend compte que l'homme de l'autre côté est perdu.

Il y a un silence.

— C'est assez inattendu de ta part, commence l'Alpha avec un petit rire, puis il s'empresse de poursuivre pour qu'il ne retire pas son invitation : Ce sera avec plaisir. Nous pouvons manger près de l'Université ?

Ils conviennent d'une heure et d'un lieu, puis c'est le moment de raccrocher et Jimmy lui dit, juste avant qu'il ne le fasse :

— J'ai hâte d'y être.

Oliver observe son téléphone comme s'il l'avait trahi. Il doit pourtant prendre son courage à deux mains et dire à Jimmy qu'il ne veut pas d'une relation, pas pour le moment. Et pas avec lui. « Je ne le connais pas ! » Mais sa bête le connaît et le désire, il le sait. Sinon pourquoi une simple phrase comme « j'ai hâte d'y être » le fait rougir de cette façon ?

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Samedi

Larry [21 : 30] :

« Heeeeey on se voit demain ? »

Larry [23 : 42] :

« Oli ? Tout va bien ? Toujours pas rentré du restau avec tes parents ? »

Dimanche

Larry [01 : 23] :

« Demain, ou plutôt tout à l'heure, on va au parc avec Louise. Tiens moi au courant, on peut passer te chercher. »

Larry [14 : 43] :

« Pas de nouvelles de toi, tout va bien ? »

Larry [16 : 28] :

« On est passés chez toi et Grace nous a dit que tu allais bien, que tu étais un peu malade. Pourquoi tu ne réponds pas ? »

Larry [19 : 03] :

« Bonne nuit ! On se voit demain en cours ! »

Lundi

Larry [11 : 13] :

« Coucou ! Tu vas mieux ? Tu veux que je vienne te chercher en passant ? Pour aller à la fac ? »

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A SUIVRE…

N'hésitez pas à dire ce que vous pensez !

AH et dîtes-moi si vous préférez un récit au passé ou au présent !