Chapitre 60.

Assise devant le tableau de sa famille qu'elle avait ramenée de Fendrel, Elenor fixait la peinture. Le destin et Mère-Nature avaient des traits d'humour bien particuliers. Les yeux de la petite Elenor, haute comme trois pommes, lui renvoyèrent un regard plein d'une naïveté enfantine que la plus âgée ne se souvenait plus avoir eu. À l'époque, si on lui avait dit qu'elle deviendrait Grande Prêtresse et que des humanoïdes immortels s'en prendraient à la Vallée, la noiraude ne l'aurait jamais cru. Certainement que ses parents non plus, quoique, son père aurait certainement envisagé la première partie, mais pas la seconde. Les yeux d'Elenor se tournèrent vers le portrait de sa mère. Alors qu'elle allait bientôt devenir reine, est-ce que Mesly aurait été fière de sa fille? Alors que tant d '

L'heure de son couronnement approchait à grand pas. Cela ne faisait que vingt-quatre heures que les six elfes avaient été enterrés et qu'ils avaient pris la décision de récupérer l'Épée des Étoiles et dans la foulée, il fallait qu'elle soit couronnée, l'attaque des Dealyns ayant précipité les événements. Elle n'en voulait toujours pas, mais désormais, elle ne pouvait plus reculer et il était hors de question d'abandonner les siens. Portant son verre de vingt à ses lèvres, Elenor en bu une grande gorgée avant de faire lentement tourner entre ses doigts. Fixant sans même le voir le liquide bordeaux.

Son père était venu le matin même lui annoncer qu'il était tant qu'elle coiffe la couronne ... Couronne qui était plus une tiare, en réalité. La louve géante s'apprêtait à boire une nouvelle gorgée lorsque la porte de ses appartements claqua contre le mur pour rebondir et être arrêté par la main de Moira. Les yeux écarquillés, Elenor la regarda rentrer dans le salon en refermant la porte à l'aide de son talon, les bras chargés de tissu que la jeune femme est reconnue comme étant une robe.

«- Moira ... Mais qu'est-ce-ce ...

- Tu vas commencer par me poser ce verre de vin, la coupa la rose d'une voix autoritaire. Ensuite, tu vas arrêter de te lamenter sur ton sort.

- Mais...

- Et puis on va te préparer parce que future reine qui va à son couronnement en n'étant pas coiffée on n'a jamais vu ça ! »

Les prunelles d'Elenor s'écarquillèrent encore plus, si cela était possible. Son amie n'avait jamais été une personne excessivement superficielle, ayant une beauté naturelle capable de rendre jalouse beaucoup de femmes, mais elle n'avait jamais montré autant de détermination à vouloir s'occuper du cas qu'était Elenor. Cette dernière aurait voulu contredire son amie, lui dire qu'elle ne se lamentait pas, mais cela aurait été totalement vrai. Encore maintenant, elle rechignait à porter la couronne de Thserion alors que tant de danger les menacer.

Voyant qu'elle ne comptait pas déposer son verre d'elle-même. Moira déposé la robe sur l'un des fauteuils avant de s'approcher de la noiraude et de se saisir de la coupe sans lui demander son avis. Une plainte mécontente échappa à Elenor tandis que la rose buvait son contenu. Aussi vive qu'un animal sauvage, comme si son épuisement magique ne remontait pas à seulement quelques jours, Moira la força à se lever de son fauteuil.

La louve géante remarqua alors que sa meilleure amie avait troqué ses vêtements habituels pour une tenue bien plus sophistiquée et luxueuse, du genre qu'ils n'avaient jamais portées quand elles vivaient à Fendrel. Le beige du jupon de sa robe se mariait parfaitement avec le blanc de son buste et de ses longues manches étroites décorées de fils argentés et ses longs cheveux roses, remontés en queue-de-cheval dégagés son visage honnête.

«- Qu'as-tu à moi fixer de la sorte ? s'amusa la jeune mutante avec un sourire espiègle. Allé, il faut t'habiller.

- Est-ce vraiment la bonne décision ? murmura Elenor.

- C'est une décision, comme tant d'autres que tu prendsras, Elenor, rétablit Moira en la prenant dans ses bras après avoir déposé la coupe de vin désormais vide. Bonne ou mauvaise, elle ne pourra pas faire empirer la situation. »

Elenor offre à l'étreinte de son amie, réconfortée par ces mots et par sa présence. Certes, elle n'était pas la femme la plus courageuse du monde, mais avec le soutien de ses proches, elle se sentait toujours capable de soulever des montagnes. Moira libéra enfin la plus petite de ses bras pour l'observer attentivement, un léger sourire en coin ornant ses lèvres, ce qui n'était pas pour rassurer Elenor. L'attrapant par la main, la rose récupéra la robe précédemment abandonnée sur l'un des fauteuils pour se diriger vers la chambre.

«- Au fait, je croyais que c'était une dame de compagnie qui devait venir m'aider à mettre cette robe ... fit la noiraude.

- Oh, très chère, nous savons très bien toutes les deux que je suis la seule à bien te coiffer ... rigola Moira. »


Face au miroir de sa salle de bain personnelle, Elenor devait reconnaître deux choses. Moira savait très bien manier le peigne et ses gestes étaient assez doux pour ne pas déchirer les manches fines de la robe en mousseline blanche. La rose lui ordonna de tourner sur elle-même, et la noiraude se plia à sa volonté, les volants de la jupe de sa robe se soulevant dans l'air avec une facilité déconcertante tandis que les gemmes opalines qui décoraient le tissu immaculé brillaient grâce aux rayons du soleil. Un sourire aux lèvres, Moira s'approcha de son amie et s'appliqua à piquer des gemmes identiques dans les cheveux ébène coiffés en un chignon sophistiqué.

Bien que les beaux cheveux d'Elenor soient semblables à de l'encre, le blanc de la robe et des opales, couleur des elfes par excellence pour montrer à quel point ils étaient pacifistes et peu attiré par la guerre, allait parfaitement à la jeune femme qui était émerveillée du travail accompli. Certes, les pantalons étaient bien plus pratiques que les robes, mais la louve géante devait admettre aussi qu'ils avaient leur charme.

«- Moira, si tu ne l'étais pas déjà, je te prendrais pour une magicienne, s'émerveilla la demi-elfe.

- Ce n'est rien, nia la concern. Tu es naturellement belle, mon travail ne fait qu'accentuer cette évidence.

- Merci, dit Elenor avec sincérité.

- Arrête donc de me remercier ! s'exclama la plus grande, avant d'arborer un sourire espiègle. Mais maintenant, si un certain elfe aux cheveux blancs ne tombe pas sous ton charme, c'est vraiment qu'il a du crottin de cheval dans les yeux !

- Moira ! s'écria la noiraude en rougissant furieusement. Taeral détint beaucoup trop sur toi! »

Loin de se sentir vexée par la remarque, puisqu'elle savait que cela n'était pas vrai, Moira éclata de rire et bientôt, bien que toujours aussi rouge qu'une pivoine, Elenor ne put que la suivre dans son hilarité, la tension retenue dans ses muscles se dissipant peu à peu. Elle se fixa quelques secondes dans le miroir. Ce soir, publié reviendrait dans cette chambre, elle ne serait plus la princesse de Thserion, mais la reine.

L'appréhension commença à lui tordre les entrailles. Cependant, elle fit tout son possible pour faire taire ce sentiment. Elle avait déjà bien trop réfuté et douté. Alors qu'elle allait ouvrir la bouche pour demander à Moira si elle pouvait marcher sans risquer de déchirer un pan de sa robe, on toqua trois coups à la porte d'entrée des appartements. Les deux jeunes femmes se figèrent, avant que la rose ne sorte pour aller ouvrir.

Bien que les sons étaient légèrement étouffés par les murs, Elenor reconnu les voix de Taeral et Vesryn, qui tout comme Moira, l'accompagneraient jusque devant le trône, où Lysanthir allait procéder à la passation de pouvoir. La noiraude ferma les yeux et repensa au plan qu'ils avaient échafaudé pour retrouver l'Épée des Étoiles, ainsi qu'à la décision qu'elle avait prise seule et dont elle n'avait fait part à personne. Rouvrant les yeux, Elenor prit une grande inspiration et sortit à son tour de la salle d'eau.

Moira avait laissé les deux elfes rentraient et ces derniers, l'un dans une tenue blanche nacré et l'autre dans une fine armure argentée de cérémonie, affichaient des visages sereins. Elenor aurait voulu les envier, jalouser la candeur qui semblait les habiter. Mais au fond d'elle, la jeune femme savait que ce n'était qu'une façade et cela se confirma lorsque Vesryn posa un regard douloureux sur elle. Comme si un fossé invisible les séparés, et qu'il venait de se creuser un peu plus. Elle, la princesse et lui le fils d'un fleuriste.

Taeral aurait dû la jalouser, lui qui avait grandi ici et qui avait passé la Cérémonie sans succès, alors que l'un deux, il était le plus proche des habitants de la Vallée. Et pourtant, il était là, souriant et il s'approcha d'elle. Il lui attrapa la main avant de faire tourner sur elle-même avec un sifflement d'admiration.

«- Je suis certainement le cousin le plus chanceux de tous Jahiel ! s'enthousiasma-t-il.

- Ne dis pas n'importe quoi, le rabroua Elenor en lui donnant une claque sur l'avant-bras.

- Tu as toujours eu la main leste avec moi ... se plaignit le mage.

- Si tu ne disais pas autant d'ânerie, ça n'arriverait pas ! »

Dans le dos de Taeral, Vesryn ne put retenir l'éclat de rire discret qui lui échappa, tandis qu'il échangeait bien malgré lui un regard amusé avec Elenor. Celle-ci eut une courte impression d'être de retour des années auparavant, qui visait que des enfants. Cela ne fit qu'accentuer son appréhension, mais la noiraude fit comme si de rien était, et elle attrapa le bras de Moira qui les regardait en souriant.

La rose posa sa main sur le bras de son amie, et elle réajusta le col de la robe, le bleu des lotus tatoués visible à travers la fine mousseline du haut du buste Les deux amies, les deux sœurs de cœur, se prirent la main et ensemble, elles sortirent des appartements à la suite des deux elfes.