Chapitre 1.

L'auberge de Fendrel était bondée de monde. Il était plus que difficile de trouver une table où s'asseoir. Assise près du comptoir, une pinte de bière devant elle, une jeune femme aux longs cheveux noirs aux reflets bleutés retenus par un foulard entourant sa tête lisait ce qui semblait être un journal. La première page affichait en gros titre « Tentative d'assassinat sur le prince de Pénian ». Cette nouvelle faisait les gros titres de tous les journaux du continent depuis plus d'une semaine tellement les événements avaient été invraisemblables. Et pour cause, Pénian était le continent le plus pacifiste de tout Jahiel. Le roi Ulfric régnait sur le continent depuis maintenant plus de trente ans et sa famille était l'élite de la royauté, dirigeant Pénian depuis sa création.

Il était donc choquant qu'une tentative d'assassinat sur le prince ai pu arriver.

« - Encore en train de lire le journal, Elenor ? »

La voix bourrue de l'aubergiste attira l'attention de la jeune femme qui referma le journal, le jetant avec nonchalance sur le comptoir.

« - Vous savez comment je suis, répondit Elenor en souriant. Fille d'éleveur de chevaux, mais intellectuelle dans le cœur.

- Pourtant, avec la mort de ton père, tu aurais pu revendre la ferme et te payer une entée à l'Académie ! »

La noiraude haussa les épaules, avant de boire une gorgée de sa bière. L'homme s'éloigna, accosté par un client désirant une assiette de bœuf bourguignon.

Les paroles de l'aubergiste, très maladroites, n'avaient nullement atteint Elenor. Son père était mort trois ans auparavant, laissant la jeune femme seule avec leur petite ferme. Elenor avait dû reprendre l'élevage de chevaux seule et n'avait donc pas eu l'occasion de faire des études, comme la plupart des villageois de Fendrel l'espéraient. Ce qu'ils ne savaient pas, cependant, était que le père de la jeune femme n'était pas mort et qu'elle n'avait pas besoin de suivre d'études à l'Académie pour possédait de grandes connaissances intellectuelles.

Depuis la tentative d'assassinat du prince, les milices de soldats dans les villages et les villes avaient doublé et un couvre-feu avait été instauré partout dans le continent. Cela avait étonné les habitants de Pénian, pour la simple et bonne raison que les assassins avaient été tués. Mais ces précautions n'étaient pas prises à cause de possible danger guettant encore leur prince, non.

Si le prince avait survécu à l'attaque, ce n'était pas grâce à des gardes du corps très compétant. À vrai dire, les gardes avaient perdu la vie en essayant de protéger leur prince. Mais ce qui avait sauvé ce dernier, selon ses dires, était une imposante bête. Un loup géant aux yeux azur.

Apparemment, selon les rumeurs, en entendant cela, le roi avait cru son fils complètement fou. Mais le lendemain de l'attaque, il s'était rendu sur les lieux lui-même, en compagnie de sa garde personnelle, pour constater que son héritier disait l'entière vérité. Des empruntes de pattes, trois fois plus grande que celle d'un loup lambda avait été retrouvés. L'horreur s'était emparée de la population des suites de cette annonce qui avait été officialisée quelques jours après l'attaque. Un loup géant rodait sur le continent.


Pénian faisait partie des continents les plus grands de Jahiel. Il était composé de denses forêts vierges, de montagnes et vallées profondes. Le fait qu'un loup géant puisse parcourir leur terre était effrayant et l'idée que d'autres puisses y vivre l'était encore plus. Ceci pour une bonne raison, qui découlait de la naissance des civilisations de Jahiel, des contes racontés par les parents pour effrayer les enfants et du fait que généralement, les histoires contées prenaient toujours leurs sources de véritables événements.

Pénian n'avait pas toujours été le continent le plus pacifiste de Jahiel. Lors de l'apparition des premières civilisations foulant les contrées de ce continent, toutes étaient unies, travaillant main dans la main pour construire une société solide contre ce qui était à l'époque, les pires ennemis de l'humanité. Des monstres devenus aux jours d'aujourd'hui mythique. Vampires suceur de sang, goules dévoreuses de cadavre fraîchement enterré, sirènes envoûteuses de marins et bien d'autres. Néanmoins, ceux-ci étaient toujours moins nombreux que les loups géants. Contrairement eux autres, issus d'expérience de magie noire, les origines des loups géants étaient inconnus.

À l'époque de l'apparition des humains, ces derniers n'étaient pas les seuls à vivre sur les continents de Jahiel. Les elfes, créatures à la vie infiniment longue, aux oreilles pointues et à la beauté ensorceleuse, vinrent en aide aux humains et leur apprirent les fondements de la société. Cependant, au fil des siècles, les humains commencèrent à craindre les elfes. Beaux, intelligents, soi-disant immortels et manipulateur d'une magie que les humains n'étaient pas capables de comprendre, les elfes furent accusés d'être à l'origine de ces loups géants dangereux et ils furent finalement les victimes d'un monstrueux massacre. Cet essai de génocide envers les populations elfiques, les combats contre les monstres et les différents qui apparurent entre les hommes firent de Pénian et de Jahiel tout entier, un monde de guerre.

Jusqu'au jour où les elfes survivants disparurent, se cachant sûrement de la tyrannie humaine. Les hommes eurent alors tout le loisir de s'occuper des monstres, les exterminant avec l'aide d'humains, réduits en esclavage, dotés de mutation génétique leur permettant de contrôler la magie. Les monstres furent anéantis et les loups géants chassés jusqu'aux derniers. Une paix durable s'installa alors sur le monde, deux siècles avant qu'Ulfric Méduin ne monte sur le trône.

Or, ces histoires n'étaient que des contes racontés par les anciens et de siècle en siècle, la véritable histoire de Jahiel fut impossible à connaître. Les guerres avaient détruites tous les livres historiques, rendant de possible recherche anthropologique impossible à réaliser.


Elenor était au courant de ces contes, des histoires répandues par les savants du palais royale, qui n'était pourtant pas la vérité. Son père, avant de "mourir", lui avait donné une éducation irréprochable et il lui avait enseigné de ne jamais croire les articles publiés par le palais dans le journal local. Car tout ceci était faux, et ne reflétait pas la réelle histoire de Jahiel et de leur continent.

Déambulant dans les rues de Fendrel, la jeune femme s'arrêta devant une petite maison construite sur la limite du village. Elle descendit de son cheval, nouant les rênes autour d'une des barrières pour être sûre que sa monture ne partirait pas sans elle. Sans son cheval pour rentrer avant le couvre-feu, Elenor était persuadée de se faire arrêter par une milice de soldats.

Flattant l'encolure de sa monture, elle se détourna finalement pour pousser le petit portail donnant sur le jardin de la bâtisse. Tout était très calme, presque trop, avant qu'un feulement ne se fasse entendre à sa droite. Elenor offrit un sourire au chat noir qui retroussa ses babines en continuant de feuler, arrondissant son dos et hérissant ses poils. La noiraude s'agenouilla et tendit la main vers le petit félin pour le caresser, mais à peine eut-elle déplié ses doigts que le chat décampa.

« - Courageux, mais pas téméraire, murmura-t-elle, hilare.

- Tu veux bien arrêter de foutre les chocottes à mon chat ? »

Elenor se redressa, son sourire s'élargissant alors qu'une jeune femme aux longs et lisses cheveux roses se tenait adossée contre l'encadrement de la porte en bois. Son pantalon en cuir épousait ses formes et la ceinture en cuir également, qu'elle portait par-dessus sa tunique, cintrer sa taille fine, remontant sa poitrine.

« - Ce n'est pas ma faute si ton chat a peur de moi, Moira, rétorqua Elenor.

- C'est vrai, mais si tu pouvais éviter de le faire fuir, je vais avoir du mal à le faire rentrer maintenant, fit la rose avant de l'inviter à rentrer.

- Tant pis pour lui. »

Moira leva les yeux au ciel, avant de refermer la porte d'un coup de talon.