Courir, Comprendre, Crier

Courir, j'ai l'impression d'avoir couru toute ma vie. Pour le boulot, pour mes amis, ma famille. Je ne me souviens pas avoir couru pour moi, ou du moins uniquement pour moi. Ça peut paraître égoïste et pourtant, c'est la première fois que j'ai l'impression de dire la vérité. Je suis né de bonne famille, mes parents sont des gens bien, ainsi que mes frères et sœurs. Je ne me suis jamais plainte et je n'ai jamais eu de quoi le faire, car ma vie s'est toujours bien passé. Et pourtant une partie de moi s'efforçait à vouloir plus, elle demandait à vivre plus. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas ce dont j'avais envie, ni quel chemin emprunter. Passer une bonne partie de sa vie à être perdu devient une routine, même si les doutes et l'angoisse m'accompagne à chaque instant. Et un jour, je ne sais pas comment, j'ai arrêté. J'ai enfin arrêté de me résigner, j'ai fait confiance au temps, et à moi. Le temps est là constamment, il est robuste et fort, et j'ai été assez audacieuse pour me mesurer à lui. Mon erreur n'a pas été de le défier, non, elle a été dans ma vision le concernant. Trop longtemps, je l'ai considéré comme mon ennemi, comme la chose qui faisait que tout allait mal. Mes douleurs, mes difficultés, je m'étais persuadé que c'était la faute du temps, car il ne m'en laissait pas assez. Ma chute a été douloureuse, eh oui se rendre compte qu'on fonçait dans un mur depuis le début, ça ne fait pas du bien. Mais étonnamment, j'ai vite guéri, car j'ai compris ce qui était vraiment important. Le temps n'était pas mon ennemi, il était mon allié, il m'avait donné de précieux moment, des moments que je n'oublierai jamais. Et pour la première fois de ma vie, je me suis mise à courir pour moi, et encore maintenant, le temps m'aidait. Alors que cette pluie tombait sur moi, me trempant complètement, alors que j'avançais avec le sourire, heureuse d'avoir trouvé mon équilibre, ma paix, le temps faisait avancer les images au ralenti. Il me permettait de savourer, de pleinement prendre conscience, que plus rien ne m'arrêterait, ni moi, ni personne. Je suis trempé, je cours à en perdre haleine, j'avance plus vite que la pluie. Cette pluie qui me lave de chaque doute, de chaque douleur, de chaque indécision de mon existence et qui me pousse à aller de l'avant. Et alors après avoir traversé en courant, je déteste courir, après avoir combattu cette pluie, que certain appellerait mauvais temps, je m'arrête. Je regarde ma ville s'étendre sous mes yeux, cette ville où se trouve mon boulot, où habite mes amis et ma famille. Je pousse alors un cri. Un cri de frustration, de tristesse, de joie, de douleur, de soulagement, mais surtout un cri de remerciement. Avec ce cri, j'ai pu remercier, mon ancienne moi, celle qui avait fait de moi qui j'étais aujourd'hui, et je lui dis dans un dernier soupir, le dernier, celui qui marquera la fin de notre lien : "Merci, merci pour tout, mais tu peux t'en aller maintenant. Je n'ai plus besoin de toi". Je me mets à rire, dieu merci à l'abri des regards, et je rebrousse chemin. Cette fois en marchant, j'avance vers ma maison, j'avance un avenir que j'aurai moi-même façonné. Le regard déterminé et le cœur en paix, la pluie s'arrêta, marquant le début de ma nouvelle vie, le début de la nouvelle Moi.