Le Fou

Celui qui avait raison ?

Dailfine

Louis est persuadé qu'il fait partie d'une pièce de théâtre en cours de représentation. Ses proches s'inquiètent de son état mental. Comment peut-il douter des choses les plus essentielles : l'existence des autres pièces de son appart, de l'existence du monde extérieur, l'existence de son libre-arbitre, ou même de l'existence des dragons ?

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Personnages

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Louis

Anne, la colocataire de Louis

Georges, un ami d'Anne et de Louis

Vincent, frère de Louis

Marisa, Mère de Louis

Pierre, Père de Louis

Alia, deuxième colocataire d'Anne et de Louis. Le public n'entendra jamais sa voix.

Marc, psychologue

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Acte I Acte I, scène 1

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Au fond de la scène, il y a un tissu étendu représentant un mur et trois fenêtres (on doit pouvoir en ouvrir au moins une) très hautes à un seul battant, un arrondi vitré surmonte chacune d'elles et une monture en bois épaisse les entoure et des barrettes de bois plus fines forment des croix horizontales/verticales. Au travers de la fenêtre, on voit un dragon le style peut être très réaliste ou une image de synthèse imprimée/projetée ou un dessin pas réaliste chacun apporte quelque chose de différent à la pièce. Sur chaque côté une porte. À droite, une porte d'intérieur. À gauche, une porte d'entrée avec une serrure et peut-être un paillasson à ses pieds. Au milieu de la pièce parallèle au mur du fond il y a un canapé, devant lui il y a une table basse et sur les côtés de la table deux fauteuils individuels. Quelques meubles de maisons sont répartis contre les murs. Sur l'un des meubles il y aura une plante verte.

Louis : euh… (raclement de gorge) bonjour, euhm vous, vous m'entendez tous ? Oui, non, peut-être ? Bon, euhm enfin bref… (un temps) ah oui ! Pardon, pardon, donc euh, voilà, j'espère que vous êtes bien installés parce que, ben, je ne voudrais pas que ceux grâce à qui j'existe soient mal assis.

Voix hors scène (Anne) : Louiiis ! Viens m'aider !

Louis : Ça c'est Anne ma coloc, vous voyez, elle, elle n'existe que par la parole pour l'instant. Vous soupçonnez son existence parce qu'elle parle, mais c'est faux (scansion de la phrase suivante) el-le n'ex-iste pas ! Et vous vous dites que ça n'a pas de sens, car pour vous la parole exprime l'être. C'est vrai dans votre réalité. Pas dans la mienne. Je n'existe que si je suis vu et entendu ! Quand vous ne me voyez pas, ce corps est celui de Patrick (Il est possible de remplacer le prénom par celui de l'acteur) qui devient moi dès qu'il est dans cet espace que vous voyez (geste ample qui désigne l'ensemble de la scène).

Voix hors scène (Anne) : S'il te plaît !

(Alia passe sur la scène au moment où l'on entend la voix d'Anne. Louis ne semble pas la voir. Elle prend quelque chose dans la pièce et s'en va).

Louis : À quoi bon lui répondre puisque ce n'est qu'une voix, sans énonciateur réel. Peut-être que je devrais répondre au cas où elle deviendrait réelle. Mais est-ce que ça ne serait pas un comportement superstitieux ? (Pause) J'veux dire, que c'est un peu comme prier Dieu alors qu'on y croit pas. Juste au cas où il nous entendrait et aurait subitement envie d'exaucer notre souhait alors même qu'il n'exauce pas ceux de ceux qui ont la foi.

Anne : (Entre par la porte de droite) Franchement, tu aurais pu te bouger un peu. Heureusement qu'il y avait Alia pour m'aider. Sinon je me serais pris plein de farine sur la tête. J'ai pas fait attention et en voulant attraper le sucre j'ai faillit faire tomber tous les moules à gâteaux et la farine. J'ai tout rattrapé comme j'ai pu mais après je ne pouvais plus rien lâcher, sans que tout me tombe dessus. Il faudra vraiment qu'on range mieux les placards de la cuisine.

Louis : Mais quelle cuisine ?

Anne : Bah, la notre.

Louis : Non ce que je veux dire c'est qu'en dehors de cette pièce rien n'existe car tout se situe hors de portée de vue des spectateurs. Cette pièce représente l'intégralité de notre univers.

Anne : N'importe quoi.

Louis : Mais si. Réfléchis-y un peu et tu verras que j'ai raison. D'ailleurs si je ne t'ai pas répondu, c'est parce que n'étant pas sur scène tu n'existais pas encore. Tu étais à peine une voix.

Anne : Tu as de la fièvre ou quelque chose comme ça ? (Met sa main sur le front de Louis) Ah ! Non ça y est. J'y suis. Tu me fais une blague. Ah, ah, ah, ah ! Maintenant que j'y pense c'est très drôle, même si tu aurais pu venir m'aider avant de faire ta blague. J'aurais pu me blesser. Ah, ah, ah.

Louis : Mais c'est pas une blague. Tout ce que je te dis est vrai nous sommes nés il y a moins de dix minutes, au début de la pièce.

Anne : Ah ah ah ah ! Mais quel farceur ce Louis ! Bientôt tu vas me dire que les dragons n'existent pas.

Louis : Bah ! Justement…

Anne : Ah, ah, ah, ça me rappelle le roman de Jean Christophe Un monde sans dragon. Tu l'as lu ou quelqu'un t'en a parlé et maintenant tu blagues dessus. Mais arrête s'il te plaît je ne l'ai pas encore lu je ne voudrais pas que tu me dévoiles la fin.

Elle va s'asseoir, sur le canapé et prend un livre.