Voilà la suite attendue!

Petite précision, je me suis rendue compte que j'avais changé en cours de route le nom du jarl déchu… Donc pour celles qui suivent cette histoire depuis le début, le jarl déchu est Harek (comme je l'avais choisi à sa première apparition au chapitre 8) et non Eirik.

Et la suite viendra dès mon retour de vacances, merci de votre patience!


La Capture


Cela faisait quelques semaines que les Pictes parcouraient les alentours du grand village de pêcheurs de baleines, qui était devenu leur base, pour accroître leur butin et leur réputation de guerriers sanguinaires et invincibles. Ils avaient découvert trois autres villages à quelques lieues, moins grands et moins riches que le premier, mais cela ne les avaient pas empêchés de trouver de l'amusement et des bénéfices. Ils finissaient d'écumer le dernier en date avant de tout rapatrier à leur camp pour rentrer chez eux.

Olrik, contrôlant qu'ils ne laissaient rien derrière eux, déambulait dans les rues, entre les maisons qui brûlaient et craquaient dans des sons sinistres lorsque les poutres s'effondraient, dévorées par les flammes dévastatrices. Quelques corps sanglants jonchaient les rues. C'était un spectacle auquel il était habitué maintenant. La violence et le sadisme faisait partie de sa vie dès sa rencontre avec l'Ile d'Alba. D'abord il avait dû la subir. Y survivre.

En effet, lui et Hallad avaient dû se défendre contre des vagabonds sur leur chemin, dès leur sortie du bateau qui les avait menés en terres saxonnes, puis durant leurs quatre ans d'errance commune. Mais quand ils étaient arrivés plus au Nord, dans le territoire où même les Saxons évitaient de s'y rendre, ils avaient dû faire face à une autre réalité. Ici, les Pictes aimaient s'amuser. De façon sadique. D'ailleurs, Hallad n'était pas resté auprès d'Olrik, le laissant seul alors qu'il n'avait que dix ans. S'était-il enfui ou avait-il péri ? Il n'en savait rien, mais n'ayant pu trouver son cadavre, il en avait déduit que son protecteur avait décidé de ne pas continuer son devoir. Il aurait pu partir à sa recherche, redescendre plus au Sud, partagé entre l'envie d'être tué par ces barbares ou de démontrer qu'il était fort.

Il était fort et son instinct de survie avait été très aiguisé. Malgré les coups, les plaies sanglantes données pour l'affaiblir sans le tuer sur le coup, les tortures, il s'était toujours relevé. Il avait survécu. Il avait une telle rage au fond de lui qu'elle le faisait tenir, encore et encore, ne le laissant pas mourir. Elle l'avait rendu invincible. Cela avait plu au chef de ce clan, Yarikh, qui jouait avec lui depuis des mois et des mois. Ce dernier avait décidé de le prendre sous son aile, d'abord comme serviteur, puis il avait passé à un autre statut. Pas vraiment comme un fils adoptif mais pas si loin non plus. Du moins, il pouvait être un Picte libre. Il lui avait appris une chose. Les faibles mourraient, les forts survivaient. Il ne fallait donc pas montrer de pitié. Il n'en avait pas reçu, et pourtant, il était toujours là. Vivant. C'était la loi de la Nature, la loi du plus fort.

Il n'avait pas pu cette année encore le démontrer à ceux qu'il aurait voulu trouver. Son village natal n'était pas par ici. Cela viendrait. Il en était persuadé. Il avait fait un rêve cette nuit, un grand loup noir brisant ses chaînes et déchainant sa colère et sa violence sur tout ce qu'il pouvait croiser. Il était persuadé que le loup le symbolisait. Il fallait qu'il se montre patient. En attendant, en s'approchant du groupe de guerriers pictes qui allait repartir vers leur camp de base, il remarqua le grand sourire de Yarikh.

- Olrik ! Regarde par ici ! Vois qui nous retrouvons !

Le jeune homme baissa les yeux aux pieds de son chef et vit le fuyard que Batrun avait blessé. Toujours vivant… salement amoché, mais encore vivant.

- Apparemment, il aurait essayé de mettre en garde ce village. Selon ses dires, nous sommes des démons bleus aux cheveux de feu, invincibles et sanguinaires. C'est parfait cette description, tu ne trouves pas ?

- Oui, Yarikh, c'est parfait.

- Maintenant, à toi de lui laisser un message qu'il pourra continuer à transmettre plus loin… nous partons aujourd'hui mais nous reviendrons, cracha Yarikh au visage du pauvre bougre qu'il tenait par les cheveux.

- Avec plaisir, répondit Olrik en sortant une lame de sa ceinture.

oO0Oo

Après un bon mois de pillages et de nouvelles découvertes de ces terres inconnues, les Vikings avaient amassé un joli butin. Ils se dirigeaient toujours vers le Nord, marchant de façon désordonnée mais avec vaillance, à la recherche de derniers raids rapides et faciles à faire. Les derniers villages rencontrés ne leur avaient pas résisté et ils avaient même croisé deux monastères qui recelaient de magnifiques trésors. Pour un dieu qui se disait pieux, les Vikings trouvaient qu'il amassait beaucoup de richesse. Autant l'aider à honorer sa parole et se couvrir d'or eux-mêmes, à la gloire d'Odin !

Durant toutes leurs explorations, les hommes du Nord n'avaient pu retrouver ceux perdus en mer, leur allié Thorgeir et sa fille, ainsi que l'ancien Jarl Harek, ni même des débris de knørr qui se seraient échoués. Knut réfléchissait à la meilleure façon de tourner ceci à son avantage, même s'il restait contrarié de ne pouvoir sceller une alliance plus légitime par le mariage. C'était toujours délicat de vouloir s'imposer. Peut-être trouver quelqu'un de fiable et qui pourrait lui être loyal parmi les hommes de Thorgeir qui le suivaient actuellement ? Il fut interrompu dans ses réflexions par Thorlak qui se mit à ses côtés pour marcher :

- Cela devient de plus en plus désolé et inhabité dans cette région… et le dernier village n'avait pas d'église.

- En effet, répondit Knut à son ami. Il semblerait que nous quittions les terres chrétiennes. Ou du moins, ce dieu unique est moins présent. Les peuples habitant ici seront sûrement plus coriaces que les Saxons, ramollis par leurs croyances…

- Tu ne crois pas que cela serait trop risqué de se battre contre un ennemi que nous ne connaissons pas ?

- Oui… c'est pour cela que nous allons nous rendre dans ce qui semble être un village, là-bas, exposa le Jarl en montrant du doigt de la fumée s'élevant à l'horizon, puis nous rebrousserons chemin pour rentrer chez nous.

- Et si cela n'est pas des Chrétiens ?

- Il y a une croix plus loin, et c'est leur symbole, j'en déduis que ces terres sont encore chrétiennes et nous avons besoin de vivres pour notre retour. Nous profiterons pour nous ravitailler en eau et nourriture là-bas.

- En effet, c'est nécessaire, reconnu Thorlak en avisant la grande croix en bois plantée dans la terre.

- Dis-moi Thorlak, comment est le moral de nos guerriers ?

- Il est excellent ! Nos succès les galvanisent !

- Bien… et du côté des hommes de Thorgeir, comme celui-ci a disparu ?

- Hum… ils sont contents de t'avoir suivi, vu les succès, mais ils se posent beaucoup de questions. Ils n'ont plus de Jarl pour le moment, sa fille ayant disparu avec lui aussi, ils discutent de la meilleure façon de pouvoir en élire un.

- Bien, bien.

Thorlak ne dit rien mais nota l'étincelle dans le regard de son Jarl et le sourire sur ses lèvres. Il le connaissait bien et devinait ce qui pouvait animer cette satisfaction. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient enfants, avaient combattu côte à côte à tellement de reprises que Thorlak ne pourrait même plus les compter, et cette ambition latente qui animait Knut devenait de plus en plus forte apparemment. Elle avait toujours été en lui, mais il avait su se montrer patient et saisir les opportunités jusqu'à assouvir ce désir. Pourtant ils avaient été si bien dans leur groupe de cinq jeunes guerriers intrépides qui étaient inséparables dans leur jeunesse. Mais il avait fallu que l'amour fasse son entrée dans le groupe… Tout avait changé, peu à peu. Thorlak soupira à ces souvenirs en secouant la tête. Il se demanda si ce besoin de toujours aller plus loin, plus haut n'allait pas retomber sur son ami à un moment ou un autre.

Un peu plus en arrière, une autre personne était également perdue dans ses pensées. Almarik ne s'attendait pas à ressentir autant de gêne à piller et se battre sur ces terres inconnues, lui qui en avait tant rêvé ! Pourtant, certaines images tournaient en boucle dans sa tête. Comme celle de cette famille massacrée au premier village qu'ils avaient attaqué, leurs crânes écrasés par des coups d'une rare violence, qui lui avait donné la nausée à cette vue. Il avait réussi à se reprendre mais le Jarl Knut avait vu son malaise, « Alors, si tu ne supportes pas la vue du sang, il ne faut pas nous accompagner ! » Ce n'était pas tant le sang, mais cette rage qui avait causé cette boucherie était incompréhensible pour lui. Se battre pour gagner quelque chose, pour se défendre, il le concevait. Mais massacrer pour le plaisir de massacrer, cela le dépassait.

- Tu sembles loin de nous, Almarik !

- Jon ! Comment va ton bras ?

- Il tient ! ria le jeune forgeron, en levant son membre tenu par des branches solidement attachées autour. Et toi, ça va ?

- Oui, ça va… mais je ne suis plus sûr que ce soit ce que je voulais…

- Quoi ? Les expéditions, les pillages, les combats ? interrogea Jon surpris.

- Oui… toute cette violence et ces morts par plaisir…

- Tu as pourtant combattu et tué à Beruvik contre le Jarl Harek !

- Certes, mais c'était pour défendre ma ville, les gens que je connais… ici, nous combattons pour gagner quelque chose… mais combien s'amusent à tuer des enfants, à forcer des femmes, juste pour le plaisir alors que tout danger est écarté ?

- Nombreux, mais c'est le droit du gagnant, Almarik. Une loi, celle du plus fort. Et nous sommes des gagnants, nous sommes des Vikings !

- Peut-être…, répondit Almarik dans un souffle, peu convaincu.

Il s'était senti galvanisé à Beruvik, il voulait défendre son village et y était parvenu. Puis ici, en terres saxonnes, il avait tué. En tant qu'assaillant. Il avait tué sa première victime pour défendre Jon… cela avait été un réflexe. Il ne ressentait pas de malaise à propos de cela. Les Vikings étaient des guerriers, c'était mort au combat qu'ils pouvaient espérer se retrouver au Walhalla. Cependant, découvrir ce qui se passait autour des raids, les viols, les massacres gratuits, les destructions, cela ne lui donnait aucune impression de gloire et de grandeur. Était-ce cela se montrer en grand guerrier ? Même si les nausées avait disparu au fil des semaines et des villages pillés, le malaise restait au fond de lui. Il était même content d'entendre la rumeur qui racontait qu'ils allaient rentrer après l'attaque de cette dernière agglomération visible à l'horizon.

oO0Oo

Ils avaient parcouru des lieues et des lieues depuis leur échouage, leur équipage étant le seul sur les trois qui avaient été séparés du groupe à être arrivé sur terre. Dès leur arrivée, il y avait une lune, le Jarl Thorgeir avait de suite remarqué qu'ils n'étaient pas sur les terres chrétiennes qu'il avait connues l'année d'avant. Le paysage était différent, l'ambiance était différente. Le peu de villages croisés lui avaient donné raison. Le peuple habitant ces lieux semblait être des guerriers aguerris, qu'il ne fallait mieux pas embêter en étant si peu nombreux. Il avait donc pris la décision de les contourner et de les éviter, tout en se rendant plus au Sud, déduisant qu'ils étaient beaucoup trop au Nord. Il avait l'espoir fou de retrouver son allié et de pouvoir repartir en Norvège.

Son groupe de rescapés se composaient de bons guerriers et de farouches guerrières, à l'image de sa fille qui malgré son jeune âge se montrait endurante et réfléchie. Le seul que Thorgeir aurait bien voulu voir se noyer était Harek. Ce dernier avait une telle rancœur envers la Jarl Knut pour sa chute qu'il n'avait fait que de se plaindre de ce qui leur arrivait tous les jours, ce qui commençait sérieusement à entamer la patience de l'allié du Jarl de Beruvik. Il se retenait de lui couper la langue, même si l'envie devenait de plus en plus pressante, surtout que ces jérémiades faisaient baisser le moral de ses hommes. Mais à part cela, le mois s'était écoulé sans danger majeur.

Pourtant, ils tombèrent sur un clan qui semblait plus perspicace que les autres. Le petit groupe avait croisé leur route alors que les Pictes rentraient d'expédition. Malheureusement pour les Vikings, ils les avaient remarqués. Mais n'ayant pas été attaqué, Thorgeir pensait qu'ils avaient évité le pire, mais il se trompait. Lourdement. Car quand ils purent apercevoir un village à l'horizon visible par ses fumées, ils entendirent dans leurs dos le son d'un cor.

Un coup d'œil en arrière renseigna le Jarl. Tout un groupe de guerriers torse nu, tatoués de bleu sur l'ensemble de leur peau et à la crinière aussi flamboyante que le Dieu fourbe Loki les talonnait. Les Pictes semblaient savourer la peur qu'ils faisaient naître. Ils étaient nombreux par rapport au petit groupe de Vikings, qui paniqua en effet en les voyant. Thorgeir ordonna de se former en groupe compact, créant ainsi un mur de boucliers. Puis ils attendirent l'attaque. Qui ne vint pas. Leurs ennemis s'étaient retournés et rebroussaient chemin, disparaissant derrière un groupe d'arbres. Les Vikings ne comprenaient pas ce retournement de situation mais se posèrent pas plus de questions. Ils continuèrent leur route vers le Sud, rapidement. Mieux valait mettre le plus de distance entre eux et ce peuple inconnu.

Ils se rapprochèrent du village aperçu avant, rassurés de pouvoir se mettre à l'abri. Soudain, une flèche siffla dans l'air et se ficha dans la tête d'un guerrier viking qui tomba sur le coup, mort. Thorgeir hurla de se regrouper à nouveau, mais d'autres tirs arrivèrent, décimant quelques hommes trop lents à réagir. Leurs assaillants avaient juste contourné la petite forêt, les prenant à revers. Pensant à nouveau qu'ils allaient attaquer, les hommes du Nord attendirent. Mais plus rien. Thorgeir hésitait sur la réaction à avoir, surtout que Harek vociférait dans son coin, l'empêchant de réfléchir comme il fallait.

Il décida de reculer en direction du village, avec le mur de boucliers toujours formé. Pourtant, aucune activité du côté des Pictes vint les surprendre sur le moment. Thorgeir avait la sale impression que leurs ennemis jouaient avec eux, ce qui n'était pas faux. Au fil des minutes qui passèrent, leur attention se relâcha, et presque confiants, ils continuèrent leur route. Soudain, un cri bestial leur parvint, suivi d'une dizaine d'autres qui les entourèrent. Les Pictes arrivèrent de toutes parts, les encerclant !

Les Viking se mirent en position de défense, levant boucliers et armes. Ils avaient l'habitude d'impressionner leurs ennemis et de faire naître la crainte chez ces derniers, mais en ce moment, c'étaient eux qui ressentaient cela. Les hommes tatoués de bleu étaient aussi grands qu'eux voire même plus grands, se battant torse nu comme s'ils étaient invincibles, semant le doute dans l'esprit de leurs vis-à-vis sur les capacités à les vaincre. De plus, ils hurlaient des sons qui ne semblaient pas humains, renforçant la panique dans le petit groupe. Thorgeir se reprit et incita les autres à se calmer également. Un premier Picte se rua sur le Jarl, assénant un coup violent avec sa hache sur son bouclier, qui le fit se reculer. Un deuxième homme roux surgit par un autre endroit, visant cette fois la fille de Thorgeir, qui put contrer l'arme massive mais recula également de quelques pas sous l'assaut.

Dans le groupe de Pictes, Yarikh riait de la panique que son jeu engendrait. Ils étaient partis en terres vikings, ils en revenaient depuis peu, et ils en trouvaient sur leurs territoires. Alors il avait décidé de s'amuser un peu. Car il voyait bien que ce petit groupe semblait perdu… ils devaient sans doute essayer de retrouver les leurs qui devaient encore se trouver sur l'île d'Alba. La stratégie ici était simple. Il envoya un autre de ses guerriers faire une traversée de ce groupuscule, qui fondit sur un autre grand gaillard. A chacune des incursions, les Vikings se voyaient séparés l'un de l'autre et à chaque fois qu'ils essayaient de se rapprocher, une autre Picte surgissait, les en empêchant.

Olrik observait la scène et il remarqua le maillon faible.

- Celui-ci, Yarikh, semble vraiment trembler de peur et n'être pas à la hauteur… capturons-le pour qu'ils nous disent où est le reste des Vikings… je ne pense pas qu'il résistera longtemps.

- Tu as raison…, aquiesça le chef de clan. Batrun !

Ce dernier se rapprocha, et Yarikh lui montra Harek. Batrun hocha la tête. Il banda son arc, visa les jambes qu'il toucha à chaque tir. Harek tomba à terre dans des cris de douleurs, deux flèches fichées dans chacun de ses membres. Thorgeir voulut l'aider mais des flèches fusèrent entre lui et son compagnon tandis que d'autres Pictes continuèrent de jaillir, les mettant à mal, et l'un d'eux agrippa Harek par les pieds et le tira sans ménagement derrière la colline où se tenaient les Pictes.

Le calme revint, et les Vikings en profitèrent pour reculer encore en direction du village qui leur semblait être encore loin, délaissant leur compagnon à son triste sort. Que pouvaient-ils faire contre tout un clan alors qu'ils étaient une poignée ? Thorgeir espérait que la capture de Harek leur permettrait de s'enfuir et que le jeu de cache-cache était terminé.

De leurs côtés, les Pictes n'en avait pas encore fini avec les Vikings, Harek le voyait dans leurs yeux…