Ce poème a été inspiré par le thème « enfant », proposé lors de la cent vingt-et-unième Nuit du FoF, forum d'écriture francophone sur fanfiction.


Où allaient ces enfants ? Le matin vers la mine
Tout chargés de sommeil, encor plus de famine,
Condamnés au charbon, tout comme leurs familles,
Épuisés, éprouvés, autant garçons que filles,
Parfois tués, écrasés, ou brûlés de grisou,
Pour une paie, souvent, bien trop maigre de sous.

Où vont tous ces enfants ? Fabriquer des tapis,
Cloîtrés dans des réduits et presque dans la nuit.
Leurs tout petits doigts nouent les fins fils de couleur
Du matin jusqu'au soir, de trop nombreuses heures.
Il y usent leurs yeux, leur trop courte jeunesse,
Pendant qu'on les paie peu, exploitant leur adresse.

Où allaient ces enfants ? Droit vers les filatures
Où leur petite taille, et leur pauvre carrure,
Permettaient les travaux sous les grandes machines
Mieux qu'une main adulte, à grand peine assez fine.
Et ils nouaient ou dénouaient, ces douze heures durant,
Épuisant, déformant leur menus corps d'enfants.

Où vont tous ces enfants ? Travailler dans les champs,
Levés tôt, couchés tard, pour aider leurs parents.
Sur la terre inféconde ils usent leurs journées,
Gavés de pesticide et de soleil brûlés,
Et cueillant le coton pour bien trop peu d'argent,
Éloignés de l'école, enseignés par le vent.

Où allaient ces enfants ? Dans les neuves usines
Depuis l'heure où l'on dort jusqu'à l'heure où l'on dîne.
Aînés d'une fratrie de pauvres orphelins,
D'une mère veuve, des petits le soutien,
Et peinant tellement à gagner peu de pain
Qu'ils tombaient de fatigue au bord du long chemin.

Où vont tous ces enfants ? Que l'on pousse dehors,
Comme un sac encombrant, un animal qui mord.
Qui traînent esseulés dans les rues endormies,
Qui se regroupent enfin en bandes ennemies,
Qui rentrent pour manger, qui rentrent pour dormir,
Ou bien qui finissent par ne plus revenir.


J'aurais pu penser « annonce d'un heureux événement », « jeu et insouciance », mais au lieu de tous ces sujets mignons ce sont Victor Hugo ( Melancholia « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? » et Les Misérables) et Émile Zola (Germinal) qui se sont imposés à moi.