Il y a quelques minutes, la notion d'un lendemain était floue et absurde. L'indifférence a vite fait place à l'angoisse et à la panique. Les excès alimentaires se sont cumulés et les pensées se sont mises à se heurter les unes aux autres.

Au final, je me suis encore retrouvée là, dans la salle de bain, à ouvrir la lumière et à enclencher le ventilateur. Je me suis penchée par-dessus la cuvette et j'ai fait actionner ces muscles abdominaux afin de me faire vomir – rituel si familier. Mais cela n'a rien réglé. Je sais que ce n'est pas terminé, il manque beaucoup trop de nourriture et je me mis à repenser à tout ce que j'ai pu ingurgiter aujourd'hui. Les conséquences ne me font pas peur. L'unique but en ce moment est de me libérer du poids de mon estomac.

Je bois de l'eau. Nerveuse, je mets de la musique dans ma chambre à coucher et je m'assois sur mon lit, les mains tremblotantes, tenant mon cellulaire et se demandant ce que je viens de faire. Je ne vois plus de sortie et je crains de m'être volontairement mis les pieds dans les plats.

Je me foutais clairement des conséquences, mais en ce moment-là, je ne peux pas vivre avec celles-ci et le tout me pèse fortement dessus.

Je ne sais pas comment arrêter ce cercle vicieux. À chaque jour de ma vie, mes tendances auto-destructrices me suivent et je peine à reprendre le contrôle.

La plupart du temps, j'ai envie de mourir afin de mettre un terme à ma souffrance puisque je ne suis plus certaine de pouvoir vivre ainsi.

Mes pensées sont tellement confuses et chaotiques en ce moment. Je ne suis plus certaine de ce que je suis ni de ce que je veux vraiment. Mon corps me semble si étranger par moments que je ne sais plus quoi ressentir.

L'angoisse m'étreint de nouveau, je repense à toutes ces calories qui vont contribuer à nouveau à mon gain de poids. J'ai envie de crier, de me battre, de courir le plus loin possible pour empêcher que l'inévitable se produise, mais il est trop tard. Je me sens déjà devenir étrangère à mon propre corps, je ne suis plus moi.

Je ne sais plus.

J'ai envie de prendre beaucoup de médication pour cesser d'exister temporairement et ne pas vivre ces sentiments de honte, de culpabilité, de tristesse et de colère. Je veux disparaître, je ne veux plus être moi et j'aimerais que quelqu'un d'autre me répare le temps que je suis partie.

Il faudrait que je jeûne – à quoi bon manger si je passe mon temps à céder à ma frénésie alimentaire? De toutes façons, je ne vaux pas grand-chose dans ce corps.

Je dois redevenir l'être pur que j'étais.

Je me fiche des conséquences, j'en vis déjà assez comme cela.

Je veux un nouveau départ, un nouveau visage, un nouveau corps, une vitalité renouvelée et bien entendu, une taille parfaite.

Mais je ne cesse de me détruire avec la boulimie qui me ronge de l'intérieur. Je ne peux passer un moment sans vouloir me suicider et emporter avec moi toute la laideur de mes songes.

Vingt-sept ans, aucune motivation autant pour travailler que vivre. Je voudrais mourir d'une overdose. J'aimerais prendre un bain froid et m'ouvrir les veines.

J'aimerais devenir un être éphémère et transcender les émotions humaines.

À première vue, je dois faire un jeûne. C'est ça que les madames font lorsqu'elles recommencent à zéro : elles jeûnent avant. Beaucoup de gens jeûnent. Oui, il y a beaucoup de dangers associés à cela, mais je ne suis plus capable de vivre dans ma peau en ce moment. Je suis épuisée de mes dépendances… l'exercice, la nourriture, les vomissements… Je veux me libérer et passer à autre chose.

Si je ne peux pas mourir, il faut bien que je trouve une façon de vivre ou de momentanément régler ma vie le temps de me refaire une santé mentale.

Le traitement ne fonctionne pas pour une personne comme moi. Rien ne fonctionne. Toutes ces pensées négatives me hantent et viennent m'asséner le dur coup de la réalité. Je suis seule dans mes problèmes et personne ne peut m'aider ni même me supporter.

Et la douleur qui sévit dans mon ventre alimente mon anxiété de plus en plus.

Je ne me sens bien nulle part.

J'aimerais seulement disparaître, mais je ne peux pas. Le suicide n'est pas une option pour moi, donc j'ai choisi la mort sociale et professionnelle.

J'ai envie de fuir le plus loin possible et recommencer à zéro. Ou bien mourir.

Un jeûne. Soixante-douze heures. Atteindre un état de ketosis. Recommencer à zéro. Cent-onze livres. Le bonheur, la perfection, fuck it all. Je veux être libre. Je veux être libre. Je veux être libre.

J'ai mal.

Je veux mourir.

Anxiété.

Honte.

Culpabilité.

Colère.

Tristesse.

État de perdition sans nom, je me morfonds et je plonge dans la plus absurde des souffrances – celle de l'âme. Avoir peur de vivre, c'est aussi ridicule que d'aimer autant la mort. Pourtant, les deux vont de pair. Je me sens incomprise de tous. On me dit de tout simplement arrêter de penser, de cesser d'être autant dans mes pensées et de me mettre dans l'action. On me félicite de mes petits gestes quotidiens qui visent à éviter des conséquences réelles, mais à quoi bon? Si seulement j'étais une toxicomane, est-ce que ma douleur serait plus réelle? Est-ce que j'aurais raison de vouloir fuir la réalité?

On me dit d'avoir espoir en la vie. Il n'y en a aucun pour moi, je suis une mauvaise personne fondamentalement et toutes mes décisions sont biaisées. Je suis centrée sur ma personne et j'aime avoir mal pour la seule raison que ma propre destruction est ce que je mérite.

Trop de diagnostics pour savoir ce que je suis. Il paraît que je pense trop à cause de l'anxiété et rien d'autre. Je n'y crois pas. Mourir. Mourir. Partir le plus loin possible. Mourir. Mourir. Rien n'est vrai, rien ne sert à rien, toutes les connexions et relations humaines sont fausses. Le seul but de notre espèce est la survie et notre finalité est la mort. Constructions humaines que sont la religion, le gouvernement, les nombreux systèmes, les obligations sociétales et le commerce. Nos ailes sont détruites dès l'instant dont nous venons au monde, non à cause de la technologie, mais par la pensée qu'il y a une hiérarchie naturelle dans nos sociétés. Nous sommes tous citoyens du monde, à quoi bon limiter nos territoires et vivre des vies de débauche si on se sent si vides de l'intérieur? Comment devenir heureux? Tout est faux, tout est une façade. Une simple danse macabre de poulets écorchés dont celui qui va être le dernier debout aura son sang sur les carcasses des autres. Nous sommes tous voués à mourir. Notre confort matériel ne signifie rien. Tout n'est que fabrication humaine. Nous allons tous vivre, apprendre à jouer le jeu, jouer ou perdre, et ensuite mourir. Le jeu sera agrémenté de petites quêtes secondaires et tertiaires sans importance mais qui vont nous sembler si cruciales.

J'ai l'impression de regarder ma vie à la troisième personne par moments. J'ignore qui j'étais avant, ce que j'ai fait et quelle énergie m'a revigorée lorsque rien n'allait. Était-ce la médication ou autre chose?

J'aurais envie de prendre mes soixante comprimés de clonazepam et en finir. La mort serait si douce, mais elle m'est interdite, du moins intentionnellement. Je sens que ma santé est en train de défaillir pourtant et mon cœur ne peut plus survivre aux blessures.

Boulimie. Anxiété. Troubles de personnalité. Suis-je aussi asperger? Suis-je bipolaire? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi?