Suite au défi d'écriture sur une musique. Plus d'information sur mon blog : lodinateur . com

Dans le brouhaha du marché, un silence s'installa à leurs arrivées puis une cacophonie et un enthousiasmes généraux s'emparèrent des patauds. La démarche péremptoire et militaire, les officiers à la tête du cortège marchaient d'un pas identique. A l'arrière, des félibres et danseurs amusaient la foule. Ils étaient accompagnés du tambour des tablas, du sifflement des zurnas et du claquement des crotales des musiciens.

Au centre de cette triomphale suite, le gouverneur et sa famille. Les têtes hautes, les yeux autoritaires lui et sa femme à l'excroissance capillaire ignorent le peuple amassé. Le premier fils qui les accompagne se perd dans la contemplation du mélange de couleurs et d'odeurs. Le second fils éradique le reste du calme de la foule hystérique par des jets d'or.

Les yeux du premier observe une forme qui court dans la foule. Il n'a rien de distinctif, dissimulé sous un foulard taupe s'y perdant face aux couleurs vives des habitants. Les pupilles vert-ciel de cet inconnu se surprennent à être repéré aussi rapidement. L'étranger tire sur son habit de coton, baissant le visage et disparaissant dans la masse informe.

Les cris de joie se soulèvent dans l'attroupement général du nonne acclamant leur gouverneur rentrant de chez le pharaon. Le scripte rapporte dans ses écrits les hiérogrammes de leurs échanges. Une étale aux légumes s'écroule sous l'afflux de la population et provoque les injures du marchands. Fève, lentilles et poireaux s'abattent sur le sol tandis que les oignons, l'ails et les choux roulent et se font piétiner. Le cortège ralenti, les soldats repoussent la foule pour frayer un passage à leurs maîtres.

Le fils du vizir sous un tissu taupe voit la main apparaître et s'emparer de la bourse du scripte. Il saute de son étalon, s'arme de son khépesh et s'élance suivi par des gardes.

Les yeux bleu-ciel le provoquent et disparaissent entre deux bâtiments aux pierres blanches. La chasse se poursuit. L'habile prince voit une sandale tombée et un pied disparaître de la toiture. Il grimpe agile comme un singe. Ils sautent de toits en toits, évitant les chaumes de paille. Leurs folles courses les conduisent entre terre et ciel. La dense foule sert de terrain de dissimulation. Les gardes s'y heurtent et s'y perdent sous la frayeur de ce qui les attendra si le noble n'est pas retrouvé.

Le voleur s'engouffre dans une maison dans la pénombre concupiscente d'une maison de femmes de plaisir, les femmes et les clients ivres chantent de joie. Entre les danseuses et les breloques, il s'enfuit et se dissimule sous le grenier dans le foin. Son regard observe par la mansarde le prince y parvenir essoufflé. Il grimpe l'échelle. La lame de son arme rentre dans la paille sèche avec rapidité. Raté. Il recommence. Raté. Encore. Le voleur saute à l'arrière, acculé. Il se dirige vers l'unique ouverture.

Cette fois, il n'est pas assez rapide. Le prince l'a attrapé et l'a bousculé. Le vêtement taupe est tiré et une masse de chevelure noire s'en échappe. La jeune femme se met à rire. Il la relâche et la fait tomber dans le foin sous un cri de surprise.

─ Aie. Ca fait mal.

─ Moins que s'ils t'avaient attrapé à voler, Tefnout !

Elle rit, se redresse, attrape son visage de ses doigts et l'attire à elle. Il détourne la tête. Elle serpente pour être à nouveau face à lui. Son tissu retiré, elle le passe par-dessus lui. Les voix des gardes se font entendre et elle pose sa main sur les lèvres de l'homme rieuse jusqu'à ce qu'elles partent.

─ Quoique tu veuilles faire, chuchota-t-il, ne le fais pas.

Les yeux bleu-ciel s'illuminent. L'interdit lui provoque un frison. Elle lie ses doigts à ceux de l'homme.

─ Pourquoi les lois décideraient-ils pour nous ?

─ Chacun a sa place, les dieux l'ont décidé.

Elle rit et tournoie autour de lui. Il sent son cœur se briser d'inquiétude. La condamnation à mort serait acceptable si ce n'était pas fatale pour elle. Même son père le gouverneur ne pourra pas l'en empêcher. Elle était inconsciente.

Trop songeur, pensa-t-elle, manque de vigilance ! Elle happe ses lèvres et glisse ses doigts sous le chendjit. Il lui bloque. Elle le gronde et use des autres. Une altercation débute. Dans la ville, des gardes royaux arrivent. Ils fouillent les demeures à la recherche du misérable et du noble.

Le prince les entend, se tait et s'immobilise. Elle en profite. Il halète, sa propre main sur sa bouche se force à se taire. Il souffle, soupire et lui murmure d'arrêter. Elle le refuse voulant davantage de spasmes de plaisir. Elle le dévore. Il succombe.

Furieux, il l'a attiré contre lui.

─ Tu devrais te contenter d'être amants. Pourquoi vouloir davantage ?

─ Je te veux entièrement. Je refuse ton mariage.

─ Tu ne décideras pas de ce que le pharaon et les dieux désirent.

─ Tu m'aimes, tu en souffriras si je pars.

─ Ça passera, soupira-t-il. Chacun doit rester dans son rang. Tu dois l'accepter. Être condamné à mort, voilà ce qui attend ceux qui désobéissent.

─ Fuyons ensemble.

─ Rentre chez toi, ordonna-t-il en se redressant, attrapant la bourse qu'elle a volé.

Elle a rit et a posé la main sur son visage, soupirant tristement :

─ Souviens-toi que tu ne m'as pas laissé le choix.

Les gardes royaux passent près de la rue. Elle les appelle, il est trop tard pour s'enfuir.

Sous les regards impuissants de sa famille, le gouverneur réclame la condamnation à mort de l'hérétique qui jette le déshonneur sur lui. Le pharaon l'accorde.

─ Tu n'étais pas grand-chose, te voilà plus rien. Cela te satisfait-il ?

─ Père, je ferais ce que vous voudrez mais offrez votre pardon. Je …

─ Oui, maître, le souffle téméraire de l'esclave coupe la parole. Il refuse d'entendre supplier pour sa vie. Pardonne-toi. C'était écrit.

C'était ainsi. Le couperet du pharaon n'est pas plus cruel que l'amour qui déchire ses entrailles.

─ Tu n'as plus qu'un fils gouverneur. Oublie le premier. Le second l'est désormais.

─ Je n'ai qu'un fils. Celui qui a déshonoré la première fille de Rê n'est qu'un moins que rien.

─ Tu n'as qu'un fils mais pour avoir laissé un moins que rien de ta province kidnapper ma fille, je condamne ton seul fils à me servir pendant dix ans. Il partira au désert hostile d'Alamba dans le royaume d'Apophis.

Le cri de la mère est déchirant mais les décisions sont prises. La mort pour celui qui a fauté, l'exile pour celui qui n'a rien fait.

─ Quant à vous ma fille Tefnout pour avoir brisé un mariage à venir d'alliance prometteur, vous partirez à Alamba et arrangerez la situation avec le peuple qui demande réparation.

Le suzerain profite de l'oasis du palais dissimulé après une chevauchée difficile. Il quitte les gardes royaux et s'engouffre dans une temps. Il se dirige vers une cour. Sa main a attrapé le visage de l'esclave en pleine lecture.

L'esclave a levé la main et retire la perruque du suzerain. Les yeux bleu-vert de ce dernier s'éclairent et sa chevelure brune inonde son corps. Tefnout retire sa chemise, détachant ce tissu compressant sa poitrine.

─ Ton frère aimerait te voir.

─ Ce n'est plus mon frère, c'est ton soldat. Il est un noble, je suis un esclave. Mon père a demandé ma mort et ne la pleure pas, le tien l'a ordonné et m'a sauvé. Ta place a été prise par ton frère. Première fille de Rê, tu t'es condamnée loin des champs d'Ialou et l'Adouât pour le royaume d'Apophis. Tu peux encore te faire pardonner et revenir au paradis.

─ Toujours les mêmes mots. Ton frère m'a raconté. Je sais ce que tu as dit à mon père.

─ Souviens-toi que tu ne m'as pas laissé le choix.

─ Chacun à sa place, les Dieux l'ont décidé. Et ta place, c'est d'être sous-moi.

Elle rit, les cuisses remontées sur lui, les coudes posées sur ses épaules, le front sur le sien.