Chapitre 44.

Dressée au-dessus du corps devenu inerte de son père, Elenor grogna après le Dealyn que Vesryn et elle avait envoyé valser contre le mur d'une bâtisse proche. Ils étaient arrivés juste à temps sur la grande place pour voir Lysanthir enfoncer un poignard dans le ventre de son assaillant et ensuite être violemment cogné contre les pavés de la place. Jetant un regard à son père, qui n'avait pas l'air dans un très bon état, la noiraude releva les yeux vers le Dealyn qui se relevait. La créature s'appuya contre le mur de la maison et de son autre main, il retira dans un grognement le poignard qu'il avait encore de planter dans le corps.

En le voyant à nouveau debout, Vesryn se plaça devant Elenor, présentent les dents et grognant dangereusement dans la direction du Dealyn qui s'était mit ... À rire. Tout simplement. L'humanoïde était pris d'un grave fou rire alors qu'il regardait les deux nouveaux arrivants, et surtout la marque luisante sur le front de la jeune femme transformée en louve géante. Cette dernière assassina du regard, et la rage qui bouillonnait en elle devait renforcer le sceau de Mère-Nature acquis durant la Cérémonie de la Grande Prêtresse à la Source de la vie. En effet, ce dernier ne luisait pas vraiment, il irradiait plutôt d'une douce lumière dorée.

«- La vraie reine est déjà de retour! s'exclama le Dealyn en calmant son fou rire. Quelle merveilleuse surprise!

- ASSEZ! s'écria Elenor dans un aboiement puissant. VOUS ALLEZ QUITTER LA CITÉ, IMMÉDIATEMENT!

- Hum, c'est que le louveteau sais montrer les crocs ... Tu m'as l'air bien plus dégourdie que ce que j'imaginais ... »

Un grognement plus fort que le précédent échappa à Elenor, qui s'avança près de Vesryn, prête à en découdre avec le Dealyn qui se moquait d'elle. Devant eux, leur nouvel adversaire arborait un sourire plein de malice alors qu'il se léchait lentement les griffes de sa main droite, recouvertes de sang frais. Les deux loups géants brûlaient d'envie de se jeter sur lui pour le démembrer, mais ils n'attaquèrent pas, campant leur position en l'attente d'un mouvement de la part du Dealyn dont la queue fine et reptilienne en bas de son dos fouettait l'air dans un mouvement régulier.

Il s'écoula de longues secondes dans un silence pesant, où l'on ne pouvait qu'entendre les échos des combats se jouant dans les rues de la cité elfique. Finalement, perdant patience, c'est le Dealyn qui attaqua en premier, quittant le sol de quelques centimètres pour augmenter la rapidité de son attaque grâce à ses ailes et au vent, mais les deux elfes s'y attendaient et partant chacun de leur côté , ils attaquèrent leur ennemi en même temps. Celui-ci concentra toute son attention sur Elenor, l'agrippant aux niveaux des côtes alors que la jeune femme lui sautait dessus pour le mordre et à l'aide de ses puissantes ailes, il repoussa Vesryn en arrière.

Dans un glapissement de la part de la noiraude, les griffes pointues du Dealyn s'enfoncèrent dans sa chaire et pour répondre à l'attaque, Elenor lui enfonça profondément ses crocs dans l'épaule, rejetant ensuite sa tête en arrière pour arracher un morceau de chaire, emmenant avec elle plusieurs tendons. Le hurlement de douleur de son adversaire lui vrilla les tympans et il lui donna un violent coup de boule avant de la projeter contre les restes de la fontaine de la grande place. Sonnée, Elenor se redressa lentement, son dos et ses côtes douloureux tandis que de l'autre côté de l'endroit, elle pouvait voir que Vesryn avait sauté dans le dos du Dealyn

Le loup géant au pelage blanc planta ses crocs dans l'autre épaule, mettant à profit l'inattention de la créature, mais cela ne dura que peu de temps, car le Dealyn reprenait déjà ses esprits. Il passa ses bras dans son dos, malgré la douleur évidente de la blessure à son autre épaule, et il planta sans aucune pitié ses griffes dans le dos de Vesryn qui essaya de ne pas desserrer la mâchoire à cause de sa propre douleur. Cependant, alors qu'il y parvenait plutôt bien, sa victime l'agrippa encore plus bas dans le dos et faisant rouler ses muscles, il fit passer le chevalier par-dessus sa tête.

Se pertinent, Vesryn revint à la charge, de front cette fois-ci, ce qui lui valut une griffure sur le poitrail qui le fit reculer. Elenor secoua la tête et se précipita sur le Dealyn qui était dos à elle et avec un aboiement, elle le choppa à la cuisse avant de se prendre une claque du revers de la main qui la fit lâcher price.

Ils se retrouvèrent finalement comme au début de leur affrontement, les deux loups géants se dressant face au Dealyn. Mais ils étaient plus amochés et leur place était inversé, désormais, c'était l'humanoïde ailé qui se produisait du côté de l'entrée principale de la grande place. Elenor avait beau l'observer encore et encore, elle avait du mal à retrouver dans cette créature une trace d'humanité. Il était puissant, sa résistance à leurs attaques le montrait, il semblait sur-humain et son apparence n'avait presque plus rien de comparable à celle d'un humain ou d'un elfe à cet instant. Les deux loups-géants ont réussi pas sûrs de pouvoir remporter le combat contre ce Dealyn, mais l'idée d'abandonner leur traversa à peine l'esprit.

Vesryn et Elenor s'échangèrent un regard. Ils commençaient à être un peu amoché, de nombreuses griffures douloureuses recouvraient leur corps, même si grâce à leur épaisse fourrure, elles n'étaient pas forcément visibles. À nouveau, les deux jeunes elfes montrèrent les crocs, grondant et claquant des mâchoires, comme de véritables loups l'auraient fait en face d'un ennemi.

Cette fois-ci, ils s'attaquèrent tous les trois en même temps. C'était une attaque dès plus brouillonne, Vesryn fut frappé au ventre sans pouvoir mordre ou griffée tandis qu'Elenor eu l'occasion de mordre le Dealyn avant d'être saisie à la gorge. Sa blessure à l'épaule droite l'empêchant de se servir de toute la force de son bras, il avait utilisé sa main gauche, à laquelle la noiraude n'avait pas fait attention. Grognant, elle tenta tout de même de mordre et de griffer, mais son adversaire la souleva avec aisance dans les airs, s'élevant lui aussi grâce à ses ailes.

«- Jeune reine, ricana le Dealyn. Ta tentative de résistance a été admirable, mais tu ne peux rien contre nous.

- On ... Peux ... Toujours ... Faire ... Quelque ... Chose ... articula avec difficulté Elenor. »

Tout en dit cela, la jeune femme se mit à labourer le bras tendu à l'aide de ses griffes alors qu'autour de son cou, les doigts du Dealyn continuaient de se resserrer inexorablement, écrasant petit à petit sa trachée pour l'empêcher de respirer. Des larmes commencent à apparaître aux coins des yeux d'Elenor tandis qu'elle luttait pour conserver son apparence de louve géante et continue à griffer dans le mais d'infliger le plus de dégât possible.

Le Dealyn s'élevait toujours plus haut dans les airs et toujours au sol, Vesryn le regardait s'éloigner sans pouvoir venir en aide à Elenor. Effrayé, le loup géant au pelage blanc chercha un moyen de sauver la jeune femme, mais sur la grande place à moitié détruite, il n'y avait absolument rien qui lui vise de les rejoindre. Les yeux écarquillés par l'horreur de ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, il vit Elenor faiblir, mettre moins de virulence dans ses coups de griffes.

Le cœur de Vesryn tambourinait dans sa poitrine alors que la frustration de ne rien pouvoir faire monter une rage indescriptible en lui. Elenor était de retour depuis peu de temps, et il allait la perdre à cause de leur impuissance face à un adversaire impromptu. Au-dessus de lui, une lueur plus brillante que tout à l'heure émana du sceau situé sur le front de la jeune femme. Ébloui, le blanc fut obligé de plisser les yeux avant de voir qu'Elenor avait repris sa forme d'elfe et que ses bras, couverts de sang et d'entailles, retombaient mollement le long de son corps.

«- ELENOR! »

Vesryn ne s'entendit même pas crier, tant il sentit son cœur se déchirer face à cette vue. Puis, soudainement, une odeur de brûler lui caressa les narines et à côté de lui passa une flèche enflammée, lui roussissant les poils. Suivant une trajectoire précise et droite, la flèche de feu alla se figer entre les omoplates du Dealyn qui s'immobilisa dans les airs, ses ailes cessant de battre. Le temps sembla se suspendre, comme figé, et puis la créature se mit à tomber, les flammes qui composent la flèche dévorant peu à peu sa chaire.